| Perfil de LaternaLATERNA MAGICAFotosBlogListas | Ajuda |
|
|
Rivière Noire (Kuroi Kawa) de Masaki Kobayashi
Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, à proximité d'une base militaire américaine, le quotidien précaire d'un groupe de personnes, sous fond de corruption, trafics et prostitution. Leur misère est exploité par la propriétaire, laquelle décide bientôt de revendre le terrain à un investisseur privé pour la construction d'un hôtel. Elle charge le yakuza Jo de chasser les locataires. Ce dernier devra s'opposer à la résistance de Nishida, un jeune homme qui convoite le coeur de la belle Shizuko, la maîtresse de Jo.
Le film de Masaki Kobayashi est sortit en 1957, soit approximativement au même moment que Les Bas fonds - l'un des plus grands films de l'immense Akira Kurosawa - et avec lequel il partage un même thème, une même ambiance. Un film noir tout ce qu'il y a de plus classique, immergé entièrement dans un contexte social difficile qui dessine à grands traits les instincts les plus sombres des uns et des autres. Le film montre un monde marginalisé, dans l'ombre d'un miracle économique qui en laisse quelques uns sur le bas côté. Le film est assez impressionnant pour la force dramatique qu'il finit par déployer. La confrontation entre Jo et Nishida est inéluctable et évidemment attisée par la passion qu'ils portent chacun à leur manière pour Shizuko. On se doute de l'issue final mais Kobayashi réussit à nous embarquer sur le chemin tortueux de cet affrontement avec suffisamment de brio pour que l'on ressente cette tension monter progressivement tout au long du film. Une tension qui nous achoppe, transcendée véritablement par la bande-originale de Chuji Kinoshita, pour ne nous lâcher qu'à l'ultime plan du film.
Masaki Kobayashi, peut-être pas le plus connu des cinéastes classiques japonais est pourtant un auteur important. C'est à lui que l'on doit l'impressionnant Hara Kiri, chef d'oeuvre qui permit au cinéaste une renommée mondiale (via notamment un Prix du Jury à Cannes en 63). On doit aussi à Kobayashi, l'immense trilogie (au moins pour son ampleur) La Condition humaine, inspirée de ses souvenirs de guerre, et quelques films fantastiques tel Kaïdan en 64. Rivière Noire est une bonne occasion de se familiarisé un peu avec le cinéma de Kobayashi, un cinéaste d'abord réputé pour ses drames sociaux et engagés. B.T
Riviere noire - Note pour ce film : Réalisé par Masaki Kobayashi Avec Isuzu Yamada, Tatsuya Nakadai, Agnes Mahr, ... Année de production : 1957 Disponible en DVD depuis le 26 septembre 2007 (chez Wild Side) Le Vase de sable (Suna no utsuwa) de Yoshitaro Nomura
Deux policiers enquêtent sur la mort d'un homme avec pour seul indice un nom, Kameda, prononcé avec un accent très particulier. Qu'est ce que Kameda ? Un lieu ? Un individu ? L'enquête se révèlera compliquée et sa conclusion surprenante. Réalisé en 1974, Le Vase de sable est adapté d'un roman de Seicho Matsumoto, un maître de la littérature populaire nipponne, également surnommé "Le Simenon japonais". Le roman a été adapté à l'écran à plusieurs reprises, la dernière fois en 2004 pour la télé japonaise et avec Ken Watanabe en tête d'affiche.
L'histoire se déroule dans les années 70 et pour l'essentiel en province, théâtre d'une enquête laborieuse qui conduira les policiers à parcourir par le train le Japon du Nord au Sud. Ce voyage à travers la campagne paysanne du Japon, à travers quelques escales tokyoïtes, permet un état des lieux d'un pays traumatisé par la seconde Guerre Mondiale et qui cherche alors encore à tourner la page.
Le récit de Nomura dépasse allègrement le simple cadre de l'enquête policière. Les protagonistes de l'affaire sont révélateurs d'un état de la société japonaise des années 70, le gouffre culturel qui sépare villes et campagnes, le poids d'un passé qui hante perpétuellement le présent. Dans sa seconde partie, le film bascule sur plusieurs niveaux de temporalité, un aller-retour entre passé et présent qui témoigne parfaitement de cette ambivalence. Un secret est douloureusement préservé mais qui sera finalement révélé. Nomura orchestre (littéralement) son final en apothéose, à la fois lyrique et poétique, romanesque et bouleversant. Ce qui sous tend l'intrigue est particulièrement sordide mais est traité avec tant de délicatesse que l'on ne peut qu'être touché et même absorbé par l'histoire qui se tisse en creux de la dernière demi-heure. La dimension cathartique est essentielle mais au-delà, le film est simplement sublime. Quatre ans après Le Vase de Sable, Nomura adaptera un autre roman de Seicho Matsumoto, l'Eté du démon, poignant drame familial à découvrir aussi.
