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Le Tableau des étoiles de Laterna Magica, Septembre 2008Un Eté sans point ni coup sûr de Francis Leclerc
Eté 1969 : Alors que l’Homme s’apprête à marcher sur la Lune, Martin, douze ans, n’a d’yeux que pour les Expos, équipe de baseball fraîchement installée à Montréal, et rêve d’intégrer l’équipe de son quartier. Ayant échoué aux tests d’entrée, son père décide alors de coacher une équipe bis composée des laissés pour compte. Malgré un point de départ qui peut rebuter tout non-initié aux pratiques du baseball et du sport en général, Un Eté sans point ni coup sûr - de la même façon que C.R.A.Z.Y - est avant tout la chronique d’une famille qui doit faire face au changement : un fils qui passe doucement de l’enfance à l’adolescence, une mère qui veut s’émanciper, un père qui ne semble (vouloir) pas évoluer avec son temps.
Cette histoire, adaptée du roman éponyme de l’auteur québécois Marc Robitaille, est racontée à la première personne par le jeune garçon. Il nous fait part de ses rêves, de ses interrogations, de ses déceptions. Le réalisateur Francis Leclerc, dont c’est le troisième film - après Une Jeune fille à la fenêtre en 2001, puis Mémoires Affectives, sorti en 2004 et lauréat de 4 Jutras - a respecté de bout en bout ce parti pris. Ici, pas de héros omniscient. Des questions restent en suspens, comme quand on était petit et qu’on ne comprenait pas tout ce qui nous entourait. C’est grâce à l’expérience, au temps, que le puzzle se met en place et que tout prend un sens.
Ce n’est pas un film parfait, loin s’en faut, l’utilisation répétitive d’intermèdes filmés en Super 8, reprenant les plus grands standards québécois de l’époque, peut agacer par son côté nostalgico-passéiste ou syndrome du « c’était mieux avant ». Mais c’est un film qui fait du bien au cœur. Il fait partie de ces œuvres qui nous laissent un sourire un peu béat à la fin de la projection, ce qui n’est plus si fréquent, soyons honnêtes. Plus on voit de films, plus il est difficile d’être surpris, ému, effrayé… Mais il s’agit d’un autre débat. Il y transparaît surtout une réelle sincérité de la part du metteur en scène et de ses acteurs, mais également une vraie ambition dans la mise en images, qui ne fait que confirmer les espoirs placés en Francis Leclerc depuis son premier film.
Un Eté sans point ni coup sûr est sans aucun doute le film québécois coup de cœur de cet été 2008 ; le Québec qui a connu une saison estivale assez terne avec ses productions locales, en termes d’entrées et de qualité. Un Eté sans point ni coup sûr n’y a eu qu’un succès relatif et Cruising Bar 2 n’est pas connu pour ses qualités cinématographiques (lire notre critique)...
Axel Decanis
Un Eté Sans Point ni Coup Sûr - Note pour ce film : Réalisé par Francis Leclerc Avec Roy Dupuis, Pierre-Luc Funk, Jacynthe Laguë, Patrice Robitaille etc. Année de production : 2008 Sortie au Québec le 1er août 2008 (film inédit en France) Décès de l'acteur américain Paul Newman (26/01/1925 - 26/09/2008)
L'arnaqueur s'en est allé. Paul Newman, un des plus grands acteurs de sa génération, a été emporté hier par un cancer des poumons. Il était âgé de 83 ans. Pur produit de l'Actor's Studio, oscarisé en 1986 pour La Couleur de l'argent de Scorsese, Paul Newman fait depuis longtemps déjà partie de la légende du cinéma. Il est pourtant loin des frasques qui ont fait le culte de Hollywood et de ses acteurs. Paul Newman a commencé sa carrière au moment ou James Dean affolait filles, garçons et compteurs auto et aura vite comblé le vide laissé par l'acteur de la Fureur de vivre (décédé dans un accident de voiture le 30 septembre 1955 à l'âge de 24 ans). Paul Newman était une sorte de gendre idéal : beau gosse, séducteur hors-paire, mais toujours sage et discret pour ce que l'on croit savoir. Paul Newman était un acteur adulé et charismatique. Il aura tourné près de 75 longs-métrages pour le cinéma. Soldat pendant la guerre du Pacifique (de 1941 à 1945), il est blessé et laisse de côté ses ambitions sportives. Paul Newman se tourne vers la comédie et l'étudie d'abord à l'université de Yale, avant de recevoir l'enseignement de Lee Strasberg au sein de l'Actor's Studio. Ses débuts à l'écran sont assez pénible, tout au moins pour lui. Il commence ainsi avec Le Calice de l'argent (1954) mais fait publier un message publicitaire pour s'excuser de sa piètre performance, soit le signe d'un certain caractère.
