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Tableau des étoiles de Laterna Magica, Mars 2008
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Consulter les autres tableaux de 2008 : janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre Dans la vie de Philippe Faucon
Esther, vielle femme juive handicapée vit seule avec son fils. Elle a besoin d'une assistance permanente mais les femmes qui viennent s'occuper d'elle et partager son temps sont vite éprouvées par son caractère impossible. Selima, jeune infirmière arabe, se charge bientôt de prendre soin d'Esther et noue une complicité peu évidente avec Esther, rendue possible par les origines algériennes des deux femmes. Depuis ses débuts de cinéaste, Philippe faucon a souvent focalisé son attention sur des personnages féminins (Sabine, Muriel fait le désespoir de ses parents, Samia) et/ou s'est intéressé aux liens entre la France et le Maghreb, l'Algérie surtout. (Samia, La Trahison...). Son précédent film, le plus ambitieux sans doute à ce jour, La Trahison, revenait sur la guerre d'Algérie et le rôle des Harkis.
Dans la vie est un film beaucoup plus modeste et léger... en apparence. Mais en 1h10 à peine, Philippe Faucon brasse une somme de thèmes particulièrement importants et qui lui sont proche : les rapports compliqués entre juifs et arabes, l'intégration, la laïcité, l'émancipation des femmes, la condition des personnes âgées, les rapports intergénérationnel etc. Cette histoire simple est donc riche de questions, mais aussi prétexte à un humour frais et constant. Comme à son habitude, Philippe Faucon a engagé des acteurs amateurs. Le jeu est parfois approximatif mais ce n'est pas ça qui suscite notre attention. La bonne humeur du film, la chaleur et l'enthousiasme des acteurs est simplement communicatif. Les personnages d'Esther et de la maman de Selima son hauts en couleurs et vraiment attachants.
Co-scénarisé avec Faucon par le documentariste William Karel (cinéaste particulièrement intéressé par la politique et les questions sociales, auteur notamment du Monde selon Bush et de Poison d'Avril), Dans la vie est un long-métrage simple, aussi passionnant que regénérant. Le film rappelle, par sa fraîcheur et certain de ces thèmes, le fabuleux la Graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche. Dans la vie ne rivalise pas d'ampleur et de souffle par rapport au couscous de Kechiche, mais il y a, d'une certaine manière, la même ambition humaniste, la même ambiance. Par sa durée (1h10 on l'a dit), on se dit qu'il n'y a vraiment aucune raison de ne pas se laisser tenter par Dans la vie, confirmation que Philippe Faucon reste un cinéaste libre, un peu marginal et confidentiel, mais important.
Benoît Thevenin
Pour en savoir plus :
Beaufort (Bufor) de Joseph Cedar
L'ancienne forteresse croisée de Beaufort, au Liban, constitue un poste avancé stratégique dans les guerres de la région. Les armées l'ont occupé successivement au rythme des conflits. En 2000, après 18 ans d'occupation, Tsahal, l'armée israélienne, occupe le fort... Représentant israélien des Oscars 2008 en lieu et place de La Visite de la fanfare, initialement désigné, Beaufort, parce qu'il s'agit là aussi d'un grand film, prouve la richesse de ce cinéma. Beaufort à d'ailleurs été récompensé par l'Ours d'Argent du meilleur réalisateur lors de la Berlinale 2007.
Beaufort rappelle le Jarhead de Sam Mendes. Les deux films racontent une histoire selon le points de vue de soldats dans l'attente, des soldats face à un ennemi invisible dans une guerre moderne et technologique. Il n'est pas bon de s'attacher au moindre personnage du film. La mission de ces soldats est incertaine, imprévisible, cruelle. Les missiles pleuvent régulièrement, détruisent, blessent et tuent, mais l'ennemi, le Hezbollah, est un fantôme.
Beaufort est le récit de la destruction, dans la nuit du 24 mai 2000, de la forteresse. Tsahal se retire du fort en le détruisant pour ne pas le laisser au Hezbollah. L'explosion dans la nuit noire convoque un autre souvenir de Jarhead et ses puits de pétroles enflammés dans le désert iraquien. Comme Mendes, Cedar a un vrai sens de la mise en scène et de l'esthétique. Mais ce qui est essentiel dans le film reste tout de même le portrait psychologique des soldats de Tsahal, coupés du monde et de leurs famille dans cette montagne, et soumis à une tension insoutenable.
Benoît Thevenin
Réalisé par Joseph Cedar
Avec Alon Abutbul, Eli Eltonyo, Oshri Cohen, ... Année de production : 2006 Sortie française le 26 mars 2008 Mots clés Technorati : Beaufort,Joseph Cedar,cinéma israélien Sidaction 2008. Retour sur le film "Les Témoins" d'André Téchiné
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Laterna Magica s'associe au Sidaction et reviens sur le film d'André Téchiné, Les Témoins. Le film est essentiel et vous pouvez le voir en ce moment sur Canal Plus. Mais surtout, parce que ce qui compte avant tout c'est le Sidaction lui-même, cliquez sur l'image ci-dessus et faites un don. Restons soudés.
Texte initialement publié le 15 avril 2007
Comme souvent chez Téchiné (J’embrasse pas, Alice et Martin), cela commence par l’arrivée d’un provincial sur Paris. Ici, Manu (Johan Libéreau) qui débarque, peut-être d’abord, pour vivre son homosexualité sans tabou. Nous sommes en 1984 et La Parenthèse enchantée est en train de se refermée. Ce film est autant nécessaire qu’essentiel et réussi. Il constitue le témoignage (d’où la justesse du titre) qu’il fallait apporter sur cette période confuse et douloureuse qui a vu l’émergence du SIDA. Les Nuits fauves est un film chargé d’émotion, a fleur de peau et, plus que ça encore, générationnel. Là, nous dépassons ce cadre. Les Témoins porte un regard autant lucide qu’apaisé par le temps qui s’est écoulé. Téchiné a le recul dont Cyril Collard ne disposait pas (1).
Les Témoins parle d’un sujet très grave sans pour autant livrer un film plombant, bien au contraire. Il y a la toute la justesse du regard de Téchiné. Son film est peut-être grave, oui, mais passionnant et exaltant car, définitivement, du côté de la vie. Trois grands chapitres scindent cette histoire. Il y a d’abord cette ‘parenthèse enchantée’ (2), période insouciante et ou le sexe était un plaisir avant d’être une pratique à risques. Manu multiple les partenaires, souvent rencontrés dans les buissons des parcs parisiens. Mehdi (Sami Bouajila, Drôle de Félix) et Sarah (Emmanuelle Béart) forment un couple en osmose et à la sexualité épanouie. Ils s’aiment mais n’éprouvent aucun tabou face à une sexualité libérée de tous carcans exclusif. Ils représentent en quelques sorte l’image que l’on se fait de ses couples libertaires de 68. Ainsi, Sarah reconnaît coucher avec son éditeur (Xavier Beauvois, le réalisateur de N’oublie pas que tu vas mourir), pendant que Mehdi se laisse séduire par Manu. Un trio amoureux se dessine même avec Adrien (Michel Blanc), homo vieillissant et jaloux de Mehdi. Et à côté d’eux, Sandra (Constance Dollé) prostituée très libres de ses choix.
