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Tableau des étoiles de Laterna Magica, mai 2008
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Consulter les autres tableaux de 2008 : janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre Cannes 2008 : Un Certain regardSont regroupées ici nos critiques des films présentés cette année à Cannes dans la section Un Certain regard.
Involontaires (De Ofrivilliga) de Ruben Östlund (Suède)
Dans une salle de classe, une institutrice demande à une de ses élèves de désigner le trait le plus long, sur les deux qu'elle lui montre. La différence est manifeste et l'élève répond juste mais l'ensemble des autres élèves désignent eux avec assurance la mauvaise réponse. Le test est réitéré plusieurs fois jusqu'à ce que l'élève donne la mauvaise réponse dans le seul but d'être en phase avec ses camarades. La maîtresse explique alors la supercherie et l'entente préalable avec la classe pour la faire douter. Cette séquence extraite du début du film symbolise mieux que n'importe quelle autre le principe de ce film. Involontaires se construit autour de cinq petites histoires indépendantes mais dans lesquelles, pour chacune, est posée la question de l'individu à l'intérieur du groupe. Un monsieur reçoit un impact de feux d'artifice et essaye de faire croire que tout va bien pour lui ; deux adolescentes entament une soirée fortement alcoolisée ; un groupe de mecs apparemment virils se rabaissent aux pires blagues salaces ; une actrice de cinéma trop fière pour avouer une faute banale et innocente ; une institutrice témoin d'une scène entre un de ses collègues et un élève et qui ne sait pas si elle doit s'exclure du groupe composé des profs ou nier ce qu'elle a vu. Toute la question est de conserver la face malgré la pression exercée par le groupe. De petits drames surviennent qui menacent l'équilibre de ces groupes. Ruben Östlund manie l'ironie et le sarcasme avec brio. Le principe des saynètes convoque le parallèle avec le cinéma d'un des plus fameux compatriotes du cinéaste, Roy Anderson. La comparaison s'arrête cependant très vite. Involontaires n'a pas la même ambition picturale, ni la même portée humaniste que chez Anderson.La mise en scène de Ruben Östlund reste rigoureuse, basée sur un principe de décalage permanent qui sied idéalement au sujet. Le regard du cinéaste est dès plus affûté. C'était une découverte et nous serons sans doute attentifs aux évolutions de ce cinéaste.
Ciel 9 (Wolke 9) d'Andreas Dresen (Allemagne)
Voila un film peu évident à vendre et qui aura sans doute un peu de mal à se frayer un chemin jusqu'en salle. Andreas Dresen réalisateur de Un Eté à Berlin, raconte l'histoire d'Inge, une sexagénaire mariée depuis près de trente ans au même homme et qui entame une passion amoureuse avec son voisin de 76 ans. Le récit est cru, sans tabou et Andreas Dresen filme les corps comme s'ils étaient ceux de jeunes adultes dans la pluspart des films d'aujourd'hui. L'originalité du film tient donc à l'âge des protagonistes. Le film est cru aussi parce que la lumière est naturelle, la mise en scène dépouillée. Les corps n'ont pas non plus été charcutés par un quelconque chirurgien. De fait, le cinéaste montre l'acte d'amour sans complaisance, juste pour ce qu'il représente et ce qu'il est. Dresen ne magnifie en rien cette passion. Plus le public sera jeune, plus il risquera de trouver celà glauque. Au-delà de cette remarque, on ne peut pas non plus faire l'impasse sur la conclusion du film, assez scandaleuse tant elle est baclée. Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa (Japon)
Tokyo Sonata marque un tournant radical dans le travail de Kyoshi Kurosawa. Le réalisateur japonais, esthète du cinéma fantastique et d'horreur (quoique son oeuvre est assez inégale) change complètement de registre et signe un drame social complexe et fascinant, parfait révélateur de l'état de la société japonaise aujourd'hui. Tokyo Sonata lorgne d'abord du côté de Laurent Cantet (L'Emploi du temps) et Nicole Garcia (L'Adversaire) avec cette histoire d'un cadre d'entreprise qui n'arrive pas à avouer son licenciement à sa famille et s'enfonce peu à peu dans un engrenage mensonger. La ténébreuse affaire Romand plane instanténément sur ce film dont les ressorts semblent très vite identifiés. Mais Kyoshi Kurosawa ne sombre pas dans la redite. Le drame n'est pas forcément inéluctable. Fort d'un scénario malin et d'une mise en scène au diapason, Kurosawa dynamite les rapports familiaux et écorgne sérieusement le principe fondamentale de l'autorité du père. Le film prend une tournure assez étrange dans sa dernière demi-heure avec l'apparition non préparée d'un personnage de cambrioleur excentrique joué par l'acteur fétiche du cinéaste, Kôji Hakusho. Cette partie du film s'intègre malgré tout intelligemment à l'ensemble. Tokyo Sonata s'achève littéralement sur une bonne note mais le malaise est bien là, les valeurs sociales et familiales complètement bouleversées : une sorte de requiem pour une société japonaise (ici) au bord de l'implosion. Tokyo ! de Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-Ho (Japon/France)
On a eu Paris, je t'aime, Chacun son cinéma (sorte de Cannes, je t'aime) et on aura bientôt New York, I Love You. Tokyo !, en revanche, est presque un cri de désamour. A moins que... Car qui aime bien châtie bien. Tokyo ! compile trois moyens-métrages très différents les uns des autres et signés par Gondry, Carax et Bong Joon-Ho, le réalisateur de The Host. Le résultat est aussi étrange que brillant. Les trois films se répondent admirablement et donne une image assez loufoque de cette ville folle qu'est sans doute Tokyo. Interior Design/ Michel Gondry : Un jeune couple cherche à s'installer dans Tokyo. Ils sont hébergés provisoirement par un ami. Les personnages se perdent rapidement dans l'immensité de cette ville. La jeune femme subit même une transformation étonnante. L'univers bric-broc de Gondry s'adapte parfaitement à cette fable mélancolique bercée par la musique d'Etienne Charry, un des membre de Oui-Oui, l'ex-groupe de rock de Michel Gondry. Les fans de Gondry se retrouveront forcément dans ce petit film simple et beau, un peu dans le ton de La Science des rêves. Merde/Leos Carax : Une créature surgit des égouts de la ville et terrorise tous les individus sur son passage. Cannes est le seul endroit ou une rencontre avec Carax, grand cinéaste à l'oeuvre malade, est encore possible. C'est à Cannes que Pola X fût d'abord montré (et profondément détesté par beaucoup) et c'est encore à Cannes que l'on retrouve Carax avec Tokyo !, dix ans plus tard... Tourné rapidement et clandestinement, le film risque d'en laisser encore beaucoup circonspects. Merde, c'est sans doute ce que Carax hurle à la gueule de ceux qui le déteste. Merde est aussi le nom de son personnage, une créature vulgaire et terroriste bientôt capturée et jugée. Merde est une sorte de Godzilla humain, un monstre improbable et incompris. Un peu comme Carax qui livre encore une fois un film complètement fou, libre, baroque, bordélique même, et provocateur. La provocation risque d'ailleurs d'être très mal perçue par certain. C'est tour à tour drôle et consternant mais on en garde finalement que le caractère jouissif. En espérant que Carax (toujours vivant !) ne se laisse pas enterrer encore. Shaking Tokyo/Bong Joon Ho : Reclus volontairement dans son appartement depuis près de 10 ans, un homme tombe subitement amoureux de sa livreuse de pizza. Le phénomène dit des Hikikomoris est semble t'il assez courant au Japon. Ryû Murakami en a d'ailleurs tiré un roman fabuleux et essentiel, Parasites. Le film de Bong Joon Ho est lui un petit chef d'oeuvre de sensibilité, de délicatesse, en plus de receler de trouvailles visuelles. Une petite histoire suprenante et attachante, probable sommet de cet audacieux et très joli programme de film-sketchs. Sortie française le 15 octobre
Afterschool d'Antonio Campos (Etats-Unis)
Les premières images sont saisissantes - toutes glanées sur la toile - et mélangées sans discernement : la pendaison de Saddam Hussein, des corps mutilés, un girlfight dans un couloir de lycée, un chat joueur de piano ou encore le début d'une vidéo porno dans laquelle la fille se fait salement humiliée. Ce programme, c'est celui d'un ado propre sur lui, spectateur attentif des succès du web. Le ton est vite donné. Afterschool mélangera pendant près de deux heures images youtubisantes et point de vue du cinéaste. Un point de vue bien particulier avec un zoom à bloc et une caméra qui cherche constamment ses personnages, quitte à les cadrer maladroitement. Tout l'enjeux du film est là, d'abord là : comment une action plus ou moins anodine se retrouve soudain mise en ligne sur le net ? Cette instantanéité n'est pas neuve mais elle fait ici assez froid dans le dos tant elle se confronte à des évènements graves. Afterschool suit une bande d'ado pensionnaires d'un petit lycée américain bon chic bon genre. Les élèves les plus sages se masturbent devant des vidéos pornos dans leurs chambres, d'autres dealent de la cocaïne. Une chronique finalement très ordinaire ou l'on observe également certains élèves recopier leurs devoirs avant d'entrer en classe ou encore reluquer l'entre-cuisse et le décolleté de leur belle prof de littérature. Dans la première demi-heure, il est aussi beaucoup questions de deux soeurs jumelles. Elles fascinent l'ensemble du lycée mais leur présence - constante - est fantomatique, vaporeuse. Lorsqu'on les voit, elles sont à l'arrière plan du cadre, elles sont lointaines ou passent rapidement devant la caméra. Comme les soeurs Lisbon de Virgin Suicides, elles sont belles, mystérieuses et inaccessibles. Un évènement grave concernant les deux soeurs va perturber durablement l'équilibre de la vie de ce lycée. Antonio Campos livre avec Afterschool une étude quasi clinique de la vie de lycée et, plus encore, du rapport à l'image qu'entretiennent ici les élèves. L'exercise est brillant tant le dispositif mis en place par le cinéaste est aboutit. La stylisation est extrême mais pudique et se noie en plus dans un montage intelligent. Afterschool ressemble par certains aspects à 2h37, l'abominable film australien de Muralli Thalluri, lui-même largement inspiré par l'Elephant de Gus Van Sant. Antonio Campos se démarque admirablement de ces deux exemples. Afterschool est la promesse d'un grand talent. Antonio Campos a d'ailleurs déjà été primé à Cannes en 2005 (pour son film Buy it now) par le prix du court-métrage de la Cinéfondation.
