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Le Tableau des étoiles de Laterna Magica, juin 2008
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Consulter les autres tableaux de 2008 : janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre Court-métrage : On your mark de Hayao Miyazaki
Quelque temps après la livraison de Porco Rosso (1992), Hayao Miyazaki accède à la demande du groupe pop-rock japonais Chage & Aska et réalise ce merveilleux clip, On your mark. Tout l'univers de Miyazaki (de Nausicaa à Chihiro)est condensé en 6 minute à peine. Le messages écologiste et politique passent à merveille. On your mark est un petit miracle.. qui tient parfaitement sa place auprès des grands miracles que le magicien des studios Ghibli nous a offert par ailleurs. Régalez-vous !
On Your Mark (H. Miyazaki, 1995). Dans un futur indéterminé, la surface de la planète a été contaminée par la radioactivité. Les êtres humains survivent dans des megalopoles souterraines. Lors d'un raid contre une secte, deux policiers découvrent une jeune fille ailée mais cette dernières est enlevée par des scientifiques. Les deux policiers vont chercher à la délivrer.
L'actu cinéma du 30 juin
B.T Seuls Two d'Eric Judor et Ramzy Bédia
Il arrivera un moment ou on clamera ici notre amour pour Steak, cet OFNI signé Mr Oizo et qui aura réussi entre autres prouesses celle de donner au duo Eric et Ramzy sont ticket pour la postérité (oui, oui !!). On développera donc un article digne de ce nom concernant Steak, on vous le promet. Revenons à nos moutons. Attention, Seuls Two n'est pas détestable et son pitch concept, assez séducteur sur le papier, tient gentiment la route... Un policier à l'esprit déductif imparable et un voleur intrépide et crétin jouent au jeu du chat et de la souris dans le décor XXL d'une ville de Paris subitement vidées de tous ses habitants.
Il faut certainement être sensible à l'humour d'Eric et Ramzy, à leurs perpétuels faux jeux de mots, à cette connerie profonde qu'ils assument incroyablement de film en film, pour espérer prendre du plaisir devant ce film. Les autres peuvent ignorer, il ne gagnerons rien à tenter le diable. Le carton d'invitation pour la projection presse du film proposait aux journalistes de faire venir leurs enfants. Un signe en soi, par ailleurs confirmé à la sortie d'une projo d'exploitation normale et avec un public enfantin très largement conquis.
Eric et Ramzy, seuls aux commandes de la réalisation, ont sans doute réussi leur film le moins consternant depuis La Tour Montparnasse infernale (exception faites de Steak, c'est évident) si tant est que ce soit en fait si consternant que ça. Parce que dans le genre film profondément débile et qui s'assume en tant que tel, Eric et Ramzy n'ont en fait jamais trahi personne, pas même avec Double Zero ou Les Daltons. Et on peut être client de cette débilité, tellement plus sincère que quantité d'oeuvres navrantes et insultantes pour l'intelligence des spectateurs (suivez les taxis et rejoignez les robots géants, par exemple). Reste que ce constat tient bon pour la première moitié du film. La seconde partie bascule dans le nimportenawak le plus total. C'est à l'image du duo, perpétuellement en roue libre, à l'écran comme en dehors, et qui fatalement au bout d'un moment, fatigue et nous épuise avec des gags au-delà du raisonnable. Steak était LE film taillé pour eux. Le reste s'oubliera vite mais dans l'instant, devant tant de stupidité, on est presque ébahit et même parfois, on rit. Notre plaisir coupable ? Sans aucun doute et on ne peut raisonnablement conseiller l'expérience à personne...
Que feriez vous si Paris vous appartenait ? La réponse d'Eric et Ramzy est simple et évidente : on s'amuse, on fait les cons, on se fait plaisir et on se fout de tout. Si ca ne fait marrer qu'eux, sans doute que ca en fera marrer beaucoup d'autres quand même. Jusqu'ici, ça s'est quasiment chiffré dans une fourchette entre 1 et 3 millions de spectateurs. Ce n'est bien sûr pas un gage, mais 20 millions pour Les Ch'tis, c'est vraiment tout autant improbable...
B.T Seuls Two - Note pour ce film :
Réalisé par Eric Judor, Ramzy Bedia
Avec Eric Judor, Ramzy Bedia, Benoît Magimel, ... Année de production : 2007 Sortie française le 25 juin 2008 Eldorado de Bouli Lanners
Cannes lui a offert une belle tribune en sélectionnant Eldorado, son second long-métrage, pour la Quinzaine 2008. Avouons le, Eldorado n'est pas vraiment le film que l'on s'attendait à voir... ce qui ne nous a pas empêché d'adorer au-delà de nos espérances. Drôle, Eldorado l'est souvent, dès son ouverture ou un concessionnaire un peu minable débusque un cambrioleur encore plus pathétique, planqué sous son lit. Mais Eldorado est surtout infiniment sensible. Ce road-movie totalement improbable, est ponctué de cocasserie drôlatiques, de rencontres inquiétantes, absurdes et délicieuses (Philippe Nahon, "Alain Delon" etc.). Mais ce qui compte au final, c'est que tous ces personnages sont paumés, pas méchant pour un sous, mais tellement paumés qu'ils vont, viennent, repartent, s'abandonnent et se retrouvent, sans déchirement ni passion, avec une nonchalance désespérante, mais qui en dit beaucoup, en fait, sur la richesse des gens simples. A chacun son eldorado.