La parenthèse se referme dès lors qu’Adrien, chef hospitalier, découvre que des plaques apparaissent sur le corps de Manu. Une chape de plomb s’abat sur le monde. Un fléau inconnu se répand et la société tout entière se retrouve prisonnière d’une crise identitaire profonde. C’est le temps de l’incertitude. Le retour à la réalité est donc d’autant plus brutal que cinglant et inattendu. Ainsi, le monde se trouve subitement terrassée par la peur. Les images venant de New York dissémine un peu plus les craintes. Les communautés gay, toxicomane ainsi que le milieu de la prostitution, sont ravagées par le fléau, un virus aussi fulgurant qu’inconnu jusqu’alors. Les personnages du film sont donc les premiers à basculer dans la paranoïa. Les uns et les autres, via leurs partenaires multiples, sont reliées par une chaîne ou soudain, chacun des maillons est menacé.
Dans le dernier chapitre, la résistance s’organise. Adrien, par sa fonction de médecin, milite pour cette cause qui lui paraît d’autant plus juste qu’elle l’atteint de près via Manu. Ce qui est important alors, c’est que le monde sache, soit informé du mieux possible, pour que le port du préservatif devienne un réflexe et une réponse à la guerre déclenchée par le virus HIV. "Les Témoins" dresse donc un constat lucide sur une période meurtrie que les sociétés occidentales commencent à oublier. La vigilance recule et le virus, lui, ressurgit sans état d’âme. Ainsi, le film de Téchiné est plus que jamais en résonance avec son temps. Parce qu’il est bouleversant, on espère qu’il aura d’autant plus d’impact. Les discours des scientifiques laissent à augurer d’une issue… un jour. Et ce n’est même pas sûr. Alors allez voir ce film, il est essentiel. Pour le reste, aimez-vous mais, mettez des capotes !
Benoît Thevenin
(1). "La parenthèse enchantée" est cette période révolue décrite par Françoise Giroud comme suspendue entre l’arrivée de la pilule et celle du SIDA. (2). Cyril Collard, acteur génial révélé par Maurice Pialat dans A nos amours est le réalisateur des Nuits Fauves. Largement autobiographie, le film raconte l’histoire d’un jeune réalisateur de pub, bisexuel et séropositif. D’abord choquée, sa maîtresse va l’accompagner le soutenir dans un douloureux élan de vie. Le film sera récompensé au César dans un vibrant hommage. Cyril Collard est mort des suites du virus peu de temps avant la cérémonie. Réalisé en 1992, Les Nuits fauves est devenu le film étendard d’une génération largement meurtrie. Par ailleurs, Le titre des Nuits fauves éclaire bien le projet de l'auteur, qui s'en est expliqué: "Il suggère l'opposition entre l'obscur, les ombres de la mort et la lumière solaire, éclatante... C'est aussi une référence au fauvisme en peinture, dont on retrouve dans le film les couleurs primaires vives."
Les Témoins - Note pour ce film : Réalisé par André Téchiné
Les Nuits fauves - Note pour ce film : Réalisé par Cyril Collard A bord du Darjeeling Limited (The Darjeeling Limited) de Wes Anderson
De tous les films sur le deuil actuellement à l'affiche, The Darjeeling Limited est sans doute le plus subtil. Wes Anderson, catalogué rapidement comme un cinéaste pop talentueux et élitiste, se révèle un peu plus comme l'artiste important qu'il est. The Darjeeling limited est encore un peu plus profond que ses autres films et pourtant, Anderson n'a rien céder de l'acuité de son regard, de la fantaisie qu'il sait doser à merveille.
The Darjeeling Limited est un film en deux parties ; dès lors que l'on considère le court-métrage Hotel Chevalier que les distributeurs français du film ont eu l'intelligence de programmer en avant-programme du long-métrage. Dans une chambre d'hôtel à Paris un personnage (Jason Schwartzman) tourne en rond et traîne son spleen au rythme de la magnifique et bouleversante chanson de Peter Sarstedt, Where do you go to, My Lovely. Cette ballade est emblématique du style de Wes Anderson : une apparente légèreté qui cache mal des sentiments bien plus profonds et douloureux. Les personnages de Wes Anderson ont des bleus : à l'âme autnat qu'au corps (Natalie Portman dans Hotel Chevalier et Owen Wilson dans the Darjeeling Limited).
On retrouve Jack (J. Schwartzman) sur le quai d'un train après duquel il court pour ne pas le manquer. Première cocasserie avec l'apparition clin d'oeil de Bill Murray, figure récurrente de tous les films du cinéaste. On notera justement la grande fidélité de quelques acteurs du film envers son auteur : Schwartzman était déjà le héros de Rushmore (premier long d'Anderson) tandis qu'Owen Wilson et Angelica Huston font partie de cet univers depuis la Famille Tenenbaum. Mais il y a un nouveau venu et non des moindres. Adrien Brody campe l'un des trois frères héros de cette histoire, avec Schwartzman et Wilson donc.
Lorsqu'il monte dans le train (le Darjeeling Limited), Jack traîne avec lui quelques énormes valises. Elles ont une fonction très symboliques dans le récit tant ce qu'elles contiennent est porteur de sens. Les valises sont remplies d'objet qui ont appartenu au père des trois frères. Le train traversera lentement le Rajahstan pour rejoindre leur mère, laquelle les a depuis longtemps abandonnée. Les trois frères, Jack, Francis et Peter sont trois éclopés de la vie, trois indaptés sociaux. Les liens familiaux sont complètement distendues comme le démontre clairement, justement, la distance géographique qui sépare les vies des uns à celle de leur mère. Leurs vies sont boiteuse et ils tendent à reproduire les modèles qui les ont tant perturbés, dans leurs propres expériences actuelles de couple.
Comme le vaisseau de La Vie Aquatique, le train du Darjeeling Limited est le théâtre d'une réconciliation difficile. Wes Anderson raconte cette douloureuse histoire avec la légèreté qui le caractérise depuis ses débuts. Car il ne faut pas s'y tromper, The Darjeeling Limited est une comédie et elle est si bien réussie que l'on rit beaucoup. C'est un rire amer, un peu pince sans rire, quoique les situations auxquelles nous sommes conviés sont systématiquement d'une loufoquerie irrésistibles. On rit également beaucoup par la grâce de dialogues particulièrement justes et efficaces. The Darjeeling Limited est un film profondement sensible et attachant. Le dépaysement des films de Wes Anderson est toujours garanti et là, on ne risque pas de passer à côté, ne serais-ce qu'à cause du contexte exotique de ce train par comme les autres. Wes Anderson, à travers ce train, convoque Satyajit Ray, grande figure du cinéma bengali et mondial, comme il convoque aussi le Tigre du Bengale de Fritz Lang, ou encore le Narcisse Noir de Michael Powell.
Le Darjeeling Limited est un film à même de séduire tous les publics : à la fois cinéphile, populaire, et d'une esthétique aussi plaisante que minutieuse. Le travail de mise en scène de Wes Anderson est celui d'un métronome. On l'avait déjà noté, en particulier avec La Vie Aquatique, et ce style commence maintenant à être reconnu comme une vraie patte. Formellement, Wes Anderson accorde une importance capitale au caractère géométrique de son espace, lequel est aussi systématiquement découpé symétriquement. En découle une impression de décalage constant qui colle parfaitement aux tourments intérieurs des personnages. Cette mise en scène basée sur l'équilibre induit en effet du sens au moindre décalage. Le positionnement des personnages dans le cadre est à cet égard essentiel. The Darjeeling Limited est peut-être le meilleur film de Wes Anderson à ce jour. Il n'est pas si différent, dans la forme et dans l'esprit, aux autres films du réalisateur mais ce qui fait justement la différence c'est la qualité de l'émotion qui, très subtilement, vient affecter le spectateur. Vous ressortirez heureux et soulagé de ce beau voyage, à la fois poétique, sensible et chaleureux. Voila un film rare et précieux, plein de couleurs et plein d'un optimiste teinté des nuances de la vie.