B.T
Réalisé par Yoshitaro Nomura
Avec Tetsuro Tamba, Go Kato, Kensaku Morita, ... Année de production : 1974 Disponible en DVD depuis le 25 septembre 2007 (Wild Side) The Taste of tea (Cha No Aji) de Katsuhito Ishii
Vous connaissez sans doute le travail de Katsushito Ishii; peut-être même sans le savoir. C’est en effet à lui que Quentin Tarantino a commandé le design de la fameuse séquence animée du premier volet de Kill Bill. Il a aussi réalisé un des épisodes de Animatrix. (NDLR : lire à ce sujet le commentaire laissé par Epikt) Ce Taste of Tea est un film enchanté. Une bulle de bonheur. Une chronique familiale ou chaque personnage est confronté à une sorte de tournant dans sa vie. Le film s’ouvre sur la course effrénée du garçon de la famille. Il pédale jusqu'à l’essoufflement pour ne pas perdre la jeune fille qu’il aime. Elle quitte ce village, probablement à tout jamais, et en train, loin. Le garçon n’a jamais eu le courage de lui confier ses sentiments. Le train traverse son front et laisse comme un tunnel qui traverse sa tête. Premier symbole d’un film plein de fantaisies, de poésie. Le réalisateur parsème ainsi son récit d’images insolites, de détails parfois absurdes (l’histoire de la crotte sur le crâne par exemple). Il se dégage ainsi un ton décalé et le charme opère.
Dans cette famille, chacun des membres est à mi-chemin de l’accomplissement de ses rêves. Le garçon va tomber une nouvelle fois amoureux - d’une nouvelle arrivante dans son lycée - et se prendre de passion pour le jeu de Go, pour elle. Sa jeune sœur cherche à grandir et à résoudre le problème de son double géant qui la domine. La mère rêve du succès des mangas qu’elle dessine. Les oncles travaillent sur un futur tube musical (très dans le style, je trouve, de la ballade d’Ilona que l’on entend en boucle à la radio) et le grand père, toujours muet et déjanté, joue au guignol en permanence, proposant des postures délirantes pour inspirer sa fille dessinatrice et se prête au jeu de cache-cache avec sa petite fille etc. The taste of tea dégage une ambiance mélancolique, douce et nostalgique. En même temps, le film est tout à fait en phase avec la modernité. Il y a ainsi cette influence du manga. On retrouve cette influence, bien évidemment, dans le travail du personnage de la mère mais aussi dans le style même du film. De fait, ces incrustations du double géant de la petite fille ou le tournage particulièrement iconoclaste du clip renvoient inévitablement à cette univers du dessin japonais. On pourrait citer aussi la séquence ou un des oncles lance un caillou qu’un joueur de base-ball reçoit précisément sur la tête, ces déguisements dans le métro etc… les clins d’oeils à l’univers manga son récurrents.
Par ailleurs, les petites loufoqueries prennent un sens intensément poétique et touchant. Comme cette scène ou la fleur de tournesol grandit à n’en plus finir jusqu'à aspirer la Terre et l’Univers en entier. Il y a alors comme une ambiance surréaliste. Au milieu des questionnements existentiels de chaque personnage, la part de rêve jaillit et prend le dessus. Un film sur l’instant donc, comme en témoigne cette séquence quasiment finale, ou les membres de la famille ouvrent les cahiers dans lesquelles s’animent un instant désormais éternel de leurs vies. "The Taste of Tea est un film sur l’instant et l’éternité, sur l’essence du temps et son rôle dans notre existence, sur ces entre-deux où nous ne sommes ni particulièrement actif, ni particulièrement alerte, mais qui font l’intérêt d’une vie". (1) Katsushito Ishii capte la vie et ses instants les plus tragi-comiques, les plus beaux, les plus inoubliables. Ces longs plans-séquences donnent un sentiment, effectivement, d’éternité et augmente la tonalité douce et mélancolique. Souvent drôle, infiniment touchant, The Taste Of Tea est un film simplement beau.
(1) Katzuto Takida, producteur du film.
B.T, Mai 2005
The Taste of tea - Note pour ce film : Réalisé par Katsuhito Ishii Avec Takahiro Sato, Maya Banno, Asano Tadanobu, ... Année de production : 2003 Sortie française le 20 avril 2005 Pour en savoir plus sur Katsuhito Ishii : Le Labyrinthe des rêves (Yume no ginga) de Sogo Ishii
« Le 210 ème jour de cette année, à 21h09, le train supplémentaire pour Gentaiko, rempli de passagers, filait à toute vitesse dans la nuit. Il pleuvait à verse et la visibilité était médiocre. Au même moment, un bus s’approchait d’un passage à niveau, très rapidement. Le train aussi s’approchait à vive allure. Le bus s’arrêta. Puis il avança de nouveau vers les rails. Vitesse du train : 25 mètres par seconde. 10 mètres séparent le bus des rails. S’ils continuent à avancer, dans 9 secondes, ce sera la catastrophe ». C’est sut ces mots, en voix-off, que Le Labyrinthe des rêves s’ouvre. Un conducteur de bus séduit les poinçonneuses qui travaillent avec lui. Lorsqu’il s’en lasse, il les tue et maquille ses meurtres en sombres accidents. Une jeune fille part sur les traces de sa défunte amie. Très vite elle apprend cette légende du conducteur séducteur et assassin. Et très vite, elle le retrouve et va être amener à travailler avec lui. Le conducteur s’intéresse à elle mais, de son côté, elle jure de venger Tsuyako, son amie.