Son premier succès majeur, La Chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks marque le premier sommet de sa carrière (1958). Dès lors, sa carrière connaîtra une certaine linéarité, Paul Newman s'engageant souvent dans des projets à hauteur de son indiscutable classe. Au tournant des années 60, il tourne successivement sous la direction d'Otto Preminger et avec Eva Marie Saint dans Exodus, puis L'Arnaqueur de Robert Rossen, pour un rôle qui marquera à la fois sa carrière et l'histoire du cinéma. Des années plus tard, en 1986, Martin Scorsese lui proposera de reprendre son rôle d'Eddy Felson dans La Couleur de l'argent, ce qui lui permettra de remporter enfin l'Oscar du meilleur acteur.
Entre temps, Paul Newman aura aussi bien tourné avec quelques réalisateurs parmi les plus prestigieux (Alfred Hitchcock pour Le Rideau Déchiré en 66, John Huston pour Juge et Hors la loi (72) et Le Piège (73) etc.) et noué quelques relations privilégiée avec d'autres. Ainsi, Stuart Rosenberg lui offre le rôle de Luke dans Luke la main froide, premier film d'une série de quatre qu'ils tourneront ensemble. Paul Newman aura également joué à trois reprises sous la direction de Martin Ritt, ainsi que sous celle de George Roy Hill (Butch Cassidy et le Kid en 69 ; L'arnaque en 73 notamment).
En 1974, Paul Newman est l'une des têtes d'affiche, notamment aux côté de Steve McQueen, du blockbuster de John Guillermin, La Tour infernale. Newman et McQueen sont alors les deux acteurs les mieux payés au monde. Le succès du film est tel que le cinéma catastrophe est en vogue. Paul Newman jouera d'ailleurs en 1980 dans le Jour de la fin du monde, long-métrage qui sera l'un des plus gros bides de sa carrière.
Passionné de course automobile, à l'instar de Steve McQueen, Paul Newman fonde sa propre écurie de course, laquelle existe encore à ce jour, la Newman/Haas Racing (Le pilote français de F1 Sébastien Bourdais a d'ailleurs longtemps couru et été de champion de Champ Car avec les voitures de l'écurie co-managée par Newman). Paul Newman participera même au 24h du Mans en 1979, course qu'il termine deuxième.
Souvent très distant du système hollywoodien qu'il critique volontiers, et parce que cette passion pour l'automobile l'accapare beaucoup, Paul Newman se fait, à partir des années 80, très discret sur les plateaux de cinéma. Il tourne néanmoins avec Robert Altman (Quintet, 79), Sydney Pollack (Absence de Malice, 81), Sydney Lumet (Le Verdict, 82), Martin Scorsese (La Couleur de l'argent, 86), James Ivory (Mr & Mrs Bridge, 90), les frères Coen (Le Grand Saut, 94) etc. En 1984, Paul Newman ajoute une autre corde à son arc. Il réalise et interprête l'Affrontement, avec notamment Ellen Barkin, Morgan Freeman et Ossie Davis.
Depuis quelques années, Paul Newman n'apparaissait que très rarement au cinéma. Son dernier vrai rôle restera celui d'un impressionnant père mafieux dans les Sentiers de la perdition de Sam Mendes (2004). Paul Newman aura aussi logiquement prêté sa voix à l'une des voitures de Cars (Doc Hudson), le dessin-animé de John Lasseter (2006). En 2007, Paul Newman explique dans une interview qu'il ne jouera plus. Il ne s'estime alors plus capable de jouer au niveau auquel il est attendu et confie quelques problèmes de mémoires légitimes pour son âge. C'est finalement un cancer des poumons qui emporte l'acteur, sans doute l'un dernier monstres sacré de Hollywood, l'un des plus attachants pour sûr.
Benoît Thevenin
L'actu cinéma du 27 septembre
Fincher, Franck Miller etc. Nouvelles bandes-annonces ! Hier nous vous proposions les nouvelles bandes-annonces de deux films évènement, W - L'Improbable président d'Oliver Stone et Valkyrie de Bryan Singer. Revoici d'ailleurs le lien vous permettant de voir ou revoir ces deux teasers. Aujourd'hui, on continue de vous montrer les premières images de quelques autres films parmi les plus attendus. Au programme donc, les nouvelles bandes-annonces The Curious Case of Benjamin Button, nouveau film de David Fincher avec Brad Pitt (sortie française le 4 février 2009) ; mais aussi de The Spirit, le film de Franck Miller (co-réalisateur de Sin City avec R. Rodriguez) avec entre autres têtes d'affiches Scarlett Johansson et Eva Mendes (sortie française le 31 décembre). Régalez-vous !
