| Perfil de LaternaLATERNA MAGICAFotosBlogListas | Ajuda |
Le Tableau des étoiles de Laterna Magica, Octobre 2008
Cliquez sur les liens pour accéder aux critiques
Consulter les autres tableaux de 2008 : janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre De Dr No à Quantum of Solace : les James Bond Girls
Aujourd'hui sort sur nos écrans le nouveau volet des aventures de 007, le second avec un héros incarné par Daniel Craig. Les James Bond Girls, elles, se renouvellent avec cette fois la belle ukrainienne Olga Kurylenko, et la très british Gemma Arterton. Retour en diapos sur toutes ces filles que les agents 007 successifs ont aimé..
Notre avis sur le film :
B.T
Quantum Of Solace - Note pour ce film :
Réalisé par Marc Forster
Avec Daniel Craig, Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, ... Année de production : 2008 Sortie française le 31 octobre 2008 Hymn to Merde de Leos Carax
Dans les égouts de Tokyo vit une créature humanoïde et destructrice nommée Merde. Merde est incarné par Denis Lavant et nous avons fait sa connaissance via le segment central de Tokyo ! , sorti le 15 octobre sur les écrans français (lire notre critique).
Leos Carax et Merde reviennent aujourd'hui à travers un clip diffusé sur Dailymotion. Merde déambule dans une grotte et chante en Merdogon, le langage propre au personnage et inventé pour la cause du film. Et voici la vidéo :
Hymn to Merde Réalisé par Léos Carax - Paroles : Denis Lavant & Carax - Musique : Doctor L - Avec la voix de Alison Mosshart (V.V. de The Kills) Année de production : 2008 Live Good (Naive New Beaters) par Léo Le Bug et Clément Gallet
28 octobre 2008, Le Bataclan à Paris. Rendez-vous était pris depuis longtemps avec VV et Hotel, les deux membres de The Kills, l'un des groupes les plus fascinants du moment. Nous ne parleront pas de The Kills maintenant, mais de Naïve New Beaters. Mieux qu'une première partie, de vrais chauffeurs de salles. De la folie, une pêche incontestable, beaucoup d'humour, un bon rythme... Bref, une super découverte. Renseignement pris sur le net, les garçons ont bien sûr une page MySpace bien à eux >>ici<<... Et sur cette page, un authentique trésor : le clip d'une chanson, Live Good. Un petit miracle de brics et de brocs signé par Léo Le Bug et Clément Gallet. Le duo de réalisateurs n'a là rien à envier aux plus grands. Le clip circule depuis un moment déjà, on le découvre seulement et on tient vraiment à vous le faire partager. Nulle doute que la vidéo annonce des lendemains prometteurs. Le duo a d'ailleurs déjà livré un autre clip pour NNB (Bang Bang) et surtout la vidéo de Late of the pier (Heartbeat), visuellement très intéressante aussi. Des talents sur lesquels on gardera bien évidemment un oeil attentif. Savourez déjà ces premières perles...
B.T
Cowboy Angels de Kim Masseetexte initialement publié le 28 mai 2007
Road-movie sans âme, Cowboy angels ne ressemble guère qu’à un modeste téléfilm. Les intentions de l’auteur sont palpables et difficile de l’en blâmer. Reste que le film est fade, sans style et pour ne rien arranger, le personnage de l’enfant autant que son interprète sont insupportables… Le film sortira sans doute dans l'anonymat le plus total. Il aura eu sa chance mais on regrette de vous en déconseiller la découverte...
