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Je veux voir de Khalil Joreige et Joana Hadjithomas

première publication le 27 mai 2008

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Un Certain Regard/Cannes 2008

"Que peut le cinéma face à la guerre ?". C'est cette interrogation qui a nourrit l'idée originale de ce long-métrage. Les deux réalisateurs invitent Catherine Deneuve, icône du cinéma international, à rencontrer Rabin Mrouhé, acteur libanais fétiche des cinéastes. Les deux comédiens vont traverser ensemble un pays ravagé par la guerre, avec l'espoir de voir à travers eux une beauté resurgir de sous les décombres.


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Je veux voir arrive presque en même temps que le film, entre fiction et documentaire aussi, de Philippe Aractingi Sous les bombes. Comme l'héroïne de ce film, Deneuve et Mrouhé traversent du nord au sud un Liban apocalyptique. Ce qui les distingue de l'héroïne du film d'Aractingi est cependant très clair. Eux, ne cherchent rien de précis, seulement veulent-ils constater l'état du Liban au Moment-M de ce tournage, en juillet 2006. Dans la première minute du film, le dispositif de mise en scène est énoncé par les cinéastes. Catherine Deneuve, que l'on essaye de convaincre de bien réfléchir à ce dans quoi elle s'embarque, regarde l'horizon depuis la baie vitrée de l'aéroport de Beyrouth. Elle le martèle à plusieurs reprises "Je veux voir".


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Le Liban est un pays en perpétuelle reconstruction. Ce que Catherine Deneuve arrive à voir dans ce ce film, se sont les ruines des immeubles détruits. On ne les verra bientôt plus, le Hezbollah rasant et reconstruisant à vitesse grand V. L'aventure à laquelle se mêle les deux acteurs est imprésivible. Les cinéastes en captent toute la vérité et c'est ce qui rend le film impressionnant et passionnant. Une discussion anodine sur la ceinture de sécurité dans les voitures en dit plus long sur la soif de liberté des libanais que la pluspart des discours théoriques. Au milieu du film, un écran noir interrompt brièvement le périple des acteurs livrés à eux-mêmes ; comme si les cinéastes interrogeaient à ce moment les spectateurs sur leur désir, à eux aussi, de voir. Le film prend une tournure inattendue et saisissante lorsque la voiture dans laquelle se trouvent les acteurs pénètre un chemin miné. Deneuve a t'elle vraiment risquée de sauter sur une mine ? Rien que l'idée, dans sa démarche, est admirable et prouve à quel point le film est courageux, à quel point le Liban est redevenu un pays incertain.

B.T

 
 


Je veux voir - Note pour ce film :
Réalisé par Joana Hadjithomas, Khalil Joreige
Avec Catherine Deneuve, Rabih Mroué
Année de production : 2007
Sortie française le 3 décembre 2008

Los Bastardos d'Amat Escalante

Critique initialement publiée le 27 mai 2008

 

affiche Los Bastardos v21

 

Ancien assistant de Carlos Reygadas (producteur ici), Amat Escalante est l'auteur d'un premier film un peu mal foutu mais prometteur, Sangre, lequel avait déjà été présenté à Cannes en 2005. Los Bastardos arrive maintenant et ne mettra pas tout le monde d'accord. Los Bastardos garantit pourtant une claque monumentale dans la gueule et c'est bien pour cela qu'il divisera. Amat Escalante était donc à bonne école avec Reygadas.

 

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Les bâtards dont il est questions dans le titre sont deux pauvres immigrés clandestins mexicains. Ils errent dans Los Angeles à la recherche de petits boulots dans des chantiers. On leurs confie bientôt une mission lucrative : un meurtre.

 

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Los Bastardos fait d'abord preuve d'une rigueur extrême dans la mise en scène. La photo de Matt Uhry est somptueuse et les plans-séquences aussi fascinant que chez Reygadas. Après, le contenu du film est ce qui destabilise le plus. Escalante nous montre une famille type américaine complètement asphyxiée. Le mari est parti, la mère fûme du crack devant la télé, le fils est un zombie lobotomisé par son écran d'ordinateur et sa console de jeu. Le portrait n'est pas très éloquent. La misérabilisme est partagé par les deux camps : les opulents américains vs. les pauvres mexicains.

 

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Los Bastardos bascule ensuite dans une sorte de jeu malsain. On se rapproche de chez Haneke, le cynisme en moins. Juste, les deux anti-héros du film pénètrent dans la maison et nous imposent une relation malsaine avec leur futur victime. Ils prennent le temps de parvenir à leurs fins. La mère - puisque c'est elle qui doit être tuée - leur prépare à manger ; ils se partagent le crack, se baignent dans la piscine etc. Ainsi, ils prennent le risque de prendre en sympathie leur proie. Survient alors, très brutalement, un évènement. Le spectateur est fatalement assommé, abasourdit, d'autant plus que la façon dont cet évènement est filmé est troublante de réalisme. La secousse aura sa réplique, tout autant inattendue et bluffante. Los Bastardos se termine là-dessus, laissant sur le carreau bon nombre de spectateurs choqués par le caractère intense de ce qui vient de se dérouler. La claque est violente et Los Bastardos une expérience rare de cinéma.


Benoît Thevenin


Los Bastardos- Note pour ce film :
Réalisé par Amat Escalante
Avec Kenny Johnston, Nina Zavarin, Trevor Glen Campbell,  ...
Année de production : 2007
Sortie française le 28 janvier 2009