Benoît Thevenin
Réalisé par Wes Anderson
Avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman, ... Année de production : 2006 Mots clés Technorati : Wes Anderson,Darjeeling Limited,Adrien Brody,Jason Schwartzman,Owen Wilson,Bill Murray,Angelica Huston,Natalie Portman L'actu cinéma du 27 mars
B.T Mots clés Technorati : Oliver Stone,James Cromwell,Ellen Burstyn,Tobey Maguire,Afterburn,festival de Cannes Maman est folle de Jean-Pierre Améris
Produit et diffusé par France 3, Maman est folle permet à la chaîne d'honorer vraiment sa mission de service public. France 3 s'est donné les moyens d'offrir un vrai grand film, qui n'aurait pas démérité les honneurs des salles de cinéma. Maman est folle apporte en tous les cas la preuve que la télévision française est capable d'ambitions. Sylvie (Isabelle Carré), une mère de famille quelque peu fantasque, fait la rencontre avec un immigré clandestin. Elle s'attache à lui et découvre bientôt l'univers des sans-papiers. Sensibilisée par ce qu'elle voit, elle décide de s'engager auprès d'une association bénévole. Réalisé par Jean-Pierre Améris, cinéaste toujours plus intéressant à chaque film (Mauvaises Fréquentations, Poids Légers et surtout Je m'appelle Elizabeth), Maman est folle est un film nécessaire. Sans doute pensé au moment ou le fort de Sangatte monopolisait l'attention des médias, Maman est folle décrit avec justesse un monde qui n'a disparu que des feux des projecteurs. La situation des immigrés est éminement complexe, quoique balayé outrageusement par l'action politique de celui qui est ensuite devenu l'homme fort de notre chère nation des droits de l'Homme.
Sylvie est un personnage un petit peu excentrique, ce qui laisse a certain l'opportunité de se moquer de son action. Sylvie a connu l'hôpital psychiatrique, nous dit-on, mais elle est pourtant celle qui est la plus lucide par rapport au monde qui l'entoure. Sa seule folie est d'oser aider des personnes étrang(ères) qui inquiètent, dérangent, voire terrorisent, les classes bien-pensantes. Dès lors qu'elle s'engage dans son action sociale, Sylvie est comme exclue de la société. Le regard des gens devient très lourd et c'est son entourage, son mari chauffeur de bus scolaire (Marc Citti) et ses enfants qui le subissent d'abord, mais encaissent finalement sans se plaindre. La vérité des enfants est souvent celle des parents. Le regard de Sylvie est lui plein d'empathie. Grâce à elle nous découvrons les rouages d'un problème humain difficilement soluble mais au devant lequel les institutions n'ont qu'une réponse froide, distante, cruelle et donc inadaptée.
Maman est folle interpelle, questionne, mais à travers ce film, Jean-Pierre Améris ne se place pas en donneur de leçon. Le film est simplement juste, humain et ne titille jamais la carte de l'affect forcé. Une oeuvre qu'il est important de découvrir, d'autant plus qu'elle est plus que jamais d'actualité. Le 14 février dernier, John Maiga, modeste athlète kenyan réfugié à Paris, se voyait refuser l'asile politique demandé à la France. Parce ce qu'il se savait condamné à mort par une secte dans son pays, il a préféré mettre fin à ses jours. Ce tragique fait divers, c'est toute la problématique de Maman est folle. Sangatte n'a sans doute pas servit à grand chose ; n'a en tous les cas pas suffit...
Benoît Thevenin
Mots clés Technorati : Maman est folle,Jean-Pierre Améris,Isabelle Carré,Marc Citti,John Maiga,Sans papier,Sangatte Maman est folle (TV) - Note pour ce film :
Réalisé par Jean-Pierre Améris
Avec Isabelle Carré Année de production : 2005 Première diffusion le 22 novembre 2007 sur France 3 (rediffusé le 24 mars 2008 sur TV5) L'actu cinéma du 26 marsLe week-end pascal n'a pas été prolifique en news. Tout le monde a préféré se gaver de chocolats, nous les premiers. Nous revoilà maintenant pour une nouvelle livraison de projets...
B.T
Mots clés Technorati : Richard Widmark Rescue Dawn de Werner Herzog
Werner Herzog a bâti sa légende dans la démesure, dans des projets pharaonesques et dans l'intensité de ses rapports avec son ennemi intime, l'acteur Klaus Kinski. Réalisateur devenu discret au fil des années, Werner Herzog effectue un retour tonitruant avec ce Rescue Dawn, oeuvre qui s'inscrit parfaitement dans l'idée générale que l'on peut se faire de son travail et de ses obsessions. L'histoire de Dieter Dengler en est une d'obsession. Aviateur allemand fait prisonnier au Laos pendant la guerre du Viêt Nam, Dieter Dengler réussit à s'échapper puis à survivre dans la jungle avant d'être enfin récupéré par l'armée américaine. En 1997, Herzog consacrait déjà un documentaire à ce héros extraordinaire : Little Dieter needs to fly. Il revient maintenant sur cette épopée avec Rescue Dawn.
Au-delà de l'histoire, on mesure encore le caractère extrême de ce projet. Rescue Dawn est traversé par les même thèmes que certains films phares d'Herzog (Aguirre, la colère de Dieu ; Fitzcaraldo) : la folie, l'instict de survie, la volonté des personnages à vaincre une nature indomptable... Christian Bale est sans doute allé au bout de lui-même pour incarner le personnage de Dieter Dengler. L'acteur était déjà aller très loin dans son incarnation de l'anti-héros de The Machinist, mais ce qu'il réalise là dépasse l'entendement. Christian Bale frotte sans doute là les flammes de l'Enfer Herzogien. Si à la fin du film, vous ressentez une espèce de boule à l'estomac, c'est sans doute normal. Bale repousse donc ses limites. Et l'on saluera aussi les performances de Jeremie Davis et Steve Zahn.
Rescue Dawn est une aventure hors-norme. Pour les prisonniers, il s'agit autant de survivre à la détention que de survivre ensuite dans la jungle. Herzog sait confronter ses personnages à cette nature impitoyable. C'est là que l'on retiendra les moments les plus intenses du film, ceux où l'on voit Dieter lutter littéralement contre les sangsues ou encore cette séquence ou il attrape un serpent pour le manger. Il n'y a guère qu'Herzog pour nous livrer des films autant sauvage que celui-ci. Et l'expérience de la mission secrète Rescue Dawn est presque autant éprouvante pour les spectateurs que pour les personnages qui la vive.
Rescue Dawn est sortit dans l'anonymat aux Etats-Unis et reste à ce jour scandaleusement inédit dans nos salles françaises. Le film mérite pourtant largement le grand écran et on espère qu'il finira par y trouver sa juste place. Le cinéma d'Herzog est autant intense qu'exigeant, mais ce cinéma là est aussi rare et précieux.