Sogo Ishii livre avec ce Labyrinthe des rêves un film troublant, envoûtant, empli de mystères. Réalisé dans un noir et blanc magnifique, ou chaque contraste est éclatant, Ishii ménage habilement son suspens et instaure, par ses images – ses cadrages surtout – et la bande son une atmosphère inquiétante, incertaine. Le film est captivant. Tout au long, il y a comme un doute sur la culpabilité du conducteur. Est-il vraiment le tueur en série machiavélique dont la rumeur fait le portait ? La relation entre ce conducteur et la jeune héroïne, Tomiko, subit inévitablement le poids de cette légende horrifiante. Il y a dès lors un jeu de fascination/répulsion qui opère et surtout, qui fonctionne à plein. La scène du verre empoisonné est à ce titre emblématique. Et d’une grande force. Méconnu en France, Le Labyrinthe des rêves, réalisé en 1997, est un film qui mérite une vraie attention. Cette œuvre très stylisée du fait de cet énorme travail sur la lumière et le noir et blanc est un plaisir pour les yeux. Mais elle est aussi une œuvre mystérieuse, passionnée, ambiguë et, au final, une expérience assez déstabilisante.
B.T, mai 2005
Pour en savoir plus :
Le Labyrinthe des rêves - Note pour ce film : Réalisé par Sogo Ishii Avec Asano Tadanobu, Nagase Masatoshi, Ryu Daisuke Année de production : 1997 Sortie française le 19 avril 2000 Dix films japonais à retenir
Le classement qui va suivre n'a aucun sens, il s'agit juste d'attirer l'attention en quelques mots sur dix films japonais qui nous ont particulièrement touchés. L'initiative émane de Wildgrounds et de l'invitation lancée de faire partager, dans le cadre du cycle spécial cinéma japonais, nos films nippons préférés.
Lire notre article sur Tony Takitani
Un constat : je ne connais pas du tout le cinéma japonais d'avant-guerre et j'ai vu probablement plus de films contemporains que de classiques du répertoire. Dix films, c'est évidemment restrictif. On pourrait déjà faire une liste des 10 essentiels de Kurosawa et arriver quand même à se crever le coeur. J'aurais pu citer Nagisa Oshima, avec peut-être une préférence pour Contes cruels de la jeunesse ou encore La Femme des sables de Teshigara. Un mot supplémentaire aussi sur Naomi Kawase. Shara à quelque chose de viscérale mais je suis tout autant touché par la poésie que l'on retrouve dans Suzaku et La Forêt de Mogari. L'ïle Nue de Shindo et La Harpe de Birmanie de Kon Ichikawa sont eux de fantastiques découvertes mais encore trop récentes pour que je les évoque immédiatement. Je ne peut pas parler de Suzuki dont je n'ai malheureusement vu aucun film, ni Hara Kiri que je crève d'impatience de découvrir enfin. Quant à Mizoguchi, je le connais mal et accroche difficilement à son style. Il y a encore tant et tant à découvrir ! Ce cycle est un bon moyen, aussi, de savoir ou j'en suis et vers quels horizons cinéphiles je me tournerai. Le cinéma japonais est si riche et vaste... En espérant qu'a notre petit niveau, nous arrivons à vous donner envie de voir tous ces films... PS : au moins deux oublis impardonnables : Le Tombeau des Lucioles de Takahata et Nobody Knows de Kore-Eda, deux films absolument indispensables !
Réagissez en partageant vos propres coups de coeur pour le cinéma japonais. Vous n'êtes pas obligé de classez vos préférences, juste parlez nous de ces films japonais que vous aimez ! A bientôt ;) Tony Takitani de Jun Ichikawa
Tony Takitani, adaptation d'une nouvelle de Haruki Murakami, est un film d’une époustouflante et fulgurante beauté. Un homme tombe amoureux d’une présence divine. Il tombe amoureux de son image et de sa prestance. De la façon dont, en fait, elle s’habille. Ils se marient mais sans, peut-être, que ses deux âmes solitaires et égarées ne s’émancipent de cette solitude. Elle comble son vide en achetant compulsivement les plus beaux vêtements qui s’offrent à elle. Elle achète tant qu’une pièce complète sera réservée à sa garde-robe. Lorsqu’elle disparaît dans un accident de voiture, cette pièce devient comme peuplée de fantômes. Tony dit lui même que tous ces vêtements sont comme « les ombres de sa femme ». Tony fait passer une annonce afin de faire porter toutes ces étoffes par une autre femme et ainsi raviver la présence d’un être aimé et si brutalement parti.
Le film de Jun Ichikawa est une magnifique curiosité, d’une mélancolie bouleversante. Le film est très stylisé et c’est aussi ça qui lui confère cet aspect si particulier, si doux. Composé essentiellement de travellings gauche-droite, Ichikawa semble comme vouloir capter une réalité sans cesse fuyante. Une impression confirmée par cet habile procédé de narration : une voix en off complété in par les personnages.
Ces personnages n’ont donc aucune prise avec le monde, ils sont déconnectés. Même lorsqu’il travaille, Tony ne semble avoir aucune réelle relation sociale. Sa seule rencontre, où presque, est celle avec cette jeune femme aussi renfermée sur elle-même que lui.
Jun Ichikawa filme cette histoire avec une infinie tendresse, une infinie sensibilité. La passion fétiche de la jeune femme n’est pas vraiment érotisée. Ichikawa préfère une certaine retenue, une certaine douceur. Cette histoire est simplement belle et pas vraiment triste. Tony est un vrai solitaire, de ceux que la solitude ne condamne pas. Il est affecté par la disparition de sa femme mais contient sa douleur. Il finit par accepter comme avec fatalité cette solitude qui est la sienne. Les quelques notes de musique de Sakamoto ajoutent à la tonalité du film. Ces notes sont aussi simple qu’évidente. La mélancolie est transcendée. Pour nous, le plus beau film de 2006.
