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Festival Paris Cinéma 2008 : Le Palmarès
Dix films en compétition, tous très différents les uns des autres mais tous plus ou moins excellent. On vous invite à lire nos critiques des films de la compétition en consultant la rubrique Festival, via ce lien Les dix films ayant été présentés, le jury à pu délibérer en toute concience et livrer son verdict. Un cinéaste british (Stephen Walker) succède à un autre, Shane Meadows, lauréat en 2007 avec This is England. Le palmarès ne signifie pas la fin du festival. Il reste deux jours aux parisiens pour se gaver de cinéma. Samedi soir seront d'ailleurs projetés les films primés.
Le Palmarès
LONGS-METRAGES
COURTS-METRAGES
Tribu (Tribe) de Jim Libiran
Paris Cinéma 2008, en compétition (Pari de l'avenir)
Tondo est le nom du quartier le plus pauvre de Manille, la capitale des Philippines. Deux gangs s'affrontent selon des codes très typiques de la culture gangsta américaine et le hip-hop rythme d'ailleurs la vie de cette jeunesse désoeuvrée. Sexe, drogue, violence, chômage... voilà le quotidien de ce quartier, le plus chaud de la capitale. Ce quotidien, il est probable que le réalisateur - Jim Libiran - le connaît par coeur. Il est lui-même originaire de Tondo. Avant de signer avec Tribu son premier long-métrage, Jim Libiran a d'abord été journaliste. D'où peut-être le recul qu'il arrive à avoir sur cette vie qu'il nous montre. Le film est peut-être maladroit, l'image vidéo betacam n'est pas non plus forcément très agréable, mais on ne peut nier un certain sens de l'écriture filmique. Tribu est un film percutant et pour autant ne fais pas la part belle à ces gangs.
Bien sûr, c'est autour d'eux que la vie dans la rue s'organise. D'autant plus qu'un meurtre vient d'avoir lieu et qu'une vengeance se prépare en conséquence. La tension ne va cesser de monter jusqu'à un final sans réelle concession. Pourtant, au milieu de ce chaos, il y a aussi un enfant de dix ans. C'est a travers lui, son regard, que le film est vu. Mais le garçon a déjà perdu depuis longtemps son innocence. Il assiste aux rituels d'un des deux gangs, et est même, dès les premières minutes du film, spectateur des ébats de sa mère junkie avec un homme inconnu.
Ainsi, Tribu est un film tout ce qu'il y a de plus chaotique, et la vie de ce garçon est peut-être déjà perdue. Au coeur du chaos, la vie s'exprime quand même et reprend parfois le dessus. Il y a par exemple cette très belle séquence intime ou le petit garçon de dix ans, un soir tard, prépare un plat pour sa mère qui vient de le lui demander. L'enfant amène le plat mais sa mère, shootée à l'héroïne, comate dans son lit. L'enfant s'alloge près d'elle et l'enlasse avec ses petits bras. Sa mère glisse elle sa main contre celle de son enfant. Un joli moment, mais un instant assez rare dans ce quartier sans foi ni loi. Tribu n'est pas un film facile, pas tant à cause de sa violence (très sobrement filmée et pas forcément impressionnante) qu'à cause des conditions amateurs dans lesquels le film a manifestement été tourné. Il n'empêche que le film est courageux, sincère, réalisé avec les tripes et que sa dramaturgie est assez bien huilée pour que le sens du cinéma de Jim Libiran nous saute aux yeux. B.T
Tribu - Note pour ce film : Réalisé par Jim Libiran Avec Shielbert Manuel, Lloyd Labastida, Karl Balingit, Billy Cruz... Année de production : 2007 Sortie française indéterminée Festival : Les avant-premières de Paris Cinéma
Entre les murs de Laurent Cantet. (France)
François Bégaudeau joue son propre rôle dans l'adaptation par Laurent Cantet de son roman. Le cinéaste à su puiser l'essentiel de la substance du livre et Entre les murs est une superbe réussite. Cette confrontation entre professeur et élèves en situation scolaire précaire est riche d'humanité, de sensibilité. Bégaudeau a un peu le beau rôle mais le film demeure honnête et passionnant. Laurent Cantet est plus que jamais le plus fin cinéaste-sociologue de France. Lire la critique complète
La Frontière de l'aube de Philippe Garrel (France) A Cannes, le film à été le seul avoir été hué à son issue. Rien de scandaleux pourtant sinon un poussif triangle amoureux déjà vu 1000 fois. Et déjà vu chez Garrel tant ce film rappelle en de nombreux points son précédent Les Amants réguliers ! Les amants... avait reçu le prix de la mise en scène à Venise. Le noir et blanc sublime qui est encore au rendez-vous ici pourra peut-être permettre à Garrel de faire la passe de deux. Pour le reste, n'écoutez pas les mauvaises langues qui démontent honteusement ce film un peu hors du temps mais assez fascinant.
Services de Brillante Mendoza. (Philippines) Le cinéma philippin est en plein renouveau et Mendoza son principal chef de fil. Après le magnifique John-John, sorti en salle au début de cette année, voici Services (Serbis en V.O), dans lequel Mendoza nous fait visiter un cinéma porno, lieu de transitions ou plusieurs petites histoires se tissent. Le film rappelle parfois La Chatte à deux têtes de Nolot mais se révèle bien plus lumineux et subtile que ce dernier. Dans le brouhaha de Manille, les êtres se frottent sans tabou ni honte et, miracle du cinéma de Mendoza, ce n'est jamais vulgaire. La conclusion du film est géniale.
Je veux voir de Khalil Joreige et Joana Hadjithomas (Liban)
"Que peut le cinéma face à la guerre ?". C'est cette interrogation qui a nourrit l'idée originale de ce long-métrage. Les deux réalisateurs invitent Catherine Deneuve, icône du cinéma international, à rencontrer Rabin Mrouhé, acteur libanais fétiche des cinéastes. Les deux comédiens vont traverser ensemble un pays ravagé par la guerre, avec l'espoir de voir à travers eux une beauté resurgir de sous les décombres. Je veux voir arrive presque en même temps que le film, entre fiction et documentaire aussi, de Philippe Aractingi Sous les bombes. Comme l'héroïne de ce film, Deneuve et Mrouhé traversent du nord au sud un Liban apocalyptique. Ce qui les distingue de l'héroïne du film d'Aractingi est cependant très clair. Eux, ne cherchent rien de précis, seulement veulent-ils constater l'état du Liban au Moment-M de ce tournage, en juillet 2006. Dans la première minute du film, le dispositif de mise en scène est énoncé par les cinéastes. Catherine Deneuve, que l'on essaye de convaincre de bien réfléchir à ce dans quoi elle s'embarque, regarde l'horizon depuis la baie vitrée de l'aéroport de Beyrouth. Elle le martèle à plusieurs reprises "Je veux voir". Le Liban est un pays en perpétuelle reconstruction. Ce que Catherine Deneuve arrive à voir dans ce ce film, se sont les ruines des immeubles détruits. On ne les verra bientôt plus, le Hezbollah rasant et reconstruisant à vitesse grand V. L'aventure à laquelle se mêle les deux acteur est imprésivible. Les cinéastes en captent toute la vérité et c'est ce qui rend le film impressionnant et passionnant. Une discussion anodine sur la ceinture de sécurité dans les voitures en dit plus long sur la soif de liberté des libanais que la pluspart des discours théoriques. Au milieu du film, un écran noir interrompt brièvement le périple des acteurs livrés à eux-mêmes ; comme si les cinéastes interrogeaient à ce moment les spectateurs sur leur désir, à eux aussi, de voir. Le film prend une tournure inattendue et saisissante lorsque la voiture dans laquelle se trouvent les acteurs pénètre un chemin miné. Deneuve a t'elle vraiment risquée de sauter sur une mine ? Rien que l'idée, dans sa démarche, est admirable et prouve à quel point le film est courageux, à quel point le Liban est redevenu un pays incertain.
Tokyo ! de Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-Ho (Japon/France)
On a eu Paris, je t'aime, Chacun son cinéma (sorte de Cannes, je t'aime) et on aura bientôt New York, I Love You. Tokyo !, en revanche, est presque un cri de désamour. A moins que... Car qui aime bien châtie bien. Tokyo ! compile trois moyens-métrages très différents les uns des autres et signés par Gondry, Carax et Bong Joon-Ho, le réalisateur de The Host. Le résultat est aussi étrange que brillant. Les trois films se répondent admirablement et donne une image assez loufoque de cette ville folle qu'est sans doute Tokyo. Interior Design/ Michel Gondry : Un jeune couple cherche à s'installer dans Tokyo. Ils sont hébergés provisoirement par un ami. Les personnages se perdent rapidement dans l'immensité de cette ville. La jeune femme subit même une transformation étonnante. L'univers bric-broc de Gondry s'adapte parfaitement à cette fable mélancolique bercée par la musique d'Etienne Charry, un des membre de Oui-Oui, l'ex-groupe de rock de Michel Gondry. Les fans de Gondry se retrouveront forcément dans ce petit film simple et beau, un peu dans le ton de La Science des rêves. Merde/Leos Carax : Une créature surgit des égouts de la ville et terrorise tous les individus sur son passage. Cannes est le seul endroit ou une rencontre avec Carax, grand cinéaste à l'oeuvre malade, est encore possible. C'est à Cannes que Pola X fût d'abord montré (et profondément détesté par beaucoup) et c'est encore à Cannes que l'on retrouve Carax avec Tokyo !, dix ans plus tard... Tourné rapidement et clandestinement, le film risque d'en laisser encore beaucoup circonspects. Merde, c'est sans doute ce que Carax hurle à la gueule de ceux qui le déteste. Merde est aussi le nom de son personnage, une créature vulgaire et terroriste bientôt capturée et jugée. Merde est une sorte de Godzilla humain, un monstre improbable et incompris. Un peu comme Carax qui livre encore une fois un film complètement fou, libre, baroque, bordélique même, et provocateur. La provocation risque d'ailleurs d'être très mal perçue par certain. C'est tour à tour drôle et consternant mais on en garde finalement que le caractère jouissif. En espérant que Carax (toujours vivant !) ne se laisse pas enterrer encore. Shaking Tokyo/Bong Joon Ho : Reclus volontairement dans son appartement depuis près de 10 ans, un homme tombe subitement amoureux de sa livreuse de pizza. Le phénomène dit des Hikikomoris est semble t'il assez courant au Japon. Ryû Murakami en a d'ailleurs tiré un roman fabuleux et essentiel, Parasites. Le film de Bong Joon Ho est lui un petit chef d'oeuvre de sensibilité, de délicatesse, en plus de receler de trouvailles visuelles. Une petite histoire suprenante et attachante, probable sommet de cet audacieux et très joli programme de film-sketchs. Sortie française le 15 octobre
A lire également :
Philippine Science (Pisay) de Auraeus Solito14e Festival des cinémas d'Asie de Vesoul, en compétition. 6e Festival Paris Cinéma ; Panorama Cinéma Philippin
Présenté pour la première fois en France lors du Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul en janvier dernier, Philippine Science est le second long-métrage du réalisateur philippin Auraeus Solito (42 ans). Le cinéma philippin est en plein essor, ou plutôt réveil, vingt ans après Lino Brocka. Solito n'est aujourd'hui pas le moins connu des représentants de cette cinématographie. Son premier film, L'Eveil de Maximo Oliveiro - lequel a également été présenté à Vesoul en 2007 - a bénéficié des honneurs d'une sortie nationale et fût une excellente surprise. Philippine Science en est une également. Pisay (aka Philippine Science) est le nom d'une université d'élite de Manille. Cette école, par laquelle Solito est passé, est le théâtre dans lequel se joue le film. L'histoire s'articule autour de quatres années de la scolarité d'un groupe de jeunes étudiants et de leurs relations avec quelques uns de leurs professeurs. Parenthèse : on note la présence, dans le rôle de la très exigeante prof principale l'actrice Eugene Domingo, la mère de substitution (de) dans John John de Brillante Mendoza.
L'Histoire commence au début des années 80, quand les Philippines subissent encore la dictature de Ferdinand Marcos. Le contexte est évidemment important car, si Philippine Sciences semble un film léger, énergique, plein de vie et d'espoir, les évènements politiques qui agitent alors le pays vont influencer les trajectoires des personnages. Ils ont beaux vivre dans une bulle, dans l'insouciance et le sérieux de leurs études, le politique s'imposera de fait à eux. Auraeus Solito a fait ce film avec son coeur, cela se ressent de la première à la dernière seconde. Léger, drôle, sérieux, intelligent, toujours virevoltant et chatoyant, parfois nostalgique ou même grave, Philippines Sciences est un petit objet exceptionnellement entraînant, une bulle de joie dans laquelle on aimerait rester prisonnier, et un coup de coeur cinéphilique certain. Phlippine Science casse complètement l'image que les occidentaux peuvent avoir de ce pays d'Asie du sud est. Croyez-nous, Philippine Science, ce n'est que pur plaisir, un film vraiment à même de séduire tous les publics car l'histoire qu'il raconte est universelle et traitée avec suffisamment de sincérité, de spontanéité et de subtilité pour nous toucher au plus profond de nos coeurs.
L'enthousiasme que le film de Solito à généré à Vesoul en janvier dernier va maintenant atteindre et contaminer Paris. Le film sera projeté dans le cadre du 6e festival Paris Cinéma. Soyez sûr Parisiens, que peu importe ce que vous verrez d'autres de fabuleux, Philippine Science sera votre principal coup de coeur de cette édition. Une édition qui fait la part belle au cinéma philippin de manière génarale, de Lino Brocka à Brillante Mendoza, en passant par Solito, Raya Martin ou Joseph Kuo. Cette cinématographie est passionnante, impressionnante de vitalité. Philippine Science est lui la porte idéale pour entrer et se familiariser un peu avec ce cinéma.
FESTIVAL PARIS CINEMA 2008 : Projection de Philippine Science (aka Pisay), jeudi 3 juillet à 18h, MK2 Bibliothèque.
Benoît Thevenin Festival Paris Cinéma 2008
FILM D'OUVERTURE
FILM DE CLÔTURE
COMPETITION INTERNATIONALE :
INVITES D'HONNEURS (une large rétrospective sera consacré à chacun)
PANORAMA CINEMA PHILIPPIN
AVANT-PREMIERES :
REDECOUVERTES (en copies neuves)
PLUS DE DETAILS ET LA SELECTION COMPLETE sur www.pariscinema.org Cannes 2008 : Un Certain regardSont regroupées ici nos critiques des films présentés cette année à Cannes dans la section Un Certain regard.
