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L'Art de la pensée négative (Kunsten å tenke negativt) de Bard Breien

Critique initialement publiée le 23 octobre 2008

 

 

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Fuck Them all ! Le ton est donné et l'affiche ne ment pas. Geirr vit dans un fauteuil roulant suite à un accident dont on ne se saura jamais rien. Son handicap l'a rendu aigri, en colère, y compris contre cette épouse bienveillante qui continue de l'aimer. Son mal être, Geirr l'exprime par son cynisme. Il trouve dans la musique de Johnny Cash et les films sur la guerre du Vietnam, auquel il s'identifie, un réel réconfort quand la vie l'agresse. A l'extrême opposé de la façon d'être de Geirr, Tori coach un groupe d'handicapés et leur enseigne la pensée positive pour surmonter leurs souffrances et leurs solitudes. La méthode phare consiste à murmurer ses colères dans un sac. Tori et son groupe viennent chercher Geirr, avec l'espoir de le convertir lui aussi à la pensée positive. Geirr n'est absolument pas disposé à se laisser embobiner par la méthode bien-pensante de Tori et s'engage dans une confrontation brutale qui ne sera pas sans effet thérapeutique.

Les films mettant en scène le handicap sont rares, sans doute car le sujet peut sembler assez peu porteur. La société est telle qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans la relation qu'entretiennent souvent les valides avec les handicapés. Ces derniers en seraient presque les freaks des temps modernes. C'est ce rejet, cet ostracisme dont nous valides somment souvent coupables qui nourrit la colère de Geirr. Sa colère est légitime même si elle ne fait que la marginaliser davantage.

 

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Sur un ton très caustique, souvent provocateur (L'art de la pensée négative est une comédie noire, très noire même), Bard Breien met en scène - dans le huit clos de la maison de Geirr - les multiples confrontations qui vont découler de la rencontre en Geirr et les cobayes de Tori. La confrontation la plus évidente tient aux méthodes. Geirr jette le sac des mauvaises pensées par terre et s'ingénie à opposer son art de la pensée négative  bien personnel. L'attitude de Geirr choque dans un premier temps, car il rejette l'aide qu'on lui propose. Elle choque surtout parce que Geirr exprime ses rancunes sans la moindre délicatesse et paraît de fait particulièrement mauvais. Geirr par son attitude révèle pourtant tout autre chose : valide ou pas, tout le monde est malheureux. Derrière les sourires figés des uns, se dissimulent bien sûr des fissures que Geirr, lui, exprime sans pudeur. Le groupe débat donc avec Geirr pour évaluer du degré de  détresse des uns et des autres, dans le but de faire comprendre à Geirr qu'il n'est pas forcément le plus malheureux. La scène représente un moment de bascule important. On rit beaucoup tant cette confrontation là relève en fait de l'absurde. Elle révèle pourtant les personnages.

 

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En écho à cette scène, Geirr fait rejouer le jeu de la roulette russe de Voyage au bout de l'enfer. C'est évidemmment là que chacun réalise que malgré sa détresse il tient à la vie. Entre temps, d'autres discensions sont apparues. L'hypocrisie de certains valides est levée, les tensions de couples se révèlent. Surtout, l'art très abrupte de la pensée négative telle que l'enseigne Geirr montre les personnages pour ce qu'ils sont. Chacun semble enfin s'assumer.

L'art de la pensée négative est un film assez curieux mais mérite véritablement la peine que l'on s'y intéresse. Le film de Bard Beien , jeune réalisateur norvégien dont il s'agit du premier long-métrage, est à rapprocher du Festen de Thomas Vintenberg : un même esprit Dogme, un propos très noir, un huis clos d'où surgissent une brutalité et une conscience des choses. Ce qui différencie les deux films, c'est sans aucun doute cet humour très noir, très caustique dont le personnage de Geirr est le principal artisan. On peut rire de tout, c'est connu, et pour ceux qui se poseraient la question, oui on peut rire des luttes intrinsèques de ce film. Car le film n'est pas fatalement nihiliste. L'horizon finit par se dégager un peu, le message est porté, les personnages trouvent enfin leur dignité. 

 

Benoît Thevenin

  

 

  
Film Annonce - L'Art de la Pensée Négative
envoyé par LittleStoneDistribution



L'Art de la pensée négative - Note pour ce film :
Réalisé par Bard Breien
Avec Fridtjov Såheim, Kjersti Holmen, Henrik Mestad, ...
Année de production : 2006
Sortie française le 26 novembre 2008

Hunger de Steve McQueen

Texte initialement publié le 27 mai 2008


 

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Caméra d'or, Cannes 2008

Le conflit entre la Grande-Bretagne et l'IRA aura inspiré quelques films inoubliables, Au nom du père en tête. Préparez-vous avec Hunger à un choc comparable. Présenté cette année en ouverture de la section Un Certain Regard à Cannes, Hunger est le premier long-métrage de cinéma du plasticien britannique Steve McQueen. L'homonymie du réalisateur avec l'un des acteurs cultes de l'histoire du cinéma obligeait déjà à une certaine curiosité. Elle est vite dépassée par le film lui-même, son intérêt, la force et l'émotion qu'il dégage. Avec Hunger, et on a pas peur de s'engager sur le sujet, on vous garanti que Steve McQueen trouve déjà une place de choix dans l'histoire du septième art. Mais qu'est-ce qui fait qu'Hunger puisse être un film majeur ?

 

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Le sujet est difficile : les grèves de la faim de prisonniers de l'IRA au début des années 80. Ce qui est d'abord impressionnant c'est cette façon qu'a le cinéaste de n'épargner aucune douleur, aucune violence mais avec un regard tel que le spectacteur n'est qu'interrogé, peut-être choqué, mais jamais repoussé dans ses retranchements. Steve McQueen a trouvé l'exact juste-milieu pour raconter cette histoire et ce n'est pas si évident à décrire. Certain reprocheront peut-être au cinéaste de faire de l'art en se servant de ce contexte humain intolérable. La forme est sublime, oui, mais adaptée au propos. Le film est impressionnant visuellement sans pour autant que la mise en scène soit tape-à-l'oeil, prétentieuse ou quoique ce soit du même ordre. Cette mise en scène est forte parce que subtile, sensible, discrète.

 

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Hunger, pour être plus précis, raconte le combat singulier de Bobby Sands, un militant de l'IRA initiateur des grèves de la faim et décédé en martyr. Pour incarner Bobby Sands un acteur encore méconnu, Michael Fassbender vu récemment dans Eden Lake, film de série B insignifiant. L'implication de Michael Fassbender dans son rôle est juste sidérante.

 

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Le point de rencontre clé entre le regard de Steve McQueen tel que nous l'avons décrit et l'incarnation de Bobby Sands par Michael Fassbender se trouve dans l'hallucinante séquence centrale du film : un plan-séquence fixe de 22 minutes à vous glacer le sang. Cette séquence est pourtant dès plus simple dans son dispositif : une table et deux personnages en face à face. La séquence est clée car elle pose tout l'enjeu intellectuel lié à cette grève de la faim. Le débat oppose un prêtre à Bobby Sands avec en point d'orgue cet inéluctable choix de poursuivre le combat jusqu'au bout, jusqu'a la mort. La problématique humaine est soudée à la problématique politique et ne peut qu'interpeller. On aurait vite fait, d'autant plus que l'on a du recul par rapport à cette histoire et encore plus parce que l'on n'est ni  anglais ni irlandais, de prendre parti pour l'humain avant-tout. C'est inévitable et on ne l'évite pas. Le point d'équilibre, c'est Steve McQueen qui le trouve, sans parti-pris ni démagogie.

 

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Pourtant, le point d'équilibre était sur le papier impossible à tenir. Steve McQueen y parvient et on ne sait toujours pas comment. On ne le sait pas car le film se poursuit sur la lente et insoutenable dégradation physique que subit le corps de Bobby Sands. Le regard du spectateur est là mis à l'épreuve mais Steve McQueen, sans doute du fait de son expérience unique de plasticien reconnu trouve la distanciation juste, et évite de fait tout pathos, tout misérabilisme.