B.T
Réalisé par Jun Ichikawa (II) Avec Issey Ogata, Rie Miyazawa, Shinohara Takahumi, ... Année de production : 2004 Sorte française le 26 janvier 2006 La Ballade de Narayama (Narayama Bushiko) de Shohei Imamura
36e Festival de Cannes, Palme d'Or
Lorsque l'on évoque la Ballade de Narayama, c'est le film de 1983 que l'on retient, seconde adaptation après celle, par Keisuke Kinoshita en 1958, du roman de Shichirō Fukazawa. Avec ce film, Shohei Imamura remportait la première de ses deux Palmes d'Or (la seconde, L'Anguille en 1997, fut attribué ex-aequo avec Le Goût de la Cerise de Kiarostami).
Ancien assistant d'Ozu, Imamura est, avec Suzuki ou encore Kon Ichikawa, un des principaux cinéastes de la Nouvelle Vague du cinéma japonais des années 60. La Ballade de Narayama fait figure d'exception dans la filmographie d"un cinéaste plutôt urbain et habitué à disséquer la société japonaise qui lui est contemporaine. La Ballade de Narayama se situe lui dans un petit village des montagnes et vers la fin du XIXe siècle. L'époque n'est pas identifiable à vue du film, l'information provient du roman. Le village est en effet si reculé qu'il est resté bloqué au moyen-âge. Il n'y a aucun signe ici d'une quelconque modernité, sinon un fusil. Les conditions de vie sont précaires. Les valeurs aussi. Un profond attachement aux croyances ancestrales régit la vie de ce microcosme. Orin, une vieille femme de soixante dix ans, s'apprête à mourir. Conformément à la coutume, elle doit être portée par l'aîné de ses fils au sommet de la montagne de Narayama, s'y éteindre et ainsi trouver le repos éternel.
La Ballade de Narayama est un film âpre et difficile dans lequel l'humain est ici remis à sa place. Paricide, zoophilie, gérontophilie... il y a quelque chose de terriblement primaire. L'homme n'est ici vraiment rien face à la nature, il baise à même le sol à côté des serpents. Malgré la provocation de certaines séquences, il est curieux de se dire en fait que La Ballade de Narayama n'est surtout pas un film provoquant. Pas tant que ça du moins. Le film est porté par le souffle de la mise en scène d'Imamura, la profonde sensibilité, l'empathie aussi, de son regard. Imamura balance entre le chaud et le froid mais consolide toujours l'équilibre : les pulsions les plus primaires face à une nature froide et quasi ingérable. Il faut être fort pour survivre, d'où cette coutûme qui condamne les anciens, peu importe leur forme, à aller mourir au sommet de Narayama. Les anciens deviennent improductifs et dès lors leurs bouches à nourrir sont de trop. Implacable, La Ballade de Narayama est pourtant sublime, de force et d'audace, toujours plus près de l'évocation que de la simple provocation. B.T La Ballade de Narayama - Note pour ce film :
Réalisé par Shohei Imamura
Avec Sumiko Sakamoto, Ken Ogata, Takejo Aki, ... Année de production : 1983 Sortie française le 28 septembre 1983 Tokyo Sonata de Kyoshi KurosawaPrix du jury Un Certain regard / Cannes 2008
Tokyo Sonata lorgne d'abord du côté de Laurent Cantet (L'Emploi du temps) et Nicole Garcia (L'Adversaire) avec cette histoire d'un cadre d'entreprise qui n'arrive pas à avouer son licenciement à sa famille et s'enfonce peu à peu dans un engrenage mensonger. La ténébreuse affaire Romand plane instanténément sur ce film dont les ressorts semblent très vite identifiés. Mais Kyoshi Kurosawa ne sombre pas dans la redite. Le drame n'est pas forcément inéluctable. Fort d'un scénario malin et d'une mise en scène au diapason, Kurosawa dynamite les rapports familiaux et écorne sérieusement le principe fondamental de l'autorité du père. Le film prend une tournure assez étrange dans sa dernière demi-heure avec l'apparition non préparée d'un personnage de cambrioleur excentrique joué par l'acteur fétiche du cinéaste, Kôji Hakusho. Cette partie du film s'intègre malgré tout intelligemment à l'ensemble. Tokyo Sonata s'achève littéralement sur une bonne note mais le malaise est bien là, les valeurs sociales et familiales complètement bouleversées : une sorte de requiem pour une société japonaise (ici) au bord de l'implosion.
B.T
Tokyo Sonata - Note pour ce film : Réalisé par Kiyoshi Kurosawa Avec Koji Yakusho, Teruyuki Kagawa, Kyôko Koizumi, ... Année de production : 2008 Sortie française le 4 février 2009 Femmes en miroir (Kagami No Onnatachi) de Kiju Yoshida
Comment évoquer Hiroshima quand on ne l’a pas soi-même vécu ? Ceux qui l’on ressenti de l’intérieur n’ont jamais pu témoigner, et c’est ce respect envers la mémoire de ces victimes qui interdisait Yoshida de réaliser un film dont le sujet serait la bombe atomique lancée le 6 août 1945 par les américains sur la cité japonaise tristement célèbre. Finalement, l’ancien chef de file de la nouvelle vague japonaise dans les années 60-70 avec Nagisa Oshima trouve dans le sujet de Femmes en miroir le moyen de traiter des traumatismes provoqués à tout jamais par la bombe. Célèbre pour la subtilité du traitement de ses projets, ce réalisateur parfois provocateur (découvrir le très troublant Promesse à propos de l’euthanasie) nous invite donc à la croisée des chemins de trois femmes plus seulement liées par leur parenté mais surtout par ce jour du 6 août 45.