Benoît Thevenin Les Toilettes du Pape (El bano del papa) de Enrique Fernandez et César Charlone
Les plus belles et les plus profondes histoires sont souvent les plus simples. Les Toilettes du Pape ne déroge pas à cette idée. Réalisé par un duo de cinéaste dont l'un (C. Chalone) a été chef opérateur sur plusieurs films de Fernando Meirelles (La Cité de Dieu, The Constant Gardener et The Blindness) Les Toilettes du Pape est autant humble que ces personnages. Humble mais d'une richesse incroyable. Nous n'avions plus de nouvelles du cinéma uruguayen depuis Whisky (Pablo Stoll, Juan Pablo Rebella, 2004), mais chaque fois ces nouvelles sont pleines de promesses... Nous sommes en 1988 à Melo, petite ville uruguayenne à la frontière avec le Brésil. Chaque jour, Beto et quelques amis enfourchent leurs vélos et font transiter divers produits de contrebandes nécessaires à la survivance économiques des classes les plus modestes de la ville. Beto est habité par une bonne humeur constante qui cadre pourtant mal avec le contexte dans lequel il lutte. Beto a toujours une idée d'avance, preuve de son intelligence et de sa foi inébranlable. Lorsque le Pape Jean-Paul II est annoncé en visite à Melo, toute la ville est en ébullition. Des millions de fidèles sont attendus et chacun espère bénéficier économiquement de cette exposition particulière. Beto a de la suite dans les idées et imagine construire des toilettes publiques où les pèlerins pourront venir se soulager...
Beto doit faire face à une certaine hostilité de la part de ses proches. Son projet paraît fou et l'oblige à multiplier les allers-retours de contrebande pour arriver autant à financer son entreprise, que pour la construire avec des matériaux qu'il soit aller chercher. Beto se donne du mal et pédale sur son vélo plus d'une centaine de kilomètres par jours. Malgré la douleur qui ronge son genoux, il ne se plaint pas et continue toujours. Il se heurte néanmoins au regard de sa fille. Cette dernière rêve d'émancipation, se voit journaliste à Monteviedo mais voit son père investir l'argent mis de côté pour ses études dans une entreprise incertaine et quelque peu loufoque. Autour de Beto, toute la ville de Melo rivalise d'inventivité pour récupérer une part du gâteau offert par le Pape. Tous investissent et préparent un immense marché qui au bout du compte devrait les aider à se sortir de la condition dans laquelle ils sont pour l'heure englués.
Enrique Fernandez et César Charlone, les cinéastes, situent leur regard à hauteur d'hommes. Le film est gonflé par un vent d'optimisme qui habite tous les personnages ou presque. Celà n'empêche pas une certaine morosité, la menace que font peser autant les douaniers que la figure locale de la contrebande. Cette morosité est parfaitement balancée par la foi de Beto, sa volonté forcenée, et l'humour qui ponctuent cette belle histoire. Rien n'est facile à Melo mais les cinéastes ne jouent surtout pas la carte du pathos. Ce qui les intéressent, c'est de regarder cette communauté multiplier d'efforts pour se sortir d'une certaine misère, même si ça ne peut être que provisoire. Les cinéastes sont comme les personnages : modestes, attachés à des valeurs simples et fondamentales comme le partage, l'amour du prochain, la confiance. Mais le film va bien au-delà de ça. Car malgré la simplicité apparente du récit, ce qui se noue dans le film en dit bien plus sur l'humain que n'importe quel discours. Sans jamais rien revendiquer, sans jamais se plaindre de quoi que ce soit, les personnages comme les cinéastes délivrent un message profond.
Les Toilettes du Pape est une des merveilles de ce début d'année. Le film est tendre, un peu amer parfois, mais charme par toute la lumière qu'il contient. Toute la ville de Melo, à l'exemple de Beto, ne cessera jamais de croire, ne cédera jamais à la fatalité. C'est extraordinairement beau et il faut absolument se laisser tenter par ce voyage.
Benoît Thevenin
Réalisé par Enrique Fernandes, Cesar Charlone
Avec Virginia Mendez, Virginia Ruiz, Mario Silva, ... Année de production : 2006 Sortie française le 19 mars 2008 Mots clés Technorati : Les Toilettes du Pape,Enrique Fernandez,Cesar Charlone,Fernando Meirelles Interview avec Philippe Claudel, réalisateur de "Il y a longtemps que je t'aime"
Laterna Magica : Vous avez écris plusieurs romans avant votre premier film. La réalisation est-elle quelque chose qui vous a toujours attiré ? Philippe Claudel : Oui, c'est même quelque chose qui remonte à loin. Mes premiers essais, c'était lorsque j'étais étudiant à Nancy dans les années 80. Il commençait alors à se mettre en place un département cinéma qui est ensuite devenu, bien plus tard, l'IECA (Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel, école rattachée à la faculté des lettres de Nancy). On était tout un groupe à bidouiller des courts-métrages avec les moyens du bord. Et déjà à cette époque, il y avait chez moi un désir de faire des longs. J'avais écrit un ou deux scénarios de longs-métrages mais que je n'avais jamais réussi à montrer. Je ne connaissais pas grand monde dans le cinéma professionnel. Je faisais un peu ce que vous faites là mais dans le cadre d'une radio libre. J'avais comme ça quelque contacts avec des metteurs en scène ou des comédiens mais ça n'allait pas plus loin. J'ai laissé ça de côté pendant assez longtemps, pour plus me concentrer sur mes romans. Il y a une dizaine d'année, quand j'ai commencé à publier, le cinéma est revenu vers moi par la personne d'Yves Angelo qui m'avait demandé de travailler avec lui. C'est finalement grâce à Yves que je suis revenu dans le milieu, en tant que scénariste. J'ai rencontré beaucoup de producteurs, de techniciens et, au fil des années, le désir de maîtriser complètement un film s'est accentué. Et là, il se trouve que j'avais le scénario qui me passionnait et que je n'avais envie de le redonner à personne. Et j'ai eu la chance de rencontrer des producteurs qui ont voulu le faire.
L'histoire de "Il y a longtemps que je t'aime" se déroule à Nancy et le film est parsemé de clins d'oeil à la région. Etait-il important pour vous de rester fidèle à vos racines. Aussi, qu'elle est la part personnelle que vous avez mis dans ce film ? Il était très important que ça se passe en province. Très franchement, si la région Lorraine et la ville de Nancy n'avait pas pu nous aider... La région Lorraine a donné une enveloppe. Ils ont développé un secteur partenariat cinéma depuis Les Âmes grises (NDLR, de Yves Angelo, d'après le roman de Philippe Claudel) et là ils ont consacré leurs subventions de l'année passée à ce film. Ils ont aussi créé un bureau des tournages. C'est donc une région qui s'ouvre de plus en plus au cinéma. S'il n'y avait pas eu ça, et la ville de Nancy qui nous a beaucoup aidé en nous prêtant une maison, qui nous a beaucoup facilité la vie pour le tournage dans la ville, et si une autre région avait été preneuse... Voila, on le faisait dans une autre ville. Ce qui était important, c'était que cela se passe en province, parce que c'est typiquement pour moi une vie de province, des relations de provinces.