Ce qui choque le plus dans ce film, ce sont les injustices et les violences que subissent les prisonniers dans cette prison. Hunger est un film indispensable pour toutes les questions qu'il pose au spectateur ; indispensable aussi pour ses qualités plastiques. Indispensable et impressionnant, notamment pour la performance proprement sidérante de Michael Fassbender. Souvenez-vous de l'effrayante prestation de Christian Bale dans The Machinist... Fassbender repousse les limites plus loin encore, s'est probablement mis en danger avec ce rôle, et pourtant on n'est pas horrifié mais seulement étrangement fasciné. Le scandale est ailleurs.

 

Benoît Thevenin

 

    
 
 


Hunger - Note pour ce film :
Réalisé par Steve McQueen
Avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Stuart Graham, ...
Année de production : 2008
Sortie française le 26 novembre 2008

Une Famille chinoise (In Love we trust/Zuo You) de Wang Xiaoshuai


Ours d'Argent, Berlin 2008
Paris Cinema 2008, En compétition

 

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Un couple divorcé (Mei Zhu et Xiao Lu) apprend que leur petite fille, Hehe, est atteinte d'une leucémie. Une greffe de moelle osseuse est nécessaire mais aucun des deux parents n'est compatible. Au delà de l'épreuve médicale, la maladie de Hehe va contaminer les rapports qu'entretiennent les deux parents avec leurs partenaires respectifs...

 

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Wang Xiaoshuai n'est pas forcément le cinéaste chinois le plus connu. Il jouit néanmoins d'une assez bonne réputation, et est souvent primé dans les festivals internationaux. Shanghaï Dreams, son avant-dernier film était en compétition à Cannes en 2006. Avec Une Famille Chinoise (aka In Love we trust) Wang Xiaoshuai à remporté l'Ours d'argent du meilleur scénario lors de la dernière Berlinale. 

 

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Le pitch laisse entrevoir un classique et larmoyant mélo. Il n'en est rien. Wang Xiaoshuai installe son intrigue autour de ce cas d'une petite fille atteinte d'une leucémie mais la développe autour de la gestion faite par les parents de cette maladie. L'attention est d'abord focalisée sur la mère, son extrême dignité alors même qu'elle endure toutes les souffrances psychologiques possibles. Si elle est bien aidée par un mari bienveillant et un ex-époux encore assez prévenant, Mei Zhu est d'abord la victime d'un contexte qui l'étrangle. L'enjeu est évident : sauver Hehe, une petite fille qui n'a évidemment rien demandé à personne. Les moyens sont en revanche plus limités : une situation familiale complexe du fait du remariage ; des amants qui se retrouvent impliqués de fait dans une histoire très personnelle qui ne les concerne pas ;  la politique familiale chinoise très stricte et qui condamne presque à elle seule Hehe ; la pression sociale aussi, compliquent considérablement une donne à solution pourtant unique. Il faudra enfanter un petit frère ou une petite soeur pour espérer offrir à Hehe la possibilité de vivre.

 

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Ce qui intéresse le cinéaste, c'est l'humain, sa capacité de réaction, d'adaptation. Chacun des quatre personnages adultes est une victime collatérale de la maladie de Hehe. Leurs problèmes ne peuvent pourtant qu'être dérisoires face à la cinglante maladie qui affecte l'enfant. Ainsi, les adultes sont tous confrontés à des décisions qui les font souffrir au plus profond d'eux même mais avec lesquelles ils devront vivre, quitte à ravaler leur fierté. Les compromis ne sont évidemment pas faciles à entretenir et la tentation du cynisme est toujours bien là. Pourtant, les personnage s'avèreront tous exemplaires, parfaitement digne malgré la cruauté qu'on leur impose.

 

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Wang Xiaoshuai, découvert avec So Close to paradise puis avec Beijing Bicycle, sa version du Voleur de Bicyclette de De Sica, nous avait également impressionné avec La dérive, dans lequel il auscultait la jeunesse chinoise et son rapport avec les Etats-Unis. La maturité exceptionnelle de cette Famille Chinoise légitime tout à fait l'Ours d'argent reçu à Berlin au début de l'année. Wang Xiaoshuai ne cède jamais à un quelconque chantage émotionnel. Le cinéaste examine avec pudeur et sensibilité la complexité de la société chinoise conjointement à celle du drame intime. Par certains aspects, Une Famille chinoise rappelle un peu Secret Sunshine, l'extraordinaire film du coréen Lee Chang Dong.  Et à la fin, malgré les blessures, c'est l'humain qui triomphe. 

 

Benoît Thevenin


Une Famille chinoise - Note pour ce film :
Réalisé par Wang Xiaoshuai
Avec Liu Weiwei, Jiayi Zhang, Chen Taisheng, ...
Année de production : 2007
Sortie française le 12 novembre 2008

Johnny Mad Dog de Jean-Stéphane Sauvaire

 

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Johnny Mad Dog, 15 ans, dans un pays d'Afrique ravagé. Il est le chef d'une milice barbare ou avec ses compagnons sanglants, surnommés No Good Advice, Young Major ou encore Small Devil, il pille, tue à la machette, viol, sans discernement et sans aucun état d'âme, tout ce qui se présente face à eux. Le parcours de cet escadron de la mort est d'autant plus choquant qu'ils ne sont que des gamins à l'humanité déjà évaporée.

Le film a une force brute indéniable. Il s'agit incontestablement de l'oeuvre la plus cinglante de l'année, du coup de poing le plus difficile à encaisser. K.O sans même être compté. Et il sera difficile de se relever. Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, le film a retourné a peu près tous ses spectateurs de la Croisette, par la force brute du propos, mais aussi par l'efficacité d'une mise en scène qui colle à cette réalité la plus sordide.

 

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Est-ce que Johnny Mad Dog provoquera une réaction autre que ce simple émoi ressenti inévitablement par ce déchaînement de violence résolument réaliste ? La question mérite d'être posée tant, au moins une heure durant, le film fonctionne sur un principe très semblable à Stress, le fameux clip (voir la vidéo) de Romain Gavras pour le groupe Justice. Les questions que soulèvent Johnny Mad Dog sont néanmoins moins tendancieuses, moins détournées, moins en phases aussi avec la réalité de notre société. Le questionnement est ici plus viscéral, plus à fleur de peau. Le résultat est néanmoins assez semblable pour le spectateur, condamné à assister impuissant à un déchaînement a priori arbitraire de violence extrême.

 

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Ainsi, le film ne s'adressera certainement pas à tout le monde, il faut avoir envie de se confrontrer au réalisme de cette violence là. Un réalisme d'atant plus insupportable, d'une certaine manière, que l'on sait que les enfants qui composent cet escadron de la mort, ne jouent pas vraiment... Ils réincarnent des fonctions qui étaient réellement les leurs dans le passé pas si lointain de leurs vies. Johnny Mad Dog impressionne de fait véritablement et à plus d'un titre, surtout que le dernier quart d'heure permet de supposer quelques réponses à nos questions, de déceler une certaine humanité chez ces barbares que l'on imaginait peut-être pas, dans le confort de nos fauteuils occidentaux, exister encore.

 

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Le film est réalisé par Jean-Stéphane Sauvaire, cinéaste rompu aux style documentaire puisque l'on se souvient de l'explosif docu Carlito Medellin en 2003, et produit par Mathieu Kassovitz.

B.T

 

     

 
 


Johnny Mad Dog - Note pour ce film :
Réalisé par Jean-Stéphane Sauvaire
Année de production : 2007
Sortie française le 26 novembre 2008

The Broken de Sean Ellis

Texte initialement publié le 26 janvier 2008

 

19003132_w434_h_q80En compétition, Fantastic'Arts Gérardmer 2008. Il y a un an, Sean Ellis nous proposait son premier long-métrage, Cashback. Le cinéaste change cette fois de registre et passe au fantastique avec The Broken, un film assez troublant. L'intrigue tourne autour d'une famille et, plus particulièrement, d'une jeune femme radiologue apparemment épanouie. Au cours d'un repas familial, un miroir se brise. D'autres exploseront ensuite dans des circonstances toujours très étranges. Ces miroirs brisés coïncident avec l'apparition de doubles des personnages. Et c'est forcément troublant. Sean Ellis confirme avec cette histoire son talent de metteur en scène tant son travail de cinéaste est précis et sophistiqué. Cette rigueur coïncidait de manière assez exceptionnelle avec le ton naïf de Cashback. Cette fois, elle colle tout aussi bien avec l'atmosphère lourde et oppressante qui pèse sur tout le film. Dans The Broken, Sean Ellis joue avec les perceptions des spectateurs. Après s'être ingénié à distordre le temps dans Cashback, cette fois le cinéaste manipule l'espace, et toujours avec ce même brio. L'étrangeté du film crée une sorte de malaise. Précis et habile, The Broken est finalement un film assez fascinant.