C’est parce que Yoshida estime que la guerre est un crime perpétré par la seule folie des hommes qu’il pose son regard à travers celui de trois femmes : Aï, une femme âgée, retrouve sa fille Masako, disparue 24 ans auparavant sans laisser de traces si ce n’est le bébé, Natsuki, qu’elle venait de mettre au monde. Masako est devenue amnésique. Seul le nom d’Hiroshima résonne dans sa mémoire et, avec Aï et Natsuki, fait le voyage à Hiroshima pour tenter de reconstruire son histoire, leur histoire. L’occasion alors pour le cinéaste d’évoquer la bombe, ses conséquences dramatiques et irrémédiables, le traumatisme suscité dans la société japonaise. Ces miroirs brisés, non remplacés, qui balisent le film, sont autant de symboles de la quête d’une mémoire perdue, enfouie, difficile à admettre : les cicatrices de blessures abominables.
Si les interprétations tout en retenue du trio d’actrices sont bouleversantes, cette œuvre aux qualités esthétiques peu communes pourrait être résumée par un plan terriblement émouvant et essentiel. Dans le but d’une exposition photo en mémoire de la bombe atomique, de jeunes gens déplacent trois photos évoquant l’horreur. Les trois photos se succèdent, comme trois plan intensément évocateur et bouleversant. La puissance de cette évocation interdit tout commentaire. Tout au long du film, le réalisateur s’applique à raviver les séquelles de ce crime, les différents traumatismes ressentis, encore aujourd’hui, par chacune des générations qui font le Japon actuel. Plus qu’une leçon de cinéma, le cinéaste - au sommet de son art - nous inculque là une authentique leçon d’humanité.
Benoît Thevenin
Femmes en miroir - Note pour ce film : Réalisé par Kiju Yoshida Avec Mariko Okada, Yoshiko Tanaka, Sae Issiki ... Année de production : 2001 Sortie française le 2 avril 2003 Big Man Japan (Dai Nipponjin) de Hitoshi Matsumoto
Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2007 La sortie prochaine de Hancock - un des blockbusters de l'été et avec Will Smith et Charlize Theron - convoque le souvenir de Dai Nipponjin, un film complètement improbable, grosse bouffée d'oxygène de Cannes 2007. A notre grand dam le film ne sortira sans doute jamais dans les salles françaises mais puisque nous sommes en plein cycle spécial cinéma japonais, voilà une double occasion d'évoquer en quelques mots le film d'Hitoshi Matsumoto.
Difficile d'écrire sur ce film sans le trahir. Dai Nipponjin commence comme une sorte de documentaire. Le personnage évoque son travail, son mode de vie mais tout le sens nous échappe malgré la tonalité quelque peu décalée de l’ensemble. Et soudain la révélation. Dai Nipponjin bascule dans un délire excentrique dont seuls les Japonais sont capables. A partir de là, c’est le grand n’importe quoi. Le cinéaste réussit à nous embarquer systématiquement dans des sentiers non répertoriés et nous étonne par le non-sens total de « ce truc » (sic). Néanmoins, le film traîne un peu en longueurs. La partie documentaire n’est pas toujours très intéressante et le reste finit par devenir assez répétitif. Dai Nipponjin est un OFNI assez déroutant et peut-être trop typique de la culture japonaise moderne pour séduire le public occidental. Encore que… à voir
B.T
Réalisé par Hitoshi Matsumoto Avec Hitoshi Matsumoto, Riki Takeuchi, UA, ... Année de production : 2007 Pressentiment d’amour (Ai No Yokan), de Masahiro Kobayashi
Grand Prix du festival de Locarno en 2007 Film présenté Hors compétion lors du festival des Cinéma d'Asie de Vesoul en 2008.
Récompensé à Locarno par un Léopard d'or en 2007, Pressentiment d'amour, nouveau film de Masahiro Kobayashi après l'excellent Bashing (en compétition à Cannes 2005), est un film exigeant, minimaliste et particulièrement difficile à supporter. En plan fixe, une jeune femme, Noriko, répond à un interrogatoire. Sa fille adolescente à assassiné une camarade du même âge. Junichi, le père de la victime, répond lui aussi à quelques questions. La confrontation qui se joue dans le parallèle de ses deux séquences est impressionnante et l'on se demande alors ce qui pourra en découler...
Noriko et Junichi sont deux êtres solitaires, terrassés par le même évènement. Ils vivent dans une auberge dont Noriko et la cuisinière. C'est donc elle qui prépare ces repas. Solitaires, mutiques, ils s'évitent plus ou moins volontairement.
Le jeu, s'il y en a un, consiste presque à repérer les infimes variations qui surgissent d'un cycle à l'autre. L'attention est mise à l'épreuve, très clairement, et la fine observation par Kobayashi de ces vies confine franchement à l'agacement. Le frémissement amoureux qui agite (si peu) Junichi par rapport à Noriko, est pourtant perceptible mais les enjeux, étouffés d'emblés tant les personnages sont meurtris et dénué d'une quelconque pulsion de vie, n'existent finalement pas.
L'expérience de Pressentiment d'amour est simplement éprouvante et terriblement dépressive. Les films sur le deuil ne manquent pourtant pas, rien que pour le Japon, Shara et La Forêt de Mogari de Naomi Kawase ont par exemple réussit à nous bouleverser, mais là, le film de Kobayashi nous paraît simplement vain...