Dites-moi si je me trompe mais il me semble que vous éprouvez une attirance pour l'asie, et qui serait symbolisée dans le film par le personnage l'enfant adoptée par Léa (Elsa Zylberstein) ? Oui oui c'est vrai. Moi même j'ai adopté. Ma fille est née au Viêt Nam. Il y a des échos personnels. C'est à la fois une région du monde que je connais bien et qui m'a beaucoup apporté, mais c'est aussi un thème assez personnel l'adoption. Le titre du film pourrait être celui d'une comédie romantique mais induit en fait l'idée principale du film qui est la suite de la contine A la Clairefontaine (NDLR "Jamais je ne t'oublierai"). Tout le film me parait construit sur ce principe. Il y a d'abord ce que l'on voit en surface, puis ce qui apparaît peu à peu lorsque l'on gratte. Oui et c'est ce que je fais aussi dans mes romans. J'aime beaucoup solliciter l'intelligence du lecteur, ou du spectateur. Il y a des films ou des romans que je n'aime pas trop car ils me laissent trop en dehors, tout m'est expliqué, tout m'est dit et je n'ai pas a réfléchir puisque tout est là. Ce qui m'intéressait, c'était de fonctionner de manière plus impressionniste, d'arrêter des scènes avant que l'on en sache trop, avant qu'un sentiment, une émotion, ne soit développée, de façon à ce que le spectateur puisse continuer seul le chemin. Donner des signes, des indices, des morceaux de sens, mais au spectateur ensuite de compléter. Toute l'émotion est d'ailleurs contenue jusqu'à... ... sauf à la fin ou elle explose. C'est une scène d'accouchement. Ce personnage qui a été longtemps enclos, soudain se libère et sort tout ce qu'elle a. Là, il n'était pas question de la brider l'émotion. Au contraire, il fallait qu'elle jaillisse violemment. Mais autrement, sur tout le film effectivement, on avance prudemment jusqu'à ce moment.
La thématique de l'enfermement est récurrente dans votre oeuvre littéraire et dans ce film. Pour moi elle est d'abord liée à l'idée d'ouverture sur le monde. Quel est votre point de vue à ce propos ? Oui c'est ça. C'est un film qui essaye d'inspecter cette thématique de l'enfermement, de l'exclusion aussi, et également, ce qui va de paire, pour ce qui provoque l'exlusion, du regard que les autres peuvent avoir sur quelqu'un. Un regard qui souvent condamne assez vite. Je me suis aperçu finalement que le personnage de Juliette (Kristin Scott-Thomas) était assez proche du personnage de Brodeck dans mon dernier roman, assez proche aussi de l'un des personnage de La Petite fille de Monsieur Linh, c'est à dire des personnages qui reviennent de quelque part, qui sont loin d'un milieu dans lequel ils ont vécu longtemps, et qui essayent de trouver une place au sein d'une communauté. Cette communauté, la plupart du temps les rejette. Il se trouve que là, le film est beaucoup plus optimiste que les romans. Ce qui m'intéressait justement c'était de voir comment les liens pouvaient se recréer, et comment les autres arrivaient à briser l'enfermement et à faire revenir malgré elle, la personne dans la communauté. Il y a beaucoup plus d'espoir dans ce film que dans les livres que j'ai écris. Les sujets de vos livres et de ce film sont très différents les uns des autres mais le dénominateur commun serait un profond attachement à l'être humain. Accepteriez-vous que l'on vous définisse comme un humaniste ? Je me méfie toujours un peu des étiquettes mais c'est vrai qu'à chaque fois qu'un journaliste ou un lecteur vient me dire ça, c'est quelque chose qui me touche beaucoup. Il est dur de classer les gens mais il y a comme ça un immense tiroir qui serait celui de l'humanisme et qui me convient très bien. Mon soucis, c'est jamais d'être noir pour être noir, d'être tragique pour me repaître de ça. Ce qui m'intéresse c'est vraiment d'observer nos vies, ou la condition humaine, en essayant de toujours montrer, dans toute cette noirceur, une ouverture, une possibilité à vivre avec les autres en humanité. Je pense que le film porte des valeurs humanistes, fraternelles. Entre tous vos romans et vos scénarii, vous êtes un auteur très productif, ou puisez vous toutes vos histoires, et ou trouvez-vous le temps de toutes les raconter ? C'est à la fois une question de goût et d'organisation... Enfin non, ce n'est même pas de l'organisation car ca laisserait imaginer que c'est pensé alors que ca ne l'est pas... Je ne sais pas... Je ne regarde jamais la télévision par exemple. Par rapport a d'autres personnes qui y consacrent plusieurs heures par jour, ça dégage déjà du temps. Je suis plutôt quelqu'un qui me lève assez tôt. Mais je me couche tôt aussi, je suis un gros dormeur alors je ne rogne rien sur le sommeil. Je ne passe pas quinze heures par jour au téléphone et je ne me sert d'internet que pour mes mails, je ne surf jamais sur des sites etc. Je prends ces trois exemples car je crois qu'aujourd'hui, quand l'on prends l'emploi du temps de quelqu'un, si l'on compte la télé, le téléphone et internet, ça prend déjà pas mal de temps. Après, quand une histoire me hante violemment, je me donne les moyens de l'écrire. J'arrête tout et je ne fais que ça.
Une question très en marge du film... Vous avez écrit Les Âmes grises et la semaine dernière Lazare Ponticelli est décédé. Quelle a été votre réaction ? Ce n'est pas de la tristesse, parce que quand quelqu'un de 110 ans meurt, on ne peut pas être triste. Surtout qu'apparemment cet homme était en parfaite condition intellectuelle. Ce n'est pas de la tristesse mais il y a de vraies questions qui se posent. A partir du moment ou l'on perd cette mémoire biologique du dernier survivant, comment cette mémoire là va t'elle exister maintenant ? Il y avait quand même tout un ensemble de commémorations qui se mettaient en place autour de 14/18 parce qu'il y avait encore des survivants. Il y a avait d'ailleurs une sorte de décompte assez macabre. Il en reste dix, cinq, un... Vous avez vu que le dernier soldat allemand est mort très peu de temps avant. Ils sont presque morts en même temps et je trouve ça assez symbolique. L'interrogation, c'est qu'est ce que l'on va faire de toute cette mémoire là ? Est-ce que le protocole de célébration et de commémoration va continuer tel qu'il était ? Ca fait presque 100 ans quand même la Guerre de 14. Il faudrait peut-être aussi se poser la question d'une sorte de dépassement de cette mémoire là... C'est devenu un marronnier... Ce qu'ils on fait à Verdun, qui a été tellement le symbole de cette guerre pendant longtemps, qui est devenu une capitale de la paix, avec une sorte de pédagogie de l'horreur pour éviter qu'elle ne se reproduise, je trouve que c'est plutôt une transformation de la mémoire qui est intéressante. On est dans des pays qui sommes tellement attachés à ça... Voila, je vais observer ça de façon très intéressée. Vers quoi vous tournez-vous dorénavant ? Là, je n'ai pas de projets précis et je ne me mets sur rien. La sortie d'un film c'est très prenant. En plus je dois enchaîner avec une tournée à l'étranger pour la traduction de mes livres. Je n'ai pas trop le temps de me reposer ou de penser. Mais je pense que je vais continuer comme avant. Ecrire des romans quand j'en ai envie et puis préparer assez rapidement un nouveau film. J'ai deux sujets, on va voir lequel m'achoppe le plus. Mais je ne suis pas pressé. J'ai publié mon premier roman à 37 ans et fait mon premier film à 46... Tout s'est accéleré pour vous ces dernières années... Oui mais je fais les choses quand je me sens prêt. Parce que j'ai envie et parce que je me sens prêt. Le prochain film, il faut donc que j'ai envie et que je me sente prêt. C'est quand-même deux ans d'une vie, un film. Entre l'écriture, la préparation, le tournage et la post-production... quand tout va bien. Tout ça est à envisager aussi. Il faut penser également à sa vie personnelle, à sa famille. Il faut faire des équilibres entre tout ça.