B.T
Réalisé par Bouli Lanners Avec Bouli Lanners, Fabrice Adde, Philippe Nahon, ... Année de production : 2007 Sortie française le 18 juin 2008 L'actu cinéma du 29 juin
Premières images du nouveau Miyazaki ! L'attente risque d'être encore longue pour nous français mais l'arrivée du nouveau film de Hayao Miyazaki commence à s'entrevoir. Le film sort cet été au Japon. Ponyo sur la falaise - traduction littérale du titre original Gake no ue Ponyo - raconte l'histoire d'un petit garçon de cinq ans et de sa relation avec une princesse-poisson qui rêve de devenir humain. Voici les premières images !
B.T Le cinéma japonais en 2008
Ce mois de Juillet, Laterna Magica participe, comme une dizaine d'autres sites et blogs, au cycle spécial Cinéma Japonais initié par WildGrounds (et en partenariat avec les éditeurs DVD Carlotta et Wild Side). Pour inaugurer ce cycle, Laterna Magica vous propose l'article de l'Atlas 2008 des Cahiers du Cinéma consacré à la situation actuelle du cinéma japonais. Les jours suivants, nous évoquerons jour après jours un film différent. Classiques du cinéma nippon, animes, films fantastiques etc., nous essayerons de varier autant que possible les registres et témoigner ainsi, à notre mesure de la richesse du cinéma japonais d'hier et d'aujourd'hui. Participez au cycle à votre manière en régissant à nos publications ! On espère en tous les cas que nous vous donnerons envie de découvrir un peu plus cette cinématographie ;). Maintenant, comme promis, le texte publié dans l'Atlas 2008 des Cahiers du Cinéma :
Le cinéma japonais en 2008 : Même si je marche...
Après une année 2006 faste, le cinéma japonais a subi une légère érosion de son public. Les 407 sorties nipponnes ont attirés 47,7% des 163 millions de spectateurs qui ont fréquentés les salles obscures en 2007. L'année précédente, les 417 réalisations de l'archipel avaient, pour la première fois depuis 1984, séduit plus de 50% des spectateurs La relative stabilité, tant en termes de productions que de fréquentations, n'empêche pas certaines évolutions. L'année a été marquée par le succès de grosses productions comme le film d'animation Pokémon, ou de certains produits formatés comme HERO. Cette superproduction qui réunit une pléiade de stars du petit écran a généré 50M d'Euros de recettes, ce qui ne l'a pas empêché de se classer huitième des Prix Bunchun de la Framboise, l'équivalent japonais des Razzies. Elle s'est également caractérisée par une plus grande attractivité des films à petit budget.
L'autre tendance 2007 est une meilleure visibilité des films japonais à l'international, à l'image de Sukiyaki Western Django de Takashi Miike, United Red Army de Koji Wakamatsu, ou encore de la super-production Dororo, adaptation par Akihiko Shiota d'un manga de Tezuka Osamu. Une présence concrétisée par plusieurs récompenses. Ai no yokan (NDLR Pressentiment d'amour), de Masahiro Kobayashi, a reçu le Léopard d'or à Locarno. Le dernier film de Takeshi Kitano Kantoku Banzai (Gloire au réalisateur !), "film d'ultra-variétés" selon son auteur, a été présenté à Venise. Il a donné son titre à une nouvelle récompense décernée par les organisateurs, le Prix Gloire au réalisateur !
La principale coloration des films japonais de 2007 est la nostalgie. La bulle économique des années 1980 ou les années 1950, période de fort développement économique, inspirent toujours nombre de cinéastes. Always, 3-Chome no Yuhi [Always : lever de soleil sur la Troisième rue] de Takashi Yamazaki ou encore Tokyo Tower, Okan to Boku to tokidoki Oton [Tokyo Tower, maman, moi et de temps en temps papa] film de Joji Matsuoka récompensé aux Oscars japonais, en sont de bonnes illustrations. "Ces productions évoquent des époques pleines d'espoir. Elle séduisent aussi bien ceux qui les ont vécues que les jeunes", observe Hiroo Otaka, journaliste et auteur d'un ouvrage sur les secrets des blockbusters nippons. Ces aspects positifs n'excluent pas certaines difficultés, à commencer par la baisse régulière des ventes de DVD. Après le pic de 2005, le repli a atteint 6% en 2006, puis 2% entre janvier et octobre 2007. Les sociétés de productions, notamment dans le domaine de l'animation, prévoient des résultats en baisse.
Always, 3-Chome no Yuhi (T. Yamazaki, à gauche) et
Autre problème, la contraction des recettes publicitaires qui affecte les télévisions. Ces sociétés, importantes productrices de longs-métrages populaires souvent dérivés de séries à succès, subissent les conséquences d'une érosion de leur audience et du développement de nouveaux supports de promotion. Enfin, la hausse du nombre d'écrans, dans un contexte de stagnation de l'audience, réduit les recettes des gérants, qui diversifient leurs activités. Le cinéma Wald9, de Tokyo, propose des projections hebdomadaires de séries télévisées sud-coréennes. Ce contexte devrait perdurer en 2008, sans nuire à l'intérêt suscité par certains projets. Fumihiko Sori prépare un Zatoichi au féminin avec Haruka Ayase dans le rôle-titre. Après le remake de Sanjuro sorti en décembre, une version signée Shinji Higuchi de La Forteresse Cachée d'Akira Kurosawa, devrait être dévoilée le 10 mai.