A noter aussi une distribution des rôles originale et éclectique : Lena Headey, Melvil Poupaud, Ulrich Thomsen, Richard Jenkins et Michelle Duncan (découverte dans Reviens-Moi).

 

B.T

 

 

 

   
 
 


The Broken - Note pour ce film :
Réalisé par Sean Ellis
Avec Lena Headey, Richard Jenkins, Melvil Poupaud, ...
Année de production : 2007
Sortie française le 26 novembre 2008

Stella de Sylvie Verheyde

 

 

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1977. Stella rentre en 6e dans un lycée parisien vers lequel elle n'était a priori pas prédestinée. Un "lycée de riches", soit disant, pour une fille de patron de bar. Stella a 12 ans, n'a d'amis que les pilliers de bars qu'elle retrouve le soir à la sortie de l'école. Stella est une petite fille sage et attachante. Elle se lie d'amitié avec une fille de sa classe, tellement plus qu'elle : plus ouverte sur les autres, plus riche, meilleure à l'école. Malgré toutes ses difficutés, malgré un contexte familial lourd, Stella ne se résigne pas, ne jalouse pas son amie mais on contraire y trouve le modèle sur lequel s'appuyer.

Cinéaste discrète, Sylvie Verheyde sublime ici tout le bien que l'on pensait de son travail. Il y a presque dix ans, en 1997, elle se révélait avec Un Frère, très beau premier film dans lequel on trouve déjà là en gestation tout ce qui fait le charme de Stella : une famille de comédiens qui se compose dans cet univers singulier, une caméra discrète et légère, une pudeur mélancolique, des choix musicaux assez bouleversants... Avait suivi en 2000, Princesses, film déjà plus inégal et donc décevant. On avait ensuite quelque peu perdu de vue Sylvie Verheyde... jusqu'à cette année (1).

 

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En mai dernier, nous découvrions Sang froid, téléfilm réalisé pour Arte dans lequel était notamment réunis, aux côtés de Laura Smet, Stomy Bugsy et Benjamin Biolay, deux artistes d'abord chanteurs et qu'a priori tout sépare. Sang froid aura marqué le retour de Sylvie Verheyde. On y reconnaissait la sensibilité entrevue jusqu'alors dans ses films.

Arrive Stella, chronique douce-amer d'une année charnière de la vie d'une enfant déjà adulte dans sa tête. On se doute vite des accents autobiographiques de cette histoire et cela renforce peut-être l'affect pour ce film. Stella est timide, un peu naïve par rapport au système scolaire, mais doté d'un caractère bien trempé. Stella a grandit au milieu des pilliers de bars, sert des demis en rentrant de l'école. On pourrait la croire déjà déterminée socialement mais ce serait balayer d'un revers de la main la chance offerte par l'école.

 

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Stella est une enfant en difficulté, qui n'est pas préparée aux études dans ce collège. Elle est larguée mais s'accroche tant qu'elle peu, se lie d'amitié avec une fille qui va l'aider, sans doute inconsciemment. Le film se construit comme celà, avec beaucoup de légèreté malgré un contexte familial tendu. L'innocence de cette enfant ne sera pas longtemps préservée mais c'est tout de même avec son regard de petite fille que l'on voit le film. On a donc beaucoup de tendresse pour chacun des personnages, pour ce père fragile et paumé (Benjamin Biolay), pour cette mère adultère qui lutte (Karole Rocher), pour ces quelques habituées du bars que l'on devine plus ou moins marginaux (Guillaume Depardieu, Jeannick Gravelines)...

 

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La trajectoire empruntée par Stella alterne selon un savant mélange, sourires et gravité. La vie est faite de heurts pour tout le monde, et Stella n'est pas une privilégiée. Au contraire, elle se bat avec ses moyens, trouve refuge à ses craintes dans les livres, se fait de Marguerite Duras une sorte d'ainée qui la guide etc. Stella ne devra jamais rien à personne et c'est aussi ça qui fait que ce personnage est si beau.

 

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Le film lui-même est une ode magnifique ; à l'école notamment, à ces vertus si souvent décriées ces dernières années. On ne note aucun excès de sensiblerie, c'est même tout le contraire. Le film est juste ; juste par rapport à la distance opérée par rapport aux instants clés de la narration, juste par ses choix musicaux (des standards de l'époque mêlés à des mélodies plus douces, notamment la superbe chanson finale chantée par la réalisatrice elle-même), juste par la direction des acteurs. La jeune Léora Barbara dans le rôle de Stella et à ce titre une magnifique découverte. On reconnaît presque en elle, dans les expressions de son visage, dans sa fragilité toute relative, l'actrice anglaise Rose Byrne (héroïne notamment de la série Damages). Les autres acteurs sont tous magnifiques. Il y a les habitués de cet univers de Sylvie Verheyde : Karole Rocher, la mère, déjà vue dans Un Frère et Princesses ; idem pour Jeannick Gravelines ; Benjamin Biolay, le père, dirigé lui dans Sang-froid. Et puis il y a Guillaume Depardieu, dans l'un de ses derniers rôles, et qui habite son personnage et l'écran comme à son habitude. Ses choix de films ces dernières années (Ne Touchez pas la hache, La France, Versailles, De la Guerre, Stella...) auront toujours été précieux. Il va donc beaucoup nous manquer.

 

B.T

(1) Sylvie Verheyde à cependant réalisé le téléfilm Un Amour de femme en 2005 (avec Anthony Delon et Hélène Fillières). Elle est aussi la scénariste de Scorpion de Julien Seri (avec Karole Rocher). Elle chante par ailleurs, et très bien, comme le prouve la Chanson de Stella entendu en générique de fin du film.

 

 

     



Stella - Note pour ce film :
Réalisé par Sylvie Verheyde
Avec Léora Barbara, Karole Rocher, Benjamin Biolay, ...
Année de production : 2007
Sortie française le 12 novembre 2008

Le jour où la Terre s'arrêta (Day the Earth Stood Still) de Robert Wise

 

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Une soucoupe volante se pose dans un jardin de Washington, la capitale des Etats-Unis. La population se réunit pour accueillir cette preuve de vie extra-terrestre, par une curiosité teintée de méfiance. L'être qui sort le premier de l'engin a tout d'un humain. Et le premier message qu'il délivre est en anglais "Nous somme venu en paix et nos intentions sont bonnes"...

Lorsqu'il réalise Le Jour où la Terre s'arrêta, Robert Wise est encore un très jeune cinéaste, principalement connu pour être l'auteur de Nous avons gagné ce soir, un film noir autour de la boxe. Nous sommes alors en 1951, le monde se relève doucement de la fin de la seconde guerre mondiale mais entre simultanément dans une période qui sera longue de tensions politiques très lourde entre les Etats-Unis et le bloc communiste. Le contexte politique est éminemment important puisqu'il explique l'existence même de toute une série de films - de sciences-fictions notamment - qu'ils soient agressifs, paranoïaques, ou bien pacifiques.

 

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Le Jour où la Terre s'arrêta correspond à cette dernière catégorie. Klaatu l'extra-terrestre est effectivement venu délivrer un message de paix. Son arrivée suscite diverses réactions, la plupart sceptiques et inquiètes. La question est même vite posée de savoir si cet engin n'aurait pas été envoyé directement par l'URSS. Klaatu, lui, souhaite réunir les dirigeants du monde entier pour leur faire parvenir son message. En pleine Guerre Froide, cette réunion est difficilement envisageable. Pourtant, l'avenir de la planète toute entière semble en jeu.

Klaatu s'échappera des locaux dans lequel il est retenu. Il éprouve le besoin de se mêler aux humains pour mieux les comprendre. Sa fuite inquiète cependant et il se réfugie dans une maison dans laquelle il loue une chambre. Il se lie vite avec les occupants, par sa courtoisie et ses bonnes manières. Klaatu semble être un parfait être humain, bien éduqué etc. Le garçon de la famille le suit, se découvrant là un ami. 