B.T Pressentiment d'amour - Note pour ce film : Quand l'embryon part braconner (Taiji ga mitsuryosuru toki) de Kôji Wakamatsu
Cinéaste majeur, Kôji Wakamatsu est assez méconnu en France. Il a un petit peu fait parlé de lui à l'automne 2007 avec la sortie confidentielle de ce film, Quand l'embryon part braconner. Le film a suscité une certaine polémique, parce qu'interdit aux moins de 18 ans (une pétition a ensuite permit de baisser la censure aux moins de 16 ans), interdiction qui aurait précipité encore plus l'anonymat d'un tel long-métrage, de toutes les façons pas destiné au grand public. Kôji Wakamatsu, connu pour être le producteur de L'Empire des sens d'Oshima, est aussi le maître incontesté du Pinku Eiga, le cinéma érotique japonais, florissant dans les années 60-70. Quand l'embryon part braconner, réalisé en 1966, en est peut-être l'oeuvre emblématique.
Quand l'embryon part braconner est un titre qui trouve son sens dans le sous texte du film, violemment contestataire et énoncé par un cinéaste fortement engagé et qui à souvent trouvé dans les figures érotiques le moyens de développer métaphoriquement son discours. Le cinéma de Wakamatsu est souvent sadique, le viol est une figure récurrente, et les relations sexuelles généralement envisagées selon l'idée d'un combat des corps, de la lutte entre dominant et dominé.
Quand l'embyon part braconner ne fait pas exception. Le pitch est simple : en huis clos dans un appartement, un homme violente sa partenaire, reproduisant ses souvenirs d'une vielle passion sadique. Ce qui s'avère étonnant à la découverte du film, c'est l'exceptionelle grâce du film, son côté onirique qui prend le dessus sur la simple violence, la virtuosité plastique qui sublime et sacralise même, d'une certaine manière, une pratique sexuelle socialement déviante. La charge subversive est détonante et le film assez extrême d'un bout à l'autre. Pourtant, ce qui marque en premier lieu - et au fer rouge c'est entendu - c'est ce travail cinématographique de fond, sur le son, sur la composition des cadres et sur cette photo noir et blanc baignée de lumière et sublime. Une sacré claque. Koji Wakamatsu, 72 ans, est toujours actif. Son dernier film, United Red Army, a été présenté lors du dernier festival de Berlin, en février dernier. Et en voici la bande-annonce !
Benoît Thevenin
Réalisé par Kôji Wakamatsu
Avec Hatsuo Yamatani, Miharu Shima Année de production : 1966 Sortie française le 3 octobre 2007 La Mort en ligne (Chakushin ari) de Takashi Miike
Depuis Ring, le cinéma fantastique japonais s'est refait une virginité en occident et est devenu une sorte de standard pour le consommateur occidental lambda d'honnêtes productions horrifiques. Il y a beaucoup à jeter dans tout ce qui est produit dans le genre au Japon. La pluspart sont des films de commandes sans âme et sans style, mis en scène par d'obscurs faiseurs. Comme tant d'autres, La Mort en ligne (aka One Missed Call) est d'abord une commande et le scénario est sans doute très inspiré par Phone de Byeong-ki Ahn, thriller coréeen un peu mal foutu et réalisé en 2002. Rien de bien neuf donc mais le fait que Takashi Miike soit derrière laisse au moins augurer de la singularité du film. Cela se révèlera assez vrai. Miike, popularisé chez nous avec le clin d'oeil d'Eli Roth dans l'infâme Hostel, est avant tout connu pour la folie certaine qui caractérise la pluspart de ces films : Fudoh, Gozu, The Happiness Of Kakakuris, Dead or Alive ou encore Ichii the killer. On doit aussi au cinéaste le très tordu Audition, sans doute son meilleur film dans une filmographie somme toute très inégale.
La Mort en ligne paraît être le plus sage de tous les films suscités. Le canevas très classique (une malédiction, un objet pour propager la mort) convoque de fait le souvenir de tout ce que nous avons pu voir dans le genre ces dernières années, provenant du Japon. Comme Ring et Ju-On, La Mort en ligne est d'ailleurs devenu une franchise apparemment lucratrive : il existe déjà 3 films et un remake US est sorti en janvier aux Etats-Unis, réalisé par le français Eric Valette. La Mort en ligne commence très simplement par par la réception d'un appel maudit. La mise en place des ressorts de la malédiction est simple, efficace et Miike ne s'y attarde pas trop. Reste que très vite, on se retrouve coincé par la logique implacable de la mort, aussi infaillible que dans Destination Finale. Eteindre son téléphone, ça ne suffira évidemment pas à déjouer un destin prévu par la Faucheuse. Les premières morts n'étant pas particulièrement originales dans leurs mises en scène, on craint très fort la mécanique scénaristique du film. La Mort en ligne n'est pas avare de surprise, rassurez-vous. Le premier élément vraiment intéressant intervient vers la fin du premiers tiers du film. Les appels maudits annoncent des morts brutales. Une fois la malédiction enclenchée et comprise, il est évident pour chacun, personnages du film compris, d'anticiper ce qui va se passer. Première réaction, malheureusement pas développée, le rejet de la future victime par ses camarades. Puisqu'elle est maudite, il faut la fuir, se couper d'elle, et, plus que tout, retirer son numéro de téléphone de son répertoire avant que la Mort ne vienne y faire son marché. Autre réaction, cette fois centrale au récit, l'intervention des médias en quêtes de sensationnalisme. Une séance d'exorcisme sera notamment prévue en direct à la télévision...