NOTA :
Bande-annonce 2 de The Curious Case of Benjamin Button de David Fincher
Bande-annonce 2 de The Spirit de Franck Miller Entre les murs de Laurent Cantetarticle publié initialement le 24 mai 2008
Palme d'Or 2008, 61e festival de Cannes Avant le film il y a le roman. Ancien professeur de français, François Bégaudeau y racontait une année de la vie d'une classe de 4e d'un collège parisien difficile. Le livre est déjà admirable tant les enjeux de la société française et certaines questions pédagogiques sont judicieusement énoncés et sans prétendre donner la moindre leçon. Comme le livre, le film signé Laurent Cantet constitue un état des lieux concret et lucide du rapport difficile qu'entretiennent aujourd'hui professeurs et élèves dans certains collèges et lycées.
La première prouesse de Laurent Cantet est d'avoir réussit à puiser dans la substance même du récit. Le pari était audacieux dans la mesure ou le roman, s'il est court, est foisonnant ; et instruit aussi une réflexion sur le langage peut évidente à dupliquer sur grand écran. Surtout, le livre de Bégaudeau se déroule exclusivement entre les murs d'une salle de classe, le seul contre-point se trouvant entre les murs de la salle des professeurs du collège. Cantet a logiquement maintenu le principe et les 2h du film se passent donc à l'intérieur de la salle de classe et celle des profs.
Laurent Cantet, dès son premier film Ressources Humaines, avait prouvé son brio pour capter en profondeur la subtilité des rapports de forces au sein d'une entreprise. Depuis, il a réalisé son chef d'oeuvre L'Emploi du temps et le mésestimé Vers le sud, pourtant brillante incursion dominicaine ou de riches bourgeoises parisiennes viennent s'épanouirent sexuellement sous le soleil d'une région ravagée. Laurent Cantet s'est donc imposé comme un cinéaste intelligent et subtil, probablement le plus fin des cinéastes-sociologues aujourd'hui.
Entre les murs rentre parfaitement dans ce cadre là et élargit l'horizon de la société française auscultée par l'oeil alerte de Cantet. Là encore, ce sont les rapports de forces, les conflits moraux qui font toute la substance du film. Entre les murs est cependant porteur d'une autre richesse et c'est celle-là qui porte le film bien au-dessus de tous les autres traitant du même sujet. L'énergie de la mise en scène et du montage n'a d'égale que celle des jeunes acteurs du film. François Bégaudeau joue son propre rôle et les élèves aussi. Reconstituer l'ambiance d'une classe, définir les enjeux n'avait rien d'évident et c'est là que Cantet impressionne le plus tant le film respire la vérité, l'authenticité, l'enthousiasme, la simplicité aussi, à chacune de ses scènes. En faisant à cette classe le cadeau d'une Palme d'Or méritée, Sean Penn va peut-être permettre à chacun en France d'envisager l'éducation autrement et avec moins de légèreté. Il y a beaucoup à apprendre du film, beaucoup a réviser. Entre les murs est riche et donc essentiel.
Benoît Thevenin
Réalisé par Laurent Cantet Avec François Bégaudeau, Nassim Amrabt, Laura Baquela, ... Année de production : 2007 Sortie française le 24 septembre 2008 L'actu cinéma du 26 septembre
Nouvelles bandes-annonces : Découvrez les nouvelles images de W. - L'improbable président, la satire du président Bush Jr que sortira Oliver Stone dans quelques semaines. Cette nouvelle bande-annonce laisse augurer pas mal de dérision et de démagogie mais on jugera sur pièce au moment de la livraison (le 29 octobre). La seconde bande-annonce du jour est celle, nouvelle également, de Valkyrie, le prochain film avec Tom Cruise et réalisé par Bryan Singer (sortie française le 28 janvier 2009). Enjoy !