 

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A travers le personnage de Klaatu, le film souhaite véhiculer un message anti-miltitariste et pacifique. Pour celà, la symbolique religieuse prend une importance centrale dans la narration. Klaatu arrive du ciel, il est un héros messianique. Il se mêle aux hommes sous le nom de Carpenter (Charpentier si l'on francise), convint quelques personnes de suivre son engagement et achève son parcours par une prêche salutaire. Néanmoins, le film dépasse le seul domaine de l'allégorie religieuse. Le Jour ou la Terre s'arrêta ausculte aussi la société de l'époque, quelques une de ses vicissitudes. Est surtout pointé du doigt l'égoïsme forcené de quelques hommes.

 

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Klaatu met en jeu le devenir pur et simple de la Terre. On comprend par là, évidemment, que ce qui inquiète d'abord ce sont ces guerres qui meurtrissent l'humanité et menacent encore avec la Guerre Froide. Ce qui inquiète surtout, c'est donc la bombe atomique. La science n'est pas dénigrée pour autant. Si Klaatu a pu effectuer ce long voyage, c'est grâce à l'avance scientifique que sa civilisation a. Klaatu démontre ainsi que le nucléaire ne sert pas qu'à faire la guerre. En homme de noble intention, il n'hésite d'ailleurs pas a aider un éminent scientifique dans ses travaux relatifs au nucléaire civil.

 

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Klaatu est de fait le seul personnage du film toujours parfaitement droit, sûr de lui et de sa force. Autour de lui, les personnes doutes, se méfient, révèlent des fragilités totalement indiscernables chez l'extra-terrestre. Sa civilisation a acquis le bon sens de la civilité constante et il en est le parfait représentant. Le garant est un robot de l'espace, lequel a les pleins pouvoirs pour annihiler toute menace dès lors qu'elle se manifeste. Klaatu peut donc délivrer son message. L'humanité ne doit pas permettre l'escalade de la violence. Si la Terre, dans son élan conquérant venait à représenter une menace pour l'équilibre des relations entre les différentes planètes habitées, alors elle devrait en subir les conséquences. Evidemment, ce message est tout entier adressé aux dirigeants opposés dans cette guerre froide qui menacaient alors le monde d'une possible escalade meurtrière et même d'une éventuelle apocalypse nucléaire...

 

B.T

 

 

    
 
 


Le Jour où la Terre s'arrêta - Note pour ce film :
Réalisé par Robert Wise
Avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe, ...
Année de production : 1951



Rock'NRolla (RocknRolla) de Guy Ritchie

Texte initialement publié le 30 octobre 2008 

 

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Il y a dix ans, Guy Ritchie faisait une entrée fracassante sur la scène ciné-pop avec un style débridé, quelque peu racoleur quand même, mais aussi une énergie rare au service d'une intrigue foisonnante. On parle bien sûr d'Arnaques, Crimes et botanique et de Snatch. Rapidement devenu culte, Guy Ritchie allait vite se perdre avec A la dérive d'abord, ou il dirige Madonna qu'il épousera dans la foulée ; puis Revolver ou le réalisateur semblait avoir perdu toute inspiration. Guy Ritchie n'a donc jamais fait l'unanimité, sinon contre lui. Là, avec sa nouvelle livraison, il devrait au moins se remettre dans la poche les fans de ses débuts.

 

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Le Rock'n'rolla est un cannibale des temps modernes. Il veut tout, le succès, le plaisir, l'argent, la grandeur, la perdition etc. Il ne se conçoit que dans l'excès et l'extrême. Rock'nRolla, le film, reste déjà dans la lignée thématique des autres films de Ritchie. Il est le cinéaste de l'escroquerie par excellence.

 

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Rock'NRolla se construit selon un système pyramidal, avec au moins trois niveaux d'écrocs, lesquels luttent les uns contres les autres en ordre dispersé. Derrière chaque figure, il y en a un autre qui tire les ficelles. En clair, c'est un vaste bordel. Le bordel, il est à l'écran aussi, même si très contrôlé. Ritchie cherche ostensiblement à renouer avec ce qui a fait la force de son style. Il expérimente, tente de bouleverser les codes, d'insuffler une énergie par le seul montage. Et c'est la son seul but, dynamiser le récit en permanence.

 

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Le film se veut donc barré, jubilatoire, et cherche de fait constamment le décalage. Guy Ritchie a retrouvé son sens de l'humour et certains dialogues sont assez cultes. Le décalage s'opère aussi dans la caractérisation des personnages. Il y a le gangster homo qui tente de séduire son boss, la racaille qui prend son pied devant Les Vestiges du jour d'Ivory, la jolie comptable qui organise en sous-main l'arnaque des arnaqueurs, ou encore les mafieux russes propremement indestructibles. La galerie n'est pas exhaustive.

Rock'NRolla, c'est du cinéma pop(corn) par excellence, débridé, décomplexé, totalement dénué de sens, mais complètement fou et explosif. Maintenant, Ritchie va s'attaquer à Sherlock Holmes. Sir Conan Doyle doit déjà se retourner dans sa tombe.

 

Benoît Thevenin

 

 

     
 
 


Rock'NRolla - Note pour ce film :
Réalisé par Guy Ritchie
Avec Gerard Butler, Tom Wilkinson, Mark Strong, ...
Année de production : 2008
Sortie française le 19 novembre 2008

Home Sweet Home de Didier Le Pêcheur

Critique initialement publiée le 30 octobre 2008

 

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Avec Didier Le Pêcheur, on ne peut s'attendre qu'a un film hors des sentiers battus, un peu décalé. Home Sweet Home est plus sage que ses précédents, l'excellent Des Nouvelles du bon dieu, et le beaucoup plus troublant J'aimerais pas crever un dimanche. Plus sage et beaucoup moins intéressant à vrai dire, même si l'on souri à maintes reprises.

Tout commence par une rencontre en bas d'une cage d'escalier. Claire (Judith Godrèche) croise une dame qui se plaint de ses malheurs : son père est mort. Claire, l'esprit plongé dans son courrier plutôt qu'à l'écoute de la plaintive répond par un cinglant

- Y'a des choses plus graves dans la vie

- Ah bon ? Quoi ? Dites !

- Ben je sais pas...

- Remarquez, vous avez raison. C'était un con...

 

 

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Le film est lancé. Judith Godrèche monte dans son appartement, découvre son fiancé dans les bras d'une autre, et décide après cette malheureuse découverte de quitter Paris et de retrouver sa petite ville dans le Cher, ou vit son père (Daniel Prevost). Ce dernier cohabite depuis trente ans avec un autre homme (Patrick Chesnais) et les deux ne cessent de se chamailler tel un vieux couple. Parallèlement à l'arrivée de Judith. Un inspecteur de la criminelle (Alexandre Astier) débarque dans la ville pour enquêter sur la mort suspecte du photographe de la ville...

 

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Il ne fait pas forcément bon de rentrer chez soi et Claire va le vérifier à ses dépends. Tout au moins, de vieux secrets vont rejaillir à la surface et Claire n'était pas forcément venu pour ca. Home Sweet Home est donc le récit de se séjour mouvementé en province. Le film est assez inégal, s'essoufle par moment, mais amuse tout de même. Tout tient en fait sur les épaules du duo de flics enquêteurs : Alexandre Astier est délicieux de détachement et de lucidité. Il fait surtout équipe, bon gré mal gré, avec un type complètement barré, un incompétent de premier choix à l'esprit de logique parfaitement inexistant (Raphael Lenglet). Le film a tendance à se chercher entre plusieurs tonalité, quitte à se perdre en neutralité. Le duo Astier/Lenglet supporte finalement tout le poids du film. Ils son hilarants du débuts à la fin, ce qui contrebalance fortement avec le caractère monotone du reste. Daniel Prevost et Patrick Chesnais sont pourtant très bien. Home Sweet Home trouve donc son sens et son intérêt dans le décalage opéré par les policiers, mais le film dans son ensemble n'est qu'anecdotique et mineur, un peu bancal et laborieux. Didier Le Pêcheur nous avait habitué à mieux.

 

 

Benoît Thevenin

 

 

  
 


Home Sweet Home - Note pour ce film :
Réalisé par Didier Le Pêcheur
Avec Judith Godrèche, Patrick Chesnais, Daniel Prévost, ...
Année de production : 2007
Sortie française le 19 novembre 2008

Les Bureaux de Dieu de Claire Simon

 

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Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2008

Il y a en ce moment dans vos salles, un film absolument miraculeux et important, Les Bureaux de Dieu. Il peut être difficile pour un homme que d'évoquer ce film, mais il est fondamental que les hommes s'intéressent eux-aussi à ce petit univers.