Los Bastardos d'Amat Escalante (Mexique)
Ancien assistant de Carlos Reygadas (producteur ici), Amat Escalante est l'auteur d'un premier film un peu mal foutu mais prometteur, Sangre, lequel avait déjà été présenté à Cannes en 2005. Los Bastardos arrive maintenant et ne mettra pas tout le monde d'accord. Los Bastardos garantit pourtant une claque monumentale dans la gueule et c'est bien pour cela qu'il divisera. Amat Escalante était donc à bonne école avec Reygadas. Les bâtards dont il est questions dans le titre sont deux pauvres immigrés clandestins mexicains. Ils errent dans Los Angeles à la recherche de petits boulots dans des chantiers. On leurs confie bientôt une mission lucrative : un meurtre. Los Bastardos fait d'abord preuve d'une rigueur extrême dans la mise en scène. La photo de Matt Uhry est somptueuse et les plans-séquences aussi fascinant que chez Reygadas. Après, le contenu du film est ce qui destabilise le plus. Escalante nous montre une famille type américaine complètement asphyxiée. Le mari est parti, la mère fûme du crack devant la télé, le fils est un zombie lobotomisé par son écran d'ordinateur et sa console de jeu. Le portrait n'est pas très éloquent. La misérabilisme est partagé par les deux camps : les opulents américains vs. les pauvres mexicains. Los Bastardos bascule ensuite dans une sorte de jeu malsain. On se rapproche de chez Haneke, le cynisme en moins. Juste, les deux anti-héros du film pénètrent dans la maison et nous imposent une relation malsaine avec leur futur victime. Ils prennent le temps de parvenir à leurs fins. La mère - puisque c'est elle qui doit être tuée - leur prépare à manger ; ils se partagent le crack, se baignent dans la piscine etc. Ainsi, ils prennent le risque de prendre en sympathie leur proie. Survient alors, très brutalement, un évènement. Le spectateur est fatalement assommé, abasourdit, d'autant plus que la façon dont cet évènement est filmé est troublante de réalisme. La secousse aura sa réplique, tout autant inattendue et bluffante. Los Bastardos se termine là-dessus, laissant sur le carreau bon nombre de spectateurs choqués par le caractère intense de ce qui vient de se dérouler. La claque est violente et Los Bastardos une expérience rare de cinéma.
Je veux voir de Khalil Joreige et Joana Hadjithomas (Liban)
"Que peut le cinéma face à la guerre ?". C'est cette interrogation qui a nourrit l'idée originale de ce long-métrage. Les deux réalisateurs invitent Catherine Deneuve, icône du cinéma international, à rencontrer Rabin Mrouhé, acteur libanais fétiche des cinéastes. Les deux comédiens vont traverser ensemble un pays ravagé par la guerre, avec l'espoir de voir à travers eux une beauté resurgir de sous les décombres. Je veux voir arrive presque en même temps que le film, entre fiction et documentaire aussi, de Philippe Aractingi Sous les bombes. Comme l'héroïne de ce film, Deneuve et Mrouhé traversent du nord au sud un Liban apocalyptique. Ce qui les distingue de l'héroïne du film d'Aractingi est cependant très clair. Eux, ne cherchent rien de précis, seulement veulent-ils constater l'état du Liban au Moment-M de ce tournage, en juillet 2006. Dans la première minute du film, le dispositif de mise en scène est énoncé par les cinéastes. Catherine Deneuve, que l'on essaye de convaincre de bien réfléchir à ce dans quoi elle s'embarque, regarde l'horizon depuis la baie vitrée de l'aéroport de Beyrouth. Elle le martèle à plusieurs reprises "Je veux voir". Le Liban est un pays en perpétuelle reconstruction. Ce que Catherine Deneuve arrive à voir dans ce ce film, se sont les ruines des immeubles détruits. On ne les verra bientôt plus, le Hezbollah rasant et reconstruisant à vitesse grand V. L'aventure à laquelle se mêle les deux acteur est imprésivible. Les cinéastes en captent toute la vérité et c'est ce qui rend le film impressionnant et passionnant. Une discussion anodine sur la ceinture de sécurité dans les voitures en dit plus long sur la soif de liberté des libanais que la pluspart des discours théoriques. Au milieu du film, un écran noir interrompt brièvement le périple des acteurs livrés à eux-mêmes ; comme si les cinéastes interrogeaient à ce moment les spectateurs sur leur désir, à eux aussi, de voir. Le film prend une tournure inattendue et saisissante lorsque la voiture dans laquelle se trouvent les acteurs pénètre un chemin miné. Deneuve a t'elle vraiment risquée de sauter sur une mine ? Rien que l'idée, dans sa démarche, est admirable et prouve à quel point le film est courageux, à quel point le Liban est redevenu un pays incertain.
Tulpan de Sergey Dvortsevoy (Kazakhstan)
Le Kazakhstan n'est pas un territoire vierge pour le cinéma. On a déjà parlé ici de son plus grand représentant, l'excellent Darejan Omirbaev, auteur notamment de Kardiogramma, Tueur à gage ou La Route. Le Kazakhstan, c'est ce pays là qui abrite aussi Ulzhan, la belle institutrice qui accompagne Philippe Torreton dans son périple à travers la steppe kazakhe dans le dernier (beau) film de Volker Schlöndorff. Tulpan est donc une excellente nouvelle puisque ce film apporte la preuve que le cinéma n'est pas circonscrit au seul nom d'Omirbaev dans ce pays d'asie centrale. Cela dit, autant Omirbaev est un cinéaste avant tout citadin, autant Tulpan suit l'exemple de Schlöndorff est nous offre avant tout les paysages arides mais somptueux de la steppe Kazakh. Tulpan est le nom d'une jeune fille d'un groupe de bergers nomades. Lorsque Asa revient de son service militaire, il doit se marier afin de pouvoir devenir ensuite berger lui-même. Tulpan se refuse à lui au motif qu'il a de grandes oreilles. L'histoire du film est plutôt simple mais le cinéaste arrive à nous transporter littéralement par la rigueur de sa mise en scène et par l'audace de certaines séquences. On n'est assurément pas dans le Silence des agneaux... Vers la fin du film, Dvortsevoy oppose à la pudeur émotionnelle de ses personnages, une ahurissante et très bruillante scène d'un accouchement très douloureux d'un agneau. La sueur, la poussière, tout celà est palpable. D'où un humanisme sincère qui transpire à chaque plan. Formidable découverte.
La Nouvelle vie de Monsieur Horten (O'Horten) de Bent Hamer (Norvège)
Après une escapade américaine avec l'excellent Factotum (avec Matt Dillon en Bukowski), Bent Hamer revient au cinéma simple et burlesque qui a d'abord fait sa renommé (avec Eggs puis, surtout, Kitchen Stories). Monsieur Horten est un conducteur de locomotives sur le point de prendre sa retraite. Il n'a jamais raté un train de sa vie, mais le dernier, par un concours de circonstances, il le manquera. La Nouvelle vie que l'on nous promet dans le titre français est assez mensongère. Bent Hamer filme simplement les petites cocasseries auxquelles Monsieur Horten se retrouve confronté par le hasard d'un train raté. Pour qui est sensible à l'humour scandinave, pour qui aime à s'imaginer dans un univers quelque part au coeur du triangle Aki Kaurismaki - Jacques Tati - Roy Andersson, il est urgent de découvrir le cinéma de Bent Hamer. Les gags sont simples, la mise en scène épurée, et on ressort de la salle frais et heureux car, même si les personnages sont de vieux monsieurs, on est sensible à la simplicité de leurs vies. C'est tout le charme des personnages et des films de Bent Hamer. Sortie française le 18 juin.