Bande-annonce 2 de W. - L'improbable président d'Oliver Stone Bande-annonce 2 de Valkyrie de Bryan Singer L'actu cinéma du 25 septembre
B.T Des trous dans la tête (Brand upon the brain !) de Guy Maddin
Texte écrit et publié sur LATERNA MAGICA le 28 mai 2007, après présentation au Marché du film à Cannes. Il s’agit du dernier film du cinéaste expérimental Guy Maddin. Des Trous dans la tête ne figure en fait pas au programme officiel de cette Quinzaine cannoise. Il a été présenté au marché du film et quelques curieux se sont essayés à la découverte de la nouvelle excentricité du cinéaste canadien, sans doute le seul aujourd'hui à réaliser encore des films semblant sortir des collections personnelles des frères Lumières. Isabella Rossellini, en voix-off, raconte l’histoire d’un certain Guy Maddin (sic). Il repeint les murs d’un orphelinat délabré comme pour effacer les souvenirs de son enfance : une mère autoritaire qui dirige l’orphelinat, un père fantomatique qui travaille à d’étranges expériences dans son laboratoire et une sœur qui noue une relation secrète avec un personnage androgyne. Des trous dans la tête est dans la droite lignée des autre films de Maddin (Et les lâches s’agenouillent, The saddest music of the world etc.). Même s’il paraît parfois traîner en longueur, le film ne devrait pas décevoir les fans du réalisateur. B.T
Des trous dans la tête - Note pour ce film :
Réalisé par Guy Maddin
Avec Isabella Rossellini, Gretchen Krich, Sullivan Brown, ... Année de production : 2006 Sortie française le 24 septembre 2008 L'actu cinéma du 24 septembre
B.T L'Homme de Londres (The Man from London) de Bela TarrTexte initialement publié le 9 août 2008
Il aura fallu un an et demi, de multiples reports, pour que le dernier film de Bela Tarr ne sorte enfin en France. Montré à Cannes en 2007, le film a profondément divisé un public pas forcément près à découvrir le si exigeant cinéma du génie Hongrois. Les projections cannoises ont permis de mesurer la faible popularité du cinéaste et encore plus le profond rejet de l'audience, la salle du Grand Théâtre Lumière se vidant par rang entier dès le premier quart d'heure de projection et continuellement jusqu'au bout. Malgré l'exceptionnel spectacle graphique que constitue L'Homme de Londres, le film risque donc d'éprouver la patience même des spectateurs les plus aguerris à ce type de cinéma.
L'Homme de Londres n'est pas le plus grand film de Bela Tarr. Mais comment pourrait-il encore repousser plus haut la barre du sublime, après Le Tango de Satan ou Les Harmonies Werckmeister ? L'Homme de Londres est un morceau de bravoure à divers registre mais aussi quelque part la caricature que beaucoup de mauvaises langues habituées à un cinéma plus consensuel se font du cinéma d'auteur pur et dur. L'Homme de Londres est en fait une anomalie, la collusion improbable entre la façon de faire radicale d'un auteur et un genre sacralisé et populaire, le polar.
Le choc est brutal. Bela Tarr s'est toujours distingué par l'extrême rigueur, méticulosité, de son style, livrant des plans-séquences éblouissants par leurs compositions, leurs cadrages et leurs mouvements. Ces plans-séquences ont toujours été au service d'un discours humaniste profond par lequel Bela Tarr arrive à trouver la lumière au plus profond des ténèbres. Cette ambition est nettement moins palpable dans L'Homme de Londres. Le film évoque une attente, un récit étouffé, celui de Simenon, le père de Maigret, que l'on aurait jamais imaginé pouvoir être adapté par un cinéaste tel Bela Tarr. La rencontre débouche de fait sur quelque chose de complètement asphyxiée et asphyxiant, ou Bela Tarr cherche continuellement et jusqu'a l'extrême à étirer toutes les durées liées à sa mise en scène. L'Homme de Londres est anti-fictionnel. Bela Tarr ne cherche en rien à développer l'intrigue simple et limpide du maître ès polar belge. Les plans s'étirent au maximum, Bela Tarr continuant toujours de filmer longtemps même lorsqu'il n'y a semble t'il plus rien à filmer. L'expérience en est à la longue pesante et éreintante, d'autant plus que l'on doit subir les mots lourdement pesés du personnage de l'inspecteur. Eloge de la lenteur et de la lourdeur, L'Homme de Londres laisse imaginer tout le poids de la machinerie cinématographique. On se croirait alors dans un film d'un autre temps, oublié, rejeté et cela en fera sourire beaucoup dès lors que l'on constate que l'un des derniers survivant de cette école est de nationalité hongroise.
L'Homme de Londres, aussi déprimant peut-il être, est pourtant malgré toutes ces caractéristiques énoncées, une oeuvre d'une puissance rare, visuellement indépassable. On met au défi quiconque de trouver un équivalent esthétique à l'extraordinaire plan d'ouverture du film, une caméra qui observe depuis (et tel) un phare l'action criminelle qui se joue sur un bateau à quai. Les jeux de lumières sont sidérants, d'autant plus que, si le cadre ne bouge pas beaucoup, il n'est pas fixe non plus, panotant subtilement de gauche à droite et de droite à gauche sans jamais altérer la beauté stupéfiante et quasi indescriptible des contrastes.