Le mois de juin devrait permettre d'assister à la sortie de Aruite mo, aruite mo [Même si je marche, même si je marche], de Hirokazu Kore-eda. Dans le domaine de l'animation, Gake no ue Ponyo [Ponyo sur la falaise], dernier-né des studios Ghibli (voir les premières images), doit sortir le même mois. L'adaptation par Mamoru Oshii de The Sky Crawlers (voir la bande-annonce), une série de nouvelles de Hiroshi Mori, pourrait déboucher sur une sélection à Cannes, tout comme Tokyo sonata de Kiyoshi Kurosawa.
Philippe Mesmer, journaliste indépendant basé au Japon, collabore à différents supports francophones, essentiellement Le Monde et l'Express. Cet article a été publié en mai 2008 dans l'Atlas Cinéma des Cahiers du Cinéma, d'ou certains anachronismes. Bons Baisers de Bruges (In Bruges) de Martin McDonagh
Oscarisé en 2006 pour son court-métrage Six Shooter, Martin McDonagh a réunit les deux acteurs irlandais les plus connus, Brendan Gleeson et Colin Farrell, pour une comédie noire décapante, tout en décalage, à la fois très drôle et tragique. Bons Baisers de Bruges est réjouissant et on espère que vous ne manquerez pas cette belle opportunité qu'offre la fête du cinéma ce week-end pour découvrir la belle ville de Bruges et ses touristes iconoclastes. Le personnage de Colin Farrell à beau détester Bruges de la première à la dernières seconde - et ne pas se priver pour en dire beaucoup de mal - la ville est magnifiquement filmée et plutôt mise à l'honneur. Le réalisateur évite les clichés sur les belges et la Belgique, ce que l'affiche française, assez scandaleuse une fois le film vu, gâche tristement. Bruges, ici, ce n'est pas les moules et les frites, mais plutôt la Grand-Place et son Beffroi, un centre-ville moyenâgeux qui attire les touristes, de jolis canaux et ruelles, et un calme quasi bucolique qui tranche avec les tourments intérieurs de l'un des personnages. Les répliques fusent, il n'y a pas non plus de compromis sur la violence... Une excellente surprise.
B.T Bons Baisers de Bruges - Note pour ce film :
Réalisé par Martin McDonagh
Avec Colin Farrell, Brendan Gleeson, Ralph Fiennes, ... Année de production : 2008 Sortie française le 25 juin 2008 L'actu cinéma du 27 juin
L'actu cinéma des 25 et 26 juin
B.T Valse avec Bashir (Waltz with Bashir) d'Ari Folmanpublié initialement le 29 mai 2008
En 1982, Tsahal, l'armée israélienne mène dans les territoires de Cisjordanie et de Gaza une politique d'occupation très brutale : villes bloquées, destructions de biens, assassinats ciblés... Les 16 et 17 septembre 1982, les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila au Liban, à l'ouest de Beyrouth, sont visés par des milices libannaises et sous l'oeil complice des forces armées israéliennes. 25 ans plus tard, Ari, un cinéaste israélien, prend conscience qu'il a effacé de sa mémoire les souvenirs de sa participation aux exactions israéliennes commises au Liban. Comme des millions de jeunes israéliens, vingt cinq ans auparavant, Ari était mobilisé dans le cadre de son service militaire. Désormais, il veut se souvenir de ce qui s'est passé, de ce qu'il a fait lui même, en septembre 1982, lors des massacres de Sabra et Chatila. Caméra au poing, il parcoure le monde à la recherche de ses anciens camarades de régiments, dans l'espoir de redéfinir sa propre responsabilité dans ces évènements.
Valse avec Bashir se nourrit de toutes les contradictions possibles pour fournir un témoignages audacieux, lucide et bouleversant sur un drame impardonnable et commis au nom d'une démocratie. Valse avec Bashir est une sorte de documentaire. Parce que Folman cherche et trouve des témoins, qu'il les interroge. Mais Valse avec Bashir a la forme d'un film d'animation. On se demande en fait comment ce curieux parti pris n'a jamais été pensé auparavant. Le graphisme est en plus somptueux, très bande-dessinée et très proche du style du jeu vidéo XIII sorti il y a plusieurs années, notamment sur PS2.
Ari Folman traite son sujet avec la pudeur qui est nécessaire. Il a été acteur des massacres mais ses souvenirs sont trop flous pour être honnêtes. Le sujet est aussi bien trop grave pour que l'on manipule d'une quelconque façon l'objectivité des faits tels qu'ils sont décrit aujourd'hui par les historiens en charge de la question. Ari Folman a comme un besoin d'apaiser son âme, de régler ses comptes avec sa conscience. Puisque sa mémoire est vaporeuse, les souvenirs qui lui reviennent ne sont que des émanations. Ari Folman choisit donc de conduire sa quête sur un mode onirique. La musique rock qui berce le film donne aussi cette impression de décalage constant. Le film se construit - on l'a dit - par contradictions. Le résultat est spectaculaire, bouleversant, terriblement humaniste. Le danger est que l'on en oublie, par cette combinaison qu'il y a entre animation et onirisme, que cette histoire est grave et authentique. Heureusement, les dernières images nous ramènent à la réalité des faits, leurs brutalité et leurs trivialité.