Tout se déroule entre les murs d'un établissement du planning familial. Les femmes, jeunes ou moins, se préoccupent de leurs grossesses encombrantes, ou cherchent le moyen de la prévenir. Elles racontent leurs histoires, toujours très singulières, et dialoguent avec des conseillèrent à l'écoute de leurs problèmes.

Le film est admirable à plusieurs titres. Parce qu'il pose une grande variété de problématiques et les interroge. C'est notre rapport à la société en général qui est aussi en cause. Evidemment, ce sont d'abord des destins personnels qui sont ainsi scrutés. Chaque expérience est on-ne-peut plus intime et se gère au cas par cas.

 

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Les femmes qui viennent trouver des réponses à leurs questions en cet endroit, sont toutes très différentes. Très jeunes, ou très expérimentées, fragiles, malades, ou parfaitement en forme. Elles viennent d'horizons sociaux très larges, de quartiers défavorisés aussi bien que de la bourgeoisie. Les personnes défilent et permettent un brassage des profils. L'enjeux réside à chaque fois dans le dialogue, car il est trop important pour être résolu sur un coup de tête. Une grossesse, celà a fatalement des conséquences intimes et sociales et aucune femme n'est égale à ce sujet par rapport à une autre.

Les travailleurs sociaux sont de l'autre côté de la barrière. Leur travail pédagogique et d'écoute est impressionnant autant que déterminant. Pour autant, ces femmes - car il s'agit surtout de femmes - ont elles aussi des profile très différents les unes des autres, ont une expérience singulière de la vie qui leurs sont utiles dans leurs travaux sociaux.

 

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On imagine assez bien que chacune des spectatrices du film réagira à sa manière par rapports à tous ces témoignages. Toutes devraient se reconnaître  à un moment donné dans ces portraits. Peut-être aussi, ce film est une belle porte d'entrée pour les adolescentes qui hésitent encore à se livrer aux conseillères du Planning.

Et puis, si les hommes sont rares dans ce microcosme, ce n'est pas si normal que ca. Il est souvent question d'eux puisqu'ils sont les pères. Les hommes sont souvent exclus, ou s'excluent d'eux-même, de ce processus, mais leurs présences ne seraient pas forcément toujours encombrantes. Il n'est pas non plus évident pour un homme d'appréhender toutes ces questions qui peuvent tourmenter leurs compagnes, leurs soeurs, leurs mères. Voila donc pourquoi Les Bureaux de Dieu n'est surtout pas un film de bonnes femmes, mais un film qui s'adresse plus que jamais à tous.

 

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Le film de Claire Simon est basé sur des témoignages recueillis  entre 2000 et 2007. Les questions semblent toutes abordées. Le film est en tout cas profond est passionnant. D'autant plus passionnant que chacun des rôles est incarné à la perfection. Car si les travailleurs sociaux sont joués par des acteurs reconnus (Nathalie Baye, Isabelle Carré, Rachida Brakni, Nicole Garcia, Anne Alvaro, Michel Boujenah, Lolita Chammah, Emmanuel Mouret), les visiteuses sont elles incarnées par des actrices dans leurs premiers rôles. Et elles sont toutes admirables. Ainsi naît l'émotion, car la sincérité des témoignages, la façon parfaitement naturelle dont ils sont contés, renforcent le côté à fleur de peau du film.

 

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Les Bureaux de Dieu ressemble à tous points de vues à un documentaire même s'il fictionnalise une réalité entendue par ailleurs. Le dispositif de mise en scène est donc parfaitement adapté au contenu. En apparence, un constant champs/contre-champs, mais en caméra portée. La caméra est libre, son oeil attentif à certains détails dans les comportements. Et aussi, Claire Simon suscite le désir via sa mise en scène ; juste le désir de voir ce qui se passe hors-champs. Parfois, la caméra reste longtemps braquée sur une conseillère et le témoignage n'est entendu qu'en voix off. Le désir de contre-champs se manifeste naturellement. L'histoire nécessite une incarnation. Le contre-champs finit par arriver et révèle avec plus de force encore le caractère du témoin : le spectateur est ainsi forcé de se forger une opinion d'abord par le témoignage, avant ses préjugés liés aux physiques de toutes ses femmes. La caméra exclue aussi souvent les accompagnateurs, plus ou moins relativement. Les accompagnateurs sont pourtant essentiels mais s'ils sont exclus en partie par la mise en scène celà a à chaque fois du sens. Toutes ces femmes sont d'abord refermées sur elles-même parce que leur interrogations sont trop intimes. Le travailleur social permet l'éveil, un partage, une ouverture. Et les accompagnateurs, lorsqu'ils sont exclus par la mise en scène, ne le sont pas trop longtemps car au bout du compte il est nécessaire que ces femmes comprennent qu'elles ne sont jamais complètement seules.

 

B.T

 

   
 
 


Les Bureaux de Dieu - Note pour ce film :
Réalisé par Claire Simon
Avec Anne Alvaro, Nathalie Baye, Michel Boujenah, ...
Année de production : 2008
Sortie française le 5 novembre


L'Echange (The Changeling) de Clint Eastwood

Critique initialement publiée le 26/10/2008

 

 

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A quelques semaines d'intervalle sortent les nouveaux films de Woody Allen et de Clint Eastwood, deux cinéastes d'une même génération, tous les deux parmi les plus prolifiques. L'un a pris un virage résolument moderne depuis quelques années, l'autre proposant un cinéma toujours plus tourné vers le passé. Woody Allen n'est pas un grand cinéaste formel quand Eastwood l'est lui sans aucune ambiguïté. La comparaison entre les deux réalisateurs doit s'arrêter là, car elle n'a pas beaucoup de sens. Juste, Allen et Eastwood partagent un état de fait : leurs cinémas est dépositaire d'une véritable marque de fabrique.

L'Echange semble en apparence se démarquer des immédiats derniers films d'Eastwood, Mémoire de nos pères et Lettres d'Iwo Jima. Eastwood délaisse l'Histoire pour un fait divers ténébreux des années 20. En celà, L'Echange paraît plus proche de Mystic River, avec un même partage plus ou moins subtil entre le bien et le mal, et une obsession qui commence à devenir récurrente envers l'enfance martyrisée. L'Echange questionne pourtant sans aucun doute l'Amérique contemporaine.

 

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Dans son parcours d'héroïne fabuleuse, le personnage de Christine Collins (Angelina Jolie, pour une fois assez convainquante), finit par épouser une trajectoire assez proche de celle empruntée par Gilbert Melki dans Très bien merci. Curieuse analogie direz vous. Le film d'Emmanuel Cuau est symptomatique de l'état de la société française aujourd'hui. Le personnage joué par Melki s'y retrouve pris dans un engrenage impitoyable pour la seule raison que son obstination et ses convictions finissent par déranger. Pour Christine Collins, les mécanismes seront finalement identiques, quand bien même l'histoire se déroule 80 ans plus tôt sur un autre continent.

 

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Son obstination à elle consiste à retrouver son fils et à rejeter l'enfant que lui présente la police comme étant ce fils. "He's not my son". S'il est une chose qu'une mère doit savoir de manière innée, c'est bien reconnaître sa progéniture. "He's not my son". Christine Collins va le marteler encore et encore, sans pour autant qu'elle soit entendue. Seul un pasteur (John Malkovich) parti en croisade contre le système autoritaire et corrompu de la Police accepte de l'écouter, de la croire, de l'aider. Pour la police, il s'agit de consolider les apparences, de fabriquer une sorte de paix sociale. Christine Collins devient donc gênante et bientôt conduite à la marge de la société, dans un hôpital psychiatrique ou sont enfermées beaucoup de femmes non pas malades mais qui posent problèmes (principalement des épouses de policiers qui ont osées porter plaintes contre leurs maris violents).

 

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Ainsi, si Très bien Merci appelle par son cheminement à une prise de conscience, à une forme de résistance, il est difficile d'échapper aussi avec le film d'Eastwood à ce même sentiment. L'Echange pourrait donc peut-être vu sous cet angle politique, et on vous laissera vous forger vos propres convictions à ce sujet. Ce n'est en tout cas pas la première fois qu'Eastwood utilise le passé pour questionner le présent. Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima en témoignent, on l'a dit.