La Fête de la fille morte (A festa da menina morta) de Matheus Nachtergaele (Brésil)
C'est dans des conditions inédites et effrayantes que nous avons découvert ce film, un après-midi cannois en milieu de festival. L'équipe du film, une quinzaine de personnes environ, monte sur scène pour présenter le bébé. Le réalisateur nous invite soudain à une minute de silence. Le prétexte invoqué : chaque matin sur le tournage, l'équipe se réunissait pour une minute silencieuse... Le spectacle auquel nous assistons est ahurissant. Le réalisateur bouge les lèvres comme s'il était en pleine incantation tandis qu'à sa droite, son actrice principale est littéralement en transe. Il aurait fallu que nous filmions cette scène pour que vous puissiez le croire... La Fête de la fille morte raconte l'histoire de Santinho, promu leader spirituel d'une communauté de l'amazonie profonde après avoir été reconnu l'auteur d'un "miracle" lors du suicide de sa mère. Cette incursion au sein de cette secte est déstabilisante à souhait ; surtout dans les conditions énoncées plus haut dans lesquelles nous avons été invité à cette troublante fête. Santinho est un personnage complexe et fascinant mais pour le moins troublant. Ne serait-ce que pour les séquences d'inceste avec son père. La Fête de la fille morte laisse donc perplexe. On ressent toute la fièvre qui s'empare de cette communauté, les couleurs sont magnifiques et les ritournelles chantées sont enivrantes. Au final, on est complètement perdu, entre fascination et dégoût profond. L'expérience de ce film fût assez extrême et finalement désagréable.
Soi Cowboy de Thomas Clay (Grande-Bretagne)
Thomas Clay n'a pas trente ans qu'en deux films a peine il s'impose comme l'un des réalisateurs les plus insupportables du moment. Pourquoi cette cinglante accusation ? Parce que déjà dans son premier film, l'extraordinaire The Great Ecstasy of Robert Carmichael, Thomas Clay montrait ostensiblement a quel point il est persuadé d'être un grand metteur en scène. Avec son ambitieuse mise en scène, il pouvait en effet s'enorgueillir d'un talent hors norme. Là ou Thomas Clay commence sérieusement à devenir inbuvable, c'est quand il réalise Soi Cowboy, commençant déjà à se regarder le nombril et à s'auto-référencer. Soi Cowboy part d'une idée simple qui a son charme : la relation entre un anglais obèse et une jeune et frêle thaïlandaise enceinte à Bangkok. Ils ne communiquent pas, elle se refuse à lui mais malgré tout, on sent une certaine affection entre les deux. Dis comme ça, Soi Cowboy peut sembler intéressant. Mais Thomas Clay n'avait rien à dire, rien a raconter, juste un peu de péloche et d'argent à dépenser. Il s'amuse à perdre le spectateur dans le le vide sidérale de ses plans-séquences inutiles. Le comble est atteint lorsqu'il abandonne ses personnages pour suivre gratuitement une vieille dame avançant très difficilement avec son déambulateur dans un couloir. Le couloir est sans fin et l'on sent qu'on est parti pour la regarder dix minutes durant pour arriver au bout. A mi-chemin, elle fait demi-tour, provoquant rires et sarcasmes. Thomas Clay joue avec ses spectateurs mais il n'a pas grand chose à dire. Il filme interminablement des cafetières ou autres objets utilitaires et abandonne ses deux personnages à une cohabitation morne et silencieuse dont il semble quelque peu se moquer. Le noir et blanc granuleux ajoute au style paresseux du cinéaste qui par quelques allusions aimeraient sans doute nous faire croire qu'il dénonce l'attitude des occidentaux en Thaïlande. On bascule subitement vers la couleur. L'envers du décor. Bref, peu d'idée, rien d'intéressant, juste une impression d'être le nez dans la farine. Prétentieux en plus lorsque le cinéaste cite Robert Carmichael ou lorsqu'il relate au téléphone une discussion sur l'accueil de ce film à Cannes. On s'est bien foutu de nous...
Benoît Thevenin 40ème Quinzaine des réalisateurs
Ci-dessus, la vidéo (par Olivier Jahan) de la 40e Quinzaine, laquelle introduit chacune des projections des films de cette sélection. Eldorado de Bouli Lanners (Belgique) Acteur formidable, souvent bourru, souvent vu auprès de Poelvoorde (Les Convoyeurs attendent, Cowboy etc.), Bouli Lanners est aussi un cinéaste incontournable. Incontournable depuis la découverte en 2005 de Ultranova, son premier long-métrage, un objet loufoque complètement irrésistible, passé malheureusement inaperçu mais pour lequel on garde un souvenir à la hauteur du plaisir alors immédiatement ressenti. Cannes lui a offert une belle tribune en sélectionnant Eldorado, son second long-métrage, pour la Quinzaine 2008. Avouons le, Eldorado n'est pas vraiment le film que l'on s'attendait à voir... ce qui ne nous a pas empêché d'adorer au-delà de nos espérances. Drôle, Eldorado l'est souvent, dès son ouverture ou un concessionnaire un peu minable débusque un cambrioleur encore plus pathétique, planqué sous son lit. Mais Eldorado est surtout infiniment sensible. Ce road-movie totalement improbable, est ponctué de cocasserie drôlatique, de rencontres inquiétantes, absurdes et délicieuses (Philippe Nahon, "Alain Delon" etc.). Mais ce qui compte au final, c'est que tous ces personnages sont paumés, pas méchant pour un sous, mais tellement paumés qu'ils vont, viennent, repartent, s'abandonnent et se retrouvent, sans déchirement ni passion, avec une nonchalance désespérante, mais qui en dit beaucoup, en fait, sur la richesse des gens simples. A chacun son eldorado. Now Showing de Raya Martin (Philippines) 0 4h40. C'est 12 minutes de plus que le Che de Soderbergh, ou moitié moins que Shoah de Lanzman. Ca peut aussi être la durée d'un match à Roland-Garros ou d'une étape (courte) du Tour de France ; le temps nécessaire pour lire un roman comme Entre les murs de Bégaudeau ; c'est aussi un peu plus que la durée d'une épreuve de philo au bac. Cette énumération suggère que l'on se fait une montagne de la projection fleuve de Now Showing. Le film est signé par le jeune (24 ans) Raya Martin, présenté un peu partout comme le nouveau prodige d'un cinéma philippin en plein renouveau depuis quelques années. Dans le genre projos de plus de 4h, on a déjà goûté au Cléopâtre de Mankiewicz (4h28), à l'Hamlet de Kenneth Branagh (4h02), ou encore la version longue (5h) du Bateau de Wolfgang Petersen (sans compter les 7h25 du Tango de Satan de Bela Tarr). Bref, il y en a d'autres et, grâce à tous ces fameux exemples, chacun représentant en plus un grand moment de cinéma, on sait que cette durée n'a rien d'insumontable. Après tout, on a l'habitude d'enchaîner deux films à la suite ou de digérer un marathon télé... Les exemples que l'on a cité sont tous des projets de grandes ampleur, des films à grand spectacle et calibrés pour une vision agréable. Et ça change tout, car Now Showing est lui une expérience radicale d'un cinéma que personne n'ose plus faire. Les 2 premières heure et demi ressemblent à un bout à bout de vidéos familiales exhumées du fond du grenier. L'image vidéo est laide, et les tranches de vies auxquelles nous sommes conviées, absolument pas intéressantes. On voit Rita, la jeune héroïne du film, danser et chanter devant une vidéo karaoké, on la voit apprendre ses leçons, manger des spaghettis etc. Chaque séquence, souvent en plan fixe, est étirée à l'extrême. Quelle est la finalité ? On ne la saisit pas. La première partie du film évoque donc l'enfance de Rita. Un interlude composé d'images rares (et muettes) du cinéaste d'avant-guerre Octavio Silas s'intercale ensuite avec la seconde partie. Rita à maintenant grandit. Elle est une adolescente qui tient un stand de DVD pirates. L'image est plus propre, plus agréable, mais le principe de narration reste identique : des tranches de vies en plan-séquence interminables, souvent fixes, et qui ne nous transportent jamais. Esthétiquement, la proposition du film est faible, narrativement et intellectuellement, elle est inexistante. La seconde partie (2H) doit en plus être digérée après 2h30 de cauchemar cinéphilique. On a beau rester dans l'attente de fulgurances, on ne saisit rien de l'intérêt de ce film. Now Showing est le quatrième long-métrage de Raya Martin. Ceux qui ont fait la réputation du cinéaste n'avaient sans doute pas encore subit ce film. Et nous, nous n'avions pas vu les trois précédents. La découverte est rude... Si jamais vous tentez un jour l'expérience de Now Showing, faites nous confiance, les 20 premières minutes sont identiques aux 4h20 qui suivent. Si vous ne les supportez pas plus que nous, vous pouvez alors abréger l'expérience... Nous on retourne à nos Bela Tarr, Sharunas Bartas ou autres Tarkovski, autant d'auteurs qui nous fascinent véritablement et, eux, avec une proposition de cinéma plus facilement cernable. Note d'intention de Raya Martin (issue du dossier de presse) : Cliquez sur l'image pour l'agrandir Knitting (Niu Lang Zhi Nu) de Yin Lichuan (Chine) Ménage à trois dans un petit appartement dans le sud de la Chine (le film a été tourné à Guangzhou). Une femme (Haili) surgit dans la vie de Daping et Chen Jin. Les trois cohabitent bientôt et les deux femmes se détestent. Daping est plutôt réservée et subit la tyrannie de sa rivale intrusive... Les femmes réalisatrices restent assez rares en Chine. Yin Lichuan signe là son second long-métrage après Le Jardin Public, joli petit film centré sur les relations entre un père et sa fille. Yin Lichuan s'avère plutôt doué pour disséquer les relations entres ces personnages. En l'occurence, elles sont ici assez complexes et le scénario finit par prendre une tournure assez inattendue. Par rapport au Jardin Public, Knitting est donc assez différent. On n'y retrouve pas la poésie