B.T
Réalisé par Kim Massee Avec Diego Mestanza, Thierry Levaret, Françoise Klein, ... Année de production : 2007 Sortie française le 29 octobre 2008 Dernier Maquis de Rabah Ameur-ZaïmecheCritique initialement publiée le 7 juin 2008
Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2008
Après Wesh, Wesh et Bled Number One, le cinéaste clôt avec Dernier Maquis une foisonnante trilogie sur l'immigration. Rabah Ameur-Zaïmeche, c'est un cinéma brut, sincère, qui respire la vérité, un cinéma coup de poing, comme ceux qu'il finit par recevoir en conclusion de Dernier maquis. Le cinéaste est aussi acteur principal de son film. Il interprète le patron musulman d'une PME en région parisienne, à la fois entreprise de récupération de palettes et garage. Les ouvriers sont tous immigrés, tous musulmans et la question de l'islam surgit alors. Peut-être par conviction mais aussi pour acheter la paix sociale, le patron de la PME décide d'ouvrir une mosquée et désigne un imam sans aucune concertation. Dernier Maquis est réalisé comme les autres films du cinéaste, dans un style documentaire qui souligne le caractère à fleur de peau de ce cinéma. Car il s'agit d'un cinéma à la fois politique et social, enragé et volontaire. Les histoires qui se tissent dans le huis-clos extraordinaire de cette entreprise de palettes sont tour à tour légères, cocasses ou difficiles. Rabah Ameur-Zaïmeche ne se donne pas le beau rôle, son film est dans l'air du temps, pragmatique, et ne donne pas de leçon. Dernier maquis à valeur de constat, de part sa lucidité et son intégrité, et vaut donc bien plus que toutes les leçons de morales entendues ici et là. Le contenu du film s'imbrique en plus parfaitement aux messages des films de Cantet (Entre les murs), d'Abdel Kechiche (La Faute à Voltaire, L'Esquive, La Graine et le mulet) ou encore de Souad El-Bouhati (Française). L'extrême dignité de ces films, la justesse de leurs propos, les rendent tous estimables et essentiels.
B.T
Réalisé par Rabah Ameur-Zaimeche Avec Christian Milia-Darmezin, Sotigui Kouyate, Abel Jafri, ... Année de production : 2008 Sortie française le 22 octobre 2008 Mange, Ceci est mon corps de Michelange Quaycritique initialement publiée le 10 juillet 2008
Festival du Film de Sundance
Haïti, pays de la Francophonie, est l'un des pays les plus pauvre au monde. Nous avons rarement des nouvelles cinéphiles en provenance de cette île des Antilles qui se partage avec la Républicaine Dominicaine. Le film de Michelange Quaye arrive pourtant quelques mois après celui de Claudio Del Punta, Haïtie Chérie. Michelange Quay vit à Paris mais est originaire de Haïti. Il a réussi a convaincre Sylvie Testud et Catherine Samie, actrice de la Comédie Française, pour ce très personnel film, son premier-long métrage. Mange, Ceci est mon corps est un film atypique et difficilement racontable. On ne le fera d'ailleurs pas car le film doit être vécu pas raconté. Chacun le racontera d'ailleurs à sa manière. Michelange Quay ne nous invite pas à voir un film narratif.
Mange, Ceci est mon corps est une oeuvre onirique, sans doute très inspirée par la Bible, et une expérience sensorielle. Le film est impressionnant formellement avec un travail immense de composition des cadres. Tout le métrage se construit sur le contraste entre le noir et le blanc. L'homme noir, la femme blanche. Le mélange, l'entremêlement entre noir et blanc. En clair, Mange, Ceci est mon corps est un film Noir et Blanc en couleur. L'expérience est assez perturbante, parce que singulière, mais le film est envoûtant, captivant, par sa succession de tableaux somptueux et étranges.
Si le film est une véritable expérience sensorielle, c'est aussi par le spectaculaire travail sur le son. Mange, Ceci est mon corps est un film que l'on ressent d'abord, qui laissera beaucoup de monde sur le bas-côté, mais qui captera l'attention des autres, les obligera à une réflexion forcément très personelle. Le film ne peut s'adresser qu'a ceux qui sont sensibles aux audaces, aux tentatives d'un cinéaste qui construit son art en dehors des sentiers rebattus, simplement profond et personnel.
B.T
Mange, ceci est mon corps - Note pour ce film : Réalisé par Michelange Quay Avec Sylvie Testud, Catherine Samie Année de production : 2007 Sortie française le 22 octobre 2008 Tokyo ! de Michel Gondry, Leos Carax et Bong Joon Hotexte initialement publié le 28 mai 2008
Un Certain regard, Cannes 2008
On a eu Paris, je t'aime, Chacun son cinéma (sorte de Cannes, je t'aime) et on aura bientôt New York, I Love You. Tokyo !, en revanche, est presque un cri de désamour. A moins que... Car qui aime bien châtie bien. Tokyo ! compile trois moyens-métrages très différents les uns des autres et signés par Gondry, Carax et Bong Joon-Ho, le réalisateur de The Host. Le résultat est aussi étrange que brillant. Les trois films se répondent admirablement et donne une image assez loufoque de cette ville folle qu'est sans doute Tokyo.