Vous ne vouliez pas d'une adaptation de La Petite fille de Monsieur Linh, puis nous avons appris que Richard Berry s'y intéressait. Qu'en est-il aujourd'hui ? Effectivement, j'ai déclaré pendant des mois quand le livre est sorti que je ne voulais pas d'une adaptation. Les producteurs m'ont approché et je n'ai pas voulu les voir pendant six mois jusqu'à ce que j'accepte un rendez-vous. Il y avait deux metteurs en scène intéressés, dont Richard Berry. J'ai rencontré les deux et Richard Berry me paraissait avoir un projet qui dans l'esprit se rapprochait le plus du livre. On m'a demandé de faire le scénario, ce que j'ai fait. C'est en le faisant que je me suis rendu compte que c'était vraiment très intéressant d'en faire un film, qu'il y avait quelque chose à réinventer et que ça pourrait être bien. Je l'ai montrer à Richard. Il se l'est accaparé et l'a emmené dans une voie qui était sans doute pour lui intéressante mais qui moi ne m'intéressait plus et qui surtout, en terme de production, devenait un truc à 15-16 millions d'euros. C'était incompatible avec le projet et les producteurs ont dit "on arrête tout". Maintenant, ils voudraient que ce soit moi qui le réalise. Dans mes deux projets, il y a celui-là. Ca m'intéresse mais il faut que je réfléchisse encore. Enfin, quels sont les cinéastes que vous admirez, dont vous vous sentez proche ? Proche, je ne sais pas trop, mais qui m'intéressent, il y en a plein. Mais vous savez je ne suis pas... Si demain j'avais un fort désir de faire un film de SF, je ferais un film de SF. C'est à dire que je ne suis pas dans un genre. Je l'ai souvent dit à propos de mes romans. Ils sont assez différents les uns des autres et j'ai toujours dit aux journalistes que je revendiquais la liberté d'un cinéaste. Quand vous prenez de grands cinéastes comme Stanley Kubrick ou Ridley Scott, ce sont des gens qui ont exploré des genres très différents. Kubrick a fait des films de guerre, de SF, d'horreur, historique, des polars... Je trouve ça génial et j'aime bien cette liberté là. Je viens de faire un mélodrame mais je rêverais de faire une grande comédie d'amour, un vrai film noir... J'aime les genres. Ah oui ?! Oui oui, je suis resté vraiment en dehors de ça... Il y en a plein d'autres... Dans les films plus patrimoniaux, j'ai souvent cité Sautet. C'est un cinéaste qui m'intéresse beaucoup et il y a un peu des clins d'oeil à Sautet dans mon film, des atmosphères, une façon de regarder les gens. Voila, Sautet mais encore la grande période de Woody Allen ou, pour remonter plus loin encore, les Lubitsch, les Capra, tout le cinéma français des Duvivier, Carné, les nanars des années 50... Duvivier, Carné, ce sont des références que les cinéastes français n'osent plus citer aujourd'hui... Oui c'est vrai. Mais moi, le cinéma français des années 30 à 50, c'est le cinéma qui m'a le plus nourri entre 15 ans et 30 ans. Par exemple, si vous prenez, Carné, Renoir, Duvivier, ce sont quand même de grands cinéastes de l'écriture. C'est d'abord un scénario. Si vous enlevez Prévert à Carné... C'est du grand cinéma d'écriture. Des gens comme Pierre Bost, Jean Aurenche... Ce sont quand même de sacrés scénaristes qui se sont fait allumés par les Truffaut et autres alors que Truffaut, qu'a t'il fait après ? Des films hyper classiques. Que reste t'il de la nouvelle vague dans les films de Truffaut à partir des années 70 ?
Propos recueillis par Benoît Thevenin à Paris le 20 mars 2008. Mots clés Technorati : Il y a longtemps que je t'aime,Philippe Claudel "Il y a longtemps que je t'aime" de Philippe Claudelpremière publication le 10 mars 2008
Le casting et le titre de ce premier film de Philippe Claudel pourrait laisser croire à une nouvelle comédie romantique. Ce serait se tromper sur les intentions de l'auteur, écrivain reconnu et dont chacun des romans est marqué par un humanisme profond. Il y a longtemps que je t'aime est un film ou tout est sous jacent, le contenu se lit entre les lignes, ou plutôt dans les regards, dans les instants de silence, dans les gestes apparemment anodins de chacun des personnages. Pourquoi ce titre est-il pourtant si évocateur du film ? Parce ce qu'il renvoie à la célèbre comptine A la clairefontaine, jouée et chantée par les deux héroïnes dans une des belles séquences du film. "À la claire fontaine, m'en allant promener, j'ai trouvé l'eau si belle, que je m'y suis baigné. Il y a longtemps que je t'aime, Jamais je ne t'oublierai (...)".
Léa n'oubliera jamais sa soeur Juliette. Les années ont pourtant mis à mal cette idée dans la tête de Juliette. Lorsque le film commence, Léa (Elsa Zylberstein) courre littéralement rejoindre sa soeur. Juliette (Kristin Scott Thomas) sort de prison. Elle y a été enfermée pendant quinze ans... La question de sa réinsertion se pose. Au sein de la famille d'abord ou une connexion est à établir, ou des non-dits doivent s'estomper. Juliette à besoin d'appréhender le monde mais son propre entourage semble lui aussi en pleine découverte de ce personnage, cette femme belle, froide et distante et qui "a du faire une sacrée connerie" pour rester enfermée si longtemps. Comme un symbole de tout ce qui fait le film, tant dans sa mise en scène que dans sa narration, Juliette lorsqu'elle rentre pour la première fois dans le foyer de Léa, commence par caresser les rideaux, glisser sa main sur le tissu d'un canapé, pose avec une infinie délicatesse cette main sur une poignée de porte. Juliette caresse la surface. Elle rentre en contact avec le monde, ne cherche pas l'affrontement mais contient beaucoup de son émotion en elle.
Il y a longtemps que je t'aime est le récit de cette histoire d'amour entre soeurs, deux soeurs séparées par la vie, qui se sont chamaillés et ont rit ensemble mais qui ne se connaissent plus. Philippe Claudel est un auteur que nous estimons beaucoup et qui ces dernières années a mis dans ses livres toute la sensibilité qui est la sienne. C'est à lui que l'on doit Les Âmes grises, La petite fille de monsieur Linh ou encore Le Rapport Brodeck. S'il a gagné le respect des lecteurs et du milieu littéraire, Philippe Claudel réussit parfaitement son passage au cinéma. Parce que sa sensibilité est là-encore criante, son honnêteté et son humanisme ne font pas plus de doute et, pour ajouter à la pleine réussite de cette oeuvre riche et profonde, accorde sont récit à une mise en scène aussi subtile qu'inspirée.