et la légèreté de ce précédent film. L'atmosphère est légitimement plus tendue ici. La réalisatrice à un talent évident pour le cinéma : des plans parfois somptueux, un art de l'ellipse... L'histoire est cependant parfaitement anecdotique. Une cinéaste à suivre. Acné de Federico Veiroj (Uruguay) Pour son premier long-métrage, Federico Veiroj marche sur le chemin ultra balisé de la chronique adolescente et signe Acné. Et le cinéaste s'en tire plutôt bien. Acné est un film léger et drôle, dans la plus pure tradition du genre mais se distingue un peu du lot grâce aux petits décalages que le cinésate instaure. Le héros du film, Rafael, n'a que 13 ans et se soigne contre les boutons d'acné qui pullulent sur son visage. Malgré son jeune âge, il est initié très tôt à la sexualité, grâce à son frère ainé. Voilà donc Rafael qui fait la queue pour profiter de la douceur d'une prostituée conciliante. Rafael apprend donc vite mais se trouve quand même face à un mur. L'amour est plus pur que le sexe, et le baiser de sa bien aimée se mérite et ne s'achète pas. De fait, Rafael fait les choses à l'envers. Il a déjà connu les joies du sexe lorsqu'il cherche à s'amouracher avec une jeune fille de son âge. La séduire ne sera pas facile, vous pouvez l'imaginer mais les efforts de Rafaël, ses maladresses, sont ce qu'il y a de plus touchant dans ce métrage. Surtout, et ce n'est pas un détail anodin, il faut signaler l'extrême nonchalance du garçon. Simple et attachant, une jolie découverte. Le Voyage aux Pyrénées de Jean-Marie et Arnaud Larrieu (France) "Les Pyrénées sont aux Alpes ce que la Quinzaine des réalisateurs est à la Sélection Officielle" (dixit un des frères Larrieu en présentation. Jolie formule). Après Un homme, un vrai et Peindre ou faire l'amour, les deux frères les plus décompléxés (et libertins) de France nous invitent à un curieux Voyage aux Pyrénées. Jean-Pierre Darroussin et la toujours magnifique Sabine Azéma incarnent un couple d'artistes en vacances dans les Pyrénées... et madame est complètement nymphomane. Ils veulent être discret et ce n'est pas gagné. Surtout qu'un ours tchèque est dans les parages... Le Voyage aux Pyrénées n'est que pure fantaisie. C'est barge, débridé et déluré, mais intelligent et quelque peu audacieux parfois. On rit beaucoup, les gags sont énormes (mais plus c'est énorme et mieux ça passe). Un retournement s'opère dans la dernière demi-heure et ce n'est pas ici que l'on trahira le secret. Rien de bien fameux dans le fond mais c'est tellement irrésistible, bien joué et inattendu que ça motive instantanément à la découverte de ce film particulièrement loufoque. Le cinéma des frères Larrieu, c'est une bouffée d'oxygène à chaque fois. Alors, n'hésitez surtout pas à aller respirer l'air pur pyrénéen ! Sortie nationale le 9 juillet 2008 Dernier Maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche (France) Après Wesh, Wesh et Bled Number One, le cinéaste clôt avec Dernier Maquis une trilogie sur l'immigration foisonnante. Rabah Ameur-Zaïmeche, c'est un cinéma brut, sincère, qui respire la vérité, un cinéma coup de poing, comme ceux qu'il finit par recevoir en conclusion de Dernier maquis. Le cinéaste est aussi acteur principal de son film. Il interprète le patron musulman d'une PME en région parisienne, à la fois entreprise de récupération de palettes et garage. Les ouvriers sont tous immigrés, tous musulmans et la question de l'islam surgit alors. Peut-être par conviction mais aussi pour acheter la paix sociale, le patron de la PME décide d'ouvrir une mosquée et désigne un imam sans aucune concertation. Dernier Maquis est réalisé comme les autres films du cinéaste, dans un style documentaire qui souligne le caractère à fleur de peau de ce cinéma. Car il s'agit d'un cinéma à la fois politique et social, enragé et volontaire. Les histoires qui se tissent dans le huis-clos extraordinaire de cette entreprise de palettes sont tour à tour légères, cocasses ou difficiles. Rabah Ameur-Zaïmeche ne se donne pas le beau rôle, son film est dans l'air du temps, pragmatique et ne donne pas de leçon. Dernier maquis à valeur de constat et par sa lucidité et son intégrité, vaut donc bien plus que toutes les leçons de morales entendues ici et là. Le contenu du film s'imbrique en plus parfaitement aux messages des films de Cantet (Entre les murs), d'Abdel Kechiche ou encore de Souad El-Bouhati (Française). L'extrême dignité de ces films, la justesse de leurs propos, les rendent tous estimables et essentiels. Elève Libre de Joachim Lafosse (Belgique) Après Douches Froides (Anthony Cordier, 2005) et Naissance des pieuvres (Céline Sciamma, 2007), éveil de la sexualité et sport se mêlent encore dans le nouveau film de Joachim Lafosse. L'année dernière nous découvrions enfin Joachim Lafosse à travers Nue Propriété, un drame intense servit par un trio d'acteurs génial : Isabelle Huppert, Jérémie et Yannick Rénier. Yannick est encore de l'aventure pour Elève Libre, audacieux portrait d'un adolescent en plein éveil sexuel. Jonas à 16 ans. Il vit un énième échec scolaire, pense pouvoir tout miser sur le tennis mais échoue. Ses parents, divorcés, le délaissent : son père n'a pas la garde et sa mère préfère jouir loin et sans entrave de sa liberté affective avec des playboys italiens. Jonas se prépare en candidat libre pour ce qui doit être l'équivalent belge du brevet des collèges en France. Un groupe d'amis, tous trentenaires, décident de l'aider en lui donnant des cours privés. Jusqu'ici tout va bien, sauf que très vite le film glisse sur une pente dangereuse. Les amis adultes de Jonas le questionnent sur sa vie amoureuse et sexuelle et commencent à lui donner des conseils. Jonas à une petite amie de son âge avec qui tout se passe bien mais cette relation va vite être compromise par le rapport qu'entretien Jonas avec ses aînés. Les discussions récurrentes qu'il a avec eux sont surréalistes. Le spectateur du film ne sait pas trop comment considérer celà, d'où un malaise savamment entretenu, sans aucune provocation, juste par des échanges verbaux absolument incroyables. Le rapport de force n'existe pas, Jonas est influençable et c'est ce jeux là auquel "le trio d'amis" se livre de manière décomplexée et troublante. Troublant, Elève libre l'est donc. Les adultes du film manipulent autant Jonas que Joachim Lafosse joue avec les pensées de ses spectateurs. Elève libre sera fatalement détestable pour un certain nombre de personne mais il ne faut pas faire de faux procès au cinéaste. Sa réflexion est brillante et déstabilisante. Vous rirez jaunes. Monsieur Morimoto de Nicola Sornaga (France) L'année dernière, l'OFNI de la Quinzaine avait été Dai Nippondjin un inclassable docu-fiction toujours inédit dans nos salles. Autant le film nippon nous avait enchantée par sa folie, autant le parcours d'un curieux japonais (encore !) dans Paris, Monsieur Morimoto pour le citer, nous laisse perplexe et froid. Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Monsieur Morimoto est un vieux japonais mis à la rue dans Paris et qui trouve le bonheur dans une vie de peintre-bohème. Son français est indiscernable (merci les sous-titres anglais de Cannes !) et son aventure, aussi légère, fantasques qu'inintéressante au possible. Filmé en DV avec des acteurs amateurs, Monsieur Morimoto ajoute au supplice par sa durée excessive de 2H. C'est bien trop car tellement creux et dénué de vraie folie. Nicola Sornaga avait déjà signé un film libre et fauché, Le Dernier des immobiles, et c'était une belle découverte, une invitation à la poésie, un pélerinage bordélique qui ne manquait surtout pas de charme. Cette fois, l'effet de surprise semble passé. On ne peut décemment pas tout mettre sur le compte de la fatigue, juste on se demande comment un tel film peut se retrouver à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs ? Sans doute Olivier Père est généreux dans sa volonté de montrer aussi des films différents et hors de tout, des excentricités rares etc... mais Monsieur Morimoto, on pouvait s'en passer. Le Reste de la nuit (Il resto della notte) de Francesco Munzi (Italie) 0 Dans Saimir, son précédent film sorti dans l'anonymat au début de l'année 2007, Francesco Munzi renouait avec la tradition néoréaliste italienne à travers un film âpre et poignant. Une révélation. Et des espoirs balayés un an plus tard avec Le Reste de la nuit... Echappée de 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Palme 2007), la sublime Laura Vasiliu incarne une jeune domestique roumaine suspectée de vol par la maîtresse de maison. Elle est bientôt licenciée, malgré le non assentiment du mari. En contre point de cette intrigue, un groupe mafieux qui opère dans la région. Les deux intrigues n'ont semble t'il rien à voir mais l'on se doute bien évidemment très vite qu'elles finiront par se rejoindre. Et Laura Vasiliu sera la clé. Réalisation et scénario sont du niveau d'une fiction télé que l'on oserait même pas voir. Aurélien Recoing, doublé de manière éhontée en italien n'aide pas à faire passer la pillule. Au bout d'1h40, le film s'achève dans une conclusion grotesque et attendue. Ca valait bien la peine de voir ça à Cannes... Benoît Thevenin Décès de Sydney Pollack (01/07/1935 - 26/05/2008)
Réalisateur, producteur et acteur, Sydney Pollack s'est éteint lundi à l'âge de 73 ans. Il souffrait depuis quelques mois d'un cancer. Réalisateur de près d'une vingtaine de longs-métrages, on doit à Pollack quelques films majeurs et dans des genres très différents : le thriller politique Les 3 jours du Condor, le drame On achève bien les chevaux, la comédie Tootsie ou encore le film d'aventure Jeremiah Johnson et la fresque Out of Africa.