La Mort en ligne se distingue jusqu'alors et Miike ménage la tension du film avec un savoir-faire certain, et un cynisme tout aussi manifeste. Le film bascule ensuite dans un schéma nettement plus classique. L'accent est mis sur les ressorts psychanalytiques de la malédiction et une montée progressive de l'horreur. Il y a des séquences assez incroyables, comme les corps qui se contorsionnent pour, par exemple, aller jusqu'à s'auto décapiter. Le film se perd néanmoins dans les dédales d'une enquête difficile. Il y a peu de lisibilité face à toutes les pistes énoncées et les rebondissements qui finissent immanquablement par émaillés le final n'impressionnent pas outre mesure. Dans La Mort en ligne, Miike a su injecter suffisamment de ses obsessions malsaines pour que le film soit intéressant. Le film restera mineur dans sa filmographie mais aussi un de ses plus accessibles et une contribution au cinéma d'horreur nippon tout à fait honorable.
B.T La Mort en ligne - Note pour ce film :
Réalisé par Takashi Miike
Avec Kô Shibasaki, Shinichi Tsutsumi, Kazue Fukiishi, ... Année de production : 2004 Sortie française le 21 septembre 2005 La Femme de Seisaku (Seisaku no tsuma) de Yasuzo Masumura
La femme de Seisaku est une œuvre d’une force émotionnelle incontestable. Réalisé par Yasuzo Masumura en 1965, à l’époque dans l’ombre du grand Mizoguchi, ce film raconte une histoire d’amour littéralement passionnée dans le contexte de la guerre Japon-Russie du début du XXème siècle. Les traditions en prennent pour leur grade. Seisaku est un militaire fraîchement décoré qui revient en héros dans son village. Il tombe amoureux d’Okane (Ayako Wakao), jeune et belle femme dont le vieux mari à qui elle a été vendue vient de mourir. Ils tombent amoureux. Alors qu’Okane est jalousée pour sa beauté, maudite parce qu’elle plait à Seisaku et rejetée aussi pour des principes moraux, la liaison qu’ils entretiennent scandalise.
Masumura capte l’essence même de la sensualité qui se dégage de cette relation amoureuse. Au- delà de toute rationalité, ce sera à la vie à la mort. Ainsi se justifie l’ambiance mélodramatique, la bande son aux accent funeste etc. Dès le début, le spectateur saisit les enjeux dramatiques, l’irrémédiable fatalité qui se joue, se noue entre les protagonistes. Masumura ne fait aucun mystère mais capte l’attention avec un lyrisme un romantisme désespéré qui font de ce film une œuvre d’une grande richesse, tant formelle que scénaristique. La séquence ou Okane se crève les yeux par amour, pour contraindre celui qu’elle aime à ne pas retourner au front, est d’une intensité rare. Il y a aussi cette conclusion tragique, aussi prévisible que brillante. Un authentique chef d'oeuvre, brutal, fascinant et ultra sophistiqué, qui vous hantera longtemps. Laissez vous emporter par cette rage et cette folie !
B.T (février 2005)
« C’est en prenant la femme comme sujet central qu’on peut le plus facilement exprimer l’humanité. L’homme est un être complètement dépourvu de liberté. Sans doute parcequ’il n’enfante pas. L’homme est obligé de penser à l’honneur, à la vérité. C’est un animal qui ne vit que pour la femme. C’est donc pour toutes ses raisons qu’il n’est pas intéeressant de dépeindre des hommes (…) Il n’y a rien de plus inintéressant qu’un homme viril… Pour exprimer l’humain, il n’y a que la femme. Ce n’est pas pour exprimer la femme que je choisis la femme… Je ne suis pas un spécialiste des femmes comme Mizoguchi. »
(Propos recueillis en 1969 à Tokyo par Aoi Ichiro, Shirai Yoshio et Yamada Koichi et repris à partit du journal du festival des cinémas d'asie de Vesoul) La Femme de Seisaku - Note pour ce film :
Réalisé par Yasuzo Masumura
Avec Takahiro Tamura, Ayako Wakao, Yuka Kono, ... Année de production : 1965 Sortie française le 4 août 2004 Court-métrage : On your mark de Hayao Miyazaki
Quelque temps après la livraison de Porco Rosso (1992), Hayao Miyazaki accède à la demande du groupe pop-rock japonais Chage & Aska et réalise ce merveilleux clip, On your mark. Tout l'univers de Miyazaki (de Nausicaa à Chihiro)est condensé en 6 minute à peine. Le messages écologiste et politique passent à merveille. On your mark est un petit miracle.. qui tient parfaitement sa place auprès des grands miracles que le magicien des studios Ghibli nous a offert par ailleurs. Régalez-vous !
On Your Mark (H. Miyazaki, 1995). Dans un futur indéterminé, la surface de la planète a été contaminée par la radioactivité. Les êtres humains survivent dans des megalopoles souterraines. Lors d'un raid contre une secte, deux policiers découvrent une jeune fille ailée mais cette dernières est enlevée par des scientifiques. Les deux policiers vont chercher à la délivrer.