Tourné à Nancy et dans ses environs, Il y a longtemps que je t'aime est aussi un film profondément enraciné à la Lorraine si chère à l'auteur. Claudel filme d'abord Nancy et accorde à la ville et quelques uns de ses symboles une vraie place. Dans un contexte ou le cinéma d'auteur français est très souvent enfermé dans Paris, l'anecdote mérite d'être soulignée. Philippe Claudel site également Eric Rohmer, peut-être moins en raison d'une filiation réelle entre le cinéma de l'un et celui que voudrait faire l'autre, mais sans doute parce que Rohmer est simplement Nancéien. Il y a d'autres clins d'oeils disséminés ici et là et qui démontrent à quel point ce film est attaché à des valeurs propres au réalisateur, à quel point ce film est personnel. C'est un homme qui fait le portrait de ces femmes, mais aucune femme réalisatrice n'aurait été plus juste que lui. Il y a longtemps que je t'aime est un film simple, beau, profond et bouleversant. Vous sourirez un peu, vous verserez sans doute quelques larmes mais vous sortirez de la salle avec une foi inébranlable en l'humain. C'est la plus grande des réussites de ce film et nous gageons que nous en parlerons longtemps.
Benoît Thevenin Réalisé par Philippe Claudel Avec Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Hazanavicius, ... Année de production : 2007 Sortie française le 19 mars 2008 Mots clés Technorati : Il y a longtemps que je t'aime,Philippe Claudel,Elsa Zylberstein,Kristin Scott Thomas Black Sheep de Jonathan KingPremière publication le 02/03/2008
Prix du jury et Prix du public, Fantastic'Arts Gérardmer 2007.
"On est fermier depuis 5 générations et toi tu as peur d'un mouton !". C'est effectivement tout le problème de Henry, méprisé par son frère ainé en raison de son ovinophobie (sic). Henry revient à la ferme afin de vendre ses parts mais ne se doute absolument pas des manipulations génétiques que dirige son frangin contre l'élevage maison de moutons...
Dans le genre des animaux mutants, on a un peu près tout vu, et souvent le pire. Quand les animaux de la ferme se mettent à attaquer à leurs tours, il y a de quoi prendre peur. Vous direz, c'est tout le but de ce genre de film, mais sur le papier on prend surtout peur à subir un film pareil. Mais voilà, à l'instar des vaches mutantes de Isolation (Billy O'Brien, 2005), les moutons de Black Sheep réservent un lot de surprises impressionnant pour un résultat final des plus réjouissant.
Evidemment il faut prendre Black Sheep au second degré - ce n'est que ça. On ne peut pas être sérieux plus de deux secondes avec des moutons enragés comme seuls menaces de nos gentils héros. Alors quand en plus ceux ci sont le frère ovinophobe et la jeune militante environnementale obsédée par le Feng Shui, ridiculement prénommée Experience, on ne se pose plus du questions sur les intentions du cinéaste... Black Sheep est une comédie 100% gore et parfaitement assumée. Les répliques cultes fusent et certaines situations déclenchent franchement l'hilarité. On rit vraiment de bon coeur et ce malgré la quantité impressionnante de tripes régurgitées ici et là. Il y a du sang, des boyaux et ce n'est pas toujours beau à voir.
Alors vous l'avez compris, pour qui aime le cinéma d'horreur et est sensible à un humour au second degré volontairement régressif, Black Sheep est un pur bonheur, une vraie réussite. Public et jury du festival de Gérardmer ne s'y sont pas trompés en récompensant chacun le film par un prix en 2007. Black Sheep ne sort que maintenant dans nos salles et ce n'est que mérité.
B.T Réalisé par Jonathan King Avec Nathan Meister, Peter Feeney, Oliver Driver, ... Année de production : 2006 Sortie en France le 19 mars 2008 Angles d'attaque (Vantage Point) de Pete Travis
Les américains ne craignent pas de flinguer leur président au cinéma. Le jour ou l'on questionnera vraiment en France notre Histoire contemporaine, notre cinéma prendra peut-être un peu d'ampleur. Celà dit, on se passera de toutes les façons de films comme Angles d'attaque, dont l'inspiration confine au néant. Le président américain doit prononcer à Salamanque en Espagne un discours sur la lutte contre le terrorisme. Alors qu'il monte sur l'estrade, il est abattu. Le film propose aux spectateurs de montrer cette attaque sous huit angles différents et autant de personnages qui ont donc un regard singulier sur ce qui est l'élément central de cette intrigue.
Les cinq premières minutes sont plutôt prenantes. Nous sommes projetés dans le car régie d'une chaîne de télévision qui relate le sommet. Techniciens et journalistes sont sous-pression. Le direct n'autorise rien qui n'est été planifié auparavant. L'attentat est justement des plus inattendus et lorsqu'il survient, on est effectivement pas loin d'être cramponné à notre fauteuil. Mieux vaut s'arrêter là de regarder le film...
Les 7 déclinaisons qui viendront s'ajouter au point de vue du car régie sont simplement redondantes et fatiguantes pour le spectateur. Bien sûr, chaque point de vue révèle un peu plus d'éléments par rapport au complot et tente de structurer un suspens, d'installer un final plein d'action. En fait, Angles d'attaque ressemble à une mini-série, chaque points de vue représentant un épisode avec sa structure narrative propre et son climax pour maintenir en haleine jusqu'à l'épisode suivant. Le problème, c'est que le film ressemble plutôt à ce que TF1 ferait s'il adaptait en même temps 24h Chrono et Boomtown. Ce n'est pas peu dire.
Angles d'attaque n'a aucun intérêt : répétitif et dès plus ennuyeux, le film ne s'intéresse absolument pas à la géopolitique du monde et est soutenu par un casting prestigieux mais fatigué et plombé par une mise en scène calibrée... pour la télévision bien sûr.
Benoît Thevenin
Angles d'attaque - Note pour ce film : 0 Réalisé par Pete Travis Avec Matthew Fox, Forest Whitaker, William Hurt, ... Année de production : 2006 Sortie française le 19 mars 2008 Mots clés Technorati : Angles d'attaque,Pete Travis,William Hurt,Matthew Fox,Sigourney Weaver,Dennis Quaid,Forest Whitaker,Saïd Taghmaoui,Edouardo Noriega,Zoe Saldana 10 000 (10 00 B.C) de Roland Emmerich
Certes on n'en veut pas à Roland Emmerich de faire parler ces magdaléniens (nos ancêtres entre -17 000 et -9 000 avant J.C) en anglais. En revanche, son sens du spectacle est toujours aussi affligeant et pour cela on est beaucoup moins enclins à une quelconque mansuétude. Dès le premier quart d'heure, tout est plié. Lorsqu'ils partent chasser les Mamouths, nos valeureux guerriers réussissent par un cri de guerre, à faire fuir un troupeau entier (!). Ils ont faim, n'ont peur de rien et vont donc leur courir après (oui !), les rattraper (oui oui !). Lorsqu'un des mamouths est pris au piège d'un filet, les guerriers s'accrochent littéralement mais devront concéder quand même un "oh, il est trop fort !". Ce n'est pas tout. Lorsque le héros, plus courageux que tous les autres, se trouve en duel face au colossal animal, ce dernier s'empalera sur une lance (ce qui suffira à le tuer...) et, bien qu'il s'écrase sur notre héros, ce dernier ne ressentira pas grand chose, sinon l'extrême fierté d'avoir terrasser une créature mythique. Alors évidemment, cette séquence est spectaculaire, les Mamouths en images de synthèses plutôt crédibles, mais Roland Emmerich démontre encore une fois son absence totale de finesse. Le reste du film sera du même niveau, avec une guerre entre deux tribus et une "princesse" à délivrer. Classique. La pirouette finale nous oblige à un happy end dès plus détestable et achève de nous faire penser que l'on est vraiment pris pour des boeufs. Camilla Belle dans le rôle de la princesse porte bien son nom mais son jeu reste ici limité à 3 expressions (pour l'amour, la peur et l'incrédulité). Celle que le monde entier connaît pour être la Camilla de la pub Nespresso de Gondry avec George Clooney (oui c'est bien elle !) est pourtant un talent à suivre. Mais pour s'en convaincre, il faudra revoir le film qui l'a révélé, The Ballad de Jack & Rose et ne pas rester sur le détestable souvenir de ce 10 000 écervelé. Un film qu'on oubliera vite de toutes les façons...