La valse dont il est question est celle des palestiniens face aux balles, celle des soldats dansant en fusillant le ciel dans une séquence incroyable. Valse avec Bashir évoque une histoire très précise mais la portée du film dépasse clairement ce cadre là. On écrivait plus haut, et très cruellement, le mot "trivialité," tant les images de guerres ont parfois tendances à devenir ordinaires. Seuls les visages changent, les souffrances sont elles identiques. Les dommages collatéraux aussi, et vecteurs de bien des problèmes, moraux notamment. La simple évocation, dans les premières minutes du film, des tourments d'Ari donne d'une certaine manière le La d'une démarche avec laquelle on comprend que si il y a peu être d'un côté les bons et les méchants, tous ont en fait perdu.
Valse avec Bashir était tellement au-dessus des autres films de Cannes 2008, tant émotionellement, qu'artistiquement, qu'intellectuellement, ou pour sa force humaniste ou l'originalité de sa forme, qu'il n'a pas eu de Palme. Il n'en avait peut-être pas besoin, le film était hors concours, vraiment très haut au-dessus de tous les autres films. Si ça doit le dispenser d'une telle reconnaissance cinéphile - pour rester ironique - la qualité du film est en revanche suffisante pour convaincre chacun d'aller danser 1h20 avec Bashir. Le film est une sorte d'expérience. Vous en sortirez indemne, soyez en sûrs, mais vous réfléchirez sans doute dans le bon sens et serez inévitablement touchés. Bashir à été oublié de Cannes et Cannes a eu tord. Sean Penn s'est trompé. Prouvez le et donnez lui tord.
Benoît Thevenin Valse avec Bachir - Note pour ce film : Réalisé par Ari Folman Avec Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayag, ... Année de production : 2007 Sortie française le 25 juin 2008 Chronique des morts-vivants (Diary of the dead) de George A. Romeropremière publication le 27 janvier 2008
En compétition, Fantastic'Arts Gérardmer 2008
A l'instar de Cloverfield et Rec, dont nous venons de parler, Diary of the Dead épouse le point de vue d'une caméra pour suivre en totale immersion une histoire. Pour le cinquième film de sa saga des morts-vivants, George Romero s'inscrit donc dans un courant très actuel de films sans doute eux même influencé par l'avènement de la télé-réalité, des téléphones portables de youtube et donc cette idée d'une caméra témoin en toute circonstance, du citoyen qui peut s'improviser journaliste etc. Romero se démarque néanmoins de tous les films que nous avons cité par plusieurs originalités qui font de ce long-métrage un cas à part, intriguant, mais pas forcément plus efficace que ces frères. Dès les premières images, une voix-off externe vient se greffer au film et l'un des personnages explique au spectateur ce qu'il s'apprête à voir. En résumé, le caméraman est décédé et notre narratrice a repris le flambeau du film qu'il tournait. Romero triche par rapport à ses aînés : ce qui s'apparente d'abord à un témoignage direct sur une situation précise se transforme peu à peu en auto-fiction cinématographique, avec montage, bande-son extra-diégétique et volonté affirmée de la part de la narratrice de proposer un "film qui fait peur". Il s'agit peut-être là de la première limite du film, coincé entre deux approches différentes et a priori contradictoires. Cette contradiction est rendue possible par l'idée de Romero de prendre position - comme il l'a toujours fait - par rapport à la société dans laquelle il vit. Or, aujourd'hui, le monde est régit d'abord par l'importance prise par les messages vidéos quelqu'ils soient. Ainsi, telle une vidéo virale qui parcourt le monde à la vitesse de la lumière par le seuls biais des nouveaux network internet, une contamination s'opère au sein même du film. Si Diary of the dead prend peu à peu une forme cinématographique classique c'est parce que Romero introduit dans son film une multiplication progressive des points de vues. D'autres caméras subjectives s'intègrent donc au récit, offrant la possibilité à notre narratrice/réalisatrice, un stock d'images qui lui permet de satisfaire son envie de "monter" son histoire de la même manière qu'une fiction. Champs/contrechamps, grammaire des plans, le cinéma transpire donc inévitablement. Trop malheureusement, car les contre-sens sont légions (vidéos de surveillance sonore, vidéos de téléphones portables à la qualité équivalentes aux images betacam etc.) Heureusement Romero réussit à faire avaler ces curieux parti-prit par une distance prise avec son sujet via la parodie. Tout est finalement dirigé vers cette idée là. Dès le début du film, l'histoire est introduite via une référence au célèbre canular radiophonique inspiré par La Guerre des mondes et commis par Orson Welles en 1938 (lequel provoqua une authentique panique générale). Par cette référence, Romero introduit deux données essentielles de son film : le ton parodique d'abord, une critique assez féroce des médias ensuite. Diary of the dead commence ainsi avec le tournage d'un film d'horreur parodique et des personnages caricaturés à l'extrême. Les "héros" du film ne seront par la suite pas moins archétypaux et, quand les évènements supposées réels rejoignent la fiction du film dans le film, non seulement la boucle et bouclée mais surtout, le sens parodique du film est confirmé. Celà ne suffit pas. Si la critique des médias est elle contenue essentiellement dans les dialogues plutôt inspirés du film, le sous-texte de Diary of the dead est au bout du compte le même que celui des autres films de zombies du cinéaste. Romero se répète, se mord la queue parfois, mais le message passe. Diary of the dead n'est pas à proprement parlé le grand film espéré, il s'agirait plutôt d'une version moderne du premier opus, La nuit des morts-vivants. Il ne faut pas vraiment chercher plus loin. Diary of the dead est un objet curieux, assez drôle et jouissif. On a pris l'habitude des mises à morts de zombies et Romero fait un effort évident pour être autant que possible original. Ca marche encore pour cette fois, mais Romero s'essoufle c'est évident. On gagnera tous à ce que désormais, il tourne définitivement la page.