Sydney Pollack débute sa carrière de cinéaste en 1966 avec Trente minutes de sursis. La même année, il réalise Propriété interdite, oeuvre qui marque la première des sept collaborations du cinéaste avec son ami Robert Redford. En 1970, son intense drame On achève bien les chevaux lui vaut pour la première fois une large reconnaissance. Sydney Pollack reçoit notamment sa première nomination à l'Oscar du meilleur réalisateur, récompense qu'il obtient en 1985 avec Out of Africa.
C'est dans les années 70 que Sydney Pollack livre ces plus grands films. Il retrace en 1972 l'impressionnant destin de Jeremiah Johnson, avant de devenir à la suite d'Alan J. Pakula, un des fers de lance du cinéma politique américain des 70's. Après Nos Meilleurs années dans lequel le couple Redford-Streisand se débat face à la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy, Pollack enchaîne, toujours avec Redford, avec le thriller paranoïaque Les 3 jours du Condor.
Outre Redford, Pollack a dirigé quelques uns des plus grands acteurs de l'histoire du cinéma. Au début de sa carrière, il signe deux films avec Burt Lancaster (Les Chasseurs de Scalps en 1968, Un Chateau en enfer en 1970) puis dirige Robert Mitchum dans le polar nippon Yakuza (1975), Al Pacino dans Bobby Deerfield (1977) et Paul Newman dans Absence de malice (1982). Pour Pollack, Dustin Hoffman se travesti et devient Tootsie (1985), tandis que Tom Cruise est encore un jeune acteur prometteur lorsqu'il s'empare de La Firme (1993).
A partir des années 90, Sydney Pollack devient un cinéaste moins intéressant, s'égarant notamment dans un remake inutile du Sabrina de Billy Wilder et dans lequel Harrison Ford et Julia Ormond reprennent les rôles tenus à l'époque par Humphrey Bogart et Audrey Hepburn. Il dirige à nouveau Harrison Ford dans l'anecdotique thriller L'Ombre d'un soupçon (1999). En 2005, Pollack revient au thriller paranoïaque et offre avec L'interprète (avec Nicole Kidman et Sean Penn) un dernier grand film. (Lire notre critique)
En parallèle de sa carrière de cinéaste, Sydney Pollack est aussi connu pour ses talents d'acteurs. On le voit dans Maris et femmes de Woody Allen (1992) mais c'est surtout dans Eyes Wide Shut qu'il se distingue (1999). Grand ami de Stanley Kubrick, c'est lui qui favorise le choix de Tom Cruise et de Nicole Kidman aux yeux du maître, de même qu'il remplace au pied levé Harvey Keitel suite au désistement de ce dernier.
Ces dernières années, Sydney Pollack avait conservé sa fibre politique. Outre L'Interprète, il est producteur de Michael Clayton de Tony Gilroy mais aussi l'auteur d'un téléfilm évènement pour HBO, Recount. Le film, toujours inédit, revient sur les élections américaines de 2000 et le recompte des voix de l'état de Floride, lequel permit in fine à George W. Bush de devenir président des Etats-Unis.
Benoît Thevenin Bande-annonce : The Curious case of Benjamin Button de David Fincher
Sevrés de news pendant le festival de Cannes (c'est un comble mais on ne sait pas encore se démultiplier :-S), nous revoilà pour alimenter la rubrique et... quoi de mieux et de plus alléchant que les premières images du nouveau film de David Fincher, The Curious Case of Benjamin Button ? La transition avec Cannes est évidente puisque ces premières images sont accompagnées par le thème officiel de la montée des marches, Aquarium de Camille Saint-Saens ! A l'occasion de Benjamin Button, Fincher retrouve son acteur porte-bonheur (Seven et Fight Club étant 2 de ses réussites majeurs), Brad Pitt, lequel est soumis à un curieux syndrôme : vieillard, il se met soudain à rajeunir. Pour en découvrir un peu plus et pour faire monter d'un cran votre impatience, abreuvez-vous des premières images !
Palmarès Cannes 2008
Palme d'Or : Entre les murs de Laurent Cantet Grand Prix du Jury : Gomorra de Matteo Garrone Prix spécial du 61e festival de Cannes : Catherine Deneuve pour Conte de Noël & Clint Eastwood pour L'Echange Prix du scénario : Luc et Jean-Pierre Dardenne pour Le Silence de Lorna Prix de la mise en scène : Nuri Bilge Ceylan pour Trois Singes Prix d'interprétation masculine : Benicio del Toro pour Che Prix d'interprétation féminine : Sandra Corveloni pour Linha de Passe Prix du jury : Il Divo de Paolo Sorrentino Camera d'Or : Hunger de Steve McQueen Mention spéciale à la Caméra d'Or : Ils mourront tous sauf moi de Valeria Gaia Germanica
Un Certain Regard Prix Un Certain Regard - Fondation Gan pour le cinéma : Tulpan de Sergei Dvortsevoy. Prix spécial du Jury Un Certain Regard : Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa Prix coup de coeur du Jury Un Certain Regard : Wolke 9 de Andreas Dresen. Prix de l'espoir : Johnny Mad Dog de Jean-Stéphane Sauvaire Prix du K-O : Tyson de James Toback
Semaine internationale de la Critique Live from Cannes 2008
Nous arrivons (Benoît, Greg et Mickael) à voir l'ensemble des films de la compétition, ainsi qu'un certain nombre des oeuvres présentées dans les sections parallèles. Nous essayerons, dans la mesure du possible, de publier nos impressions sur chacun des films. Des critiques détaillées de tous les films vus (près d'une cinquantaine), seront en ligne les jours suivant le festival. Restez attentifs ! En attendant, retrouvez sur ce billet notre buzz perso et actualisé à mesure des projos que nous découvrons
Ce billet sera actualisé quotidiennement pendant la durée du festival
Au jour du 25 mai, 12 ème jour du festival...
TABLEAU DES ETOILES/Laterna Magica
SELECTION OFFICIELLE Malheureusement, nous n'avons pas Palermo Shooting de Wim Wenders ni 24 City de Jia Zhang-Ke.