Involontaires (De Ofrivilliga) de Ruben Östlund (Suède)
Dans une salle de classe, une institutrice demande à une de ses élèves de désigner le trait le plus long, sur les deux qu'elle lui montre. La différence est manifeste et l'élève répond juste mais l'ensemble des autres élèves désignent eux avec assurance la mauvaise réponse. Le test est réitéré plusieurs fois jusqu'à ce que l'élève donne la mauvaise réponse dans le seul but d'être en phase avec ses camarades. La maîtresse explique alors la supercherie et l'entente préalable avec la classe pour la faire douter. Cette séquence extraite du début du film symbolise mieux que n'importe quelle autre le principe de ce film. Involontaires se construit autour de cinq petites histoires indépendantes mais dans lesquelles, pour chacune, est posée la question de l'individu à l'intérieur du groupe. Un monsieur reçoit un impact de feux d'artifice et essaye de faire croire que tout va bien pour lui ; deux adolescentes entament une soirée fortement alcoolisée ; un groupe de mecs apparemment virils se rabaissent aux pires blagues salaces ; une actrice de cinéma trop fière pour avouer une faute banale et innocente ; une institutrice témoin d'une scène entre un de ses collègues et un élève et qui ne sait pas si elle doit s'exclure du groupe composé des profs ou nier ce qu'elle a vu. Toute la question est de conserver la face malgré la pression exercée par le groupe. De petits drames surviennent qui menacent l'équilibre de ces groupes. Ruben Östlund manie l'ironie et le sarcasme avec brio. Le principe des saynètes convoque le parallèle avec le cinéma d'un des plus fameux compatriotes du cinéaste, Roy Anderson. La comparaison s'arrête cependant très vite. Involontaires n'a pas la même ambition picturale, ni la même portée humaniste que chez Anderson.La mise en scène de Ruben Östlund reste rigoureuse, basée sur un principe de décalage permanent qui sied idéalement au sujet. Le regard du cinéaste est dès plus affûté. C'était une découverte et nous serons sans doute attentifs aux évolutions de ce cinéaste.
Ciel 9 (Wolke 9) d'Andreas Dresen (Allemagne)
Voila un film peu évident à vendre et qui aura sans doute un peu de mal à se frayer un chemin jusqu'en salle. Andreas Dresen réalisateur de Un Eté à Berlin, raconte l'histoire d'Inge, une sexagénaire mariée depuis près de trente ans au même homme et qui entame une passion amoureuse avec son voisin de 76 ans. Le récit est cru, sans tabou et Andreas Dresen filme les corps comme s'ils étaient ceux de jeunes adultes dans la pluspart des films d'aujourd'hui. L'originalité du film tient donc à l'âge des protagonistes. Le film est cru aussi parce que la lumière est naturelle, la mise en scène dépouillée. Les corps n'ont pas non plus été charcutés par un quelconque chirurgien. De fait, le cinéaste montre l'acte d'amour sans complaisance, juste pour ce qu'il représente et ce qu'il est. Dresen ne magnifie en rien cette passion. Plus le public sera jeune, plus il risquera de trouver celà glauque. Au-delà de cette remarque, on ne peut pas non plus faire l'impasse sur la conclusion du film, assez scandaleuse tant elle est baclée. Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa (Japon)
Tokyo Sonata marque un tournant radical dans le travail de Kyoshi Kurosawa. Le réalisateur japonais, esthète du cinéma fantastique et d'horreur (quoique son oeuvre est assez inégale) change complètement de registre et signe un drame social complexe et fascinant, parfait révélateur de l'état de la société japonaise aujourd'hui. Tokyo Sonata lorgne d'abord du côté de Laurent Cantet (L'Emploi du temps) et Nicole Garcia (L'Adversaire) avec cette histoire d'un cadre d'entreprise qui n'arrive pas à avouer son licenciement à sa famille et s'enfonce peu à peu dans un engrenage mensonger. La ténébreuse affaire Romand plane instanténément sur ce film dont les ressorts semblent très vite identifiés. Mais Kyoshi Kurosawa ne sombre pas dans la redite. Le drame n'est pas forcément inéluctable. Fort d'un scénario malin et d'une mise en scène au diapason, Kurosawa dynamite les rapports familiaux et écorgne sérieusement le principe fondamentale de l'autorité du père. Le film prend une tournure assez étrange dans sa dernière demi-heure avec l'apparition non préparée d'un personnage de cambrioleur excentrique joué par l'acteur fétiche du cinéaste, Kôji Hakusho. Cette partie du film s'intègre malgré tout intelligemment à l'ensemble. Tokyo Sonata s'achève littéralement sur une bonne note mais le malaise est bien là, les valeurs sociales et familiales complètement bouleversées : une sorte de requiem pour une société japonaise (ici) au bord de l'implosion. Tokyo ! de Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-Ho (Japon/France)
On a eu Paris, je t'aime, Chacun son cinéma (sorte de Cannes, je t'aime) et on aura bientôt New York, I Love You. Tokyo !, en revanche, est presque un cri de désamour. A moins que... Car qui aime bien châtie bien. Tokyo ! compile trois moyens-métrages très différents les uns des autres et signés par Gondry, Carax et Bong Joon-Ho, le réalisateur de The Host. Le résultat est aussi étrange que brillant. Les trois films se répondent admirablement et donne une image assez loufoque de cette ville folle qu'est sans doute Tokyo. Interior Design/ Michel Gondry : Un jeune couple cherche à s'installer dans Tokyo. Ils sont hébergés provisoirement par un ami. Les personnages se perdent rapidement dans l'immensité de cette ville. La jeune femme subit même une transformation étonnante. L'univers bric-broc de Gondry s'adapte parfaitement à cette fable mélancolique bercée par la musique d'Etienne Charry, un des membre de Oui-Oui, l'ex-groupe de rock de Michel Gondry. Les fans de Gondry se retrouveront forcément dans ce petit film simple et beau, un peu dans le ton de La Science des rêves. Merde/Leos Carax : Une créature surgit des égouts de la ville et terrorise tous les individus sur son passage. Cannes est le seul endroit ou une rencontre avec Carax, grand cinéaste à l'oeuvre malade, est encore possible. C'est à Cannes que Pola X fût d'abord montré (et profondément détesté par beaucoup) et c'est encore à Cannes que l'on retrouve Carax avec Tokyo !, dix ans plus tard... Tourné rapidement et clandestinement, le film risque d'en laisser encore beaucoup circonspects. Merde, c'est sans doute ce que Carax hurle à la gueule de ceux qui le déteste. Merde est aussi le nom de son personnage, une créature vulgaire et terroriste bientôt capturée et jugée. Merde est une sorte de Godzilla humain, un monstre improbable et incompris. Un peu comme Carax qui livre encore une fois un film complètement fou, libre, baroque, bordélique même, et provocateur. La provocation risque d'ailleurs d'être très mal perçue par certain. C'est tour à tour drôle et consternant mais on en garde finalement que le caractère jouissif. En espérant que Carax (toujours vivant !) ne se laisse pas enterrer encore. Shaking Tokyo/Bong Joon Ho : Reclus volontairement dans son appartement depuis près de 10 ans, un homme tombe subitement amoureux de sa livreuse de pizza. Le phénomène dit des Hikikomoris est semble t'il assez courant au Japon. Ryû Murakami en a d'ailleurs tiré un roman fabuleux et essentiel, Parasites. Le film de Bong Joon Ho est lui un petit chef d'oeuvre de sensibilité, de délicatesse, en plus de receler de trouvailles visuelles. Une petite histoire suprenante et attachante, probable sommet de cet audacieux et très joli programme de film-sketchs. Sortie française le 15 octobre
Afterschool d'Antonio Campos (Etats-Unis)
Les premières images sont saisissantes - toutes glanées sur la toile - et mélangées sans discernement : la pendaison de Saddam Hussein, des corps mutilés, un girlfight dans un couloir de lycée, un chat joueur de piano ou encore le début d'une vidéo porno dans laquelle la fille se fait salement humiliée. Ce programme, c'est celui d'un ado propre sur lui, spectateur attentif des succès du web. Le ton est vite donné. Afterschool mélangera pendant près de deux heures images youtubisantes et point de vue du cinéaste. Un point de vue bien particulier avec un zoom à bloc et une caméra qui cherche constamment ses personnages, quitte à les cadrer maladroitement. Tout l'enjeux du film est là, d'abord là : comment une action plus ou moins anodine se retrouve soudain mise en ligne sur le net ? Cette instantanéité n'est pas neuve mais elle fait ici assez froid dans le dos tant elle se confronte à des évènements graves. Afterschool suit une bande d'ado pensionnaires d'un petit lycée américain bon chic bon genre. Les élèves les plus sages se masturbent devant des vidéos pornos dans leurs chambres, d'autres dealent de la cocaïne. Une chronique finalement très ordinaire ou l'on observe également certains élèves recopier leurs devoirs avant d'entrer en classe ou encore reluquer l'entre-cuisse et le décolleté de leur belle prof de littérature. Dans la première demi-heure, il est aussi beaucoup questions de deux soeurs jumelles. Elles fascinent l'ensemble du lycée mais leur présence - constante - est fantomatique, vaporeuse. Lorsqu'on les voit, elles sont à l'arrière plan du cadre, elles sont lointaines ou passent rapidement devant la caméra. Comme les soeurs Lisbon de Virgin Suicides, elles sont belles, mystérieuses et inaccessibles. Un évènement grave concernant les deux soeurs va perturber durablement l'équilibre de la vie de ce lycée. Antonio Campos livre avec Afterschool une étude quasi clinique de la vie de lycée et, plus encore, du rapport à l'image qu'entretiennent ici les élèves. L'exercise est brillant tant le dispositif mis en place par le cinéaste est aboutit. La stylisation est extrême mais pudique et se noie en plus dans un montage intelligent. Afterschool ressemble par certains aspects à 2h37, l'abominable film australien de Muralli Thalluri, lui-même largement inspiré par l'Elephant de Gus Van Sant. Antonio Campos se démarque admirablement de ces deux exemples. Afterschool est la promesse d'un grand talent. Antonio Campos a d'ailleurs déjà été primé à Cannes en 2005 (pour son film Buy it now) par le prix du court-métrage de la Cinéfondation.
Los Bastardos d'Amat Escalante (Mexique)
Ancien assistant de Carlos Reygadas (producteur ici), Amat Escalante est l'auteur d'un premier film un peu mal foutu mais prometteur, Sangre, lequel avait déjà été présenté à Cannes en 2005. Los Bastardos arrive maintenant et ne mettra pas tout le monde d'accord. Los Bastardos garantit pourtant une claque monumentale dans la gueule et c'est bien pour cela qu'il divisera. Amat Escalante était donc à bonne école avec Reygadas. Les bâtards dont il est questions dans le titre sont deux pauvres immigrés clandestins mexicains. Ils errent dans Los Angeles à la recherche de petits boulots dans des chantiers. On leurs confie bientôt une mission lucrative : un meurtre. Los Bastardos fait d'abord preuve d'une rigueur extrême dans la mise en scène. La photo de Matt Uhry est somptueuse et les plans-séquences aussi fascinant que chez Reygadas. Après, le contenu du film est ce qui destabilise le plus. Escalante nous montre une famille type américaine complètement asphyxiée. Le mari est parti, la mère fûme du crack devant la télé, le fils est un zombie lobotomisé par son écran d'ordinateur et sa console de jeu. Le portrait n'est pas très éloquent. La misérabilisme est partagé par les deux camps : les opulents américains vs. les pauvres mexicains. Los Bastardos bascule ensuite dans une sorte de jeu malsain. On se rapproche de chez Haneke, le cynisme en moins. Juste, les deux anti-héros du film pénètrent dans la maison et nous imposent une relation malsaine avec leur futur victime. Ils prennent le temps de parvenir à leurs fins. La mère - puisque c'est elle qui doit être tuée - leur prépare à manger ; ils se partagent le crack, se baignent dans la piscine etc. Ainsi, ils prennent le risque de prendre en sympathie leur proie. Survient alors, très brutalement, un évènement. Le spectateur est fatalement assommé, abasourdit, d'autant plus que la façon dont cet évènement est filmé est troublante de réalisme. La secousse aura sa réplique, tout autant inattendue et bluffante. Los Bastardos se termine là-dessus, laissant sur le carreau bon nombre de spectateurs choqués par le caractère intense de ce qui vient de se dérouler. La claque est violente et Los Bastardos une expérience rare de cinéma.
Je veux voir de Khalil Joreige et Joana Hadjithomas (Liban)
"Que peut le cinéma face à la guerre ?". C'est cette interrogation qui a nourrit l'idée originale de ce long-métrage. Les deux réalisateurs invitent Catherine Deneuve, icône du cinéma international, à rencontrer Rabin Mrouhé, acteur libanais fétiche des cinéastes. Les deux comédiens vont traverser ensemble un pays ravagé par la guerre, avec l'espoir de voir à travers eux une beauté resurgir de sous les décombres. Je veux voir arrive presque en même temps que le film, entre fiction et documentaire aussi, de Philippe Aractingi Sous les bombes. Comme l'héroïne de ce film, Deneuve et Mrouhé traversent du nord au sud un Liban apocalyptique. Ce qui les distingue de l'héroïne du film d'Aractingi est cependant très clair. Eux, ne cherchent rien de précis, seulement veulent-ils constater l'état du Liban au Moment-M de ce tournage, en juillet 2006. Dans la première minute du film, le dispositif de mise en scène est énoncé par les cinéastes. Catherine Deneuve, que l'on essaye de convaincre de bien réfléchir à ce dans quoi elle s'embarque, regarde l'horizon depuis la baie vitrée de l'aéroport de Beyrouth. Elle le martèle à plusieurs reprises "Je veux voir". Le Liban est un pays en perpétuelle reconstruction. Ce que Catherine Deneuve arrive à voir dans ce ce film, se sont les ruines des immeubles détruits. On ne les verra bientôt plus, le Hezbollah rasant et reconstruisant à vitesse grand V. L'aventure à laquelle se mêle les deux acteur est imprésivible. Les cinéastes en captent toute la vérité et c'est ce qui rend le film impressionnant et passionnant. Une discussion anodine sur la ceinture de sécurité dans les voitures en dit plus long sur la soif de liberté des libanais que la pluspart des discours théoriques. Au milieu du film, un écran noir interrompt brièvement le périple des acteurs livrés à eux-mêmes ; comme si les cinéastes interrogeaient à ce moment les spectateurs sur leur désir, à eux aussi, de voir. Le film prend une tournure inattendue et saisissante lorsque la voiture dans laquelle se trouvent les acteurs pénètre un chemin miné. Deneuve a t'elle vraiment risquée de sauter sur une mine ? Rien que l'idée, dans sa démarche, est admirable et prouve à quel point le film est courageux, à quel point le Liban est redevenu un pays incertain.
Tulpan de Sergey Dvortsevoy (Kazakhstan)
Le Kazakhstan n'est pas un territoire vierge pour le cinéma. On a déjà parlé ici de son plus grand représentant, l'excellent Darejan Omirbaev, auteur notamment de Kardiogramma, Tueur à gage ou La Route. Le Kazakhstan, c'est ce pays là qui abrite aussi Ulzhan, la belle institutrice qui accompagne Philippe Torreton dans son périple à travers la steppe kazakhe dans le dernier (beau) film de Volker Schlöndorff. Tulpan est donc une excellente nouvelle puisque ce film apporte la preuve que le cinéma n'est pas circonscrit au seul nom d'Omirbaev dans ce pays d'asie centrale. Cela dit, autant Omirbaev est un cinéaste avant tout citadin, autant Tulpan suit l'exemple de Schlöndorff est nous offre avant tout les paysages arides mais somptueux de la steppe Kazakh. Tulpan est le nom d'une jeune fille d'un groupe de bergers nomades. Lorsque Asa revient de son service militaire, il doit se marier afin de pouvoir devenir ensuite berger lui-même. Tulpan se refuse à lui au motif qu'il a de grandes oreilles. L'histoire du film est plutôt simple mais le cinéaste arrive à nous transporter littéralement par la rigueur de sa mise en scène et par l'audace de certaines séquences. On n'est assurément pas dans le Silence des agneaux... Vers la fin du film, Dvortsevoy oppose à la pudeur émotionnelle de ses personnages, une ahurissante et très bruillante scène d'un accouchement très douloureux d'un agneau. La sueur, la poussière, tout celà est palpable. D'où un humanisme sincère qui transpire à chaque plan. Formidable découverte.