Benoît Thevenin Réalisé par George A. Romero Avec Michelle Morgan, Shawn Roberts, Nick Alachiotis, ... Année de production : 2007 Sortie française le 25 juin 2008 Maradona par Kusturica (Maradona by Kusturica) d'Emir Kusturica
Santa Maradona. On commence déjà à faire des films de la vie décousue, excentrique et exhaltante du plus grand footballeurs argentin de l'histoire. Un petit bonhomme dans le fond, une sorte de Napoléon des terrains, un virtuose profondément attaché à ses racines argentines. Le plus grand joueur argentin ? Non, sans doute le plus grand joueur du monde, et si non, il en est si proche. On fait donc des films de la vie de Maradona, en Italie notamment avec le Santa Maradona de Marco Risi, un nanar indigne du génie qui a éclaboussé le calcio au milieu des années 80 à Naple. Il y a aussi le témoignage indirect de Carlos Sorin avec El Camino de San Diego qui montre a quel point le culte de Maradona est important pour les argentins.
Emir Kusturica a consacré une interview très intéressante dans le magazine So Foot qui prouve la fascination du cinéaste serbe pour le héros du stade Azteca de Mexico. A l'époque, Kusturica n'avait qu'un profond désir de parler avec ses images de Maradona. Le film le voilà, presque deux ans plus tard. Il ne faut pas s'attendre à apprendre beaucoup de chose sur le prodige. Kusturica perd son temps dans l'autocitation, astique sa propre image en même temps qu'il cherche à approcher Diego. Dès les premières images, avec un speaker qui présente Kusturica en concert comme le Maradona du cinéma, on a compris que ce titre Maradona by Kusturica, induit bel un bien un film dans lequel le cinéaste cherche à voler la vedette à Santa Maradona. Mais la démarche foutraque de Kusturica, correspond autant au cinéma bordélique dont il est l'auteur, qu'a la vie décousue à l'extrême de Maradona. Maradona est décrit comme étant un extraterrestres par son frère alors qu'il n'est encore qu'un gosse. Mais le gosse, plus que n'importe quel autre gamin doué balle au pied, et réellement un magicien.
Le 22 juin 1986, en quart de finale de la Coupe du Monde dans le stade Azteka de Mexico, l'Argentine de Diego Maradona joue l'Angleterre. Il ne sont pas 11 sur le terrain face aux Anglais. Quatre ans auparavant, des centaines d'argentins mourraient dans le Guerre des Malouines dans un conflit face à la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher. Quand à la 51e minute du match Maradona touche le ballon de la main dans une envolée sublime, il ouvre le score et commence à régler ses comptes avec l'Histoire. Maradona dit dans le film qu'à ce moment là, dès lors que l'arbitre à validé un but qui n'aurait jamais dû l'être, il s'est sentit comme un argentin qui venait de voler le porte-feuille d'un anglais. La Main de Dieu a donné un avantage décisif à l'Argentine mais Maradona, son génie se trouve avant tout dans ses pieds. Et cinq minutes plus tard, à la 56e minute du mach, il marque dans une chevauchée irrésistible le plus beau but de l'histoire. L'Argentine gagnera au final 2 buts à 1 face à l'Angleterre. Maradona est en passe d'être sanctifié, d'autant plus qu'une semaine plus tard, l'Argentine devient championne du monde. Imaginez la liesse de 1998 dans un pays qui aime si peu le sport, si peu le foot et transposez là dans un pays meurtrit ou le foot est une religion.
Maradona aura fait la gloire de Barcelone puis du Napoli. A Naples, il réussit un autre miracle : que le sud de l'Italie prenne, à travers le football, sa revanche face au Nord. "On est allez mettre six buts à la Juve, à Torino !" s'exctasie encore Maradona. Mais Naples c'est aussi la Mafia et là bas, Maradona se consûme dangereusement à cause de la cocaïne. Maradona est immortel par sa légende, par son aura et aussi parce qu'il a vécu plusieurs vies, changé plusieurs fois de corps. Il a failli mourir en avril 2004, victime d'un malaise cardiaque. C'est là qu'El Camino de San Diego commence. C'est là aussi que la légende se poursuit. Il est écrit que Maradona est immortel, il ne pouvait donc pas mourir ce jour là.