Benoît Thevenin
B.T
10 000 BC
- Note pour ce film :
Réalisé par Roland Emmerich Avec Steven Strait, Camilla Belle Année de production : 2006 Sortie française le 12 mars 2008 Mots clés Technorati : 10 000 B.C,Roland Emmerich,Steven Strait,Camilla Belle,Afif Ben Badra Modern Love de Stéphane Kazandjian
Comédie romantique et musicale dans la plus pure tradition du cinéma niais français de ces dernières années. Modern Love n'a vraiment rien d'extraordinaire à faire valoir sinon une fraîcheur, des acteurs enthousiastes et quelques situations et dialogues plutôt amusants. ce qui n'est déjà pas si mal.
Benoît Thevenin Modern Love - Note pour ce film : Avec Alexandra Lamy, Stéphane Rousseau, Bérénice Bejo, ... Année de production : 2007 Sortie française le 12 mars 2008 The Mist de Franck Darabont
Scénariste dont on préfère ne pas se souvenir (Freddy 3, La Mouche 2 même s'il a aussi aidé au script d'Indiana Jones et la dernière croisade), Franck Darabont est devenu grâce à son premier film, le très estimé Les Evadés, une sorte de spécialiste tout désigné des adaptations de Stephen King. Il est vrai que les adaptations réussies des romans du maître de l'horreur sont rares même si elles existent bien sûr (Carrie, Shining, Christine, Un Elève Doué pour ne citer que celles-ci). Darabont a réussi un coup de maître mais il n'a pas le talent des De Palma, Kubrick, ou Carpenter, preuve en est déjà avec La Ligne Verte, répugnante oeuvre par son abondance de bons sentiments. The Mist (même s'il n'a que peu à voir avec) souffre aussi de la comparaison avec l'étendard du film brumeux réalisé par (encore) John Carpenter : The Fog.
Peut-être aurait-il été plus judicieux de transposer The Mist (comme quantité d'autres romans de King) sur petit écran plutôt qu'au cinéma. Le film passera de toutes les façons bien mieux à la tv tant il est justement réalisé tel un téléfilm : des acteurs de secondes zones (Thomas "The Punisher" Jane) ; une réalisation on ne peut plus académique et des effets spéciaux assurément pas à la hauteur des exigences posées par le cinéma et le grand écran.
Surtout, ce qui est affligeant, c'est la morale qui découle peu à peu de cette confrontation. The Mist n'est pas seulement moraliste, il véhicule aussi un message intégriste des plus abjecte. La fin du film, effectivement surprenante et parfois louée par certains, ne fait qu'appuyer le propos du film : Dieu ne sauvera que ceux qui lui seront fidèles. Mais celà va bien au-delà de ce seul message. Tout le film est orienté et verrouillé pour promouvoir un discours intégriste proprement révoltant et qui, de la façon dont il orchestre sa défense, coupe l'herbe sous le pieds de ceux qui, comme ici, rejettent en bloc le contenu moral du film.
Benoît Thevenin The Mist - Note pour ce film : 0 L'actu cinéma du 20 mars
B.T
Mots clés Technorati : Hugh Jackman,Neil Marshall,Steet Fighter,Kristin Kreuk,Paul Giamatti,Tony Gilroy,Catherine Zeta-Jones MR73 d'Olivier Marchal
A Marseille, un policier pochard détourne un bus. L'affaire est étouffée par la grâce des états de services du fonctionnaire. Ce dernier est sur les traces d'un tueur en série qui sévir sur la Canebière. Il doit surtout faire face à un passé qui le hante à double titre et qui explique son refuge désespéré dans l'alcool...
MR73 a les mêmes défauts que le précédents film d'Olivier Marchal, 36 quai des Orfèvres. Les mêmes qualités aussi : une esthétique poisseuse parfaitement travaillée, des acteurs au sommet de leur art. Ici Daniel Auteuil est franchement épatant. Mais si MR73 marque de manière forte le retour du polar pur et dur à la française, reste que ce cinéma là est frustrant, agaçant et donc décevant.
Olivier Marchal est un ancien flic et l'histoire de MR73 est en grande partie inspirée d'une expérience douloureuse dans sa vie de flic ; expérience qui marqua d'ailleurs assez Olivier Marchal pour le convaincre d'arrêter ce métier. On ne doute donc pas de la sincérité de cet homme devenu scénariste, acteur et cinéaste. On a amorcé l'idée, par son sens de l'esthétique, Marchal fait preuve d'un savoir faire et d'une efficacité que peut d'autres cinéastes français peuvent lui contester. Mais cette efficacité est annihilée par la lourdeur du film. La moindre idée est répétée, soulignée et même surlignée. Olivier Marchal soutient son récit par la force de symboles tous plus grotesques les uns des autres. Déjà dans 36 quai des Orfèvres, on reprochait surtout le caractère grossier du film et son extrême manque de finesse. En celà, ces films sont bruts de décoffrage. Ce n'est pas une qualité dans ces films tant on apprécierait que Marchal aille un peu plus loin dans le portrait psychologique de ces personnages, dépoussière un scénario dense mais prévisible à souhait et soigne des dialogues vraiment édifiants.
MR73 ne permet de résoudre aucun questionnement moral alors qu'il y prétend sans doute. A force de verser dans la caricature la plus outrancière, le propos n'a aucune force, le parcours rédemptoire du flic à la dérive incarné par Auteuil n'autorise aucune réflexion profonde. MR73 aurait pourtant pu occuper une place importante dans le paysage cinématographique français. Le film aurait même pu s'inscrire dans le cadre d'une actualité politique (la détention de sûreté) qui fait plus que débat et dont les réponses données seront quoi qu'il arrive importante pour notre société.
Alors certes, MR73 ne manque pas d'ambition. On ne peut surtout pas reprocher cela au film, mais à force de vouloir trop bien faire, a force de sans cesse souligner la moindre intention, Marchal ne fait que décevoir. La conclusion ahurissante que l'on nous sert est également si risible et même douteuse qu'au final, nous ne pouvons qu'être désespéré par un tel gâchis.
Benoît Thevenin
Réalisé par Olivier Marchal Avec Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Gérald Laroche, ... Année de production : 2007 Sortie française le 12 mars 2008 Mots clés Technorati : MR73,Olivier Marchal,Daniel Auteuil,Olivia Bonamy,Philippe Nahon,Gérald Laroche L'actu cinéma du 19 mars
Mots clés Technorati : Arthur C. Clarke,Stanley Kubrick,Sam Raimi,Jack Ryan,Clint Eastwood,Natalie Portman,Michael Cera,Kevin Lima,Joseph DelaneyAsian Film Awards,Secret Sunshine,Jeon Do-Yeon |
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