Interior Design/ Michel Gondry : Un jeune couple cherche à s'installer dans Tokyo. Ils sont hébergés provisoirement par un ami. Les personnages se perdent rapidement dans l'immensité de cette ville. La jeune femme subit même une transformation étonnante. L'univers bric-broc de Gondry s'adapte parfaitement à cette fable mélancolique bercée par la musique d'Etienne Charry, un des membre de Oui-Oui, l'ex-groupe de rock de Michel Gondry. Les fans de Gondry se retrouveront forcément dans ce petit film simple et beau, un peu dans le ton de La Science des rêves.
Merde/Leos Carax : Une créature surgit des égouts de la ville et terrorise tous les individus sur son passage. Cannes est le seul endroit ou une rencontre avec Carax, grand cinéaste à l'oeuvre malade, est encore possible. C'est à Cannes que Pola X fût d'abord montré (et profondément détesté par beaucoup) et c'est encore à Cannes que l'on retrouve Carax avec Tokyo !, dix ans plus tard... Tourné rapidement et clandestinement, le film risque d'en laisser encore beaucoup circonspects. Merde, c'est sans doute ce que Carax hurle à la gueule de ceux qui le déteste. Merde est aussi le nom de son personnage, une créature vulgaire et terroriste bientôt capturée et jugée. Merde est une sorte de Godzilla humain, un monstre improbable et incompris. Un peu comme Carax qui livre encore une fois un film complètement fou, libre, baroque, bordélique même, et provocateur. La provocation risque d'ailleurs d'être très mal perçue par certain. C'est tour à tour drôle et consternant mais on en garde finalement que le caractère jouissif. En espérant que Carax (toujours vivant !) ne se laisse pas enterrer encore.
Shaking Tokyo/Bong Joon Ho : Reclus volontairement dans son appartement depuis près de 10 ans, un homme tombe subitement amoureux de sa livreuse de pizza. Le phénomène dit des Hikikomoris est semble t'il assez courant au Japon. Ryû Murakami en a d'ailleurs tiré un roman fabuleux et essentiel, Parasites. Le film de Bong Joon Ho est lui un petit chef d'oeuvre de sensibilité, de délicatesse, en plus de receler de trouvailles visuelles. Une petite histoire surprenante et attachante, probable sommet de cet audacieux et très joli programme de film-sketchs.
B.T
Réalisé par Michel Gondry, Leos Carax, Joon-ho Bong Avec Ayako Fujitani, Ryo Kase, Ayumi Ito, ... Année de production : 2007 Sortie française le 15 octobre 2008 Chop Shop de Ramin BahraniTexte initialement publié le 27 mai 2007
Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2007
Petit film américain réalisé par Ramin Bahrani, auteur d’origine iranienne dont le précédent film Man push cart avait fait son petit effet, Chop Shop est justement dans la lignée de cette vague de films néoréalistes en provenance de Perse. "Chop Shop" est une expression argotique qui désigne le fait de démonter des voitures volées pour en revendre les pièces détachées. Le personnage d'Alejandro est donc un petit bonhomme en lutte, débrouillard par la force des choses car bien obligé de survivre en marge de cette société aux yeux de laquelle il n'existe pas vraiment. Débrouillard mais aussi culotté, fort en tête, et sensible à la manière dont sa grande soeur lutte elle aussi, à sa façon, pour que les deux puissent s'offrir une meilleure destinée. Au plus près de son jeune acteur (Alejandro Polanco, au charisme incroyable et que l'on espère revoir un jour à l’écran), Raman Bahrani nous livre un film humain, fort et touchant. Une vraie découverte dont vous aurez tord de vous priver si jamais l'occasion se présente de le voir... B.T
Chop Shop - Note pour ce film : Réalisé par Ramin Bahrani Avec Alejandro Polanco, Isamar Gonzales, Rob Sowulski, ... Année de production : 2007 Sortie française le 15 octobre 2008 Décès de l'acteur Guillaume Depardieu (07/04/1971-13/10/2008)
C'est l'histoire douloureuse d'un enfant de la balle qui s'achève tragiquement aujourd'hui. Guillaume Depardieu, fils de Gérard et Elizabeth Depardieu, frère de Julie, est décédé ce soir des suites d'une pneumonie foudroyante. L'acteur n'était âgé que de 37 ans. Il était le père d'une petite Louise, née en 2000. Les portraits de Guillaume Depardieu s'accorderont tous pour décrire un écorché vif, une personnalité hors norme qui aura du se façonner dans l'ombre majestueuse et encombrante d'un père qui est comme un Roi pour le cinéma français. Il n'est pas plus facile de porter le nom de Depardieu pour un jeune acteur que celui de Platini pour un footballeur. Guillaume Depardieu aura souvent alimenté la rubrique des faits divers, par ses excès, l'alcool, la drogue, la violence aussi. Guillaume Depardieu donnait l'impression d'être un garçon en colère, en révolte, et ses choix de carrière, des rôles parfois magnifiques mais presque toujours en marge du système du cinéma commercial français, auront confirmés la personnalité intransigeante d'un acteur qui aura toujours lutté pour exister.