Maradona a apporté la révolution sur les terrains et ne pouvait que la continuer en dehors. Le visage de Castro est tatoué sur l'une de ses jambes de magicien ; le visage du Ché est lui tatoué sur une de ses épaules. Diego est un proche de Fidel Castro et hait viscéralement les Etats-Unis, responsables selon lui des souffrances de l'Argentine, des peuples d'Amériques Latine et même du monde entier. En 2005, auprès de Chavez, il lance une diatribe contre Bush Jr. "Les Etats-Unis ne vous ont pas aidé parce que vous n'aviez pas de pétrole" explique t'il aussi à Emir lors d'un voyage à Belgrade. Dans le stade de l'Etoile Rouge, Emir et Diego jonglent ensemble, s'échangent la balle. La vista du maître est toujours là, c'est manifeste. Emir se fait plaisir à se confronter au mythe.
A la fin, Maradona, qui ne redeviendra jamais un simple homme, exprime ses regrets d'avoir négligé sa famille, d'avoir galvaudé son talent, de s'être laissé piégé par la drogue. La confession paraît sincère et tellement lucide. Sa famille est aujourd'hui réunie. Son épouse continue plus que jamais de veiller sur lui, ses filles sont à ces côtés, l'église Maradonienne célèbre des unions en référence à leur Saint unique et il y aura toujours des gens bienveillants comme Emir pour regarder le mythe continuer de s'écrire. Des admirateurs comme Manu Chao pour lui écrire des chansons. La Vida tombola, les yeux dans les yeux, magnifique ! Olé, olé olé olé, Diego ! Diego ! Olé olé olé olé, Diego Diego !
Réalisé par Emir Kusturica Avec Diego Maradona, Emir Kusturica Année de production : 2008 Sortie française le 28 mai 2008 L'actu cinéma du 22 juin
B.T Phénomènes (The Happening) de Manoj Night Shyamalan
Puisque, chez Shyamalan, nous avons depuis longtemps déjà renoncé à percer les mystères de ses intrigues, le jeu a consisté cette fois à repérer le caméo hitchcockien du cinéaste dans ce film. A ce jeu là, nous avons perdu, on ne l'a pas vu. Et pourtant, on vous garantit que l'on était bien éveillé. Bien plus - ça c'est encore plus sûr - que les personnages du film. On a beau porter très très haut dans notre coeur le joli minois de Zooey Deschannel, là on est obligé de bloquer un peu. Les personnages principaux sont tous plus ou moins stone, ce qui nous conduit à nous demander si ce n'est pas l'état dans lequel se trouve Shyamalan lorsqu'il écrit ses invraisemblables scénarii.
Inutile de chercher une quelconque explication à ces phénomènes. C'est du vent ! La menace est invisible, l'humain impuissant pour l'appréhender et la combattre. Remettez vous en à Dieu. Il ne doit rester plus que lui. On ne peut pas nier à Shyamalan un sens réel, très sophistiqué même, de la mise en scène. Mais au service de quoi ? D'une histoire qui n'en est pas une ? D'un scénario peut-être bien écrit sous substance ? De dialogues édifiants ? Rien, décidément rien, ne nous invite à une quelconque indulgence envers Shyamalan. Le gourou est un escroc. Shyamalan se mosque ostensiblement de l'intelligence de ses spectateurs. C'est de plus en plus manifeste, et La Jeune fille de l'eau était déjà un sommet. Shyamalan n'a même pas honte de remettre le couvert cette fois.
Que se passe t'il ? On ne sait pas. Une scène de vie, les gens s'immobilisent soudain, font quelques pas en arrière et se suicide de bon coeur. Pourquoi ? Euh... On ne sait pas. Des terroristes ? Les centrales nucléaires ? Le Gouvernement ? les extraterrestres ? La nature qui reprend le dessus ? On ne saura rien. Et on nous dira même qu'il vaut mieux ne pas savoir, que ca ne sert à rien. C'est comme ça et puis c'est tout. Soudain, quand les héros sont pris dans l'étau, la menace s'évapore aussi brutalement qu'elle s'était invitée. Pourquoi ? Comment ? Vous posez trop de questions, on ne sait pas et on ne saura jamais. C'est comme ça et puis c'est tout.
Comme les figurants du film, on perd en lucidité et l'on se répète en boucle. Encore quelque secondes et on se tire une balle. Pourquoi pas après tout.... Non Manoj, tu ne peux pas t'en tirer indéfiniment comme ça, par de fausse pirouettes récurrentes ou à chaque fois la montagne accouche d'une souris. Ou a chaque fois, on perçoit le fond du problème avant même que les cinq premières minutes du film ne soit posée. Mais soyons honnête, on s'est vraiment bien marré. C'était une blague ! Alors rigolons ! (mais Manoj, arrête les blagues maintenant...).