La Nouvelle vie de Monsieur Horten (O'Horten) de Bent Hamer (Norvège)
Après une escapade américaine avec l'excellent Factotum (avec Matt Dillon en Bukowski), Bent Hamer revient au cinéma simple et burlesque qui a d'abord fait sa renommé (avec Eggs puis, surtout, Kitchen Stories). Monsieur Horten est un conducteur de locomotives sur le point de prendre sa retraite. Il n'a jamais raté un train de sa vie, mais le dernier, par un concours de circonstances, il le manquera. La Nouvelle vie que l'on nous promet dans le titre français est assez mensongère. Bent Hamer filme simplement les petites cocasseries auxquelles Monsieur Horten se retrouve confronté par le hasard d'un train raté. Pour qui est sensible à l'humour scandinave, pour qui aime à s'imaginer dans un univers quelque part au coeur du triangle Aki Kaurismaki - Jacques Tati - Roy Andersson, il est urgent de découvrir le cinéma de Bent Hamer. Les gags sont simples, la mise en scène épurée, et on ressort de la salle frais et heureux car, même si les personnages sont de vieux monsieurs, on est sensible à la simplicité de leurs vies. C'est tout le charme des personnages et des films de Bent Hamer. Sortie française le 18 juin.
La Fête de la fille morte (A festa da menina morta) de Matheus Nachtergaele (Brésil)
C'est dans des conditions inédites et effrayantes que nous avons découvert ce film, un après-midi cannois en milieu de festival. L'équipe du film, une quinzaine de personnes environ, monte sur scène pour présenter le bébé. Le réalisateur nous invite soudain à une minute de silence. Le prétexte invoqué : chaque matin sur le tournage, l'équipe se réunissait pour une minute silencieuse... Le spectacle auquel nous assistons est ahurissant. Le réalisateur bouge les lèvres comme s'il était en pleine incantation tandis qu'à sa droite, son actrice principale est littéralement en transe. Il aurait fallu que nous filmions cette scène pour que vous puissiez le croire... La Fête de la fille morte raconte l'histoire de Santinho, promu leader spirituel d'une communauté de l'amazonie profonde après avoir été reconnu l'auteur d'un "miracle" lors du suicide de sa mère. Cette incursion au sein de cette secte est déstabilisante à souhait ; surtout dans les conditions énoncées plus haut dans lesquelles nous avons été invité à cette troublante fête. Santinho est un personnage complexe et fascinant mais pour le moins troublant. Ne serait-ce que pour les séquences d'inceste avec son père. La Fête de la fille morte laisse donc perplexe. On ressent toute la fièvre qui s'empare de cette communauté, les couleurs sont magnifiques et les ritournelles chantées sont enivrantes. Au final, on est complètement perdu, entre fascination et dégoût profond. L'expérience de ce film fût assez extrême et finalement désagréable.
Soi Cowboy de Thomas Clay (Grande-Bretagne)
Thomas Clay n'a pas trente ans qu'en deux films a peine il s'impose comme l'un des réalisateurs les plus insupportables du moment. Pourquoi cette cinglante accusation ? Parce que déjà dans son premier film, l'extraordinaire The Great Ecstasy of Robert Carmichael, Thomas Clay montrait ostensiblement a quel point il est persuadé d'être un grand metteur en scène. Avec son ambitieuse mise en scène, il pouvait en effet s'enorgueillir d'un talent hors norme. Là ou Thomas Clay commence sérieusement à devenir inbuvable, c'est quand il réalise Soi Cowboy, commençant déjà à se regarder le nombril et à s'auto-référencer. Soi Cowboy part d'une idée simple qui a son charme : la relation entre un anglais obèse et une jeune et frêle thaïlandaise enceinte à Bangkok. Ils ne communiquent pas, elle se refuse à lui mais malgré tout, on sent une certaine affection entre les deux. Dis comme ça, Soi Cowboy peut sembler intéressant. Mais Thomas Clay n'avait rien à dire, rien a raconter, juste un peu de péloche et d'argent à dépenser. Il s'amuse à perdre le spectateur dans le le vide sidérale de ses plans-séquences inutiles. Le comble est atteint lorsqu'il abandonne ses personnages pour suivre gratuitement une vieille dame avançant très difficilement avec son déambulateur dans un couloir. Le couloir est sans fin et l'on sent qu'on est parti pour la regarder dix minutes durant pour arriver au bout. A mi-chemin, elle fait demi-tour, provoquant rires et sarcasmes. Thomas Clay joue avec ses spectateurs mais il n'a pas grand chose à dire. Il filme interminablement des cafetières ou autres objets utilitaires et abandonne ses deux personnages à une cohabitation morne et silencieuse dont il semble quelque peu se moquer. Le noir et blanc granuleux ajoute au style paresseux du cinéaste qui par quelques allusions aimeraient sans doute nous faire croire qu'il dénonce l'attitude des occidentaux en Thaïlande. On bascule subitement vers la couleur. L'envers du décor. Bref, peu d'idée, rien d'intéressant, juste une impression d'être le nez dans la farine. Prétentieux en plus lorsque le cinéaste cite Robert Carmichael ou lorsqu'il relate au téléphone une discussion sur l'accueil de ce film à Cannes. On s'est bien foutu de nous...
Benoît Thevenin 40ème Quinzaine des réalisateurs
Ci-dessus, la vidéo (par Olivier Jahan) de la 40e Quinzaine, laquelle introduit chacune des projections des films de cette sélection. Eldorado de Bouli Lanners (Belgique) Acteur formidable, souvent bourru, souvent vu auprès de Poelvoorde (Les Convoyeurs attendent, Cowboy etc.), Bouli Lanners est aussi un cinéaste incontournable. Incontournable depuis la découverte en 2005 de Ultranova, son premier long-métrage, un objet loufoque complètement irrésistible, passé malheureusement inaperçu mais pour lequel on garde un souvenir à la hauteur du plaisir alors immédiatement ressenti. Cannes lui a offert une belle tribune en sélectionnant Eldorado, son second long-métrage, pour la Quinzaine 2008. Avouons le, Eldorado n'est pas vraiment le film que l'on s'attendait à voir... ce qui ne nous a pas empêché d'adorer au-delà de nos espérances. Drôle, Eldorado l'est souvent, dès son ouverture ou un concessionnaire un peu minable débusque un cambrioleur encore plus pathétique, planqué sous son lit. Mais Eldorado est surtout infiniment sensible. Ce road-movie totalement improbable, est ponctué de cocasserie drôlatique, de rencontres inquiétantes, absurdes et délicieuses (Philippe Nahon, "Alain Delon" etc.). Mais ce qui compte au final, c'est que tous ces personnages sont paumés, pas méchant pour un sous, mais tellement paumés qu'ils vont, viennent, repartent, s'abandonnent et se retrouvent, sans déchirement ni passion, avec une nonchalance désespérante, mais qui en dit beaucoup, en fait, sur la richesse des gens simples. A chacun son eldorado. Now Showing de Raya Martin (Philippines) 0 4h40. C'est 12 minutes de plus que le Che de Soderbergh, ou moitié moins que Shoah de Lanzman. Ca peut aussi être la durée d'un match à Roland-Garros ou d'une étape (courte) du Tour de France ; le temps nécessaire pour lire un roman comme Entre les murs de Bégaudeau ; c'est aussi un peu plus que la durée d'une épreuve de philo au bac. Cette énumération suggère que l'on se fait une montagne de la projection fleuve de Now Showing. Le film est signé par le jeune (24 ans) Raya Martin, présenté un peu partout comme le nouveau prodige d'un cinéma philippin en plein renouveau depuis quelques années. Dans le genre projos de plus de 4h, on a déjà goûté au Cléopâtre de Mankiewicz (4h28), à l'Hamlet de Kenneth Branagh (4h02), ou encore la version longue (5h) du Bateau de Wolfgang Petersen (sans compter les 7h25 du Tango de Satan de Bela Tarr). Bref, il y en a d'autres et, grâce à tous ces fameux exemples, chacun représentant en plus un grand moment de cinéma, on sait que cette durée n'a rien d'insumontable. Après tout, on a l'habitude d'enchaîner deux films à la suite ou de digérer un marathon télé... Les exemples que l'on a cité sont tous des projets de grandes ampleur, des films à grand spectacle et calibrés pour une vision agréable. Et ça change tout, car Now Showing est lui une expérience radicale d'un cinéma que personne n'ose plus faire. Les 2 premières heure et demi ressemblent à un bout à bout de vidéos familiales exhumées du fond du grenier. L'image vidéo est laide, et les tranches de vies auxquelles nous sommes conviées, absolument pas intéressantes. On voit Rita, la jeune héroïne du film, danser et chanter devant une vidéo karaoké, on la voit apprendre ses leçons, manger des spaghettis etc. Chaque séquence, souvent en plan fixe, est étirée à l'extrême. Quelle est la finalité ? On ne la saisit pas. La première partie du film évoque donc l'enfance de Rita. Un interlude composé d'images rares (et muettes) du cinéaste d'avant-guerre Octavio Silas s'intercale ensuite avec la seconde partie. Rita à maintenant grandit. Elle est une adolescente qui tient un stand de DVD pirates. L'image est plus propre, plus agréable, mais le principe de narration reste identique : des tranches de vies en plan-séquence interminables, souvent fixes, et qui ne nous transportent jamais. Esthétiquement, la proposition du film est faible, narrativement et intellectuellement, elle est inexistante. La seconde partie (2H) doit en plus être digérée après 2h30 de cauchemar cinéphilique. On a beau rester dans l'attente de fulgurances, on ne saisit rien de l'intérêt de ce film. Now Showing est le quatrième long-métrage de Raya Martin. Ceux qui ont fait la réputation du cinéaste n'avaient sans doute pas encore subit ce film. Et nous, nous n'avions pas vu les trois précédents. La découverte est rude... Si jamais vous tentez un jour l'expérience de Now Showing, faites nous confiance, les 20 premières minutes sont identiques aux 4h20 qui suivent. Si vous ne les supportez pas plus que nous, vous pouvez alors abréger l'expérience... Nous on retourne à nos Bela Tarr, Sharunas Bartas ou autres Tarkovski, autant d'auteurs qui nous fascinent véritablement et, eux, avec une proposition de cinéma plus facilement cernable. Note d'intention de Raya Martin (issue du dossier de presse) : Cliquez sur l'image pour l'agrandir Knitting (Niu Lang Zhi Nu) de Yin Lichuan (Chine) Ménage à trois dans un petit appartement dans le sud de la Chine (le film a été tourné à Guangzhou). Une femme (Haili) surgit dans la vie de Daping et Chen Jin. Les trois cohabitent bientôt et les deux femmes se détestent. Daping est plutôt réservée et subit la tyrannie de sa rivale intrusive... Les femmes réalisatrices restent assez rares en Chine. Yin Lichuan signe là son second long-métrage après Le Jardin Public, joli petit film centré sur les relations entre un père et sa fille. Yin Lichuan s'avère plutôt doué pour disséquer les relations entres ces personnages. En l'occurence, elles sont ici assez complexes et le scénario finit par prendre une tournure assez inattendue. Par rapport au Jardin Public, Knitting est donc assez différent. On n'y retrouve pas la poésie et la légèreté de ce précédent film. L'atmosphère est légitimement plus tendue ici. La réalisatrice à un talent évident pour le cinéma : des plans parfois somptueux, un art de l'ellipse... L'histoire est cependant parfaitement anecdotique. Une cinéaste à suivre. Acné de Federico Veiroj (Uruguay) Pour son premier long-métrage, Federico Veiroj marche sur le chemin ultra balisé de la chronique adolescente et signe Acné. Et le cinéaste s'en tire plutôt bien. Acné est un film léger et drôle, dans la plus pure tradition du genre mais se distingue un peu du lot grâce aux petits décalages que le cinésate instaure. Le héros du film, Rafael, n'a que 13 ans et se soigne contre les boutons d'acné qui pullulent sur son visage. Malgré son jeune âge, il est initié très tôt à la sexualité, grâce à son frère ainé. Voilà donc Rafael qui fait la queue pour profiter de la douceur d'une prostituée conciliante. Rafael apprend donc vite mais se trouve quand même face à un mur. L'amour est plus pur que le sexe, et le baiser de sa bien aimée se mérite et ne s'achète pas. De fait, Rafael fait les choses à l'envers. Il a déjà connu les joies du sexe lorsqu'il cherche à s'amouracher avec une jeune fille de son âge. La séduire ne sera pas facile, vous pouvez l'imaginer mais les efforts de Rafaël, ses maladresses, sont ce qu'il y a de plus touchant dans ce métrage. Surtout, et ce n'est pas un détail anodin, il faut signaler l'extrême nonchalance du garçon. Simple et attachant, une jolie découverte. Le Voyage aux Pyrénées de Jean-Marie et Arnaud Larrieu (France) "Les Pyrénées sont aux Alpes ce que la Quinzaine des réalisateurs est à la Sélection Officielle" (dixit un des frères Larrieu en présentation. Jolie formule). Après Un homme, un vrai et Peindre ou faire l'amour, les deux frères les plus décompléxés (et libertins) de France nous invitent à un curieux Voyage aux Pyrénées. Jean-Pierre Darroussin et la toujours magnifique Sabine Azéma incarnent un couple d'artistes en vacances dans les Pyrénées... et madame est complètement nymphomane. Ils veulent être discret et ce n'est pas gagné. Surtout qu'un ours tchèque est dans les parages... Le Voyage aux Pyrénées n'est que pure fantaisie. C'est barge, débridé et déluré, mais intelligent et quelque peu audacieux parfois. On rit beaucoup, les gags sont énormes (mais plus c'est énorme et mieux ça passe). Un retournement s'opère dans la dernière demi-heure et ce n'est pas ici que l'on trahira le secret. Rien de bien fameux dans le fond mais c'est tellement irrésistible, bien joué et inattendu que ça motive instantanément à la découverte de ce film particulièrement loufoque. Le cinéma des frères Larrieu, c'est une bouffée d'oxygène à chaque fois. Alors, n'hésitez surtout pas à aller respirer l'air pur pyrénéen ! Sortie nationale le 9 juillet 2008 Dernier Maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche (France) Après Wesh, Wesh et Bled Number One, le cinéaste clôt avec Dernier Maquis une trilogie sur l'immigration foisonnante. Rabah Ameur-Zaïmeche, c'est un cinéma brut, sincère, qui respire la vérité, un cinéma coup de poing, comme ceux qu'il finit par recevoir en conclusion de Dernier maquis. Le cinéaste est aussi acteur principal de son film. Il interprète le patron musulman d'une PME en région parisienne, à la fois entreprise de récupération de palettes et garage. Les ouvriers sont tous immigrés, tous musulmans et la question de l'islam surgit alors. Peut-être par conviction mais aussi pour acheter la paix sociale, le patron de la PME décide d'ouvrir une mosquée et désigne un imam sans aucune concertation. Dernier Maquis est réalisé comme les autres films du cinéaste, dans un style documentaire qui souligne le caractère à fleur de peau de ce cinéma. Car il s'agit d'un cinéma à la fois politique et social, enragé et volontaire. Les histoires qui se tissent dans le huis-clos extraordinaire de cette entreprise de palettes sont tour à tour légères, cocasses ou difficiles. Rabah Ameur-Zaïmeche ne se donne pas le beau rôle, son film est dans l'air du temps, pragmatique et ne donne pas de leçon. Dernier maquis à valeur de constat et par sa lucidité et son intégrité, vaut donc bien plus que toutes les leçons de morales entendues ici et là. Le contenu du film s'imbrique en plus parfaitement aux messages des films de Cantet (Entre les murs), d'Abdel Kechiche ou encore de Souad El-Bouhati (Française). L'extrême dignité de ces films, la justesse de leurs propos, les rendent tous estimables et essentiels. Elève Libre de Joachim Lafosse (Belgique) Après Douches Froides (Anthony Cordier, 2005) et Naissance des pieuvres (Céline Sciamma, 2007), éveil de la sexualité et sport se mêlent encore dans le nouveau film de Joachim Lafosse. L'année dernière nous découvrions enfin Joachim Lafosse à travers Nue Propriété, un drame intense servit par un trio d'acteurs génial : Isabelle Huppert, Jérémie et Yannick Rénier. Yannick est encore de l'aventure pour Elève Libre, audacieux portrait d'un adolescent en plein éveil sexuel. Jonas à 16 ans. Il vit un énième échec scolaire, pense pouvoir tout miser sur le tennis mais échoue. Ses parents, divorcés, le délaissent : son père n'a pas la garde et sa mère préfère jouir loin et sans entrave de sa liberté affective avec des playboys italiens. Jonas se prépare en candidat libre pour ce qui doit être l'équivalent belge du brevet des collèges en France. Un groupe d'amis, tous trentenaires, décident de l'aider en lui donnant des cours privés. Jusqu'ici tout va bien, sauf que très vite le film glisse sur une pente dangereuse. Les amis adultes de Jonas le questionnent sur sa vie amoureuse et sexuelle et commencent à lui donner des conseils. Jonas à une petite amie de son âge avec qui tout se passe bien mais cette relation va vite être compromise par le rapport qu'entretien Jonas avec ses aînés. Les discussions récurrentes qu'il a avec eux sont surréalistes. Le spectateur du film ne sait pas trop comment considérer celà, d'où un malaise savamment entretenu, sans aucune provocation, juste par des échanges verbaux absolument incroyables. Le rapport de force n'existe pas, Jonas est influençable et c'est ce jeux là auquel "le trio d'amis" se livre de manière décomplexée et troublante. Troublant, Elève libre l'est donc. Les adultes du film manipulent autant Jonas que Joachim Lafosse joue avec les pensées de ses spectateurs. Elève libre sera fatalement détestable pour un certain nombre de personne mais il ne faut pas faire de faux procès au cinéaste. Sa réflexion est brillante et déstabilisante. Vous rirez jaunes. Monsieur Morimoto de Nicola Sornaga (France) L'année dernière, l'OFNI de la Quinzaine avait été Dai Nippondjin un inclassable docu-fiction toujours inédit dans nos salles. Autant le film nippon nous avait enchantée par sa folie, autant le parcours d'un curieux japonais (encore !) dans Paris, Monsieur Morimoto pour le citer, nous laisse perplexe et froid. Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Monsieur Morimoto est un vieux japonais mis à la rue dans Paris et qui trouve le bonheur dans une vie de peintre-bohème. Son français est indiscernable (merci les sous-titres anglais de Cannes !) et son aventure, aussi légère, fantasques qu'inintéressante au possible. Filmé en DV avec des acteurs amateurs, Monsieur Morimoto ajoute au supplice par sa durée excessive de 2H. C'est bien trop car tellement creux et dénué de vraie folie. Nicola Sornaga avait déjà signé un film libre et fauché, Le Dernier des immobiles, et c'était une belle découverte, une invitation à la poésie, un pélerinage bordélique qui ne manquait surtout pas de charme. Cette fois, l'effet de surprise semble passé. On ne peut décemment pas tout mettre sur le compte de la fatigue, juste on se demande comment un tel film peut se retrouver à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs ? Sans doute Olivier Père est généreux dans sa volonté de montrer aussi des films différents et hors de tout, des excentricités rares etc... mais Monsieur Morimoto, on pouvait s'en passer. Le Reste de la nuit (Il resto della notte) de Francesco Munzi (Italie) 0 Dans Saimir, son précédent film sorti dans l'anonymat au début de l'année 2007, Francesco Munzi renouait avec la tradition néoréaliste italienne à travers un film âpre et poignant. Une révélation. Et des espoirs balayés un an plus tard avec Le Reste de la nuit... Echappée de 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Palme 2007), la sublime Laura Vasiliu incarne une jeune domestique roumaine suspectée de vol par la maîtresse de maison. Elle est bientôt licenciée, malgré le non assentiment du mari. En contre point de cette intrigue, un groupe mafieux qui opère dans la région. Les deux intrigues n'ont semble t'il rien à voir mais l'on se doute bien évidemment très vite qu'elles finiront par se rejoindre. Et Laura Vasiliu sera la clé. Réalisation et scénario sont du niveau d'une fiction télé que l'on oserait même pas voir. Aurélien Recoing, doublé de manière éhontée en italien n'aide pas à faire passer la pillule. Au bout d'1h40, le film s'achève dans une conclusion grotesque et attendue. Ca valait bien la peine de voir ça à Cannes... Benoît Thevenin Palmarès Cannes 2008
Palme d'Or : Entre les murs de Laurent Cantet Grand Prix du Jury : Gomorra de Matteo Garrone Prix spécial du 61e festival de Cannes : Catherine Deneuve pour Conte de Noël & Clint Eastwood pour L'Echange Prix du scénario : Luc et Jean-Pierre Dardenne pour Le Silence de Lorna Prix de la mise en scène : Nuri Bilge Ceylan pour Trois Singes Prix d'interprétation masculine : Benicio del Toro pour Che Prix d'interprétation féminine : Sandra Corveloni pour Linha de Passe Prix du jury : Il Divo de Paolo Sorrentino Camera d'Or : Hunger de Steve McQueen Mention spéciale à la Caméra d'Or : Ils mourront tous sauf moi de Valeria Gaia Germanica
Un Certain Regard Prix Un Certain Regard - Fondation Gan pour le cinéma : Tulpan de Sergei Dvortsevoy. Prix spécial du Jury Un Certain Regard : Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa Prix coup de coeur du Jury Un Certain Regard : Wolke 9 de Andreas Dresen. Prix de l'espoir : Johnny Mad Dog de Jean-Stéphane Sauvaire Prix du K-O : Tyson de James Toback
Semaine internationale de la Critique Live from Cannes 2008
Nous arrivons (Benoît, Greg et Mickael) à voir l'ensemble des films de la compétition, ainsi qu'un certain nombre des oeuvres présentées dans les sections parallèles. Nous essayerons, dans la mesure du possible, de publier nos impressions sur chacun des films. Des critiques détaillées de tous les films vus (près d'une cinquantaine), seront en ligne les jours suivant le festival. Restez attentifs ! En attendant, retrouvez sur ce billet notre buzz perso et actualisé à mesure des projos que nous découvrons
Ce billet sera actualisé quotidiennement pendant la durée du festival
Au jour du 25 mai, 12 ème jour du festival...
TABLEAU DES ETOILES/Laterna Magica
SELECTION OFFICIELLE Malheureusement, nous n'avons pas Palermo Shooting de Wim Wenders ni 24 City de Jia Zhang-Ke.
Entre les murs de Laurent Cantet. François Bégaudeau joue son propre rôle dans l'adaptation par Laurent Cantet de son roman. Le cinéaste à su puiser l'essentiel de la substance du livre et Entre les murs est une superbe réussite. Cette confrontation entre professeur et élèves en situation scolaire précaire est riche d'humanité, de sensibilité. Bégaudeau a un peu le beau rôle mais le film demeure honnête et passionnant. Laurent Cantet est plus que jamais le plus fin cinéaste-sociologue de France. Lire la critique complète My Magic de Eric Khoo. Le précédent film du cinéaste singapourien, Be With Me, avait été une magnifique découverte, quoique inégal. My Magic, film naïf et minimaliste déçoit un peu. On apprécie la sensibilité du cinéaste mais on aimerait aussi un peu plus d'ambition. Un joli petit film mais rien de plus... Il Divo de Paolo Sorrentino. Portrait caustique du sénateur italien Giulio Andreotti, figure politique controversée en Italie pour ses liens supposés et avérés avec la mafia. Il est tout simplement lié à tous les scandales politiques transalpins des 30 dernières années. Le film est audacieux et exhubérant, dans la plus pure tradition débridée du cinéma de Sorrentino. Le cinéaste est au cinéma italien ce que Tarantino est au cinéma US. La mise en scène est incroyable, souvent gratuite mais malgré tout, il y a avec Il Divo de la palme dans l'air. Au moins un prix d'interprétation pour Toni Servillo, absolument incroyable dans la peau de Giulio Andreotti. Synecdoche New York de Charlie Kaufman. Première réalisation pour le scénariste le plus barge aujourd'hui à Hollywood. On retrouve les obsessions et névroses constatées dans les films de Spike Jonze qu'il a écrit. Kaufman n'a pas le même génie visuel que Jonze ou Gondry mais son film reste assez brillant ne serait-ce bien sûr que pour son écriture. Constat surtout valable pour la pemière partie du film ; la seconde, laquelle se noie sous plusieurs niveaux de réalités et donc de narration, est déjà un peu plus décevante. Un film un peu inégal, complètement névrotique et porté par un casting indé assez génial : Phillip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Michelle Williams, Hope Davis, Samantha Morton, Jennifer Jason Leigh, Emily Watson... Adoration d'Atom Egoyan. Grosse déception encore avec ce film, sans doute le moins intéressant réalisé à ce jour par cet immense cinéaste canadien qu'est Egoyan. Adoration n'est cependant pas honteux. Un bon petit film dans lequel un jeune orphelin élevé par son oncle tente de reconvoquer le souvenir de ses parents disparus. Obsession, fanatisme religieux , manipulation... Adoration aurait pu être bien plus passionnant et complexe qu'il ne l'est. La Frontière de l'aube de Philippe Garrel. Le seul film jusqu'a présent à avoir été hué à son issue. Rien de scandaleux pourtant sinon un poussif triangle amoureux déjà vu 1000 fois. Et déjà vu chez Garrel tant ce film rappelle en de nombreux points son précédent Les Amants réguliers ! Les amants... avait reçu le prix de la mise en scène à Venise. Le noir et blanc sublime qui est encore au rendez-vous ici pourra peut-être permettre à Garrel de faire la passe de deux. Pour le reste, n'écoutez pas les mauvaises langues qui démontent honteusement ce film un peu hors du temps mais assez fascinant. La Femme sans tête de Lucrecia Martel. Chef de file du jeune cinéma argentin, Lucrecia Martel divise depuis ses débuts. Née à Cannes (La Cienaga, son premier film avait été retenu en sélection parallèle en 2001), son parcours est plus que jamais lié à la Croisette (La Nina Santa fut sélectionné en 2004 et Martel était membre du jury l'année dernière !). Bref, peut-être doit-on la présence du film en compétition au fait que la cinéaste à pris là ses quartiers mais La Femme sans tête, d'une médiocrité confondante, ne méritait tout simplement pas les égards d'une montée des marches. Un film symbolique de la tristesse de cette compétition 2008. Che de Steven Soderbergh. L'ampleur du film (4h28 car Guerrilla et The Argentine proposés au public dans la même séance) faisait très peur. Ce que Soderbergh nous a offert est simplement brillant. La sélection s'avérant cette année plus que médiocre dans son ensemble, Steven peut espérer rejoindre le club des doubles palmés. Soderbergh n'a pas sacrifié son ambitieux projet à la traditionnelle image romantique du révolutionnaire argentin. Le Che incarné par Del Toro est tout en nuance. Un film brillant et posé. Soderbergh sait être sobre ; Del Toro l'est ici tout autant. Un film majeur, c'est garanti. Delta de Kornel Mundruczo. Jeune réalisateur hongrois de Pleasant Day, Mundruczo a obtenu à Cannes ce que son compatriote et maître Bela Tarr n'a pas pu ramener : une véritable ovation. Delta est un film radical, dur, plombant mais d'une puissance assez unique. C'est une expérience de cinéma, un film pas forcément aimable. Nous on adore et, pour sa mise en scène et sa force narrative, Delta mériterait de trouver sa place au palmarès. Two Lovers de James Gray. Dans le New-York lugubre de James Gray, une histoire d'amour improbable et à sens unique se tisse entre deux voisins de palier. James Gray est un grand metteur en scène et il le prouve ici encore. Two Lovers n'a cependant pas la force brute des oeuvres mafieuses du cinéaste. Une déception... L'Echange de Clint Eastwood. Clint reste au sommet de son art. L'Echange est un film impressionnant, tant narrativement que pour sa mise en scène, et demeurera sans doute une des réussites majeurs du cinéaste. Malgré tout, nous sommes déçus, à cause d'un dernier quart d'heure insupportable, dans lequel Clint ne nous épargne aucun pathos et enfonce avec peu de tact les clous de son histoire. C'est très frustrant tant le film est par ailleurs admirable. Angelina Jolie est convaincante... mais sans plus. Le Silence de Lorna de Luc et Jean-Pierre Dardenne. Ceux qui n'aiment pas les deux frères peuvent passer leur chemin. Lorna est plus posé que leurs précédents films mais les cinéastes titillent la même fibre sociale et humaniste que dans leurs autres longs-métrages. Au 5e jour du festival, on se dit que Lorna peut clairement envisager une troisième couronne cannoise. Limpide et habile, Lorna distille quelques moments forts. Arta Dobroshi est une découverte magnifique. Jérémie Rénier est lui aussi saisissant. Services de Brillante Mendoza. Le cinéma philippin est en plein renouveau et Mendoza son principal chef de fil. Après le magnifique John-John, sorti en salle au début de cette année, voici Services (Serbis en V.O), dans lequel Mendoza nous fait visiter un cinéma porno, lieu de transitions ou plusieurs petites histoires se tissent. Le film rappelle parfois La Chatte à deux têtes de Nolot mais se révèle bien plus lumineux et subtile que ce dernier. Dans le brouhaha de Manille, les êtres se frottent sans tabou ni honte et, miracle du cinéma de Mendoza, ce n'est jamais vulgaire. La conclusion du film est géniale. Gomorra de Matteo Garrone. Plongée très réaliste dans l'univers de la Camorra, cette mafia italienne, cancer de la société transalpine. Il y a dans ce film quelques scènes assez fortes mais le film manque quand même de puissance, d'audace etc. La durée du film (2h15) rend ce film d'autant moins supportable. En tous les cas guère passionnant et, avec un sujet tel, c'est un comble. Lire la critique complète Les Trois Singes de Nuri Bilge Ceylan. Une belle histoire de sacrifice, un excellent trio de personnages, des images toujours aussi uniques chez Ceylan mais une lenteur parfois exagérée. Le grief est pauvre mais parfois à Cannes, on perd patience. Linha de Passe de Walter Salles et Daniela Thomas. Football et religion se mêlent dans cette histoire d'une famille en lutte contre un certain déterminisme d'une société brésilienne asphixiée et disfonctionnelle. Beaucoup de justesse et de vérité. Un excellent film qui ne décevra pas les aficionados de Salles. Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin. Un film ambitieux ne serait-ce que par l'ampleur de sa mise en scène. Quelque scènes d'une force incroyable, une irrévérence dans les rapports entre les personnages qui est assez réjouissante mais, malgré tout, une impression assez tiède. A quoi cela tient ? Peut-être au contexte de Cannes qui fait que ce film, tout de même très bavard et dans la tradition d'un certain cinéma français, a un peu de mal a être complètement digéré. Signalons aussi un casting impeccable, Amalric en tête. Ce conte de Noël partage beaucoup de points communs avec Rois et Reine, précédent film du cinéaste, mais ne paraît pas - en tous cas pas instantanément - aussi riche et puissant. Valse avec Bashir d'Ari Folman. Un ovni, mi documentaire, mi fiction et... entièrement animé. Le film évoque sur un mode onirique le massacre de Sabra et Chatila. La justesse du propos, la subtilité des scènes, la force du discours et l'audace du traitement font de ce film, plus qu'une curiosité, un véritable petit miracle de cinéma qui a déjà toutes les chances de se trouver une petite place au moment du palmarès. Lire la critique complète Leonera de Pablo Trapero. Les cinq premières minutes sont extraordinaires. La suite se déroule ensuite plus banalement, sur un faux rythme et sans surprise. La mise en scène est sobre mais intéressante. L'actrice principale est parfaite mais son personnage apathique ne suscite guère de compassion. Un film un peu étrange, intéressant mais tout simplement vain. Anecdote concernant le générique : le film est produit par Walter Salles, lui-même en compèt' avec Linha de passe. Blindness de Fernando Meireilles. Le film d'ouverture de ce cette Sélection officielle laisse une impression des plus mitigée, peut-être à cause de l'attente qui aura longtemps précédé la découverte de ce long-métrage. Meireilles est toujours autant virtuose avec sa caméra, peut-être un peu trop. Blindness est bancal, ne convainc pas tout à fait... certainement pas nous. Lire la critique complète
HORS-COMPETITION : Indiana Jones et le Royaume des crânes de cristal de Steven Spielberg. Un pur plaisir de retrouver Indy même si le scénario de David Koepp en laissera beaucoup sur le carreau. Contrat rempli, ni plus ni moins. Lire notre critique par ailleurs. Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen. Une cuvée 2008 dès plus fraiche et convainquantes pour l'incorrigible cinéaste new-yorkais. Son exil en Espagne est réjouissant, dans la lignée de Match Point, une pincée de cynisme en moins. Les acteurs sont aussi beaux que juste. Sublime découverte que Rebecca Hall. Javier Bardem est incroyable (et évidemment à l'opposée de son rôle de serial killer chez les Coen) et Woody est amoureux de Scarlett. Le film ravira forcément les fans. The Chaser de Na Hong-Jin. Une histoire de tueur en série coréenne qui rappelle parfois Memories of Murder. Mais parfois seulement. Na Hong-Jin n'a pas le même talent que Bong Joon-Ho mais il sait indéniablement filmer. L'histoire de The Chaser est assez incroyable dans son déroulement et laisse parfois perplexe par la grossiereté de certains événements de l'intrigue. Ceci n'empêche pas un certain plaisir et The Chaser est un film efficace à defaut d'être malin. Premier film du cinéaste, il s'agit - à ce jour - du plus gros succès du cinéma coréen. Maradona par Kusturica d'Emir Kusturica. Lire la critique Surveillance de Jennifer Lynch Lire la critique Kung-Fu Panda de Marl Osborne et John Stevenson. Lire la critique, par Michael Frasse-Mathon.