Entre les murs de Laurent Cantet. François Bégaudeau joue son propre rôle dans l'adaptation par Laurent Cantet de son roman. Le cinéaste à su puiser l'essentiel de la substance du livre et Entre les murs est une superbe réussite. Cette confrontation entre professeur et élèves en situation scolaire précaire est riche d'humanité, de sensibilité. Bégaudeau a un peu le beau rôle mais le film demeure honnête et passionnant. Laurent Cantet est plus que jamais le plus fin cinéaste-sociologue de France. Lire la critique complète My Magic de Eric Khoo. Le précédent film du cinéaste singapourien, Be With Me, avait été une magnifique découverte, quoique inégal. My Magic, film naïf et minimaliste déçoit un peu. On apprécie la sensibilité du cinéaste mais on aimerait aussi un peu plus d'ambition. Un joli petit film mais rien de plus... Il Divo de Paolo Sorrentino. Portrait caustique du sénateur italien Giulio Andreotti, figure politique controversée en Italie pour ses liens supposés et avérés avec la mafia. Il est tout simplement lié à tous les scandales politiques transalpins des 30 dernières années. Le film est audacieux et exhubérant, dans la plus pure tradition débridée du cinéma de Sorrentino. Le cinéaste est au cinéma italien ce que Tarantino est au cinéma US. La mise en scène est incroyable, souvent gratuite mais malgré tout, il y a avec Il Divo de la palme dans l'air. Au moins un prix d'interprétation pour Toni Servillo, absolument incroyable dans la peau de Giulio Andreotti. Synecdoche New York de Charlie Kaufman. Première réalisation pour le scénariste le plus barge aujourd'hui à Hollywood. On retrouve les obsessions et névroses constatées dans les films de Spike Jonze qu'il a écrit. Kaufman n'a pas le même génie visuel que Jonze ou Gondry mais son film reste assez brillant ne serait-ce bien sûr que pour son écriture. Constat surtout valable pour la pemière partie du film ; la seconde, laquelle se noie sous plusieurs niveaux de réalités et donc de narration, est déjà un peu plus décevante. Un film un peu inégal, complètement névrotique et porté par un casting indé assez génial : Phillip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Michelle Williams, Hope Davis, Samantha Morton, Jennifer Jason Leigh, Emily Watson... Adoration d'Atom Egoyan. Grosse déception encore avec ce film, sans doute le moins intéressant réalisé à ce jour par cet immense cinéaste canadien qu'est Egoyan. Adoration n'est cependant pas honteux. Un bon petit film dans lequel un jeune orphelin élevé par son oncle tente de reconvoquer le souvenir de ses parents disparus. Obsession, fanatisme religieux , manipulation... Adoration aurait pu être bien plus passionnant et complexe qu'il ne l'est. La Frontière de l'aube de Philippe Garrel. Le seul film jusqu'a présent à avoir été hué à son issue. Rien de scandaleux pourtant sinon un poussif triangle amoureux déjà vu 1000 fois. Et déjà vu chez Garrel tant ce film rappelle en de nombreux points son précédent Les Amants réguliers ! Les amants... avait reçu le prix de la mise en scène à Venise. Le noir et blanc sublime qui est encore au rendez-vous ici pourra peut-être permettre à Garrel de faire la passe de deux. Pour le reste, n'écoutez pas les mauvaises langues qui démontent honteusement ce film un peu hors du temps mais assez fascinant. La Femme sans tête de Lucrecia Martel. Chef de file du jeune cinéma argentin, Lucrecia Martel divise depuis ses débuts. Née à Cannes (La Cienaga, son premier film avait été retenu en sélection parallèle en 2001), son parcours est plus que jamais lié à la Croisette (La Nina Santa fut sélectionné en 2004 et Martel était membre du jury l'année dernière !). Bref, peut-être doit-on la présence du film en compétition au fait que la cinéaste à pris là ses quartiers mais La Femme sans tête, d'une médiocrité confondante, ne méritait tout simplement pas les égards d'une montée des marches. Un film symbolique de la tristesse de cette compétition 2008. Che de Steven Soderbergh. L'ampleur du film (4h28 car Guerrilla et The Argentine proposés au public dans la même séance) faisait très peur. Ce que Soderbergh nous a offert est simplement brillant. La sélection s'avérant cette année plus que médiocre dans son ensemble, Steven peut espérer rejoindre le club des doubles palmés. Soderbergh n'a pas sacrifié son ambitieux projet à la traditionnelle image romantique du révolutionnaire argentin. Le Che incarné par Del Toro est tout en nuance. Un film brillant et posé. Soderbergh sait être sobre ; Del Toro l'est ici tout autant. Un film majeur, c'est garanti. Delta de Kornel Mundruczo. Jeune réalisateur hongrois de Pleasant Day, Mundruczo a obtenu à Cannes ce que son compatriote et maître Bela Tarr n'a pas pu ramener : une véritable ovation. Delta est un film radical, dur, plombant mais d'une puissance assez unique. C'est une expérience de cinéma, un film pas forcément aimable. Nous on adore et, pour sa mise en scène et sa force narrative, Delta mériterait de trouver sa place au palmarès. Two Lovers de James Gray. Dans le New-York lugubre de James Gray, une histoire d'amour improbable et à sens unique se tisse entre deux voisins de palier. James Gray est un grand metteur en scène et il le prouve ici encore. Two Lovers n'a cependant pas la force brute des oeuvres mafieuses du cinéaste. Une déception... L'Echange de Clint Eastwood. Clint reste au sommet de son art. L'Echange est un film impressionnant, tant narrativement que pour sa mise en scène, et demeurera sans doute une des réussites majeurs du cinéaste. Malgré tout, nous sommes déçus, à cause d'un dernier quart d'heure insupportable, dans lequel Clint ne nous épargne aucun pathos et enfonce avec peu de tact les clous de son histoire. C'est très frustrant tant le film est par ailleurs admirable. Angelina Jolie est convaincante... mais sans plus. Le Silence de Lorna de Luc et Jean-Pierre Dardenne. Ceux qui n'aiment pas les deux frères peuvent passer leur chemin. Lorna est plus posé que leurs précédents films mais les cinéastes titillent la même fibre sociale et humaniste que dans leurs autres longs-métrages. Au 5e jour du festival, on se dit que Lorna peut clairement envisager une troisième couronne cannoise. Limpide et habile, Lorna distille quelques moments forts. Arta Dobroshi est une découverte magnifique. Jérémie Rénier est lui aussi saisissant. Services de Brillante Mendoza. Le cinéma philippin est en plein renouveau et Mendoza son principal chef de fil. Après le magnifique John-John, sorti en salle au début de cette année, voici Services (Serbis en V.O), dans lequel Mendoza nous fait visiter un cinéma porno, lieu de transitions ou plusieurs petites histoires se tissent. Le film rappelle parfois La Chatte à deux têtes de Nolot mais se révèle bien plus lumineux et subtile que ce dernier. Dans le brouhaha de Manille, les êtres se frottent sans tabou ni honte et, miracle du cinéma de Mendoza, ce n'est jamais vulgaire. La conclusion du film est géniale. Gomorra de Matteo Garrone. Plongée très réaliste dans l'univers de la Camorra, cette mafia italienne, cancer de la société transalpine. Il y a dans ce film quelques scènes assez fortes mais le film manque quand même de puissance, d'audace etc. La durée du film (2h15) rend ce film d'autant moins supportable. En tous les cas guère passionnant et, avec un sujet tel, c'est un comble. Lire la critique complète Les Trois Singes de Nuri Bilge Ceylan. Une belle histoire de sacrifice, un excellent trio de personnages, des images toujours aussi uniques chez Ceylan mais une lenteur parfois exagérée. Le grief est pauvre mais parfois à Cannes, on perd patience. Linha de Passe de Walter Salles et Daniela Thomas. Football et religion se mêlent dans cette histoire d'une famille en lutte contre un certain déterminisme d'une société brésilienne asphixiée et disfonctionnelle. Beaucoup de justesse et de vérité. Un excellent film qui ne décevra pas les aficionados de Salles. Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin. Un film ambitieux ne serait-ce que par l'ampleur de sa mise en scène. Quelque scènes d'une force incroyable, une irrévérence dans les rapports entre les personnages qui est assez réjouissante mais, malgré tout, une impression assez tiède. A quoi cela tient ? Peut-être au contexte de Cannes qui fait que ce film, tout de même très bavard et dans la tradition d'un certain cinéma français, a un peu de mal a être complètement digéré. Signalons aussi un casting impeccable, Amalric en tête. Ce conte de Noël partage beaucoup de points communs avec Rois et Reine, précédent film du cinéaste, mais ne paraît pas - en tous cas pas instantanément - aussi riche et puissant. Valse avec Bashir d'Ari Folman. Un ovni, mi documentaire, mi fiction et... entièrement animé. Le film évoque sur un mode onirique le massacre de Sabra et Chatila. La justesse du propos, la subtilité des scènes, la force du discours et l'audace du traitement font de ce film, plus qu'une curiosité, un véritable petit miracle de cinéma qui a déjà toutes les chances de se trouver une petite place au moment du palmarès. Lire la critique complète Leonera de Pablo Trapero. Les cinq premières minutes sont extraordinaires. La suite se déroule ensuite plus banalement, sur un faux rythme et sans surprise. La mise en scène est sobre mais intéressante. L'actrice principale est parfaite mais son personnage apathique ne suscite guère de compassion. Un film un peu étrange, intéressant mais tout simplement vain. Anecdote concernant le générique : le film est produit par Walter Salles, lui-même en compèt' avec Linha de passe. Blindness de Fernando Meireilles. Le film d'ouverture de ce cette Sélection officielle laisse une impression des plus mitigée, peut-être à cause de l'attente qui aura longtemps précédé la découverte de ce long-métrage. Meireilles est toujours autant virtuose avec sa caméra, peut-être un peu trop. Blindness est bancal, ne convainc pas tout à fait... certainement pas nous. Lire la critique complète
HORS-COMPETITION : Indiana Jones et le Royaume des crânes de cristal de Steven Spielberg. Un pur plaisir de retrouver Indy même si le scénario de David Koepp en laissera beaucoup sur le carreau. Contrat rempli, ni plus ni moins. Lire notre critique par ailleurs. Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen. Une cuvée 2008 dès plus fraiche et convainquantes pour l'incorrigible cinéaste new-yorkais. Son exil en Espagne est réjouissant, dans la lignée de Match Point, une pincée de cynisme en moins. Les acteurs sont aussi beaux que juste. Sublime découverte que Rebecca Hall. Javier Bardem est incroyable (et évidemment à l'opposée de son rôle de serial killer chez les Coen) et Woody est amoureux de Scarlett. Le film ravira forcément les fans. The Chaser de Na Hong-Jin. Une histoire de tueur en série coréenne qui rappelle parfois Memories of Murder. Mais parfois seulement. Na Hong-Jin n'a pas le même talent que Bong Joon-Ho mais il sait indéniablement filmer. L'histoire de The Chaser est assez incroyable dans son déroulement et laisse parfois perplexe par la grossiereté de certains événements de l'intrigue. Ceci n'empêche pas un certain plaisir et The Chaser est un film efficace à defaut d'être malin. Premier film du cinéaste, il s'agit - à ce jour - du plus gros succès du cinéma coréen. Maradona par Kusturica d'Emir Kusturica. Lire la critique Surveillance de Jennifer Lynch Lire la critique Kung-Fu Panda de Marl Osborne et John Stevenson. Lire la critique, par Michael Frasse-Mathon.
DANS LES SECTION PARALLELES:
Sur le Marché du film Martyrs de Pascal Laugier. Pascal Laugier, réalisateur du très très moyen Saint-Ange, revient avec un film précédé par un buzz assez intense. Martyrs serait une boucherie, un film traumatisant, ce qui d'ailleurs lui ferme sans doute pour le moment tous les accès aux salles de cinéma. Tant mieux en fait car si le film est effectivement ultra-violent, il est aussi complaisant dans cette violence, peu malin même. On ne tombe pas dans les travers caricaturaux et scandaleux d'une daube extrême comme Frontière(s) mais Martyrs vole à peine plus haut. Le ballon de baudruche allégé en fait de la connerie de son homologues et de ses dialogues édifiants. Martyrs reste racoleur, malgré une première partie assez bien menée et réellement intense. Les trois derniers quarts d'heures sont en revanche consternant à tous les niveaux. Et surtout inutiles. La sortie salle de ce film, elle n'est pas gagnée, et sa rumeur, il est désormais nécessaire de la pondérer.