Vous ne verrez pas de films plus exigeant que cet Homme de Londres avant longtemps. Le film se ressent comme une expérience et marquera au fer rouge ceux qui, sensibles à ce cinéma, s'y essayeront. Bela Tarr est un cinéaste majeur, essentiel, et qui a quand même reçu son ovation cannoise, à l'initiative de Gus van Sant - un de ses plus grand fans reconnus - après que le film fût conspuée par ses détracteurs. Les sifflets étaient assez honteux et ce n'est que justice si Cannes à réussi à rendre quand même hommage à Bela Tarr, un des plus grands aujourd'hui. B.T
Réalisé par Bela Tarr Année de production : 2006 Sortie française le 24 septembre 2008 Court-métrage : Prologue (Vision of Europe) de Bela Tarr
Cinéaste rare, exigeant et précieux, Bela Tarr fascine ceux qui lui sont un tant soi peu sensible. Ce mercredi sort son dernier film, L'Homme de Londres, un pavé cinématographique qui risque d'en désespérer plus d'un. Mais pour se familiariser un peu plus avec l'univers du maître, nous vous proposons de découvrir Prologue (Vision of Europe), magnifique court-métrage de 6 minutes qu'il a réalisé en 2004, entre Les Harmonies Werckmeister (2000) et L'Homme de Londres (2007)...
Prologue (Vision of Europe) Réalisé par Bela Tarr Année de production : 2004 L'actu cinéma du 23 septembre
B.T L'actu cinéma du 22 septembre
B.T Dougal Wilson : un digne héritier pour Gondry ?
Ignorez le titre de cet article et faites semblant de jouer le jeu du blindtest avec les vidéos attachées à ce billet... Le nom du réalisateur de ces clips est Dougal Wilson, jeune anglais qui commence à faire son chemin. La parenté de son univers avec celui de Michel Gondry est évidente mais réductrice. On reconnaît dans les vidéos réalisées pour Goldfrapp (Happiness), Jarvis (Don't Let Him Waste Your Time) ou encore Bat for Lashes (What a girl to do ?) un goût pour le plan-séquence sophistiqué. Happiness rappelle par exemple dans son dispositif le clip mis en scène par Gondry pour Kylie Minogue (Come into my world). Les analogies entre les univers de Gondry et Wilson sont multiples. Ce qui caractérise souvent le style de Gondry, c'est son apparente simplicité, son côté bricoleur même si le résultat paraît finalement dès plus ambitieux. Dougal Wilson a lui aussi de la suite dans les idées et son talent pour le bricolage est tout aussi manifeste que chez Gondry, en témoigne les figures en cartons de Three Girls Rumba (pour Kloonhertz), pour un résultat finalement assez comparable à la vidéo des White Stripes Fell in love with a girl. Toujours pour les White Stripes, on connaît les très célèbres batteries multipliées de The Hardest Button to Button. Le principe de cette vidéo se retrouve quelque peu dans au moins deux autres clips de Dougal Wilson : Assassinator (pour Chikinki) et As Serious as your life (pour Four Tet). Le clip pour Four Tet renvoie tout autant à l'univers de Spize Jonze (cf. Praise You), autre référence incontournable. Pour revenir à Gondry, même Fit but Know It (pour The Streets) ressemble à une émanation de Je danse le Mia. Les comparaisons peuvent sembler un peu forcées mais difficile en tous les cas de nier l'inventivité que partagent les deux réalisateurs. Dougal Wilson ne cache pas que les vidéos de Gondry l'ont inspiré. On le croit sans mal. On lui souhaite surtout de nous offrir autant de cadeaux qu'a pu nous en offrir le réalisateur d'Eternal Sunshine of the Spotless Mind. En tout cas, voila un artiste à suivre. Pour l'heure nous vous invitons simplement à la découverte de quelques unes de ces plus belles vidéo (et pour ne rien gâcher, les chansons sont plutôt sympas aussi).
Goldfrapp - Happiness
Jarvis - Don't let him waste your time
Bat for Lashes - What a girl to do ?
Kloonhertz - Three Girls Rumba
Chikinki - Assassinator Mamma Mia ! de Phyllida Lloyd
Une jeune américaine vit avec sa mère célibataire sur une charmante île grecque. A l'occasion de son mariage, elle décide d'inviter à l'insu de tous les trois amants de sa maman qui pourraient tous être ce père qu'elle n'a jamais connu. Le mariage sera un prétexte idéal à des retrouvailles en tous genres, mais pas seulement...
Pas seulement car le film est aussi le prétexte à un déversement torrentiel de guimauve et de clichés, lequels font assez peu bon ménage. Adaptation d'une comédie musicale parmi les plus populaire dans le monde, il était dit que Mamma Mia ! passerait un jour des planches aux salles. Impossible d'imaginer cependant à quel point on repousse ici les limites du grossier et du grotesque.