DANS LES SECTION PARALLELES:
Sur le Marché du film Martyrs de Pascal Laugier. Pascal Laugier, réalisateur du très très moyen Saint-Ange, revient avec un film précédé par un buzz assez intense. Martyrs serait une boucherie, un film traumatisant, ce qui d'ailleurs lui ferme sans doute pour le moment tous les accès aux salles de cinéma. Tant mieux en fait car si le film est effectivement ultra-violent, il est aussi complaisant dans cette violence, peu malin même. On ne tombe pas dans les travers caricaturaux et scandaleux d'une daube extrême comme Frontière(s) mais Martyrs vole à peine plus haut. Le ballon de baudruche allégé en fait de la connerie de son homologues et de ses dialogues édifiants. Martyrs reste racoleur, malgré une première partie assez bien menée et réellement intense. Les trois derniers quarts d'heures sont en revanche consternant à tous les niveaux. Et surtout inutiles. La sortie salle de ce film, elle n'est pas gagnée, et sa rumeur, il est désormais nécessaire de la pondérer.
B.T Présentation détaillée du 61e festival de Cannesbillet mis à jour le 29 avril.
Une conférence de presse repoussée d'une semaine, une sélection annoncée en deux temps ... Le chemin vers Cannes 2008 s'avère donc dès plus tortueux. Faut-il voir là un indice d'une édition peut-être moins exhaltante que, par exemple, l'année dernière ? Peut-être mais peut-être pas. Thierry Frémaux l'a dit, ce festival 2008 annonce un nouveau cycle. En clair, de nouveaux cinéastes vont venir se faire une réputation sur la Croisette et nous, nous l'annonçons déjà, rien ne serait étonnant à ce que la Palme soit accordée à un "newcomer". Ci après, un état des lieux de ce que Cannes nous promet cette année. Et l'on remarquera que, bien sûr, Cannes sera encore alléchant.
Le Jury.
Autour de lui, les membres du jury sont tous des personnalités du cinéma mondial. Acteurs (Sergio Castellito, Natalie Portman, Alexandra Maria Lara, Jeanne Balibar) ou réalisateurs (Arichatpong Weerasethakul, Alfonso Cuaron, Rachid Bouchareb et Marjane Satrapi), ils ont sans doute une idée de cinéma différente de celles de certains écrivains ou intellectuels qui ont pu se retrouver lors des précédentes éditions parmi les membres du jury. Le cinéma aux gens de cinéma, le festival se replie un peu sur lui-même et nous pensons que c'est une bonne chose.
Les films en compétition officielle. 1. Ouverture
Indy 4 a longtemps été préssentit pour faire l'ouverture. L'honneur incombera en fait à Fernando Meirelles. Le cinéaste brésilien ouvrira mercredi 14 les festivités avec le très attendu Blindness. On a déjà parlé du film lors de la présentation de sa bande-annonce. Pour découvrir tout ceci, suivez le lien ! Plus surprenant, car fait assez rare à Cannes, le film d'ouverture fait partie de la compétition. Au delà de la fête, la soirée d'ouverture nous invitera donc à rentrer de plain-pied dans le festival.
2. Les américains C'est évidemment du côté des américains que se trouvent les projets les plus exitants. Pourquoi "évidemment" ? Parce que toute l'année le monde du cinéma ne parle guère que des projets hollywoodiens et de fait, certains étaient annoncés depuis longtemps...
3. Les Français Les années passent et Pialat, palmé en 87, ne trouve pas son successeur. Trois cinéastes français concourrons cette année pour cette succession. Avec La Frontière de l'aube, Philippe Garrel, cinéaste soixante-huitard s'il en est, aura enfin droit à la reconnaissance qu'il mérite (car oui, une sélection cannoise est un honneur). Le film devrait coïncider avec une certaine ambiance typiquement cannoise. La Frontière de l'aube raconte en effet l'histoire d'une star de cinéma soudainement éprise d'un photographe pendant que son mari cabotine à Hollywood. Louis Garrel, fils du cinéaste, remontera les marches un an après l'accueil tiède réservé aux Chansons d'amour de Christophe Honoré.
Annoncé quelque jours après la conférence de presse, le troisième film français en course pour la Palme est finalement Entre les murs de Laurent Cantet. François Bégaudeau, écrivain mais aussi critique cinéma (entre autres), joue là son propre rôle, celui d'un enseignant dans une classe d'un collège difficile. Le film est l'adaptation du roman de Bégaudeau lequel s'inspirait de son expérience de professeur pour un livre brut et a fleur de peau. Le livre est essentiel et d'une valeur sociologique indiscutable. Que Laurent Cautet s'y soit intéressé, lui l'auteur subtil de Ressources Humaines, L'emploi du temps et Vers le sud, est une garantie supplémentaire. Sans nul doute, on parlera beaucoup de Entre les murs, il y aura probablement débat et la présentation du film sera un des évènements de cette 61e édition. On vous en parlera forcément de notre côté.
4. Les habitués. Cette 61e sélection fait la part belle aux nouvelles signatures du cinéma mondiale mais Cannes s'est quand même autorisé à sélectionner quelques cinéastes habitués au folklore cannois. Déjà deux fois palmés, les frères Dardenne espèrerons être les premiers à faire la passe de trois avec Le Silence de Lorna. Artha Dobroshi, dernière trouvaille des cinéastes, pourraient être la révélation de cette quinzaine.
5. Les grandes figures du cinéma mondial
6. Confirmations attendues
Le grand public les connais peu mais ces cinéastes ont déjà fait parlé d'eux et notamment à Cannes. Brillante Mendoza, chef de file d'un cinéma philippin en plein renouveau, est le réalisateur de John John, actuellement à l'affiche en salle et présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2007. Il est cette fois en compétition pour la Palme avec Serbis. Egalement passé par la Quinzaine (en 2005 avec le bouleversant Be With me), Eric Khoo représentera Singapour avec My Magic. Enfin Lucrecia Martel, jeune cinéaste argentine de La Cienaga, revient elle pour la deuxième fois en compétition après avoir présenté La Nina Santa en 2004. Pablo Trapero représente lui aussi la nouvelle vague du cinéma argentin. L'auteur de l'excellent Voyage en famille (2004) découvrira Cannes avec Leonera.
7. Ceux que nous allons découvrir
Avec eux on part dans l'inconnu. Une sélection cannoise est normalement gage d'un certain talent et nous serons donc attentifs à leurs débuts dans la cour des grands. Un an après Persepolis, un nouveau brûlot politique et animé s'invite en compétion, Waltz with Bashir. Comme Marjane Satrapi (membre du jury cette année !) et Vincent Paronnaud, Ari Folman signe là son premier film. Matteo Garrone n'est lui pas le premier venu. Le cinéaste italien, acteur dans Le Caïman de Moretti, et réalisateur de Les Hôtes (1998), L'Etrange Monsieur Pepino (2001) et Premier amour (2004), n'est pas non plus le cinéaste le plus réputé de ce 61 festival. Il faudra le suivre. Un an après Bela Tarr, la Hongrie est de nouveau représentée mais à travers un film d'un cinéaste de la nouvelle génération. Kornel Mundruczo est encore méconnu et participe grâce à Cannes à son premier grand festival. Pleasant Day, sont second long-métrage, avait reçu le Léopard d'argent à Locarno en 2002.
8. Hors-Compétition
Cannes va vibrer, c'est absolument certain, par la seule apparition de l'homme au lasso. Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal sera présenté le dimanche, quelques jours avant sa sortie nationale (le 22 mai), pour le plus grand bonheur des fans impatients qui seront sur la Croisette. Les places vont être très disputées... Et si Spielberg fait son retour à Cannes, près de 25 ans après E.T, il en est un autre que l'on a pas souvent vu monter les marches du Palais des festivals (?). Woody Allen et son casting 100% glamour (Scarlett Johanson, Penelope Cruz, Javier Bardem, Rebecca Hall) feront tourner les têtes des festivaliers avec le très attendu Vicky Christina Barcelona.
Le lauréat de la Palme 2008 recevra le double honneur de recevoir son prix des mains de Robert de Niro. L'acteur à notamment bâti sa légende à Cannes grâce à Travis Buckle et Taxi Driver. Cette année, De Niro revient d'abord pour présenter en clôture le nouveau film de Barry Levinson, What's just happened ?, attendu comme une satire mordante de Hollywood. Au casting, outre De Niro, rien de moins que Sean Penn (le président du jury) ou Bruce Willis. Et un espoir, que le film soit aussi brillant que The Player d'Altman.
Le coréen Kim Jee-Woon, cinéaste virtuose de 2 soeurs et A bittersweet Life, présentera lui Le bon, la brute et le cinglé tandis que Kung-fu Panda surf sur le succès de Shrek 2 à Cannes et aura lui aussi l'honneur rare pour un film d'animation d'être présenté dans le grand théâtre Lumière du Palais. Autre curiosité très attendue : le documentaire de Kusturica sur Maradona.
Enfin Abel Ferrara, comme en 2007, aura droit à une séance spéciale avec son Chelsea Hotel. L'année dernière, son Go Go Tales avait été une sacré déception. Autre séance spéciale : Les Cendres du temps, l'extraordinaire film d'arts-martiaux réalisé par Wong Kar-Waï en 1996 et présenté ici dans une nouvelle copie ; mais aussi le nouveau film de Marco Tulio Giordana, réalisateur de la bouleversant fresque Nos Meilleurs années (2003). Revenu à Cannes avec Une fois que tu es né (2005), il montrera cette fois son dernier film Sangue Pazzo, lequel permettra à Monica Bellucci de sourire une fois encore aux photographes à l'affût de la moindre des ses poses en bas des marches.
Un certain regard Quelques films seront particulièrement surveillés dans cette section. On pense d'abord à Tokyo, film collectif réalisé par Gondry, Carax et Bong Joon-Ho, le réalisateur de The Host. De Tokyo, il sera également question avec le prolifique Kyoshi Kurosawa (Kaïro, Charisma, Cure, Loft etc.), présent cette année avec Tokyo Sonata. Thomas Clay avait provoqué le scandale en 2005 avec le tétanisant The Great Ecstasy of Robert Carmichael. Le jeune cinéaste anglais revient cette année avec Soy Cowboy. Andreas Dresen (Un Eté à Berlin) présentera lui Wolke 9 tandis que deux documentaires totalement contraires l'un à l'autre se mêlerons aux fictions. Il y a d'abord La Vie Moderne de Raymond Depardon mais aussi le film forcément coup de poing de James Toback consacré à l'extravagant boxeur Mike Tyson. Enfin Bent Hamer, réalisateur méticuleux et génial de Eggs et Kitchen Stories (mais également de Factotum avec Matt Dillon) sera l'homme à suivre avec O'Horten.
Quinzaine des réalisateurs
C'est dans cette section que se font habituellement les plus belles découvertes (l'année dernière, Control d'Anton Corbijn). Parmi tous ces cinéastes que l'on ne connait encore pas, signalons quand même ceux que l'on connait déjà très bien. Il y a d'abord les français que - pour certains - la rumeur à longtemps annoncé en compétition officielle. Bertrand Bonello (Le Pornographe) sera là avec De la guerre ; les frères Larrieu (Peindre ou faire l'amour) avec Le Voyage aux Pyrénnées ; Rabah Hameur-Zaïmeche, prix de la jeunesse 2006 avec Bled Number One, présentera le Dernier Maquis, d'après la complainte de Mandrin. Claire Simon, présente à la Quinzaine 2006 avec Ca Brûle, revient cette année avec Les Bureaux de Dieu.
Les vraies curiosités de cette Quinzaine 2008 nous viendrons probablement de Belgique. Bouli Lanners, acteur récurrent dans les films de Poelvoorde, vu aussi dans J'ai toujours rêvé d'être un gangster, reviens à la réalisation après Ultranova, comédie 100% belge et irrésistible sortie en 2005. On espère un Eldorado du même acabit. Belge également mais nettement moins drôle, Joachim Lafosse nous avait offert en 2007 Nue Propriété (avec Isabelle Huppert) un film extraordinaire d'intensité. Pour la Quinzaine, il montrera Elève libre. Le réalisateur espagnol Albert Serra, auteur du minimaliste Honor de Cavaliera d'après Cervantes, nous proposera le Chant des Oiseaux ; le très contemplatif cinéaste argentin Lisandro Alonso (Los Muertos, Fantasma) prend cette fois le bateau vers Liverpool, l'italo-albanais Francesco Munzi, auteur du remarquable Saimir en 2006, nous parlera du Reste de la nuit et le vétéran polonais Jerzy Skolimowski nous revient avec Quatre nuits avec Anna.