Ces premiers pas d'acteur, Guillaume les faits auprès de son père, dans des rôles de figurations d'abord, puis dans Tout les matins du Monde de Corneau, son premier grand rôle (1991). C'est avec un jeune réalisateur de comédies indépendantes, Pierre Salvadori, que la carrière de Guillaume Depardieu prend un certain envol. Salvadori fait d'abord de lui un tueur à gage dans Cible Emouvante (1993). Leur collaboration se poursuit en 1995 avec Les Apprentis (il remporte à l'occasion le César du Meilleur espoir) puis en 1998 avec Comme elle respire, films qui auront réunis deux enfants de stars aux destins gâchés (Guillaume partage ces affiches avec Marie Trintignant) et enfin, Le Marchand de Sable (2000).
Guillaume Depardieu construit donc sa carrière en dehors des sentiers battus et croise logiquement la route d'autres personnalités peu farouche de notre cinéma. Il développe une relation quasi filiale avec Jean-Pierre Mocky, lequel le dirige en 1997 dans Alliance Cherche doigt. Il est aussi le héros de Pola X (1999), oeuvre maudite réalisée par Leos Carax, un autre écorché vif et trublion du cinéma français.
Guillaume Depardieu aura souvent trouvé de beaux rôles, à mesure de son talent réel, et même si l'essentiel de ses films seront restés confidentiels - Il est par exemple le héros du très beau premier film de Vincent Perez, Peau d'Ange (2002) - l'acteur aura aussi participé à quelques superproductions, mais pour la télévision et auprès de son père (Le Comte de Monte Cristo (1998), Les Rois Maudit (2005) de Josée Dayan)
Victime d'un violent accident de moto en 1995, il avait subit 17 opérations. Il contractera une infection nosocomiale et devra subir une amputation de la jambe droite en 2003. Malgré son handicap, Guillaume continuera de tourner dans des films d'auteurs exigeants, notamment Ne Touchez pas la hâche de Rivette ou La France de Serge Bozon, en 2007. Actuellement, Guillaume Depardieu est à l'affiche de deux films présentés chacun à Cannes cette année : Versailles, le très émouvant premier long-métrage de Pierre Schoeller (lire notre critique) et De la guerre de Bertrand Bonello. On le retrouvera également en novembre dans Stella, dernier film de Sylvie Verheyde. A la dérive tout au long de son existence, en marge pendant toute sa carrière, le destin de Guillaume Depardieu donne un immense sentiment de gâchis.
Benoît Thevenin L'Âge des ténèbres de Denys Arcand
C'est la crise, à tous les niveaux. Un virus épidémique inconnu décime la population, la radio informe que 35 000 québecois apprendront dans l'année être atteint par un cancer et que la moitié d'entre eux en mourront, les vieilles dames se font agressées sauvagement par des gamins de quinze ans, le chômage atteint des records etc. Le ciel est gris, le stress est partout, les personnes sont sous tensions. Au coeur de ce marasme ambiant, Jean-Marc Leblanc vit une crise plus personnelle et existentielle, un peu dans le style de Kevin Spacey dans American Beauty. Sa famille ne le voit plus, entre ses filles en pleine puberté et sa femme qui ne vit que pour son agence immobilière. Comme Annette Bening dans le film de Mendes. Jean-Marc s'imagine donc une autre vie. Par exemple, celle d'un écrivain à succès (auteur du best-seller primé au Goncourt Un Homme sans intérêt...) et que les plus belles jeunes femmes convoitent. Diane Kruger figure dans ses rêves en maîtresse fabuleuse tandis qu'Emma DeCaunes campe une journaliste très admirative.