Il est déjà diificile d'imaginer que l'équipe du tournage ai eu le privilège de découvrir la Grèce. Les décors ont une affreuses odeur de carton-pâte et les scènes, constamment filmées en surexposition avec une lumière provenant manifestement du plafond du studio, laissent à penser une certaine symbiose entre l'extrême laideur esthétique du film, et le pitoyable des scènes de comédie. Musicalement, ABBA fait le travail, car les chansons sont effectivement dàs plus efficaces et assez péchues pour donner de l'énergie et l'envie de se trémousser et claquer des mains. Quoique l'on regrette que ces chansons s'enchaînent comme si le juke-box avaient été lancé par le maire du coin pour faire danser la piste du bal populaire. Le DJ n'était pas disponible et n'a pu faire valoir son espérée science du rythme...
Surtout Mamma Mia ! fait prendre cher à ses deux plus grandes stars du casting. Meryl Streep, cheveux au vent et filmée au ralenti , chante bien, bouge comme elle peut mais paraît terriblement empotée, et chacun de ses gestes paraît lourd. Le summum est d'ailleurs atteint en conclusion de Dancing Queen, lorsqu'elle plonge d'un ponton à la manière d'une bombe, les bras enserrant ces genoux contre sa poitrine. Le kitsch absolu et Meryl que l'on imaginait surtout pas se compromettre à ce point. Elle n'est pas vraiment aidée par les personnages de ses amies, toutes deux insupportablement hystériques...
L'autre star à subir violemment le préjudice du film est l'ex James Bond Pierce Brosnan. Il a pour lui d'assurer le minimum, comme le reste du casting masculin du film (Colin Firth, Stellan Skarsgard), relégués pour une fois à des rôles de faire-valoir. Pierce Brosnan est pourtant mis à contribution pour au moins deux séquences de chants ou il n'est manifestement pas du tout à l'aise. Il est alors loin le temps de la décontraction de l'agent 007. La seule a s'en tirer réellement honorablement est sans doute la jeune Amanda Seyfried...
Mamma Mia ! est un naufrage absolu. On a bien conscience qu'ABBA renvoie à un imaginaire kitschissime et ce n'est pas ce qu'on reproche au film. Le kitsch n'est pas un problème en soit, sauf que Mamma Mia ! s'y vautre si grossièrement que toute cette mièvrerie, laquelle trouve d'ailleurs un épilogue consternant pour que chacun des personnages y trouve une raison d'épancher son bonheur d'être là, en est franchement détestable. Quitte à vouloir voir un film fun lié à ABBA, on ne peut que vous recommander de voir ou revoir Muriel de Paul J. Hoggan. C'est kitsh aussi, ça a là également des allures de contes de fées, vous danserez autant au rythme des chansons d'ABBA, mais vous aurez droit alors à un vrai film de cinéma, pas à cette innommable bouillie qu'est Mamma Mia !, à écouter plutôt qu'à voir.
Benoît Thevenin
Mamma Mia ! - Note pour ce film : 0 Réalisé par Phyllida Lloyd Avec Meryl Streep, Amanda Seyfried, Pierce Brosnan, ... Année de production : 2008 Sortie française le 10 septembre 2008 L'actu cinéma des 18 et 19 septembre
B.T L'actu cinéma du 15 septembre
Quelques images du nouveau Gilliam. Le nouveau voyage extraordinaire auquel nous convie Terry Gilliam se révèle peu à peu. Le film, L'Imaginaire du Docteur Parnassus, plombé par le décès tragique de Heath Ledger que l'on devrait donc voir ici dans son dernier rôle, souffre déjà d'une réputation de film maudit. Les images que l'ont vous propose, puisqu'elles placent le cinéaste en vedette, récapitulent quelle formidable carrière Gilliam a déjà derrière lui en même temps qu'elles rappellent quel conteur génial il est. Terry Gilliam se fait guide et vous ouvre une fenêtre sur son Docteur Parnassus...
Voici le tableau d'honneur de l'édition 2008 :
Nota : Le Prix Michel d'Ornano récompense un premier film français, dans le but d'aider à sa reconnaissance, sa promotion et son exportation.