Semaine de la critique La plupart des cinéastes sélectionnés dans cette section nous sont inconnus. Signalons quand même le second film en tant que réalisatrice de l'actrice israélienne Ronit Elkabetz. Après un premier long-métrage très convainquant (Prendre femme), elle nous racontera cette fois Les Septs jours. Actuellement à l'affiche de nos salles via le très troublant La Zona, le mexicain Rodrigo Pla clôturera la semaine de la critique avec son nouveau film Desierto Ardentro. Entre temps, nous aurons l'occasion de voir le nouveau film du trio belge Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy. Après l'excellent et très décalé L'Iceberg, ils danceront pour nous la Rumba. Enfin Lake Tahoe du mexicain Fernando Eimbcke, lauréat à Berlin du prix Fipresci de la critique internationale, sera proposé aux festivaliers cannois en séance spéciale.
Nous vous donnons maintenant rendez-vous pour un compte rendu quotidien de ce festival. Un festival moins riche de pointures internationale connue du grand public mais qui présente un éventail des jeunes talents du cinéma contemporain. Un vent de fraîcheur souffle donc qui nous promet de nombreuses surprises. On vous en parlera alors... soyez fidèles !
Benoît Thevenin Cannes 2008 : sélection de la 40e Quinzaine des réalisateurs
Longs métrages
Le Dernier maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche Ce cher mois d'août de Miguel Gomes Boogie de Radu Munteanu Les Bureaux de Dieu de Claire Simon Quatres nuits avec Anna de Jerzy Skolimowski Le Chant des oiseaux d'Albert Serra Eldorado de Bouli Lanners Élève libre de Joachim Lafosse Le Reste de la nuit de Francesco Munzi Liverpool de Lisandro Alonso Monsieur Morimoto de Nicola Sornaga Nin Lang Zhi Nu de Yin Lichuan Now Showing de Raya Martin De la guerre de Bertrand Bonello Salamandra de Pablo Aguero Shultes de Bakur Kakuradze Blind Loves de Juraj Lehotsky Lonely Tune of Tehran de Saman Salour The Pleasure of Being Robbed de Josh Safdie Tony Manero de Pablo Larrain Le Voyage aux Pyrénées d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu
The Acquaintances of a Lonely John de Benny Safdie Premier programme Je vous hais petites filles de Yann Gonzalez Mes copains de Louis Garrel Ciel éteint ! de F.J Ossang Second programme Il fait beau dans la plus belle ville du monde de Valérie Donzelli Kamel s'est suicidé six fois, son père est mort de Soufiane Adel Man de Joseph Myna Le Mur de Tiao The Tale of Little Puppetboy de Johannes Nyholm Summer Afternoon de Ho Wi-Ding Every Day Is Not The Same de Martin Turk
Séance spéciale 40X15 (Les Quarante Ans de la Quinzaine des Réalisateurs) d'Olivier Jahan Le Genou d'Artemide de Jean-Marie Straub Itinéraire de Jean Bricard de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet Milestones de Robert Kramer & John Douglas
Mots clés Technorati : Festival de Cannes Cannes 2008 : Sélection semaine de la critique
Ouverture Areia de Caetano Gotardo (court-métrage) Clôture Beyond the Mexican Bay de Jean-Marc Rousseau (court-métrage) Longs métrages
L'étranger en moi d’Emily Atef
Rumba de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
Courts métrages
Next Floor de Denis Villeneuve
The Runt d'Andreas Hykade (Révélation FIPRESCI de l'année, court-métrage)
Les Paradis Perdus de Hélier Cisterne
Young Man Falling de Martin de Thurah
Taxi Wala de Lola Frederich
Graffiti de Vano Burduli
Peces platano de Natalia Beristain
La Pomme de Newton de Vincent Vizioz avec Mathieu Boogaerts
Mots clés Technorati : Festival de Cannes Sélection officielle, 61e festival de Cannesbillet mis à jour le 29 avril puis le 5 mai
Du 14 au 25 mai, rendez-vous sur Laterna Magica pour suivre le 61 festival de Cannes. Pour la troisième année consécutive, nous serons présent sur la Croisette et nous tenterons de faire au mieux (et mieux que les autres années) pour vous faire partager nos impressions sur le festival et les films qui y seront présentés. Voici justement le line-up avec la sélection des films pour la Compétition officielle et pour la sélection Un Certain Regard. Nous vous donnons rendez-vous aussi pour une présentation détaillée, bientôt, de cette sélection. A noter que, concernant la compétition officielle, 19 films dont 2 français sont sélectionnés. Un 3e film français viendra, dans les prochains jours, porter à 20 le nombre de prétendant à la Palme d'Or. A très bientôt !
Sean Penn (président), Sergio Castellito, Natalie Portman, Alexandra Maria Lara, Alfonso Cuaron, Arichatpong Weerasethakul, Rachid Bouchareb, Marjane Satrapi, Jeanne Balibar
Hou Hsiao Hsien (président), Suzanne Bier, Marina Hands, Olivier Assayas, Larry Kardish
Fatih Akin (Président) Il sera entouré pour remettre le Prix Un Certain Regard de la journaliste indienne Anupama Chopra (New Delhi Television), de la journaliste russe Catherine Mtsitouridze (1ère chaîne nationale russe), du critique Egyptien Yasser Moheb (Al Ahram Hebdo) et de José Maria Prado, Directeur de la Filmoteca Española.
Bruno Dumont (président)
Les 3 singes de Nuri Bige Ceylan Le Silence de Lorna de Luc et Jean-Pierre Dardenne Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin L'Echange (aka The Changeling) de Clint Eastwood Adoration d'Aton Egoyan Waltz with Bashir d'Ari Folman La Frontière de l'Aube de Philippe Garrel Gommora de Matteo Garrone 24 City de Jia Zhang Ke Syncecdoche New York de Charlie Kaufman My Magic d'Eric Khoo La Femme sans tête de Lucrecia Martel Serbis de Brillante Mendoza Delta de Kornel Mundruczo Linha de passe de Walter Salles et Daniela Thomas Che de Steven Soderbergh Il Divo de Paolo Sorrentino Leonera de Pablo Traprero The Palermo Shooting de Wim Wenders Blindness de Fernado Meirelles (film d'ouverture) Entre les murs de Laurent Cantet
Tokyo de Bong Joon Ho, Leos Carax et Michel Gondry Afterschool d'Antonio Campos Parking de Chung Mong Hong Soi Cowboy de Thomas Clay La Vie moderne de Raymond Depardon Wolke 9 d'Andreas Dresen Tulpan de Sergey Dvortsevoy Los Bastardos d'Amat Escalante Je veux voir de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige O'Horten de Bent Hamer Le Sel de la mer d'Annemarie Jacir Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa Yi Ban Haishui, Yi Ban Huoyan de Fendou Liu La Fête de la jeune fille morte de Matheus Nachtergaele De Ofrivilliga de Ruben Östlund Wendy and Lucy de Kelly Reichardt Johnny Mad Dog de Jean-Stéphane Sauvaire Versailles de Pierre Schoeller Tyson de James Toback
Vicky Christina Barcelona de Woody Allen Le bon, la brute, le cinglé de Kim Jee-Woon Kung-fu Panda de Mark Osborne et John Stevenson Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg What's just happened ? de Barry Levinson (film de clôture)
Maradona d'Emir Kusturica Surveillance de Jennifer Lynch The Chaser de Hong-Jin Na
Of Time and city de Terence Davies Chelsea Hotel d'Abel Ferrara Sanguepazzo de Marco Tulio Giordana C'est dur d'être aimé par des cons de Daniel Leconte Les Cendres du temps (Redux) de Wong Kar-Waï Roman Polanski : Wanted and Desired de Marina Zenovich
The Third Wave d'Alison Thompson Mots clés Technorati : Festival de Cannes "Mother of tears" de Dario Argento
Film de clôture, Fantastic'Arts Gérardmer 2008 Il y a longtemps que l'on a perdu Dario Argento. De temps en temps, un film nous redonne un peu d'espoir via une production correcte et puis ces espoirs sont vite déçus. Que dire de Mother of tears ? Il s'agit d'un nauffrage. A tous les niveaux. La déception est d'autant plus grande que le film clôt une trilogie commencée avec un des films majeurs de l'histoire du cinéma (Suspiria), et poursuivit avec une oeuvre déjà différente et un peu moins impressionnante (Inferno). Mais même sans cela, Mother of tears est un film raté à tous les étages, duquel il n'y a strictement rien à sauver et qui procure une peine immense, le sentiment d'avoir perdu pour toujours un cinéaste autrefois admiré... Avec son esthétique de (mauvais) film porno, déjà entrevu dans la bande-annonce, Mother of tears s'apparente d'emblée à une grosse blague. On pourrait d'ailleur rire avec un nom de réalisateur inconnu, tant Argento enchaînes les séquences ridicules mais, dans ce cas précis, nous ne pouvons qu'être affligé. Argento, qui n'a jamais été un très grand directeur d'acteur, nous montre également dans ce film, sa fille dans ce qui est sans aucun doute possible sa plus mauvaise prestation d'actrice à ce jour. Le personnage qu'elle incarne est en plus mis dans des situations impossibles à concevoir et vectrice de sarcasmes obligés. A ce niveau là de médiocrité, on en arrive à faire l'impasse sur les effets spéciaux numériques ratés. Le coup de grâce en fait. Alors, à quoi se raccrocher ? Une séquence initiale de meurtre finalement pas mal et le clin d'oeil d'Udo Kier, pas vraiment génial mais sympathique, d'autant plus que sa séquence permet de faire le lien avec les autres films de la trilogie. Un lien qu'on préfèrerait taire, mais le souvenir de ces films nous force à nous rappeler qu'il fût un temps ou Argento était inspiré. Un temps ou Argento était grand.
Benoît Thevenin Mother of tears - Note pour ce film : 0
Réalisé par Dario Argento
Avec Asia Argento, Moran Atias, Tommaso Banfi, ... Année de production : 2006 Palmarès Gérardmer 2008
La quinzième édition du festival Fantastic'Arts de Gérardmer aura tenu toutes ses promesses. Les films les plus attendus n'ont pas déçu, même si la soirée de clôture aura été désastreuse, la faute à la trahison faite par Dario Argento, coupable de nous avoir pondu l'infâme Mother of Tears. Gérardmer 2008 restera un grand cru et le palmarès en est d'ailleurs un beau reflet. On regrettera juste que le prix du Jury soit remis ex-aequo à deux films : [Rec.] étant largement plébiscité par ailleurs, on a comme le sentiment que la récompense décerné à l'audacieux Teeth perd un peu de son prestige. Qu'importe, le palmarès est plutôt à la hauteur de cette belle et riche sélection. GRAND PRIX : L'Orphelinat de Juan Antonio Bayona Prix du Jury (ex-aequo): Teeth de Mitchell Lichtenstein ; [Rec.] de Jaume Balaguero & Paco Plaza Prix de la critique : Diary of the dead de George A. Romero Prix du public : [Rec.] de Jaume Balaguero & Paco Plaza Prix du Jury Sci-Fi : L'Orphelinat de Juan Antonio Bayona Prix du Jury jeune : [Rec.] de Jaume Balaguero & Paco Plaza Prix du meilleur inédit vidéo : Détour Mortel 2 de Joe Lynch Grand Prix du court-métrage : Dans leur peau d'Arnaud Malherbe
"Stuck" de Stuart Gordon
Hors-compétition, Fantastic'Arts Gérardmer 2008 D'un côté, un homme licencié et mis à la rue, de l'autre Brady, une jeune infirmière sur le point d'être promue chef de son service. Ces deux personnages ne sont pas sensée se rencontrer mais un collision lie leur destin de manière irréversible. Percuté par une Brady sous substance, le SDF traverse le part-brise et reste coincé. Personne ne viendra l'aider à se sortir de là et le voilà enfermé dans un garage, prisonnier malgré lui. Le pitch du film est basique mais tient en haleine pendant 1h20 particulièrement bien menée. Stuck est quelque peu old-school, impression inspirée par le générique et confirmée ensuite par la mise en scène de Gordon et la bande-son, mais c'est ce qui fait d'emblée tout le charme du film. Gordon ne cherche pourtant aucunement un quelconque consensus. S'il a abandonné le gore, son cinéma ne détourne pas le regard à la vue du sang. Le film reste une satire sociale assez violente et surtout très drôle. On ne nous épargne malgré tout rien, ni la merde de vieux pensionnaires de maison de retraite que nettoie l'infirmière, ni l'essui-glace qui pénètre profondément dans la chaire de la victime accidentée. Stuck interroge la moralité du spectateur via la culpabilité de son héroïne. La satire est parfois grinçante, comme lorsque le gangsta boyfriend de Brady suggère l'idée que la mort d'un SDF n'alerte et n'intéresse personne. Stuck confirme en tout cas le retour en forme de Stuart Gordon, trois ans après le déjà très bon Edmond et sans compter Dagon que nous n'avons pas vu. Mena Suvari est impeccable. Elle est une actrice talentueuse jamais plus intéressante ailleurs que dans les circuits du cinéma d'auteur (de American Beauty à Factory Girl en passant par la série Six Feet Under et l'Edmond de Gordon).
Réalisé par Stuart Gordon
Avec Mena Suvari Année de production : 2007
"Epitaph" (Gi-Dam) de Jung Bum-Sik et Jung Sik
En compétition, Fantastic'Arts Gérardmer 2008 Une histoire de fantômes coréens, ou les morts marient leurs âmes avec les vivants, ou les fantômes font "bou". Vraiment rien d'original. Au contraire, tous les codes des films d'horreurs asiatiques sont soigneusement régurgités ici. Les frères Jung, anciens assistants de Park Chan-Wok (sur Old Boy entre autres) nous proposent un film a l'ambition artistique très affirmée mais au contenu complètement vide. Le premier plan, avec des infirmiers en train d'ouvrir le crâne d'un patient donne quand même la tendance d'un film assez volontaire dans sa représentation de la violence. Cela ne cache pas les nombreuses faiblesses d'une oeuvre qui fait plus souvent sourire que peur : un scénario assez baroque qui multiplie fausses pistes et faux semblant pour mieux perdre les spectateurs ; une utilisation assez pathétique de la musique composée par Bernard Herrman dans Psychose, une jeune comédienne à côté de la plaque qui n'inspire que très peu la peur. Il y a de quoi être dubitatif. Dans Epitaph, on est pas très loin de Deux soeurs, mais il y avait dans ce dernier une réelle atmosphère oppressante. Epitaph ne restera sûrement pas dans les annales. Il ne s'agit là que d'un film publicitaire, à comprendre par là qu'il s'agit d'un simple catalogue d'images. Pour le reste, les cinéastes nous ennuient a force de surligner et répéter certaines clés du film, notamment la conclusion, assez ridicule en soi. A éviter.
Benoît Thevenin 15e festival Fantastic'Arts de Gerardmer : une programmation royale
Le line-up du 15e festival du cinéma fantastique de Gerardmer (du 23 au 27 janvier) vient de tomber. Les festivaliers seront comblés car l'organisation a concocté une sélection riche en valeurs sûres et en films pour le moins attendus. Histoire de démarrer sur les chapeaux de roue, le champion des champions du buzz médiatique depuis de longs mois déjà, Cloverfield donc, fera l'ouverture ! Mais quid du reste ?