Dans la vie réelle, Jean-Marc est agent de recouvrement et travaille pour un gouvernement du Québec qui a du se résoudre à établir ses quartiers dans le complexe sportif d'une patinoire... Et Jean-Marc n'en peut plus de subir les supplications des personnes qui défilent dans son espèce de bureau. Denys Arcand, le plus célèbre des cinéastes québecois, est notamment connu pour son Déclin de l'Empire Américain. Un titre aux accents prophétiques mais qui évoquait en fait le désenchantement des idéalistes des années 60's. On ne le dit pas beaucoup, mais Denys Arcand reste un fin observateur de la vie de ses contemporains. Même ces films les moins considérés - et celui-ci en fait partie - ont un intérêt véritable, y compris Stardom, petit pamphlet bien sympathique contre le star system qui préfigure d'une certaine manière le culte des fausses stars de la télé-réalité et prolonge la métaphore instruite sur le monde du spectacle dans Jésus de Montréal.
L'Âge des ténèbres est un conte d'aujourd'hui, une satire à la fois douce et féroce de notre monde et de son délitement. A l'heure ou le monde entier entame une mutation historique, l'existence de ce film, sorti près d'un an avant le début de la crise financière qui agite et inquiète aujourd'hui, à valeur de symptôme. Le malaise est profond, ressenti depuis quelques années déjà, et la crise que nous traversons, une conséquence. L'âge des ténèbres, c'est donc le nôtre. Il y a une ambiance d'apocalypse dans ce film. Et pourtant on arrive à rire, parce que ce cynisme est contre-balancé par les évadés oniriques de notre anti-héros. A la fin, tout est calme, reposé. Pourtant, le constat est tragique : rien n'a survécu à la tempête, pas même l'amour. C'est peut-être ce qui a fait que ce film a été tant détesté de part et d'autre de l'Atlantique lors de sa sortie, une sorte de renoncement impossible à accepter. Le cinéma d'Arcand, c'est la fin des idéaux, presque toujours, du Déclin de l'Empire Américain aux Invasions Barbares. Il est à noter que chacun des titres à un sens direct très évident qui raisonne par rapport à l'état du monde lorsque ces films sont sortis. On le répète alors, L'Âge des ténèbres, c'est donc le nôtre.
Benoît Thevenin
Réalisé par Denys Arcand Avec Marc Labreche, Diane Kruger, Sylvie Léonard, ... Année de production : 2007 Sortie française le 26 septembre 2007 (7 décembre 2007 au Québec) Blindness de Fernando Meirellescritique initialement publiée le 15 mai 2008
Film d'ouverture du 61e festival de Cannes L'être humain est doté de vue mais souvent ne voit pas. Le préambule est limpide est prometteur, d'autant plus que Blindness marque la rencontre entre un cinéaste doué (auteur de La Cité de Dieu et surtout de The Constant Gardener) et José Saramago, écrivain portugais lauréat du prix Nobel de Littérature en 1998.
Meirelles ne perd pas de temps à installer son intrigue. Une voiture ne démarre pas au feu vert, le conducteur est devenu subitement aveugle. L'homme consulte un ophtalmo qui ne sait définir les origines de ce mal... avant d'en être victime lui-même. La cécité atteint l'ensemble de l'humanité, provoquant une régression de l'humain et de ses valeurs. Privé de l'un de ses sens, l'humain devient incapable de rien et, réduit a néant, provoque le chaos. La métaphore du film est évidente mais elle ne constitue pas vraiment toute sa matière.
Ce qui rend le film intéressant, c'est les nouveaux rapports de forces qui se nouent peu à peu autour du héros joué par Mark Ruffalo. Son épouse (Julianne Moore) est la seule à ne pas être victime de cette étrange épidémie. Elle est la seule guide, celle par qui le spectateur voit. A ce moment là, Julianne Moore est pourtant déjà impuissante. Le mal ronge l'humain prêt à toute les concessions pour assurer une survie soudain menacée par le handicap. Les aveugles de naissances sont déjà en phase avec ce monde sans repère. Plongé dans l'obscurité depuis toujours, leur expérience est redoutable face au reste de l'humanité soudain aveuglée par une sorte de bain de lumière indéfini. La régression moral est enclenchée, une sorte de guerre se déroule alors que les rapports entre les individus demeurent ambivalants.
Blindness est un objet filmique assez atypique. Meirelles parsème son récit de symboles, quitte à une sorte de maniérisme parfois forcé. Meirelles fait de l'image - signalons encore l'excellente photo de Cesar Chardone -, instruit quelques questions philosophiques mais l'ensemble laisse une impression un peu bancale, s'autorisant quelques fulgurances assez sidérantes, quelques séquences d'une intensité réelle, mais ne pondérant pas cette déception tenace qui nous habite. Peut-être Meirelles ne contrôle pas encore complètement son désir de montrer qu'il sait faire de l'image.