B.T Phénomènes - Note pour ce film :
Réalisé par M. Night Shyamalan
Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo, ... Année de production : 2008 Sortie française le 11 juin 2008 L'actu cinéma du 20 juin
B.T Décès de Jean Delannoy
C'est un mois de juin très noir pour le cinéma mondial. Hier 18 juin, le cinéaste français Jean Delannoy s'est éteint à son tour, quelques jour après Jean Desailly (lire le Carnet noir) qu'il avait dirigé dans La Symphonie Pastorale. Il était âgé de 100 ans depuis le 12 janvier. Principal artisan du cinéma français de l'immédiat après-guerre, Jean Delannoy était réputé pour ses adaptations littéraires et ses films historiques. D'abord décorateur, acteur puis monteur, Jean Delannoy se tourne vers la réalisation et tourne en 1933 son premier film, Paris-Deauville. Il fait une rencontre décisive avec Jean Cocteau avec qui il tourne en 1943 L'Eternel retour, version moderne de Tristan et Yseult dans lequel il dirige Jean Marais et Madeleine Sologne. Le succès rencontré par le film incite le cinéaste à prendre ses distances avec les mélos qu'il avait jusqu'alors l'habitude de tourner. Delannoy enchaîne avec Le Bossu, écrit en collaboration avec l'auteur Paul Féval (44) puis La Part de l'ombre (45). Il dirige ensuite Michèle Morgan dans La Symphonie pastorale, d'après le roman d'André Gide, et remporte le Grand Prix (récompense suprême, la Palme n'existant encore pas) lors du festival de Cannes en 1946. Fort de sa notoriété et de sa réputation de metteur en scène, Delannoy réalise de grands films ambitieux tels Les Jeux sont faits (47, d'après Sartre), Le Secret du Mayerling (49), Dieu à Besoin des Hommes (50, d'après Queffelec ; primé à Venise), Chiens perdus sans collier (55) ou encore Notre Dame de Paris, d'après Victor Hugo (57), avec Anthony Quinn et Gina Lollobrigida en Esmeralda.
Ce cinéma là, dit "de qualité", est dénoncé en janvier 54 dans le numéro 31 des Cahiers du Cinéma par François Truffaut. Dans ce texte, Une certaine tendance du cinéma français (lire le texte intégral), Truffaut dénonce le système de l'industrie cinématographique française, ses scénaristes (Aurenche, Bost, Jeanson, Sigurd, Laudenbach, Scipion, lesquels ont presques tous travaillés avec Delannoy) et ses réalisateurs (Delannoy en tête et parmi Claude Autant-Lara, René Clément, Yves Allégret et Marcel Paglier) à qui il reproche - pour faire bref - l'académisme de leurs styles. Delannoy est principalement attaqué sur ses films du débuts des années 50 : "Jean Delannoy, par exemple, se conçoit volontiers comme un moraliste mystique. Mais la menue bassesse du Garçon Sauvage, la mesquinerie de La Minute de vérité, l'insignifiance de La Route Napoléon montrent assez bien l'intermittence de cette vocation." Violemment tancé par Truffaut et "les jeunes turcs" des Cahiers Delannoy ne cesse pas pour autant de tourner. Il varie cependant les registres, adaptant Simenon avec Maigret tend un piège (58) et L'affaire Saint Fiacre (59), autant que Madame de La Fayette avec La Princesse de Clèves (60). Il tournera plus tard Vénus impériale (63) et Les Sultans (66) grâce auxquels il retrouve Gina Lollobrigida, Les Amitiés particulières (64), ou encore Le Soleil des voyous (67) dans lequel il dirige de nouveau son interprète de Maigret, Jean Gabin.
A partir des années 60, Delannoy accède aussi à diverses fonctions officielles, notamment la présidence de l'Association des auteurs de films (1965-67), puis celle de l'IDHEC (école de cinéma devenue ensuite la FEMIS) en 1973 ou du syndicat national des auteurs et des compositeurs (1976-81). Delannoy tourne moins (Pas folle la guêpe en 72, Bernadette en 87) et essentiellement pour la télévision. En 1986, il reçoit un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Il tournera son dernier film en 1995, Marie de Nazareth. Il aura réalisé au total près d'une cinquantaine de longs-métrages, (une dizaine de téléfilms compris) et restera comme l'une des principale figure du "Cinéma de Papa".
Benoît Thevenin (avec AFP) L'actu cinéma du 18 juin
B.T Speed Racer d'Andy et Larry Wachowskipremière publication le 7 juin 2008
Les Wachowski ont enfin réussi à tourner la page Matrix. Eux qui avaient créé leur mini-révolution - il y a bientôt dix ans et même s'ils ont ensuite déçu une partie du public avec deux suites aux succès plus que relatifs - semblaient totalement prisonnier de Zion et de la Matrice, entre produits dérivés et récits parallèles. On les disait fini, ils avaient même assuré qu'ils ne réaliseraient plus et se contenteraient de produire.. Et bien surprise ! Les revoilà dans un projet absolument inédit. On reste dans un monde geek - puisque Speed Racer est l'adaptation d'un dessin animé japonais des années 70 - mais fini les univers urbain déliquescent, les histoires de fin du monde et bienvenue à un monde autre entre passé et futur (la direction artistique est en ce sens très réussie et cohérente) qui n'a absolument aucun lien avec la réalité. Et ce postulat là est déjà très fort. Car les Wachowski nous plonge dans une Matrice, un monde créé de toutes pièces avec ses propres dogmes régissant l'espace et le temps et ils nous demandent de l'accepter ainsi, sans se poser de question ou remettre quoi que ce soit en cause. C'est là que réside leur proposition de cinéma et c'est dans ce cadre là qu'elle va s'avérer passionnante. Car dès le début du film quand les logos des boîtes de production commencent à apparaître dans des formes et des couleurs kaléidoscopiques, les Wachowski affichent clairement le pan expérimental du film qui va suivre.