B.T Indiana Jones et le Royaume des Crânes de cristal (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull)
Voir Indiana Jones à Cannes et mourir... Non, il ne faut pas déconner à ce point, d'autant plus que l'exclu n'est que très relative. Mais voilà, c'est avec un enthousiasme débordant que l'on a pu pénétrer dans la salle du Palais pour découvrir un peu avant tout le monde le film le plus attendu de l'année, voire de ces dernières années. Disons le tout de suite, les réactions du public - composé pour une partie de fans purs et durs et pour l'autre de spectateurs moins familiés de l'univers du docteur Jones - auront été plus que tièdes... et c'est un indice qui ne trompe pas... Disons le aussi, ici nous ne sommes pas des fans hardcores de la saga, juste nous avons beaucoup - et plus encore même - de sympathie pour la trilogie initiale. Alors forcément, la question que la plupart se pose encore à l'heure où ces lignes sont écrites, est de savoir si oui ou non, Indy méritait le buzz savament entretenu par George Lucas et Steven Spielberg ?
La réponse est oui, indubitablement, et parce qu'il y a plus d'inventivité dans cet épisode que dans la pluspart des films d'aventure sorti en salles depuis près de 25 ans. Il faut faire confiance à Steven Spielberg et à son talent incontestable de metteur en scène. Le rythme fou dans lequel nous sommes tout de suite plongé permet de revenir sans préambule aux sources du divertissement, ce dont Indy et Spielberg sont justement d'une certaine manière, les chantres. Le rythme ne sera pas éfreiné jusqu'au bout mais on ne peut pas dire non plus que l'on s'ennuie une seconde. Qu'est ce qui fait qu'Indy déçoit alors une partie de son public ? La collusion entre deux univers essentiels du cinéaste, la cohabitation aussi entre une esthétique un peu cheap, proche des autres Indiana, et des effets-spéciaux modernes et pourtant un peu bidon (parfois).
Pour Indy 4, Spielberg a réuni sa dream-team : George Lucas a la production, évidemment, David Koepp pour le scénar et Janucz Kaminski à la photo. Ce n'est pas forcément gage de réussite. La photo de Kaminski, particulièrement bien léchée semble comme pensé pour lisser au mieux les visages de quelques vieux acteurs... Karen Allen est celle qui en souffre le plus, d'autant plus que son jeu et son personnage de Marion sont particulièrement déplorables ici. Et c'est le gros gros point noir du film. Harrison Ford lui aussi est clairement vieillissant mais il s'en tire de manière honorable. Il est juste trop vieux pour les cascades d'antant. Shia LaBeouf prend peu à peu le relais même si justement, dans sa conclusion, Spielberg indique clairement que le temps d'Indy Jr n'est pas encore venu. Finalement, Indy 4 laisse une impression de déjà vu. C'était peut être mieux avant mais ça n'empêche pas de s'amuser quand même. C'est toujours un pur bonheur de voir ses aventures se poursuivre, même si Spielberg s'amuse à prendre le contre-pieds de l'attente suscitée. Ce quatrième volet s'adresse t'il aux fans ? On les laissera se prononcer. Nous, malgré nos réserves, ont à carrément pris notre pied.
Benoît Thevenin
Réalisé par Steven Spielberg
Avec Harrison Ford, Cate Blanchett, Karen Allen, ... Année de production : 2007 Sortie française le 21 mai 2008 L'actu cinéma en direct de Cannes
Au jour le jour, pour la durée du festival (14-25 mai), le fil actu des projets cinés. (avec Le Film Français)
Samedi 24 mai
Vendredi 23 mai
Jeudi 22 mai
Mercredi 21 mai
Samedi 17 mai
Jeudi 15 mai
Et Puis les touristes (Am Ende kommen Touristen) de Robert ThalheimPremière publication le 30 mai 2007
Sven, un jeune allemand, arrive à Auschwitz pour effectuer son service civique, sur les lieux même de ce qui a été le plus sordide crime contre l’humanité du XXème siècle. Il est affecté auprès de Krzeminski, un survivant octogénaire qui continue de vivre sur le camp. Le film de Robert Thalheim ne prend pas la forme d’un examen de conscience. Sven débarque timidement à Auschwitz. Il est « l’Allemand » et, même si les tensions avec le peuple polonais sont aujourd’hui apaisées, Sven sait qu’il porte sur ses épaules un lourd héritage. Il se doit d’être attentif à ses paroles, à ses actes. Les plaisanteries douteuses de quelques rescapés (« demande-lui si son grand-père est lui aussi déjà venu travailler ici ») ne peuvent masquer le malaise qui subsiste.
Krzeminski, un octogénaire survivant du camp, ne facilite pas la tâche de son auxiliaire. Il est un vieil homme aigri, qui ne supporte pas de se sentir faible. Ses rapports avec Sven sont tendus et le passif des Allemands en terre polonaise n’y est sans doute pas pour rien. Sven reste néanmoins suffisamment attentif et sérieux pour être très généralement bien accepté par ceux qui vivent ici.
A travers la relation qu’il noue avec la très charmante Ania, une autre question surgit : l’enracinement à sa terre natale peu importe qu’elle ait été le théâtre d’horreurs inconcevables. Ania n’a pas connu la guerre, elle a grandit sur ces lieux et a du mal à envisager de partir. On ne peut pas dire que le passé n’a aucune prise sur elle mais elle est logiquement moins affectée que Krzeminski. Le vieil homme est lui lié à cette terre pour la vie. Sa famille n’arrive pas à le convaincre de les rejoindre pour une vie plus facile auprès de ceux qui l’aiment. Krzeminski est traumatisé par la guerre et a besoin de vivre avec ses souvenirs. Sur le camp, il est d’ailleurs le dernier à les évoquer auprès des étudiants en visite, le dernier à rappeler ce qu’il a vécu à l’occasion des commémorations qui s’organisent. Mais au final, Krzeminski effectue un constat tragique. Alors qu’il vient d’être interrompu dans un de ses discours de mémoire, le vieil homme sent que sa place n’est plus ici. « Ce que j’ai vécu n’est plus important, « La Liste de Schindler » leur fait plus d’effet ».
Et puis les touristes est un film apaisé, sans colère ni ressentiment, mais simplement humain. Le sujet était tout de même sensible mais Robert Thalheim arrive à nous toucher sans heurt. Le cinéaste signe là son second film, après Tout ira bien, sortit il y a tout juste un an en France.
Benoît Thevenin Réalisé par Robert Thalheim Avec Alexander Fehling, Ryszard Ronczewski, Barbara Wysocka, ... Année de production : 2007 Sortie française le 14 mai 2008 Sous les bombes (Taht el Qasef) de Philippe Aractingi(première publication le 20 avril 2008)
"Sous les bombes, la plupart sont morts sous les pierres. C'est pour eux que nous avons fait ce film..." En 2005, Philippe Aractingi tourne Bosta l'autobus, road-movie musical énergique et flamboyant, sorte de symbole d'un Liban en reconstruction, loin des bombes. L'image du Liban souffre de ces guerres multiples qui ont endeuillé un pays martyr que l'on imagine mal, en occident, autrement que sous les ruines. Malheureusement, l'assassinat dans un attentat du Premier Ministre Libanais Rafic Hariri, marque le début d'une nouvelle période de déstabilisation profonde du pays. Une fois de plus l'idée d'une nation libre et paisible, comme le Caramel de Nadine Labaki nous le présentait il y a peu, est mise à mal. Mais le Liban de Caramel n'était qu'une parenthèse dans l'histoire tourmentée du Liban. Lors d'un bref entretien à Cannes en mai dernier, la réalisatrice (également actrice dans Bosta) nous confiait "les bombes ont recommencés à tomber sur Beyrouth alors que nous faisions la fête de fin de tournage sur la plage". Tout un symbole.
'Il fallait filmer avec les évènements et non pas contre les évènements" (P. Aractingi) Quand Bosta l'autobus sort en salles, le Liban est en guerre. Les bombes israéliennes tombent sur Beyrouth après que le Ezbollah ait capturés deux soldats de Tsahal. Sous les bombes, second long-métrage de Philippe Aractingi, marque bien les bouleversements dont a été victime le Liban depuis 2005. Le film a été tourné en direct et représente donc une réaction spontané et même quasi documentaire de cette période. Encore une fois, Aractingi nous embarque sur les routes du Liban. Une femme est à la recherche de son fils sans savoir si celui-ci est vivant. "Je courre après des fantômes" dit-elle. Le Liban que nous découvrons est en ruine, encore, après qu'un mois de bombardements ait tué des milliers de libanais, ensevelis sous les pierres. Le film montre les ravages d'une guerre, matérialisé par les décombres, mais avec un impact similaire sur les consciences. Un enfant de 13 ans explique qu'il vient de vivre sa deuxième guerre. Et même si un libannais explique qu'ils sont "tous les frères d'un même pays", le liban est un pays plus que jamais divisé. La guerre détruit tout, terrasse même ceux qui ne la concerne pas. Le parcours de cette mère est cahoteux mais guidé par l'espoir. La trajectoire qui est la sienne au coeur de ces ténèbres nous forcera à ressentir toute une palette de sentiments, qui sont les siens. Sous les bombes, la tragédie.