 

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L'Echange n'est pas non plus forcément très politique. On peut évidemment, et très simplement, ce concentrer exclusivement sur la seule narration. L'Echange est un thriller noir et inquiétant et son scénario suffisamment complexe et habile pour happer littéralement l'attention du spectateur. On est là très proche de Mystic River, parce que les thèmes sont finalement assez semblables, parce que les douleurs sont identiques aussi et parce que là encore les enjeux du film sont déjà contenu dans la seule forme.

 

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On réduit bien souvent Eastwood à une simplicité de style, une forme épurée qui trouve son sens dans les constants jeu de lumières clairs/obscurs du cinéaste. Le principe est évident et efficace en même temps qu'il souligne avec force le caractère toujours très manichéen des films de Clint Eastwood. Le paroxysme avait peut-être été atteint avec Million Dollar Baby, mélo assez limpide, à la fois larmoyant et politique (la question de l'euthanasie). La grande faiblesse de l'Echange, c'est de logner in fine sur Million Dollar Baby, de tirer toujours plus fort sur la corde émotionnelle quitte à nous faire subir une sorte de chantage. Les vingts dernières minutes (d'un film qui dure tout de même 2h20) sont assez épuisantes, et terriblement agaçantes tant Eastwood tire cette corde jusqu'à l'écoeurement. On en arrive alors à ce douloureux constat d'un film ambivalent, à la fois riche et puissant, sans doute une des réussites majeurs du cinéaste, mais malgré tout décevant.

 

Benoît Thevenin

 

 

  
 


L'Echange - Note pour ce film :
Réalisé par Clint Eastwood
Avec Angelina Jolie, John Malkovich, Michael Kelly, ...
Année de production : 2008
Sortie française le 12 novembre 2008

Les Grandes personnes d'Anna Novion

 

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Albert (Jean-Pierre Daroussin) emmnène sa fille Jeanne (Anaïs Demoustier) en vacance en Suède, à l'occasion de ses dix-sept ans. Ils accèdent à la maison louée pour leur séjour mais doivent faire-face à un délicat contre-temps. La maison louée est déjà occupée par la propriétaire et une amie à elle, française, qui est elle aussi là pour ses vacances. Il y a eu erreur dans l'organisation mais maintenant que tout ce petit monde est là réunit, chacun va devoir cohabiter un temps...

Présenté à la Semaine de la critique, Les Grandes personnes et le premier long d'Anna Novion, réalisatrice en 2005 du court-métrage On prend pas la mer quand on la connaît pas. Ce que les deux films ont en commun, c'est cette Suède que la réalisatrice connaît bien, sans doute du fait de ses origines suédoises par sa maman. Le contexte est déjà original en soi. On ne visite pas si souvent la Suède par le cinéma, et encore moins grâce au cinéma français.

 

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Ce vent Suèdois qui souffle à l'image est raffraîssant. Il symbolise peut-être la tonalité douce-amer du film, à la fois léger et grave par ce qu'il cache. Jean-Pierre Daroussin incarne un père un peu déboussolé, en peine de voir sa si chère fille grandir si vite. Il se cache derrière un caractère un peu hurluberlu, une sorte de Don Quichotte en quête d'un trésor auquel lui seul croit. Il est souvent maladroit mais on le devine affecté. La jeune Anaïs Demoustier, vu récemment dans La Belle Personne, est elle une fille quelque peu effacée par rapport à ce père. L'effacement du personnage de Jeanne est parfois agaçant, mais Jeanne va peu à peu se révolter. Il y a beaucoup de pudeur et de tendresse dans les rapports entre le père et sa fille.

 

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Le film distille comme celà un charme simple, porté par le caractère quelque peu absurde d'Albert. Un petit film très doux, assez anecdotique, mais tout à fait sensible et touchant. On y retrouve aussi avec plaisir Judith Henry, César du meilleur espoir en 1991 pour son rôle dans La Discrète de Christian Vincent, et que l'on avait un peu perdu de vue... Une raison supplémentaire vous laisser porter par ce film jusqu'en Suède. Vous ne regretterez pas le dépaysement.

 

B.T

 

 

 

  




Les Grandes personnes - Note pour ce film :
Réalisé par Anna Novion
Avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Judith Henry, ...
Année de production : 2007
Sortie française le 12 novembre 2008

Service (Serbis) de Brillante Mendoza

Texte initialement publiée le 25 mai 2008

 

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Le cinéma philippin est en plein renouveau et Mendoza son principal chef de fil. Après le magnifique John-John, sorti en salle début 2008, voici Serbis, dans lequel Mendoza nous fait visiter un cinéma porno, lieu de transitions ou plusieurs petites histoires se tissent. Le film rappelle parfois La Chatte à deux têtes de Nolot mais se révèle bien plus lumineux et subtile que ce dernier.

 

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Serbis ne manquera pas de choquer les plus puritains, pour ce regard qu'un enfant porte sur sa soeur nue en préambule du métrage, pour cette séquence de fellation par un transexuel, pour cette atmosphère débridée et suintante ou les personnages, hauts en couleurs, sont libres, décomplexés et jouisses sans entraves.

Le film ne manque pas non plus de poésie, de douceur. Le décor aurait pu donner un film lugubre, mais justement, Serbis ne l'est jamais. Serbis est un film riche, coloré, une chronique du quotidien assez singulière mais foisonnante.

 

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Dans le brouhaha de Manille - on a véritablement l'impression d'être dans les rues de la ville tant la bande-son, omniprésente, sature presque - les êtres se frottent sans tabou ni honte et, miracle du cinéma de Mendoza, ce n'est jamais vulgaire. La conclusion du film est géniale.

 

B.T

 

 

 
 
 

 


Serbis - Note pour ce film :
Réalisé par Brillante Mendoza
Avec Gina Pareño, Jaclyn Jose, Julio Diaz, ...
Année de production : 2008
Sortie française le 12 novembre 2008

My Magic de Eric Khoo

critique initialement publiée le 25 mai 2008

 

18991541_w434_h_q80 My Magic évoque la relation simple entre un serveur alcoolique et son jeune fils. Le père a sombré depuis que son épouse l'a quitté. Pour remonter la pente, il décide de renouer avec son premier métier : magicien.

Le précédent film du cinéaste singapourien, Be With Me, avait été une magnifique découverte, quoique inégal. My Magic, film naïf et minimaliste mérite lui aussi une certaine attention.

My Magic partage avec Be With me une sensibilité dès plus touchante mais les deux films ne s'élèvent pas de la même manière. My Magic est un film on ne peut plus simple en apparence. Il représenterait même la pureté cinématographique absolue. Cette vision tient pour partie aux conditions de productions du film. My Magic a été tourné en une semaine à peine, avec des acteurs amateurs. Le magicien est interprété par un vrai magicien, l'extraordinaire et imposant Francis Bosco, lequel nous offre quelques séquences assez impressionnantes. Le fils est lui joué par le propre fils du cinéaste, Jathishweran Naidu, quatorze ans.

L'originalité du film tient aussi au fait que la bande-son est composée par Jathishweran Naidu lui-même, le fils du réalisateur donc. Il s'agit en fait d'une mélodie très simples, trois ou quatre notes à peine, mais harmonieuse et entêtante.

My Magic est un petit objet cinématographique, fragile et précieux. On apprécie en tout cas la sensibilité du cinéaste. Un joli petit film, très simplement...

 

B.T

 

  





My Magic - Note pour ce film :
Réalisé par Eric Khoo
Avec Francis Bosco, Jathishweran Naidu, Grace Kalaiselvi
Année de production : 2008
Sortie française le 5 novembre 2008

Septième ciel (Wolke 9) d'Andreas Dresen

Critique initialement publiée le 27 mai 2008

 

18994443_w434_h_q80 Voila un film peu évident à vendre. Andreas Dresen réalisateur de Un Eté à Berlin, raconte l'histoire d'Inge, une sexagénaire mariée depuis près de trente ans au même homme et qui entame une passion amoureuse avec son voisin de 76 ans.

Le récit est cru, sans tabou et Andreas Dresen filme les corps comme s'ils étaient ceux de jeunes adultes dans la pluspart des films d'aujourd'hui. L'originalité du film tient donc à l'âge des protagonistes. Le film est cru aussi parce que la lumière est naturelle, la mise en scène dépouillée. Les corps n'ont pas non plus été charcutés par un quelconque chirurgien. De fait, le cinéaste montre l'acte d'amour sans complaisance, juste pour ce qu'il représente et ce qu'il est. Dresen ne magnifie en rien cette passion. C'est la force mais aussi les limites du film. Plus le public sera jeune, plus il risquera d'être choqué.