Le cinéma japonais en 2008
Ce mois de Juillet, Laterna Magica participe, comme une dizaine d'autres sites et blogs, au cycle spécial Cinéma Japonais initié par WildGrounds (et en partenariat avec les éditeurs DVD Carlotta et Wild Side). Pour inaugurer ce cycle, Laterna Magica vous propose l'article de l'Atlas 2008 des Cahiers du Cinéma consacré à la situation actuelle du cinéma japonais. Les jours suivants, nous évoquerons jour après jours un film différent. Classiques du cinéma nippon, animes, films fantastiques etc., nous essayerons de varier autant que possible les registres et témoigner ainsi, à notre mesure de la richesse du cinéma japonais d'hier et d'aujourd'hui. Participez au cycle à votre manière en régissant à nos publications ! On espère en tous les cas que nous vous donnerons envie de découvrir un peu plus cette cinématographie ;). Maintenant, comme promis, le texte publié dans l'Atlas 2008 des Cahiers du Cinéma :
Le cinéma japonais en 2008 : Même si je marche...
Après une année 2006 faste, le cinéma japonais a subi une légère érosion de son public. Les 407 sorties nipponnes ont attirés 47,7% des 163 millions de spectateurs qui ont fréquentés les salles obscures en 2007. L'année précédente, les 417 réalisations de l'archipel avaient, pour la première fois depuis 1984, séduit plus de 50% des spectateurs La relative stabilité, tant en termes de productions que de fréquentations, n'empêche pas certaines évolutions. L'année a été marquée par le succès de grosses productions comme le film d'animation Pokémon, ou de certains produits formatés comme HERO. Cette superproduction qui réunit une pléiade de stars du petit écran a généré 50M d'Euros de recettes, ce qui ne l'a pas empêché de se classer huitième des Prix Bunchun de la Framboise, l'équivalent japonais des Razzies. Elle s'est également caractérisée par une plus grande attractivité des films à petit budget.
L'autre tendance 2007 est une meilleure visibilité des films japonais à l'international, à l'image de Sukiyaki Western Django de Takashi Miike, United Red Army de Koji Wakamatsu, ou encore de la super-production Dororo, adaptation par Akihiko Shiota d'un manga de Tezuka Osamu. Une présence concrétisée par plusieurs récompenses. Ai no yokan (NDLR Pressentiment d'amour), de Masahiro Kobayashi, a reçu le Léopard d'or à Locarno. Le dernier film de Takeshi Kitano Kantoku Banzai (Gloire au réalisateur !), "film d'ultra-variétés" selon son auteur, a été présenté à Venise. Il a donné son titre à une nouvelle récompense décernée par les organisateurs, le Prix Gloire au réalisateur !
La principale coloration des films japonais de 2007 est la nostalgie. La bulle économique des années 1980 ou les années 1950, période de fort développement économique, inspirent toujours nombre de cinéastes. Always, 3-Chome no Yuhi [Always : lever de soleil sur la Troisième rue] de Takashi Yamazaki ou encore Tokyo Tower, Okan to Boku to tokidoki Oton [Tokyo Tower, maman, moi et de temps en temps papa] film de Joji Matsuoka récompensé aux Oscars japonais, en sont de bonnes illustrations. "Ces productions évoquent des époques pleines d'espoir. Elle séduisent aussi bien ceux qui les ont vécues que les jeunes", observe Hiroo Otaka, journaliste et auteur d'un ouvrage sur les secrets des blockbusters nippons. Ces aspects positifs n'excluent pas certaines difficultés, à commencer par la baisse régulière des ventes de DVD. Après le pic de 2005, le repli a atteint 6% en 2006, puis 2% entre janvier et octobre 2007. Les sociétés de productions, notamment dans le domaine de l'animation, prévoient des résultats en baisse.
Always, 3-Chome no Yuhi (T. Yamazaki, à gauche) et
Autre problème, la contraction des recettes publicitaires qui affecte les télévisions. Ces sociétés, importantes productrices de longs-métrages populaires souvent dérivés de séries à succès, subissent les conséquences d'une érosion de leur audience et du développement de nouveaux supports de promotion. Enfin, la hausse du nombre d'écrans, dans un contexte de stagnation de l'audience, réduit les recettes des gérants, qui diversifient leurs activités. Le cinéma Wald9, de Tokyo, propose des projections hebdomadaires de séries télévisées sud-coréennes. Ce contexte devrait perdurer en 2008, sans nuire à l'intérêt suscité par certains projets. Fumihiko Sori prépare un Zatoichi au féminin avec Haruka Ayase dans le rôle-titre. Après le remake de Sanjuro sorti en décembre, une version signée Shinji Higuchi de La Forteresse Cachée d'Akira Kurosawa, devrait être dévoilée le 10 mai.
Le mois de juin devrait permettre d'assister à la sortie de Aruite mo, aruite mo [Même si je marche, même si je marche], de Hirokazu Kore-eda. Dans le domaine de l'animation, Gake no ue Ponyo [Ponyo sur la falaise], dernier-né des studios Ghibli (voir les premières images), doit sortir le même mois. L'adaptation par Mamoru Oshii de The Sky Crawlers (voir la bande-annonce), une série de nouvelles de Hiroshi Mori, pourrait déboucher sur une sélection à Cannes, tout comme Tokyo sonata de Kiyoshi Kurosawa.
Philippe Mesmer, journaliste indépendant basé au Japon, collabore à différents supports francophones, essentiellement Le Monde et l'Express. Cet article a été publié en mai 2008 dans l'Atlas Cinéma des Cahiers du Cinéma, d'ou certains anachronismes. |
|
|