Il y a quelques semaines, nous évoquions le film israélien Beaufort, lequel se plaçait évidement du point de vue des soldats de Tsahal, dans ce même contexte de la guerre de 2006 entre Israël et le Liban. Alors on enfonce une porte ouverte, mais la guerre est terrible pour tous ces protagonistes. Nous avons là encore la preuve. Et Sous les bombes, est un témoignage bouleversant de ces traumatismes lointain et un film qu'il est important de voir.
Benoît Thevenin
Réalisé par Philippe Aractingi Avec Nada Abou Farhat, Georges Khabbaz Année de production : 2007 Sortie française le 14 mai 2008 L'actu ciné du 13 mai
B.T Batman (1989, T. Burton) vs. The Dark Knight (2008, C. Nolan)
Batman Begins a plus ou moins divisé les spectateurs dans l'attente du renouveau de la franchise, après le massacre commis par Joel Schumacher dans sa succession à Tim Burton. The Dark Knight, par Chistopher Nolan encore, jouit d'un buzz extraordinaire, porté avant tout par la qualité des bandes-annonces. Un fan s'est amusé à un exercice de style assez troublant. Bien sûr, personne n'a encore vu The Dark Knight dans son intégralité. Mais le fan que nous évoquons s'est donc ingénié à réaliser une bande-annonce du Batman de Tim Burton sorti en 1989, en suivant scrupuleusement le modèle de montage de la première bande-annonce de The Dark knight ! La vidéo suivante vous permettra de comparer les deux bandes-annonces avec une sorte de constat : le retour aux sources est sans doute bien réel, Nolan est probablement un vrai fan du travail de Burton, et Burton a vraisemblablement influencé l'approche de Nolan. Pour savoir dans quelles largeurs, il faudra encore patienter jusqu'à la sortie officielle de The Dark Knight (13 août 2008) et le comparer plus en détail avec le film de Burton... B.T
"Teeth" de Mitchell Lichtensteinpublié le 25/01/2008
En compétition, Fantastic'Arts Gérardmer 2008 Teeth débute comme une comédie chaste autour de la perte de l'innocence. Dawn (Jess Weixler) est une jeune adolescente victime d'une particularité physique pour le moins effrayante : son vagin a des dents... et il mord. Pour se préserver, Dawn milite très activement dans un groupe prônant la chasteté jusqu'au mariage. Dawn, aussi jolie qu'inaccessible devient fatalement la cible des garçons de son lycée. Elle est celle qu'il faut pervertir, celle qui intrigue. A partir de cette idée détournée du syndrome médical Vagina Dentata, Mitchell Lichtenstein réalise un film hybride, entre horreur et comédie. Une véritable fable en fait, laquelle questionne les premiers désirs sexuels adolescents avec une férocité incroyable et un second degré vecteur de toutes les jouissances.
Teeth se transforme presque en objet filmique féministe tant la gente masculine en prend pour son grade. Les personnages masculins sont tous des pourritures qui essayent de profiter de la fragilité supposée de Dawn. Il y a quelques scènes instantanément cultes, comme l'examen par le gynécologue ou la séquence de la perte réelle de la virginité de Dawn. En tout cas, Mitchell Lichtenstein ne nous épargne pas grand chose des castrations dont seront victimes les plus téméraires des boys du film. Dawn devient une super-héroïne, la défenseur de l'amour pur, et l'obstacle au bout desquelles les perversités des uns ne viendront jamais triompher. Satire grincante des amours adolescentes, Teeth est plus qu'une curiosité, une vraie révélation. Jess Weixler, qui joue le rôle de Dawn, est épatante et irrésistible. A noter la présence au casting de John Hensley - le fils de Sean dans Nip/Tuck - en demi-frère plus perturbé que sa soeur elle-même, par le secret de cette dernière.
B.T TRIVIA : Quelques films autour du même "sujet"
Réalisé par Mitchell Lichtenstein
Avec Jess Weixler, Hale Appleman, Josh Pais, ... Année de production : 2007 Sortie française le 7 mai 2008 L'actu cinéma du 5 mai
Indy, Batman & Shyamalan : nouvelles bandes-annonces ! Plus besoin de mots pour évoquer ces projets les plus attendus des semaines prochaines. Ci après, les nouvelles B.A de Indiana Jones et le Royaume du Crâne de cristal, de The Dark knight et de Phénomènes, le nouveau film de Manoj Night Shyamalan.
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal
de Steven Spielberg (Bande-annonce 2)
The Dark Knight de Christopher Nolan (B.A 3)
Phénomènes de M. N. Shyamalan (B.A 3)
B.T L'actu cinéma du 2 mai
Quelques changements
B.T La seconde vie de Chris Marker
Si vous êtes fidèles (et attentifs) à Laterna Magica, vous savez à quel point Chris Marker nous fascine et donc nous intéresse. L'homme et rare mais Les Inrocks ont réussi une petite prouesse intellectuelo-technologique en partant à la rencontre de Marker dans l'univers virtuel de Second Life. Alors une fois n'est pas coutume, et parce que les réponses de Marker sont diablement intéressantes, voire éclairantes, voici le copié-collé de l'entretien-virtuel réalisé par Serge Kaganski et Julien Gester avec Marker :
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La seconde vie de Chris Marker (Interview)
Rare dans les médias, l'artiste nous a accordé un passionnant entretien qui s'est déroulé dans l'univers de Second Life où il tient une expo dont nous vous offrons une visite virtuelle, en vidéo.
Visitez en vidéo l'exposition de Chris Marker sur Second Life, A Farewell to Movies. Chris Marker est l’un des grands artistes du cinéma des cinquante dernières années, même s’il récuse ce genre de terminologie, trop grandiloquente à ses yeux, et préfère se définir comme artisan bricoleur. Il est aussi un personnage public secret, toujours abrité derrière son pseudonyme, rarement présent dans les médias. Ses films n’ont jamais rencontré ce que l’on appelle “le grand public” mais sont célèbres dans le monde entier. Son bricolage le plus fameux, La Jetée (1962), a enfanté un remake de Terry Gilliam (L'Armée des 12 singes) et un bar du même nom à Tokyo, fréquenté par tous les cinéphiles de passage. A ses débuts, il faisait partie d’une bande où l’on retrouvait Resnais, Demy, Varda, Franju, puis il s’en est détaché pour accomplir une œuvre solitaire, attentive aux grands mouvements du monde et de l’histoire, formulant des hypothèses futures, fondée principalement sur l’art du montage, poreuse à toutes les avancées technologiques, inventant ses propres enjeux formels à l’écart de toute école. Ses engagements politiques forts ont toujours fait une place au doute, parfois à une forme d’humour, à l’exemple de son chat Guillaume, félin stylisé qui prolifère depuis quelques années dans ses divers travaux. En déplaçant son “engagement” sur le terrain d’une poétique de la mélancolie et d’une inventivité permanente, il a su donner une forme ultrasingulière et percutante à l’histoire et à la politique, transformant pour le meilleur le cinéma militant – et le cinéma tout court. Il faut voir tous ses films, pour voir l’histoire et le cinéma autrement.
Il faut lui parler aussi, recueillir la parole de ce sage aujourd’hui âgé de 87 ans. Mais ce n’est pas facile, parce que l’homme esquive depuis toujours les interviews et n’a pas le goût des apparitions médiatiques. Alors que son dernier entretien accordé à un journal français datait de plusieurs années, il nous a proposé l’idée d’une rencontre dont les modalités s’accorderaient autant à son choix de la discrétion qu’à ses préoccupations de toujours. Cette rencontre s’est déroulée dans l’univers virtuel de Second Life, où Chris Marker se fait appeler Sergei Murasaki (et nous Iggy Atlas). Il y dispose d’une île qu’il a appelée Ouvroir en référence à l’Oulipo, l’Ouvroir de littérature potentielle, et d’une délocalisation par des artistes viennois de son actuelle exposition de photographies, A Farewell to Movies (jusqu’au 29 juin au musée du Design de Zurich). Réalisé par claviers et écrans interposés, cet entretien appelait une vitesse inhabituelle, sans doute inédite, une allure qui fera peut-être paraître certaines réponses un peu courtes, mais qui produit le plus souvent la cristallisation presque instantanée d’une pensée infiniment alerte et malicieuse. “Il faudrait raser la Sorbonne et mettre Chris Marker à la place”, disait Henri Michaux. Entretien [6:04] Iggy Atlas – Pourquoi le choix d’un entretien sur SL (Second Life) plutôt qu’en RL (real life) ?
[6:12] Iggy Atlas – Cette île, les objets qui s’y trouvent, le musée… En êtes-vous le créateur et propriétaire ?
[6:32] Iggy Atlas – L’expo délocalisée sur SL s’intitule Farewell to the Movies, “L’Adieu aux films”. Comment interpréter cet adieu ?
[7:01] Iggy Atlas – Vous disiez que vous retrouviez dans SL L’Invention de Morel, que retrouvez-vous de vos films dans Second Life ?
[7:14] Iggy Atlas – Quel spectateur de cinéma êtes-vous aujourd’hui ?
Julien Gester et Serge Kaganski L'actu cinéma du 1er mai
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