Au-delà de cette remarque, on ne peut pas non plus faire l'impasse sur la conclusion du film, laquelle gâche un peu tout tant elle nous paraît baclée...

 

B.T

 

 
 

 


Septième ciel - Note pour ce film :
Réalisé par Andreas Dresen
Avec Ursula Werner, Horst Rehberg, Horst Westphal, ...
Année de production : 2008
Sortie française le 5 novembre 2008

Elire un noir à la présidence...

 

 

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Il y a moins d'un demi-siècle, les Etats-Unis se déchiraient sur la question des droits civiques. Aujourd'hui elle s'apprête à élire un homme qui, s'il n'est que métisse, apparaît aux yeux de tous comme Noir, et déclenche de nombreux espoirs dans le monde entier par le seul fait de la couleur de sa peau.

En France, l'abolition de l'esclavage  date du 27 avril 1848, soit tout juste 160 ans. Le métissage de notre population est réel. la cohabitation entre les différentes communautés est mouvementée mais d'une manière générale, au delà du racisme ordinaire qui existe partout, le respect entre les individus quelques soit leurs couleurs de peau s'opère assez naturellement. En tous les cas, nos bus n'ont jamais été partagés avec des places réservées aux blancs. Dans les années 60, la France se déchirait elle à cause de ses colonies, l'Algérie en particulier. Le rapport entre français et immigrés issus des colonies, ou même de nos Territoires d'Outre-Mer, a souvent été compliqués mais jamais entrevu sous l'angle d'un rejet systématique de l'autre.

 

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Morgan Freeman dans Deep Impact ; Dennis Haysbert dans 24h Chrono

 

   

Et pourtant, la représentation des minorités dans les hautes-fonctions de l'Etat, ou même au sein des seuls partis, est encore aujourd'hui quasi inexistante. Aux USA, sous la gouvernance de Bush Jr, deux des plus hautes responsabilités étaient confiées à Colin Powell et Condoleezza Rice. Cela ne choque ni les américains, ni nous français ou européens. Ce modèle nous ne le reproduisons pourtant pas. Les Etats-Unis sont le pays le plus dynamique du point de vue de l'intégration de ces nouveaux citoyens, peu importe leurs pays d'origine.

 

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Colin Powell et Condoleezza Rice

 

Le grand symbole de cette capacité extraordinaire d'intégration, c'est cette capacité qu'a le cinéma hollywoodien à devancer l'histoire, a habituer le grand public à des représentations qu'il n'imaginait peut-être pas lui même à priori. Il y a un policier noir dans la rue ? Il y en aura dix à Hollywood, des personnages positifs qui donneront éventuellement l'idée à des noirs d'occuper cette fonction, et aideront les blancs à s'habituer à cette image d'un noir dans un costume de policier.

En France, cette représentation est beaucoup moins évidente. Notre cinéma continue parfois de véhiculer des images de "Noirs Banania", des personnages stéréotypés, peu positifs, souvent des criminels ou de simples amuseurs qui ne servent à rien. L'exemple du Noir serviteur de la nation, intégré de la même manière que le blanc qui occupe à côté de lui la même fonction, le cinéma français ne le donne qu'en très rares occasions.

 

Devine qui vient diner ce soir
Guess who's coming to dinner
1967
real : Stanley Kramer
Sidney Poitier
Katharine Houghton
COLLECTION CHRISTOPHEL

Devine qui vient dîner ?

 

 

Un exemple frappant de cette opposition entre USA et France : Dans le film Devine qui vient dîner ? (Stanley Kramer, 1967), le noir Sydney Poitier est un brillant médecin, distingué et poli. La blanche Katharine Houghton, fille de bonne-famille dont les parents sont anti-raciste, est follement amoureuse de cet homme. Pour les parents, la découverte du futur mari est un choc mais la seul question qui se pose est "S'il n'était pas noir, que pourriez-vous reprocher à cet homme ?".

 

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Romuald et Juliette

 

L'équivalent français de Devine qui vient dîner ? peut-être Romuald et Juliette (Colline Serreau, 1989). Daniel Auteuil y est Romuald, le PDG d'une entreprise de Yaourt. Il finira par tomber amoureux de Firmine Richard. Dans le film de Kramer, on comprend aisément l'admiration de Katharine Houghton pour Sydney Poitier. L'union ne semble en revanche pas naturelle entre Daniel Auteuil et Firmine Richard. Que pourrions-nous lui reprochez ? Simplement, son personnage est particulièrement négatif : elle est femme de ménage, elle galère, elle a 5 enfants de 5 pères différents, elle est grosse...

 

 

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Fadela Amara, Harry Roselmack, Rama Yade

 

L'intégration des citoyens passe aussi par ces canaux là. On ne peut pas ignorez le pouvoir de l'image, de la télévision et du cinéma, dans une société-spectacle comme la nôtre. Renvoyer sans cesse des beurs et des noirs de notre pays une image de casseurs, de fainéants, de délinquants etc. celà n'aide pas à l'émancipation de ces minorités. Cela ne veut pas dire qu'il faille ignorez les faits lorsqu'ils existent, cela ne veut pas dire qu'il faille faire l'autruche lorsqu'une personne issue de ses minorités agit mal. Juste, il serait important aussi d'opposer à ces images là des contres-exemples, histoire de démontrer qu'il n'y a pas de fatalité.

Harry Roselmack, Fadela Amara, Rachida Dati, Rama Yade... Les choses évoluent peut-être, doucement. Mais ce n'est sans doute pas pour demain que l'Elysée sera occupée par une personne dont la couleur de peau n'est pas blanche...

 

Benoît Thevenin

W. - L'improbable président (W.) d'Oliver Stone

 

 

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Oliver Stone est peut-être le réalisateur hollywoodien le plus politique. Il est pour sûr le cinéaste de tous les traumatismes américains. On lui doit Salvador (sur l'impérialisme américain en Amérique Latine, 1986), Platoon, Né un 4 juillet et Entre ciel et terre (sur la guerre du Viet-Nam, 87-90-94), Wall Street (sur la cupidité des marchés financiers, 88), Les Doors (sur la contre-culture des années 70, 1991), J.F.K (sur l'assassinat de Kennedy, 92), Tueurs nés (sur la violence et la télévision, 94) Nixon (sur la présidence de Richard Nixon et l'affaire du Watergate, 96), L'Enfer du dimanche (sur l'impitoyable univers du sport-business, 2000) et dernièrement World Trade Center (sur les attaques terroristes du 11 septembre 2001). La présidence si controversée de George W. Bush ne pouvait donc qu'intéresser Oliver Stone.

 

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Hier nous évoquions à travers le film Recount (lire notre critique), les conditions électorales de l'arrivée de Bush Jr à la Maison Blanche. Avant même que son mandat ne commence, le doute était apposé au nom de Bush Jr.

Oliver Stone raconte l'histoire de W, et à travers cette trajectoire singulière, celle de doute une dynastie politique. Aux Etats-Unis, il y a les Kennedy, à un degré moindre les Clinton, mais aussi les Bush. George Bush père a été le 41e président des américains et ce entre 1989 et 1993. Dans le film d'Oliver Stone, la figure paternelle est centrale. George Herbert Bush est présenté comme une personne infiniment respectable, digne, posée, et sensible à l'héritage qu'il laisse à ses fils. Junior est lui écrasé par l'autorité naturelle de son père, écrasé aussi par la réussite très traditionnelle de son frère John (gouverneur de l'Etat de Floride jusqu'en 2007).

 

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George Herbert Bush (James Cromwell)

 

On a tord de dire de ce film qu'il se moque de la personne de Bush Jr. Le regard d'Oliver Stone se veut neutre, objectif. Il ne fait l'impasse sur aucun des moments clés de sa vie personnelle et politique de Bush Jr, sans complaisance, juste avec le désir de présenter les choses telles qu'elles nous apparaissent aujourd'hui. Il est vrai aussi que le constat se suffit à lui même. On peut noter tout de même un certain cynisme, notamment dans l'emploi de certaines musique (Robin Hood, What a wonderful world d'Armstrong).