Benoît Thevenin
Blindness - Note pour ce film : Réalisé par Fernando Meirelles Avec Julianne Moore, Mark Ruffalo, Danny Glover, ... Année de production : 2007 Sortie française le 9 octobre 2008 Vicky Cristina Barcelona de Woody AllenCritique initialement publiée le 1er juin 2008
Sélection officielle Cannes 2008/ Hors-Compétition Ce n'est pas tous les ans que Woody Allen débarque à Cannes (il y a quand même présenté dix films hors-compétition, dont Match Point et celui-ci). Au-delà des paillettes, le festival peut-être assez austère, de part les films qu'il propose, souvent graves, voire radicaux. Vicky Cristina Barcelona aura cette année rafraîchi à lui seul l'ambiance générale de cette édition... Woody Allen a depuis quelques années déjà abandonné Manhattan et établit ses quartiers, dans un premier temps, à Londres. Match Point avait fait l'évènement à Cannes - déjà - et le film était pas loin d'être le plus sombre, sans doute le plus cynique des films de l'intello rigolo new-yorkais. Cette fois, Allen pousse son aventure plus au sud, vers cette vieille Europe qu'il a toujours chéri, mais vers un soleil que l'on avait probablement jamais aperçu dans son cinéma, même concernant ces films les lumineux.
Vicky Cristina Barcelona aura donc été la bouffée de chaleur la plus incontestable du dernier festival de Cannes. Parce que le film est plaisant d'abord, et même vraiment bon. Parce qu'il est chaleureux et coloré comme peuvent l'être Barcelone et l'Espagne. Parce que malgré son cynisme là encore très affûté, le film est aussi drôle et léger. Vicky Cristina Barcelona est dans la continuité de Match Point, et précisément pour ce cynisme qu'ils partagent. Le cinéaste continue de se renouveller mais toujours dans une certaine continuité, et plus que jamais au gré de ses pérégrinations. Le symbole du film, c'est cette chanson qui ouvre le métrage. Un film de Woody Allen s'ouvre toujours selon ce principe et la mélodie donne le ton. Celle-ci, légère et entraînante, ne contredira rien.
S'ensuit une première séquence délicieuse de drague au restaurant. Rebecca Hall est d'emblée une magnifique découverte et Scarlett Johansson, plus blonde que jamais, se confirme comme jamais mieux filmée que quand elle l'est par Allen. Javier Bardem est lui un modèle indépassable et fascinant de séducteur macho. Les personnages sont tous de caractère et tous très déterminés. Les garçons se rêverons en Javier, tandis que les filles auront le choix de se reconnaître en Rebecca, Scarlett ou même plus tard dans le tempérament de feu de Penelope Cruz, une tornade qui bouleversera et balaiera tout sur son passage.
Les femmes sont donc gagnantes à tous les niveaux, parce que Woody Allen leur offre la part belle et qu'en plus elles triomphent, même si dans une certaine douleur. Mais on revient à la séquence inaugurale, un échange direct, décomplexé, courtois, résolument moderne, ou les cartes sont distribuées et ou déjà ce sont les femmes qui dirigent et contrôle plutôt que cet homme léger qui se voit en maître...
Benoît Thevenin
Réalisé par Woody Allen Avec Scarlett Johansson, Rebecca Hall, Javier Bardem, ... Année de production : 2007 Sortie française le 8 octobre 2008 La Frontière de l'aube de Philippe GarrelCritique initialement publiée le 1er juin 2008
Sélection officielle Cannes 2008/ En compétition
La Frontière de l'aube aura été le film le plus conspué de Cannes 2008. A tord tant le film recèle de qualités. Mais Cannes est souvent comme ça, injuste car il lui faut ses boucs-émissaires. Le pitch parait clinquant (une actrice délaissée par son mari réalisateur noue une passion érotique avec un photographe de mode), mais le film est beaucoup plus austère. C'est un peu la relecture fantastique du précédent film de Garrel, Les Amants réguliers, un autre trio amoureux complexe, lequel trouvait son sens dans le contexte de mai 68.
Là, le contexte est celui d'une vacuité existentielle rare. Dans ce vide, le sentiment se cherche. La quête du sentiment est essentielle. Quand cette quête s'épuise et se perd, la folie devient la seule alternative, d'où un basculement de l'autre côté d'une frontière ou les ombres sont menaçantes et les fantômes font jour.