B.T La Possibilité d'une île de Michel Houellebecq
Parfois on se demande dans quel monde on vit, quels sont ces gens qui nous entourent, lorsque l'on lit et écoute les réactions autour du premier long-métrage de Michel Houellebecq. Ces questions sont d'autant plus féroces que Houellebecq, justement, nous propose un concept de nouvelle humanité, sa possibilité d'une île. Michel Houellebecq est à la littérature ce que Serge Gainsbourg a été de son vivant à la musique : un individu provocateur, audacieux, maniéré et clopeur compulsif, mais aussi un intellectuel particulier qui exaspère autant qu'il fascine par son oeuvre souvent incomprise. Nul n'est donc prophète en son pays, et les rapports entre Michel Houellebecq et la France sont pour le moins ambigus. Son attitude intransigeante et ultra conflictuelle avec les médias ont ils eu raisons de la possibilité d'une objectivité sur ce film ? Car La Possibilité d'une île, s'il est un OVNI dans le paysage cinématographique actuel, n'est surtout pas le film honteux que l'on décrit un peu partout.
Houellebecq, avant de devenir un phénomène littéraire, aspirait au cinéma. Il échoua comme tant d'autres aux portes de l'IDHEC (ex-FEMIS) et se réorienta vers l'école Louis Lumière ou il n'a finalement pas appris grand chose, si l'on en croit son aveu. Quelques courts-métrages de jeunesse, une carrière d'écrivain brillamment entamée, un retour derrière la caméra suite à une proposition faite par Canal +... Nous voilà en 2002. La Rivière, joli court-métrage érotique, est diffusé sur la chaîne cryptée qui l'a commandé et l'on s'aperçoit que Michel Houellebecg arrive à mettre en images son sens inné de la poésie, lui l'adorateur ultime - peut-être - de Baudelaire. Houellebecq s'inscrit ainsi dans une tradition très française qui voit les écrivains (de Pagnol à Claudel en passant par Cocteau) tâter de la pellicule. Houellebecq adapte donc lui même son dernier roman en date, parce qu'il ne sent personne capable de traduire cinématographiquement sa vision très personnelle de cette histoire.
Quelques jours après l'abominable Martyrs de Pascal Laugier, lequel nous décrivait à sa manière une espèce de secte pour le moins diabolique, voici une autre incursion sectaire, très inspirée par le mouvement Raélien dont Houellebecq a été un temps proche, mais pas un sympathisant. Il s'agissait pour lui de découvrir de l'intérieur ce miscrocosme pour mieux le décrire dans le roman qu'il projetait alors d'écrire. Cette démarche est noble en soi, et Houellebecq n'est pas le premier ni le dernier à se plonger dans un univers pour mieux y puiser les ressorts de son travail artistique. Pourtant, on aura noté que les incursions documentaires de Houellebecq auront souvent jouées contre lui... Houellebecq serait donc incompris. On peut le penser d'autant plus fort face à ce film, un objet un peu bizarre mais pas tant que ça, tant l'intrigue est simple et limpide. Il s'agit donc de suivre la quête insensée de quelques illuminés persuadés de pouvoir cheminer scientifiquement vers l'immortalité de l'humain, une sorte de quête improbable mais justement éternelle qui aura inspirée diversement bon nombres de rêveurs plus ou moins fous.
Ce qui fait, en quelque sorte, l'originalité de La Possibilité d'une île, c'est cette rigueur scientifique apposée aux fantasmes d'un prêcheur hurluberlu. Et puis en même temps, il y a une tonalité romanesque, une idée de poésie visuelle et une vague intention philosophique sur le devenir de l'homme, ni plus ni moins. La démarche, qui est somme toute la même que celle du roman, est dès plus audacieuse. Tout cela se percute en tout cas, de telle manière que le spectateur se voit proposer cet objet filmique hybride, curieux mais pas inintéressant. Peut-être à cause de son aura littéraire, certains attendent de Houellebecq un cinéma que manifestement il n'ambitionne pas. On voit de fait dans les salles des personnes qui n'auraient jamais été attirées par le film s'il n'était pas labellisé par la mention Houellebecq sur l'affiche. Il y a des films bien plus étranges, bien plus improbables encore, et qui pour certains sortiront bientôt. On pense par exemple à Mange, Ceci est mon corps, que nous avons déjà vu et qui n'a aucune chance de toucher lui un public ne serait-ce qu'aussi large que celui qu'attire Houellebecq. Il ne semble donc pas y avoir beaucoup de rigueur objective autour du cas Houellebecq. Il faut prendre le film pour ce qui l'est, une tentative à rapprocher des audaces bordéliques de Fernando Arrabal. Est-ce seulement un hasard si les quelques dialogues espagnols du films ont justement été confiés à cet intellectuel touche-à-tout ? Houellebecq, avec ce film, ne lorgne pas sur le cinéma traditionnel le plus strict, le plus formaté. Sa démarche est très clairement autre, de l'ordre de la fantaisie philosophe, ce qui lui autorise quelques ironies burlesques, entre autres. Les fans de Jodorowsky et Arrabal seront sans doute plus aptes que les autres à comprendre le sens de la démarche de Houellebecq, mais soyez sûrs que La Possibilité d'une île n'est ni fumisterie, ni branlette intellectuelle, et même pas un film raté. Il s'agit juste d'un film qui ne ressemble à presque rien de comparable et dont l'expérimentation n'est certainement pas un gage. Pas un grand film non plus, mais le cas mérite qu'on s'y intéresse de près...