La présidence de Bush Jr, c'est une élection laborieuse en 2000, et le recomptage des voix des électeurs de Floride, le 11/09/2001, l'infâme Patriot Act, les guerres en Afghanistan et en Irak, Guantanamo et les prisons d'Abou Ghraib, la gestion du passage de l'ouragan Katrina, le scandale Enron, le délitement de l'économie mondiale et la mise à la rue de millions d'américains des classes moyennes... Les huit années de présidence de George W. Bush auront été infernales et catastrophiques mais... rarement un président aura eu une influence aussi déterminante sur le reste du monde. Le bilan est tel qu'il pèse de tout son poids dans la campagne que mène McCain...

 

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Le problème, c'est ce qu'Oliver Stone nous expose : George W. Bush n'avait tout simplement pas l'étoffe. Tout au moins, c'est la conclusion que l'on tire à la sortie du film. Tout le métrage est construit sur cette idée là, d'un héritier écrasé par la figure de son père et qui cherche le moyen d'exister. Il se cherche, emprunte une trajectoire peu banale même s'il réussit à accéder à Yale puis Harvard, mais ne fera que tatonner toujours.

Pendant son mandat, Bush apparaît soumis à l'influence de ces conseillers, en particulier Dick Cheney, le vice-président, et Karl Rove (joué par Toby Jones). La guerre en Irak est dans le film explicitement exposée comme le seul moyen de contrôler assez de champs de pétrole pour garantir l'indépendance énergétiques des Etats-Unis, même si le débat se centre aussi sur la question des armes de destructions massives et le besoin de se débarasser du dictateur irakien Saddam Hussein.

 

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George W. et Laura Bush (Josh Brolin et Elizabeth Banks)

 

L'Improbable président n'est donc ni un film à thèse, ni un film partisan. Il s'agit plutôt d'un film très dictatique, lequel propose de faire le bilan du désastreux séjour de Bush jr à Washington. Cela reste malgré tout centré sur la question de la guerre en Irak, avec peu d'allusions aux autres affaires qui auront perturbés la présidence de W. Le film témoigne aussi d'un fait très propre aux Etats-Unis et cette extraordinaire capacité à faire représenter l'impossible rêve du Self Made Man par la seule figure du président. Ce sont pour beaucoup ses réseaux qui auront permis à W d'arriver si haut, mais il restera aussi un exemple type du candidat que rien ne prédisposait à ce qu'il devienne un jour président et qui, au bout du compte s'y retrouve propulsé.

 

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Condoleezza Rice et Dick Cheney

(Thandie Newton et Richard Dreyfuss)

 

A l'heure même ou les américains désignent le successeur de cet énigmatique personnage, ce président dorénavant hait mais qui aura porté haut les valeurs d'une frange de la population, cet homme qui demeure tout de même un politicien hors-paire, bien qu'il soit dépassé en permanence par sa fonction et ce qu'elle représente, L'Improbable président nous apparaît comme un film judicieux, intéressant et la synthèse parfaite d'une période riche, douloureuse et qui aura bouleversé l'équilibre du monde.

 

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Colin Powell (Jeffrey Wright) ; George W. et Laura Bush

 

Il faut saluer aussi le travail de reconstitution opéré par Stone et ses comédiens. La performance de Josh Brolin en W confine au mimétisme. Le travail sur la voix est particulièrement spectaculaire. C'est tout aussi vrai concernant l'interprétation de Condoleezza Rice par Thandie Newton, un peu moins pour les autres même s'ils sont parfaits dans leurs rôles. Elizabeth Banks est juste bien plus belle et rayonnante que la vraie Laura Bush mais ça c'est pour le coup de coeur personnel...

 

Benoît Thevenin

 

      
 
 



W. - L'improbable Président - Note pour ce film :
Réalisé par Oliver Stone
Avec Josh Brolin, James Cromwell, Ellen Burstyn, ...
Année de production : 2008
Sortie française le 29 octobre 2008



Recount de Jay Roach

 

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Nous sommes à la veille d'une élection qui désignera le 44e président des Etats-Unis. le monde entier focalise son attention sur ce vote crucial, historique même, et porteur d'un espoir devenu rare. L'opposition entre Barack Obama (Démocrate) et John McCain (Républicain) s'annonce serrée et le spectre de 2000, de l'élection de George W. Bush à la présidence des Etats-Unis, remonte inévitablement à la surface...

Le 7 novembre 2000, les électeurs américains étaient convoqués pour choisir le successeur du Démocrate Bill Clinton à la Maison Blanche. Le soir, le résultat désigne George W. Bush et Al Gore reconnaît sa défaite dans un appel personnel passé avec le vainqueur. De graves dysfonctionnements ont pourtant perturbés le bon déroulement du scrutin dans l'Etat de Floride, un état gouverné par Jeff Bush, le frère de George Walter. C'est le début d'un long feuilleton post-électoral avec recomptage massif des bulletins. Recount est le récit de ces atermoiements.

 

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On ne saura peut-être jamais avec une exacte certitude si George Bush a été légitimement élu président des Etats-Unis. Le film, produit par la chaîne de télévision HBO, tente d'apporter un large éclairage sur cette affaire qui tint en haleine le peuple d'Amérique et le monde entier pendant des semaines entières. L'histoire semble racontée selon une relative partialité, puisque du point de vue du staff du Parti Démocrate. Le scénario est cependant parfaitement construit pour brasser toutes les questions autour de cet évènement, sans réel parti pris et avec un soin particulier apporté au débats entre camps démocrates et républicains.

 

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Les machines n'ont pas fonctionnées correctement, des millions de votes ont été invalidés. Tout l'enjeu consiste à découvrir si Al Gore a été lésé. Le résultat du vote des électeurs de Floride est déterminant. C'est cet état qui déterminera définitivement le vainqueur de cette élection. Pour le camp démocrate, la course est effrénée, mais toujours vaine. Tout au long de cette élection, Al Gore aura toujours été placé derrière son opposant dans les résultats. Mais le déroulement de ce scrutin dans les comtés de Floride souffre d'une incontestable discussion. Il y a ces votes invalidés, ces manipulations que l'on nous présente et qui ont privé un certain nombre d'électeurs à exercer leur droit de vote. On assiste aussi à un débat procédurier infini. Car dès lors que le recomptage est initié, c'est toute une bataille juridique qui se met en place. On se rend compte de la complexité de l'affaire face au interprétation forcément très partisane de chacun des textes de lois. Les pressions et les manipulations autour du recomptage sont aussi inévitables. L'agacement des uns et des autres va aussi finir par peser lourdement.

 

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D'autres enjeux pèsent aussi autour de ce recomptage : la crédibilité de la démocratie américaine, la crédibilité de celui qui sera élu si le cafouillage dure trop longtemps. Au final, ce qui est mis en exergue par les deux camps, c'est le triomphe des valeurs démocratiques, le respect indéfectible envers la Loi. On a pourtant assisté à une crise constitutionnelle exceptionnelle. Il est évident que le souffle démocratique américain s'est parfaitement fait sentir via cette mobilisation incroyable du peuple américain. Ce dernier à donc désigné George W. Bush comme le 43e président des USA, laissant un goût amer dans la bouche des Démocrates, convaincus que trop d'irrégularités auront fait penché la balance du mauvais côté.

 

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Aujourd'hui, à quelques heure d'un nouveau vote, l'ombre de ces évènements hante quelque peu. Personne ne souhaite revivre ça. Le système de vote à changer, des efforts ont été faits et la veille autour des bureaux de floride sera sans doute exceptionelle.

Recount est instructif et nécessaire. Le témoignage est édifiant mais déterminant. L'existence même du film est un témoignage de la force de la démocratie américaine, de son élan. Il est aussi une preuve supplémentaire du savoir-faire des Américains pour s'emparer de tels sujets. Recount nous tient en haleine pendant 2h, grâce à l'implication de ses comédiens (Kevin Spacey, Tom Wilkinson, Laura Dern etc.), tous parfaits, et par le brio et l'intelligence d'un scénario riche et parfaitement rôdé. La dramaturgie du film est un modèle du genre. On notera aussi que Recount est réalisé par Jay Roach. C'est une curiosité tant le cinéaste est plutôt connu pour des comédies (Austin Powers, Mon Beau-Père et moi)...

 

 

Benoît Thevenin

 

   
 
 


Recount - Note pour ce film :
Réalisé par Jay Roach
Avec Kevin Spacey, Ed Begley Jr., Laura Dern, ...
Année de production : 2008
Première diffusion le 25 mai 2008 sur la chaîne HBO.
Inédit en France mais présenté lors du 34 festival de Deauville