Et de l'expérimental, ils nous en servent à la pelle. Ces réalisateurs ont cette qualité indéniable et assez rare d'être des expérimentateurs permanents et de vouloir modeler le médium cinéma à l'histoire qu'ils racontent. Et ici on a droit à 2h10 d'expériences visuelles inédites. Que ce soit les courses de voitures ou les moments intermédiaires, les frères n'arrêtent jamais d'essayer des choses, de composer des plans sur plusieurs niveaux, de faire exploser les couleurs, les formes, les mouvements, les raccords quitte à larguer totalement les spectateurs trop frileux ou peu enclins à de nouvelles expériences visuelles et optiques. Ici, nous avons trouvé ça ahurissant et stimulant comme jamais. Quant aux courses elles sont tout bonnement géniales. Rien de la sorte n'a été vu auparavant. C'est une avalanche de vitesse, de mouvements, de couleurs et de folie pure. On est clairement dans un intermédium à mi-chemin entre cinéma et jeux vidéo (Speed Racer est peut-être d'ailleurs la seule tentative probante de rapprochement des deux médiums) et pour tout spectateur/joueur c'est un plaisir immédiat et sensitif qui explose dès les premières images de courses. Le fun des situations (voitures qui sautent dans tout les sens, gadgets divers, circuits totalement démesurés avec 360° et tremplins...) est amplifié une fois de plus par la forme que les Wachowski impriment, grâce à leur montage furieux mais cohérent et lisible, à leur composition des différentes couches numériques, à leur palette graphique et, tout simplement à leur mise-en-scène ultra dynamique. Car rarement on aura eu une telle sensation de vitesse, de danger, d'urgence. En clair les Wachowski ont réussi assez brillamment un film sur le bord du post-modernisme, à son extrémité la plus radicale. A deux doigts de toucher la Forme Pure, le basculement dans l’abstraction dans lequel le film s’engouffre joyeusement l’espace de quelques secondes. Rappelons que l’on parle d'un blockbuster pour enfants à 100 M de $.
Malheureusement le tableau est obscurci par deux raisons majeures. La première, est c'est une constante des frères Wachowski depuis Matrix, c'est la gestion des dialogues. La plupart sont interminables et si ils parviennent quasiment toujours à les dynamiser, les rendre attractifs, il arrive un moment où ils perdent tout simplement de leur intérêt car le sujet entre conspirations d’écuries de course et considérations familiales finit par laisser de marbre le plus indulgent des spectateurs. Et deuxième grief, qui risque de donner de l’urticaire à la majorité du public, est le personnage du petit frère et son chimpanzé, gageures comiques du film mais absolument inutile. Toutes les tentatives d'humour tombent lamentablement à plat. C'est d'autant plus dommage que ça entâche pas mal le rythme d'un film qui aurait pû/dû durer au moins 20 minutes de moins. On peut aussi reprocher aux frères deux scènes de combats à mains nus d'une nullité assez effrayante (qu’on sent vouloir tendre vers une esthétique cartoon). Par les réalisateurs de Matrix, ça surprend un peu. Il est donc vraiment dommage que le film ne parvienne pas, par un resserrement général, à être vivifiant, enchanteur et une expérience de cinéma incroyable sur toute sa durée. Il en avait largement les moyens mais ils n'ont pas su se concentrer sur l'essentiel et faire un bonbon acidulé qui exploserait dans la bouche pendant plus d'une heure et demie. Au lieu de ça, le bonbon fond sous la langue en crépitant sporadiquement dans une explosion soudaine de saveurs et de couleurs. Et puis commercialement ce film est un suicide total. Trop long et complexe (beaucoup de personnages et d'intrigues qui se croisent) pour vraiment plaire aux enfants ; trop fou et familial pour plaire totalement aux adultes. Le film va avoir beaucoup de mal à trouver son public. Il n’en reste pas moins un des blockbusters les plus intéressants de cette année qui, mine de rien, invente du cinéma et c’est assez rare pour être souligné.
Gregory Audermatte Speed Racer - Note pour ce film : Réalisé par Andy Wachowski, Larry Wachowski Avec Emile Hirsch, Christina Ricci, John Goodman, ... Année de production : 2008 Sortie française le 18 juin 2008 La Nouvelle vie de monsieur Horten (O'Horten) de Bent Hamerpremière publication le 27 mai 2008
Monsieur Horten est un conducteur de locomotives sur le point de prendre sa retraite. Il n'a jamais raté un train de sa vie, mais le dernier, par un concours de circonstances, il le manquera. La Nouvelle vie que l'on nous promet dans le titre français est assez mensongère. Bent Hamer filme simplement les petites cocasseries auxquelles Monsieur Horten se retrouve confronté par le hasard d'un train raté. Pour qui est sensible à l'humour scandinave, pour qui aime à s'imaginer dans un univers quelque part au coeur du triangle Aki Kaurismaki - Jacques Tati - Roy Andersson, il est urgent de découvrir le cinéma de Bent Hamer. Les gags sont simples, la mise en scène épurée, et on ressort de la salle frais et heureux car, même si les personnages sont de vieux monsieurs, on est sensible à la simplicité de leurs vies. C'est tout le charme des personnages et des films de Bent Hamer.
B.T Réalisé par Bent Hamer Avec Baard Owe, Peter Bredal, Bjorn Floberg, ... Année de production : 2007 Sortie française le 18 juin 2008 |
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