Benoît Thevenin
La Possibilité d'une île - Note pour ce film : Réalisé par Michel Houellebecq Avec Benoît Magimel, Ramata Koite, Patrick Bauchau, ... Année de production : 2007 Sortie française le 10 septembre 2008 Spike Lee à la Cinémathèque Française
Ce vendredi 12 septembre, la Cinémathèque Française a rendu hommage au cinéaste américain Spike Lee et profité de sa venue pour une présentation en avant-première de son dernier film Miracle à Santa-Anna. Spike Lee a également répondu à quelques questions. Voici la vidéo de cette rencontre.
Cruising Bar 2 de Robert Ménard et Michel Côté
Eté 2008.Vous êtes dans un cinéma dans le centre de Montréal. La salle est pleine à craquer. Vous regardez Cruising Bar 2, séquelle d’une comédie québécoise qui date déjà d’il y a vingt ans et qui avait fait à l’époque un énorme succès. Les gens autour de vous s’esclaffent devant les affres et les vicissitudes de ces quatre personnages un peu ratés : un Narcisse à la poursuite de l’être parfait, le puceau en quête de sa première expérience sexuelle, l’homme adultérin qui accumule les aventures, le loser en plein rachat amoureux, qui vivront une nuit sans fin, à l’image d’un Griffin Dunne dans After Hours (mais sans Scorsese à la caméra…), quatre personnages, tous interprétés par un même acteur, Michel Côté, que nous connaissons mieux en père dépassé par les événements dans C.R.A.Z.Y.
Nous disions donc… Les gens autour de vous s’esclaffent. Mais pas vous. Vous ne trouvez pas ça drôle. Déjà vous ne comprenez pas ce que veut dire le titre. Le verbe « Cruiser » en bon français veut dire « draguer ». Devant tant d’incompréhension, vous pousserez votre professionnalisme jusqu’au bout en visionnant cette fois-ci dans le confort du home sweet home le premier opus de ce diptyque, très sobrement intitulé Cruising Bar, forcément. Vous êtes seul. Personne autour de vous, donc, ne vous dérange par des rires incessants. Et pourtant, vous ne riez toujours pas. Car le problème n’est pas là. Le rire n’est pas universel, ça, nous le savons, les Américains Will Ferrell, Adam Sandler ou l’Espagnol Santiago Segura (Torrente) ne sont que des exemples parmi tant d’autres de comiques qui ne font pas ou peu recette sur notre territoire.
Dix-neuf ans séparent les deux films. Et c’est là où le bât blesse, cela ne se voit pas. Bien sûr les quatre personnes ont pris du poids, ont moins de cheveux, ont une fille de dix-neuf ans, mais mis à part ces aspects physiques ou factuels, rien n’a changé. Les personnages en sont toujours au même point, ils n’ont pas évolué. Si bien qu’on a l’impression de voir deux fois le même film. Et même d’un point de vue esthétique, il n’y a aucune évolution : même musique des années 80, une mise en images très télé, dans le sens péjoratif du terme, style téléfilms policiers du jeudi soir. Et le manque de moyens de ces films (pourtant sponsorisés par une célèbre marque automobile franco-japonaise) nous rappelle à leurs bons souvenirs. A aucun moment, il n’y a d’interaction entre nos protagonistes. C’est très simple, ils ne se rencontrent quasiment jamais. Le montage n’est qu’une superposition de saynètes sans aucune originalité. Bref tout reste affreusement plat et maladroit.
Reste la performance d’un Michel Côté, de fait omniprésent, qui demeure le seul intérêt de ces deux productions, il est très convaincant dans la composition de ces quatre personnages et ce avec très peu d’artifices. Tellement convaincant qu’il phagocyte tout jeu de ces partenaires, ce qui en devient presque gênant pour ce film co-scénarisé, co-réalisé et interprété par Michel Côté.
Axel Decanis
Cruising Bar / Cruising Bar 2 - Note pour les deux films :
Réalisé par Robert Ménard
(pour Cruising Bar) ; Michel Côté et Robert Ménard
(pour Cruising Bar 2) Avec Michel Côté, Véronique LeFlaguais Année de production : 1989 et 2008 Sortie québécoise de Cruising Bar 2 le 27 juin 2008 (inédit en France). |
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