Présidé par Stuart Gordon, réalisateur des cultes Re-Animator et From Beyond, la composition du jury inspirera grande confiance à tous les amateurs de cinéma fantastique : Sarah Forestier (Hell), Kristanna Loken (Terminator 3), Sean Cunningham (réalisateur de Vendredi 13), Jess Franco (le pape de la série Z érotico-fantastique notamment réalisateur de Vampiros Lesbos), Juraj Herz (réalisateur tchèque de L'Incinérateur de cadavre), Neil Marshall (réalisateur de Dog Soldier et The Descent), Takashi Shimizu (papa de la franchise The Grudge), Jake West (réal du culte Razor Blade Smile) et Nicolas Winding Refn (réalisateur danois de la trilogie Pusher) seront les spectateurs attentifs d'une sélection foisonnante.
George Romero sera la principale attraction de cette sélection puisque son dernier opus, Diary of the dead, sera présenté en compétition. Une compète' dans laquelle on retrouve Joshua (avec Sam Rockwell et Vera Farmiga), Epitaph (film coréen coréalisé par Jung Sik & Jung Bum-sik, ex-assistant du réalisateur de Old Boy Park Chan-Wok), L'Orphelinat (premier film de Juan Antonio Bayona mais produit par Guillermo del Toro)... Au menu également, et comme nous vous l'annoncions en exclusivité il y a quelques semaines, [Rec.], dernier film de Jaume Balaguero lequel est déjà précédé par une excellente rumeur puisque déjà sorti en Espagne... Rogue, le film de crocodiles de Greg McLean (Wolf Creek), Teeth, le film qui a ébranlé le festival de Deauville l'automne dernier, et The Broken, second long-métrage de Sean Ellis après Cashback, seront les autres curiosités de cette sélection pleines de promesses.
Sans égrainer la liste de tous les films présentés dans cette section, signalons en quand même les poids lourds. Cloverfield de Matt Reeves, fait l'ouverture tandis que le slasher All the boys loves Mandy Lane, le Frontière(s) de Xavier Gens et La Mère des larmes de Dario Argento ne manqueront pas de faire saliver aussi ! Signalons également deux projos spéciales : Frankenstein Junior de Mel Brook et Le Voyage de Chihiro de Miyazaki.
L'un des films de cette catégorie se verra décerner le prix Mad Movie. Dragon Wars (aka D-Wars), blockbuster triomphant du box office coréen en 2007, et Paradise Lost (aka Turistas) de John Stockwell (Bleu d'enfer) concourront face à des films pour le moment inconnus tels Black Water de David Nerlich et Andrew Traucki, Détour Mortel 2 de Joe Lynch, End of the line de Maurice Devereaux et Steel Trap de Luis Camara.
Cet hommage permettra la (re)découvertes de classiques du genre : Tesis et Ouvre les yeux d'Alejandro Amenabar, L'Ange Exterminateur de Luis Bunuel, Le Jour de la bête d'Alex de la Iglesia (Grand Prix du Jury à Gerardmer en 1996), Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro mais aussi La Résidence et Les Révoltés de l'an 2000 de Nardso Ibanez Serrador et Abandonnée de Nacho Cerda.
Voila pour l'essentiel. D'autres films encore seront présentés mais le panorama que nous venons de faire promet déjà un festival très riches en sensation fortes. Si vous voulez frissonner, vous savez ce qu'il vous reste à faire...
Benoît Thevenin Bilan du 60e Festival de Cannes (3/3)
Troisième et dernière partie du Bilan des films du Festival de Cannes. Ici sont regroupés tous les films vu dans le cadre de la semaine de reprise, à Paris, des films de la Quinzaine des réalisateurs et d'Un Certain regard.
QUINZAINE DES REALISATEURS
« Tout est pardonné » de Mia Hansen-Love (France) *****
Victor (Paul Blain) vit à Vienne avec Annette (Marie-Christine Friedrich), une jeune autrichienne. Ils sont les parents de la petite Pamela. Ils retournent bientôt à Paris ou Annette espère que Victor arrivera à se libérer de sa toxicomanie avant qu’elle ne pèse sur ses relations avec ceux qu’il aime profondément.
« Tout est pardonné » est le premier long-métrage de Mia Hansen-Love, jeune réalisatrice, un temps critique aux Cahiers du cinéma, un temps actrice chez Assayas, mais dont l’incontestable vocation est celle du septième Art. Le pitch peut paraître un peu rude mais il ne faut surtout pas se laisser tromper. « Tout est pardonné » est un film fin, doux et juste, une œuvre bercée par l’amour : celui de la cinéaste pour son travail, celui des acteurs pour leurs personnages, celui que chaque personnage porte sur les autres. Tout l’enjeu de cette histoire est incarné par Pamela. C’est elle qui souffrira le plus des troubles de l’amour passionné de ses parents. Mia Hansen-Love pratique l’art de l’ellipse avec une grande précision. Le film n’en paraît en fait que plus spontané et frais. L’émotion se nourrit de ces vides, de ces absences, de ces silences. On signalera aussi l’excellente utilisation faite de la musique, le morceau juste lancé et interrompu à chaque fois au bon moment.
« Tout est pardonné » est sans doute la grande révélation (avec « Control ») de cette Quinzaine des réalisateurs, un film d’une profonde justesse, tant dans la description des rapports humains que dans l’incarnation même des personnages par les acteurs. Un film sans artifice, simplement beau, touchant, gracieux. Un énorme coup de cœur pour Mia Hansen-Love et pleins de promesses pour l’avenir... (Sortie nationale le 5 septembre).
« Garage » de Leonard Abrahamson (Irlande) ****
Josie est pompiste dans un village isolé Irlandais. Un petit peu simplet, il est sujet à de douces moqueries de la part des quelques habitants du village et mène une existence solitaire qui n’entame en rien son optimisme. Il se lie bientôt d’amitié avec un adolescent…
Josie est le seul à amener un peu de couleurs dans le triste décor de cette campagne irlandaise abandonnée. La ville est tranquille, trop tranquille. Il n’y a rien à faire à part se retrouver au pub et déguster quelques Guinness. Le ciel est gris, le climat morne et pesant. Josie, par son insouciance, est finalement le seul à apporter un peu de couleurs et de gaité dans un monde ou même les plus jeunes sont blasés.
Malgré la tristesse des décors, le film est chaleureux. Nous devons cela à Pat Shortt, excellent dans le rôle de Josie, et qui nous émeut par la gentillesse et la pureté de son personnage. Quelque chose de grave est pourtant en train de s’orchestrer insidieusement, quelque chose de grave et de pathétique pour un final renversant et bouleversant.
« Genenüber » (En face) de Jan Bonny (Allemagne) ****
En façade, un couple apparemment sans histoire : elle, Anna, est institutrice. Lui, Georg, est fonctionnaire de police et s’apprête à être promu. Les tensions au sein de la famille existent. Les deux enfants, jeunes adultes, s’émancipent et ont quitté le foyer. Surtout, Anna est instable, très fragile psychologiquement. Lorsqu’elle pète les plombs, c’est Georg qui subit, sans broncher, sa violence…
Georg est assez réservé, effacé même. Il est apprécié de ces collègues mais sa petite vie bien rangée suscite des jalousies. Les apparences sont donc trompeuses. Georg est battu par sa femme et ce n’est pas banal. Anna ne supporte pas le calme de son époux, et encore moins sa réussite. Elle aussi est jalouse de Georg. Il ne se passe rien dans sa petite vie tranquille. Les enfants sont partis, le couple ne fait plus l’amour, les parents d’Anna font office de banque etc. Anna se sent humiliée, elle est en quête d’attention. Dans une scène, elle tente d’expliquer que sa violence, aussi pulsionnelle peut-elle être, est aussi une tentative de réveiller son époux par rapport à la monotonie de sa vie.
Le cinéma allemand est en plein essor via notamment les films de « L’école de Berlin ». On nomme par-là tous ces films de jeunes cinéastes allemands révélés par la biennale de Berlin (cf. des films comme « Montag », « Requiem » ou « Ping Pong » par exemple). « Gegenüber » est assez emblématique de ce souffle nouveau qui déferle. Ces cinéastes sont assez dissemblables les uns des autres et « L’Ecole de Berlin » ne représente en rien un mouvement (théorique, esthétique, technique etc.) telle la Nouvelle Vague française. Néanmoins, tous ces jeunes cinéastes partagent un goût pour certaines thématiques dont celui, principal, de la famille et de ses dysfonctionnements. Le film de Jan Bonny s’inscrit donc dans cette thématique là. Au plus près de ces personnages, le cinéaste décrit un phénomène tabou dans les sociétés et en évitant toutes caricatures. « Gegenüber » est un film assez éprouvant ou, à tout le moins, étouffant dont le sous-texte renvoie à un problème majeur des sociétés modernes : le renversement de valeurs, le non-respect dont son victimes aujourd’hui les représentants de l’autorité. Pas plus tard qu’hier – 5 juin 2007 – à Metz, un juge des enfants s’est fait agressé de plusieurs coups de couteaux par une mère de famille, en pleine audience…
« Zoo » de Robinson Devor (Etats-Unis) ***
Des films mettant en scène la zoophilie, il en existe quelques-uns un (« La Ballade de Narayama » d’Imamura, « Max mon amour » d’Oshima, « Adresse Inconnue » de Kim Ki Duk ou encore « Zatoïchi » de Kitano…) Vous avez peut-être même ris devant « Juste une fois » de Bob Goldthwaith, sortit au début de l’année.
Robinson Devor va lui beaucoup plus loin. « Zoo » s’inspire d’un fait divers réel et sordide, la mort d’un zoophile américain suite à une perforation du côlon. Pour un premier film, Devor n’a pas choisit la facilité. Le sujet est on ne peut plus malsain mais Devor le traite avec énormément de tact. Jamais il ne cherche la provocation ou le sensationnalisme. Le sujet est déjà assez sensible en lui-même. Le réalisateur construit son film comme une sorte de documentaire. Divers narrateurs racontent l’histoire de ce père de famille selon leurs points de vue. Tous sont liés à l’histoire d’une manière ou d’une autre. Dans les premières minutes du film, le cinéaste porte son propos sur l’influence d’internet lequel aura favorisé le regroupement en communautés des marginaux de la société. Il s’agit en tous cas du point de départ du film. Dans un ranch américain, un groupe de zoophiles se réunit pour vivre leurs ‘amours des chevaux’ (sic). En donnant la parole à des membres de ce milieu, Devor risque de provoquer un certain émoi. Le cinéaste se refuse à juger ces protagonistes, ce qui est sûrement intellectuellement judicieux mais moralement dangereux. Ces individus évoquent leurs perversités et tentent de se défendre (‘on ne contrôle pas ses pulsions’ ; ‘ca ne m’empêche pas d’être amis avec des humains’ ; ‘j’etais quelqu’un de respecté avant que l’affaire n’éclate’ ; ‘j’aime mon cheval comme d’autre peuvent être amoureux de leurs épouses’ etc.)
Tous ces discours risquent en effet d’être très mal reçus par ceux qui s’estiment bien pensant. Néanmoins, subtilement, Robinson Devor prend énormément de distance avec son sujet. « Zoo » est film de cinéaste en ce sens que le réalisateur travaille méticuleusement toute la matière cinématographique dont il dispose. Les plans sont d’une délicate élégance. La bande-son évoque la B.O d’un film de science-fiction ce qui induit un légitime sentiment d’étrangeté et de mystère. Robinson Devor ne cède ainsi ni au voyeurisme ni au scabreux mais réalise un film intelligent et déstabilisant.
« Caramel » de Nadine Labaki (Liban) ***
« Caramel » prend pour décor principal un institut de beauté à Beyrouth. Cinq amies d’âges différents y travaillent et évoquent leurs amours, le mariage et le sexe.
Le film s’est tourné sur six semaines, il y a tout juste un an, entre mai et juillet 2006. Le Liban était alors bercé par un vent d’indépendance et d’espoir consécutif au départ des Syriens après l’attentat contre Rafiq Hariri, le Premier ministre du pays. L’ambiance s’est sérieusement dégradée depuis et Beyrouth est redevenue une ville bombardée.
« Caramel » donne une autre image du Liban que celle de la guerre. Nadine Labaki nous offre en effet un film chaleureux et réjouissant, une œuvre au bonheur communicatif. La vie des cinq personnages n’est pourtant pas sans heurts, tout n’est pas rose. Ces cinq femmes ont chacune leurs petites blessures dissimulées et ne seront pas épargnées, à un moment ou à un autre, par le spleen. En somme, ce sont tous les aléas de l’amour qui contrarient leurs bonheurs. Mais c’est aussi la preuve d’une société qui vit. « Caramel » renvoie au monde entier une image moderne et positive de la femme arabe. Le film montre aussi l’image d’un Beyrouth chaleureux à l’opposé des images de rues dévastées que le public occidental a pris l’habitude de voir. « Caramel » est un film spontané, généreux et vivant, un film qui apporte douceur et joie de vivre. Sortie française le 14 aôut.
TRIVIA : Nadine Labaki. A 33 ans, « Caramel » est son premier long-métrage. Au Liban, elle est très connue en tant que réalisatrice de clips de célèbres chanteuses arabes. Nadine est aussi actrice et interprète d’ailleurs l’un des rôles principaux de son film. Nous avons aussi pu la voir dans « Bosta L’autobus » de Philippe Aractingi, sortit en France au mois de février 2007.
« Savage Grace » de Tom Kalin (Etats-Unis) **
Inspiré de personnages réels et d’une histoire qui défraya les chroniques américaines à la fin des années 70, « Savage Grace » est un film trop sage pour être intéressant.
Le film baigne d’abord dans une ambiance de film noir. Nous sommes à la fin des 50’s et un couple de la haute bourgeoisie américaine s’apprête à sortir. Le petit Tony, tout juste né, est confié à la garde de sa grand-mère. D’une ellipse à l’autre, dans des décors qui ne cessent d’évoluer (on passe de NY à l’Europe), cette famille bien sous tous rapports commence à se déliter, dans un processus irréversible.
Paris 1959, Tony encore jeune enfant, se découvre attiré par les garçons. Cadquès 1967, sa rencontre avec la sublime Blanca (Elena Anaya) ne le bouleverse que timidement. Il préfère Jake (Unax Ugalde). Un an plus tard à Majorque, ses parents sont séparés, le père est parti avec Blanca. Barbara, la mère (Julianne Moore), essaye de sauver les apparences et rester une figure mondaine. Tony (Eddie Redmayne) s’est éloigné de son père mais noue avec sa mère des rapports ambigus incontrôlés qui provoqueront sa perte.
« Savage Grace » baigne dans une ambiance trouble et donne à l’ensemble du film une impression de fragilité. En cela, toute la perception du film est contenue dans le jeu vaporeux de Julianne Moore. Tom Kalin construit son intrigue comme une étude de mœurs mais la mise en scène, quoique soignée, reste classique et ne permet pas de distiller la moindre émotion.
« Yumurta » (Œuf) de Semih Kaplanoğlu (Turquie) ***
En Turquie, un poète retourne dans son petit village pour enterrer sa mère. Il fait la rencontre d’une jeune fille avec qui il entame une conversation amoureuse.
A partir d’un sujet ultra galvaudé, Semih Kaplanoğlu arrive malgré tout à nous toucher. Son film est fait de silence, de jeux de regards. La mise en scène, discrète et élégante, et la justesse du jeu des acteurs (le sourire de Saadet Işıl Aksoy illumine l’écran) compense un scénario que tout le monde connaît par cœur. Le deuil du poète traduit le délitement de son existence, laquelle respire d’un second souffle grâce à la rencontre et la relation qui se noue. Un joli petit film dans les décors sublime de la campagne turque. Les plans ne sont pas aussi chiadés que chez Ceylan mais ca reste magnifique.