La Frontière de l'aube est un film fabuleux esthétiquement, et existentiel, avec cette séquence qui restera pour beaucoup lorsque la théorie des essuie-glaces est exposée. Surtout, La Frontière de l'aube n'est jamais ridicule comme on a essayé de nous le faire croire. Juste, pour passer de la vacuité au sens le plus conformiste de l'existence moderne, il fut transiter par une sorte de folie. Ce qui est étrange en revanche, c'est la simplicité même du dispositif de mis en scène, mis en place à cet instant. Là se perdent quelques spectateurs confus par ce qui se passe et par ce qui ne se passe pas. Et c'est surtout dans ces séquences que le film se révèle vraiment...
Benoît Thevenin
Réalisé par Philippe Garrel Avec Louis Garrel, Laura Smet, Clementine Poidatz, ... Année de production : 2007 Sortie française le 8 octobre 2008 Afterschool d'Antonio Campostexte initialement publié le 27 mai 2008
Sélection officielle Cannes 20008/ Un Certain Regard
Les premières images sont saisissantes - toutes glanées sur la toile - et mélangées sans discernement : la pendaison de Saddam Hussein, des corps mutilés, un girlfight dans un couloir de lycée, un chat joueur de piano ou encore le début d'une vidéo porno dans laquelle la fille se fait salement humiliée. Ce programme, c'est celui d'un ado propre sur lui, spectateur attentif des succès du web.
Le ton est vite donné. Afterschool mélangera pendant près de deux heures images youtubisantes et point de vue du cinéaste. Un point de vue bien particulier avec un zoom à bloc et une caméra qui cherche constamment ses personnages, quitte à les cadrer maladroitement. Tout l'enjeux du film est là, d'abord là : comment une action plus ou moins anodine se retrouve soudain mise en ligne sur le net ? Cette instantanéité n'est pas neuve mais elle fait ici assez froid dans le dos tant elle se confronte à des évènements graves.
Afterschool suit une bande d'ado pensionnaires d'un petit lycée américain bon chic bon genre. Les élèves les plus sages se masturbent devant des vidéos pornos dans leurs chambres, d'autres dealent de la cocaïne. Une chronique finalement très ordinaire ou l'on observe également certains élèves recopier leurs devoirs avant d'entrer en classe ou encore reluquer l'entre-cuisse et le décolleté de leur belle prof de littérature.
Dans la première demi-heure, il est aussi beaucoup questions de deux soeurs jumelles. Elles fascinent l'ensemble du lycée mais leur présence - constante - est fantomatique, vaporeuse. Lorsqu'on les voit, elles sont à l'arrière plan du cadre, elles sont lointaines ou passent rapidement devant la caméra. Comme les soeurs Lisbon de Virgin Suicides, elles sont belles, mystérieuses et inaccessibles. Un évènement grave concernant les deux soeurs va perturber durablement l'équilibre de la vie de ce lycée.
Antonio Campos livre avec Afterschool une étude quasi clinique de la vie de lycée et, plus encore, du rapport à l'image qu'entretiennent ici les élèves. L'exercise est brillant tant le dispositif mis en place par le cinéaste est aboutit. La stylisation est extrême mais pudique et se noie en plus dans un montage intelligent. Afterschool ressemble par certains aspects à 2h37, l'abominable film australien de Muralli Thalluri, lui-même largement inspiré par l'Elephant de Gus Van Sant. Antonio Campos se démarque admirablement de ces deux exemples. Afterschool est la promesse d'un grand talent. Antonio Campos a d'ailleurs déjà été primé à Cannes en 2005 (pour son film Buy it now) par le prix du court-métrage de la Cinéfondation.
B.T Réalisé par Antonio Campos Avec Ezra Miller, Emory Cohen, Rosemarie DeWitt, ... Année de production : 2008 Sortie française le 1er octobre 2008 Les Films du président de Charles Antoine de Rouvre
A l'heure ou l'on rejoue les Temps Modernes, les Etats-Unis se cherchent un nouveau président. L'attention mondiale autour de cette élection renvoie à quelques éléments de compréhension : on est sans doute à un tournant historique, les cartes géopolitiques du monde bougent (et les J.O de Pékins ont aussi eu leur importance dans ce sens) et les USA restent perçus comme les grands garants de l'équilibre de la planète, en particulier de ces valeurs démocratiques. Cette idée plus ou moins fantasmée - car non les USA ne sont pas seuls au monde - a été largement fantasmée par Hollywood. L'industrie américaine du cinéma n'a cessé de promouvoir haut et fort les valeurs américaines, de s'inspirer largement des contextes politiques successifs du pays. Et une figure reste tout à fait centrale : celle du président des Etats-Unis. La figure du président est récurrente dans le cinéma américain, qu'elle soit sérieuse, idéologique, ou même ricannante voire anecdotique, il n'est pas de cinéma américain sans un président tutélaire, une Maison Blanche omniprésente même si seulement dissimulée dans le décor.
Ce personnage du président fascine donc, et pas seulement les américains. La chaîne de télévision TCM (Turner Classic Movie) propose tout au long du mois d'octobre une programmation riche et éclectique autour de ce personnage du président US. Les films proposés le jeudi soir sur la chaîne - disponible en clair tout au long du mois d'octobre - mettront ainsi sur le devant de la scène certains présidents du cinéma américain. Un point d'orgue ? L'élection du 4 novembre bien sûr et le duel, bien réel cette fois, entre Obama et McCain. La chaîne programme également un documentaire de 52 min intitulé Les Films du président, lequel permet de faire en quelques sorte la synthèse autour de cette question de la place du président dans les films hollywoodiens. A l'invitation de TCM, LATERNA MAGICA et quelques autres blogueurs cinéphiles (et politiques) ont été conviés jeudi dans les locaux de la chaîne à la présentation du documentaire. Les Films du président suit une chronologie évolutive mais n'ambitionne jamais un regard historique sur la question. Le film s'intéresse à tout à fait autre chose, à l'image du président qui est renvoyée dans les films. Certains films importants tel Docteur Folamour (Kubrick, 64) n'y trouvent donc pas leur place. La démarche reste intéressante même si l'on regrette très fort que certains extraits de films soient proposés en VF...
Revenons au docu à proprement parler. Ce qui marque avant tout c'est cette mythologie née peut-être des films. Hollywood a réussit à imposer des codes simples immédiatement identifiable : le bureau ovale, un téléphone, Air Force One autant d'éléments récurrents dans ces films de président et que le spectateur, américain ou non, reconnaît immédiatement. Témoin dans le documentaire, Edouard Baer rappelle cette chose très juste : au cinéma, la Maison Blanche c'est un plan large alors que l'Elysée, pour la France, ca ne peut qu'être un plan serré depuis la Cour. Du reste, il est probable que même les français en général ne sauraient vous dire à quoi ressemble notre palais présidentiel, alors même que la Maison Blanche est identifée par n'importe quel quidam dans le monde... Hollywood, fortement attaché aux symboles et pas seulement concernant l'image de son président, représente d'ailleurs à sa façon le pouvoir français. Exemple dans Mars Attacks, ou dans le bureau du président incarné par Barbet Schroeder, la fenêtre dans son dos donne pleine vue sur La Tour Eiffel...
Les films du président met en lumière l'influence du cinéma sur les politiques. Une idée qui fonctionne aussi dans l'autre sens : la mise en scène très spectaculaire des meetings (cf Sunrise at Campobello, 1960), l'influence considérable de l'image (cf. le débat télé Nixon vs JFK), ou comment le cinéma à finalement anticipé toutes les possibilités de président pour les Etats-Unis : une femme présidente (Kisses for my président, 1964), un Noir (Deep Impact, 1998) etc. En Europe la figure du président est plus rare. Sans doute les raisons sont culturelles. Notre héritage est latin, celui des Empereurs romains et de nos Rois, lesquels cachaient tout et à raison puisque bon nombre d'entre eux ont été renversés. Même aujourd'hui, en France la culture du Secret Défense prévaut quand aux USA, on parlera plus volontiers de culture de la transparence.
A savoir mettre en scène leurs présidents, réels ou fictifs, Hollywood à construit une partie de son empire et de son emprise sur le cinéma mondial. Harold et Kumar ont très récemment ridiculisés Bush Jr, alors que dans le même temps, Oliver Stone s'apprête à sortir un autre film sérieux cette fois, sur ce président pourtant toujours en place. La censure n'existe pas de ce point de vue et Hollywood profite de sa liberté de ton quasi illimitée pour s'emparer de tous les sujets, même les plus épineux, et toujours avec un savoir faire extraordinaire...
Benoît Thevenin
Diffusions du documentaire Les films du président :
|
|
|