« La Influencia » de Pedro Aguilera (Espagne) *
Le film de Pedro Aguilera tente de dessiner le portrait d’une mère célibataire (Paloma Morales) accablée par les problèmes quotidiens. Mutique, le personnage de la mère est trop antipathique pour que l’on soit sensible à ses malheurs. Commerçante, elle passe ses journées à espérer un client. Quand celui-ci pointe le nez, pas un bonjour, pas un sourire. On comprend aisément pourquoi son commerce est ainsi déserté. Les conséquences sont extrêmement fâcheuses : des revenus plus que modestes qui ne lui permettent pas de régler le loyer de sa boutique (elle en sera vite chassée), ni la scolarité de ses enfants (en école privée). Les enfants, 15 ans et 5 ans environ, manifestent leurs insouciances par une vitalité qui tranche avec l’attitude affligée de la mère. Celle-ci sombre ensuite dans la maladie, reste clouée au lit et laisse ses enfants livrés à eux-mêmes. Dans cette partie, le parallèle est vite établit avec des films comme « Nobody Knows » de Kore-Eda ou « Demi-tarif » d’Isild le Besco. La différence est ténue. Si la mère est ici physiquement présente, elle est en fait autant fantomatique que les mères dans les deux films précités. « La Influencia » est un film assez insupportable, s’égarant très rapidement dans une litanie du vide. La mère déambule entre son foyer et son magasin. Elle ne sourit jamais, excepté en une occasion qu’elle saisit pour se libérer temporairement de son malheur. Par le sexe bien sûr, le film ne va pas très loin dans son propos. D’ailleurs c’est un peu tout le problème, on a du mal à deviner les intentions du cinéaste, ce qu’il a voulu dire. Le drame inéluctable arrive dans une fin qui rattrape un tout petit peu la vacuité pesante et sidérale de toute cette histoire. Les enfants deviennent adultes. Ils foncent dans un mur mais, sains et sauf, peuvent maintenant envisager de vivre.
TRIVIA : Premier film pour Pedro Aguilera, ancien assistant de Carlos Reygadas.
« PVC-1 » de Spiros Stathoulopoulos (Colombie) ***
Inspiré de faits réels : en 2000 en Colombie, une femme, mère de quatre enfants et éleveuse de bovins, est victime d’un acte terroriste extraordinaire, transformée en bombe humaine car incapable de payer la rançon exigée.
Comme le laisse entendre son nom, Spiros Stathoulopoulos est grec. « PVC-1 » est son premier film, réalisé là où le cinéaste vit, en Colombie (à 2h de Bogota). Tourné en un seul plan séquence d’1h25, le film est d’abord intrigant pour ce pari technique (et physique) assez hors du commun (1).
Stathoulopoulos s’est entraîné trois mois pour se familiariser avec le terrain accidenté sur lequel toute l’action se déroule. C’est en effet lui qui a tenu à assurer les prises de vues (en Steadycam) et de son. Le résultat est assez stupéfiant tant la mise en scène paraît être réglée au millimètre. Puisque le rythme de son intrigue ne peut être guidé par le montage, toute la gestion de la tension se réalise au niveau de la mise en image. Il faut malgré tout un œil attentif pour s’apercevoir que le cinéaste n’a pas pu tricher dans son pari fou. L’efficacité de sa mise en scène est aussi contenue dans sa discrétion. Quant aux acteurs, livrés à eux-mêmes, il faut à eux aussi leur tirer un coup de chapeau.
Indépendamment de tous ces éléments, « PVC-1 » n’est peut-être pas aussi exaltant qu’un épisode de 24h Chrono mais il ménage malgré tout une belle tension, preuve du succès du cinéaste dans son audace.
(1) En 2000, Mike Figgis avait réussit avec « Timecode » un pari assez similaire. L’histoire en elle-même n’avait pas grand intérêt. « Timecode » a été tourné en quatre plans séquences d’1h30 et le film se regarde avec l’écran divisé en quatre pour autant d’actions se déroulant simultanément. Une sacrée prouesse technique !
UN CERTAIN REGARD
« Le Voyage du ballon rouge » de Hou Hsiao Hsien (France) ***
Pour Hou Hsiao Hsien, « Le Voyage du Ballon Rouge » est le premier film qu’il tourne en dehors de l’Asie. A l’exception de « Café Lumière », réalisé au Japon dans le cadre d’un hommage à Ozu, tous ses films avaient été jusque là conçus chez lui, à Taiwan.
« Le Voyage du ballon rouge » est une commande du musée d’Orsay, soit le prétexte à un voyage impressionniste dans les rues de Paris et à un hommage à un film cher au maître taïwanais, « Le ballon rouge » d’Albert Lamorisse (1956).
Simon à sept ans. Un mystérieux ballon rouge le suit dans Paris. Sa mère Suzanne (Juliette Binoche) est marionnettiste et prépare son nouveau spectacle. Absorbée par sa création, elle se laisse déborder par son quotidien et décide d’engager Song Fang, une jeune étudiante en cinéma, afin de l’aider à s’occuper de Simon. (1)
« Le Voyage du Ballon rouge » est un film a plusieurs entrées diversement intéressantes. Les séquences avec le ballon rouge ont un côté féerique et nous transportent dans un univers léger et poétique. La seconde entrée nous propulse sur le palier de l’appartement de Suzanne. Malgré l’innocence des regards de Simon et de Sang, une atmosphère nettement plus lourde règne. Suzanne est stressée par la conception de son spectacle et de fait très à fleur de peau.
Et enfin, la dernière entrée, l’aspect le plus personnel du film : Song réalise un film en hommage au « Ballon Rouge » de Lamorisse. HHH se met donc en scène via ce personnage. Comme Song, il découvre Paris par le biais de sa caméra. La caméra se promène, tel le ballon rouge, de manière un peu hasardeuse, au gré des humeurs et du vent qui transporte. HHH, en fin observateur, arrive même à capter quelques plans d’une exceptionnelle beauté dans de simples reflets (celui d’une fontaine dans les vitres d’un café, ou encore celui d’un soleil couchant qui se superpose à l’image de Juliette Binoche projetée dans le cadre de la fenêtre d’un wagon de train…).
Dans l’une des dernières séquences du film, une conférencière du musée d’Orsay explique un tableau à la classe dont fait partie Simon. Un enfant court après un ballon rouge. Le tableau est décrit par les élèves comme à la fois lumineux et inquiétant. Ainsi, HHH assume ce contraste entre la douceur des scènes avec le ballon et la plus grande dureté des scènes intimes.
(1) (1) Résumé copié à partir du catalogue du festival.
« Et Puis les touristes » de Robert Thalheim (Allemagne) ****
Sven, un jeune allemand, arrive à Auschwitz pour effectuer son service civique, sur les lieux mêmes de ce qui a été le plus sordide crime contre l’humanité du XXème siècle. Il est affecté auprès de Krzeminski, un survivant octogénaire qui continue de vivre sur le camp.
Le film de Robert Thalheim ne prend pas la forme d’un examen de conscience. Sven débarque timidement à Auschwitz. Il est « l’Allemand » et, même si les tensions avec le peuple polonais sont aujourd’hui apaisées, Sven sait qu’il porte sur ses épaules un lourd héritage. Il se doit d’être attentif à ses paroles, à ses actes. Les plaisanteries douteuses de quelques rescapés « demande-lui si son grand-père est lui aussi déjà venu travailler ici » ne peuvent masquer le malaise qui subsiste.
Krzeminski, un octogénaire survivant du camp, ne facilite pas la tâche de son auxiliaire. Il est un vieil homme aigri, qui ne supporte pas de se sentir faible. Ses rapports avec Sven sont tendus et le passif des Allemands en terre polonaise n’y est sans doute pas pour rien. Sven reste néanmoins suffisamment attentif et sérieux pour être très généralement bien accepté par ceux qui vivent ici.
A travers la relation qu’il noue avec la très charmante Ania, une autre question surgit : l’enracinement à sa terre natale peu importe qu’elle ait été le théâtre d’horreurs inconcevables. Ania n’a pas connu la guerre, elle a grandit sur ces lieux même et a du mal à envisager de partir. On ne peut pas dire que le passé n’a aucune prise sur elle mais elle est logiquement moins affectée que Krzeminski. Le vieil homme est lui lié à cette terre pour la vie. Sa famille n’arrive pas à le convaincre de les rejoindre pour une vie plus facile auprès de ceux qui l’aiment. Krzeminski est traumatisé par la guerre et a besoin de vivre avec ses souvenirs. Sur le camp, il est d’ailleurs le dernier à les évoquer auprès des étudiants en visite, le dernier à rappeler ce qu’il a vécu à l’occasion des commémorations qui s’organisent. Mais au final, Krzeminski effectue un constat tragique. Alors qu’il vient d’être interrompu dans un de ses discours de mémoire, le vieil homme sent que sa place n’est plus ici. « Ce que j’ai vécu n’est plus important, « La Liste de Schindler » leur fait plus d’effet ».
« Et puis les touristes » est un film apaisé, sans colère ni ressentiment, mais simplement humain. Le sujet était tout de même sensible mais Robert Thalheim arrive à nous toucher sans heurt. Le cinéaste signe là son second film. Le premier, « Tout ira bien », est sortit le 16 mai en France et continue d’être projeté dans quelques salles.
« Magnus » de Kadri Kõusaar (Estonie) ****
Magnus, jeune homme suicidaire, est victime du désamour de ses proches. Enfant, une maladie pulmonaire lui promettait une courte espérance de vie. Magnus, fils d’un proxénète et d’une mère actrice porno, vit alors son existence en errance, lançant des défis à la mort pour se prouver qu’il existe. Jeune adulte, la médecine l’a guéri de sa maladie. Son mal être subsiste pourtant et son désir de mourir est tel qu’il tente de mettre fin à ses jours une première fois. Son père commence à prendre conscience de la situation. Il embarque alors son fils dans une sorte de voyage, tentant de réinsuffler un élan de vie dans le cœur de Marcus. Ce dont il souffre aujourd’hui, c’est de n’avoir jamais été aimé et cette maladie là est incurable.
Cette douloureuse histoire est en fait celle de l’un des acteurs principaux du film, Mart Laisk qui joue son propre rôle, celui du père de Marcus. L’histoire en elle-même est plus que tragique mais Kadri Kõusaar l’évoque avec une telle sensibilité que l’on ne peut qu’être affecté par ce destin. Le parcours de Marcus et de son père est pourtant assez étrange. Ce père ne peut offrir à son fils que du sexe facile. On ne remplace pas l’amour par du sexe, pas plus que l’on efface une vie de silence par des échanges devenus évidemment difficiles. Le désir de mort de Magnus est pourtant révoltant. La fin du film risque en cela de déranger le public malgré l’extrême finesse de la réalisatrice. « Magnus » parle de désespoir et de désamour, mais sans excès, sans pathos. Kadri Kõusaar pose sur cette histoire un regard infiniment sensible, le tout avec un réel talent de mise en scène. « Magnus » est un film bouleversant, transcendé par la magnifique bande originale des canadiens de Set Fire to Flames. Pour son premier film, Kadri Kõusaar frappe un grand coup.
« Mon Frère est fils unique » de Daniele Luchetti (Italie) ***
Adapté du roman éponyme et autobiographique d’Antonio Pannacchi, « Mon frère est fils unique » évoque l’histoire d’une famille ouvrière italienne, de la fin des années 60 à la fin des 70’s. Accio, dit la teigne, s’estime mal-aimé de sa famille et se réfugie très jeune dans la figure paternelle d’un dirigeant fasciste local. Accio se laisse séduire par le discours nationaliste sans en assimiler la substance. Mais son encartage au parti est aussi une manière de s’opposer à Manrico, son frère ainé communiste.
Les relations entre les deux frères sont assez difficiles du fait de leurs idéaux politiques opposés. Accio reste malgré tout sous l’influence et l’admiration de son ainé. La haine ne s’interpose finalement jamais entre eux. C’est l’arrivée de Francesca, la petite amie de Manrico, qui va le plus compliquer leurs rapports. Accio se laisse séduire par elle mais tient trop son frère en respect pour le trahir. Finalement, grâce en partie à Francesca, Accio change et se responsabilise. Le film de Daniele Luchetti décrit la jeunesse italienne qui précède l’époque sombre des Brigades Rouges. « Mon frère est fils unique » se termine justement sur cette montée de la violence qui tout d’un coup s’impose dans le climat politique des 70’s. Pour les Italiens, les années 60 étaient relativement insouciantes. C’est plus tard que le climat s’est tendu (cf. « Buongiorno Notte » de Marco Bellocchio). Daniele Luchetti nous offre un film sensible et agréable dans lequel on rit plus qu'on ne pleure. Une belle surprise.
Sur Cinemaniac, vous pourrez trouver des critiques de quelques autres films, en particulier de la sélection Un Certain Regard, qu'ici nous n'avons pas pu voir : "Naissance des pieuvres", "Actrices", "California Dreamin' " etc.
Bilan du 60e festival de Cannes (2/3)
UN CERTAIN REGARD "Blind Mountain" de Li Yang (Chine) ****
Le second film de Li Yang, après « Blind Shaft », confirme de manière spectaculaire l’émergence d’une nouvelle valeur sûre du cinéma chinois. Dans un village reculé de la Chine contemporaine, une jeune fille de la ville va se retrouver prise littéralement en otage par l’ensemble de la communauté villageoise. Dans cette montagne perdue, la Chine de Mao semble subsister. Les femmes sont rares et le renouvellement des générations difficile. Les femmes du village ont toutes été achetées à la ville mais ont fini par s’accommoder de leurs situations. Le contrôle est telle qu’elles ne peuvent envisager fuir. Bai Xuemei va elle résister de toutes ces forces. « Blind Mountain » est un film viscéral dans lequel toute la bestialité de l’homme s’exprime d’un bout a l’autre. Li Yang ménage à merveille une tension palpable dès le début mais qui étouffe le spectateur jusqu'à une explosion finale, carrément bluffante. Précis, carré, efficace, Rien ne dépasse et rien ne manque. A coups sûr une des révélations de cette quinzaine. "La visite de la fanfare" d'Eran Kolirin (Israël) ***
« Un jour, une fanfare de la police égyptienne arriva en Israël pour un concert. Peu s’en souviennent car ce n’était pas important ». C’est par ce curieux préambule que commence le film. La fanfare en question, victime d’un mauvais aiguillage, se retrouve perdue dans une petite ville isolée d’Israël. Les musiciens se lient à la patronne d’un café (Ronit Elkabetz) et a ses habitués. Avec beaucoup de sensibilité et d’humour, le cinéaste arrive à nous toucher avec ce joli petit film, léger et innocent mais qui procure un bien fou. Justement récompensé à Cannes, notamment par le Prix de la Jeunesse, « La Visite de la fanfare » méritera d’être découvert en salle. A signaler aussi la présence de Ronit Elkabetz au casting. Star en Israël, nous la connaissons ici grâce à ces rôles dans « Mariage tardif » et « Mon Trésor ». Elle joue également dans son premiers film en tant que réalisatrice « Prendre Femme ». Ici encore, elle illumine l’écran par son élégance. "Mister Lonely" de Harmony Korine (Etats-Unis) **
Cinéaste atypique s’il en est, Harmony Korine livre son troisième film, presque dix ans après des débuts fracassants (« Gummo », « Julian Donkey Boy »). « Mister Lonely » est clairement le film le plus sage de son réalisateur. Il n’en demeure pas moins excentrique. Harmony Korine s’intéresse ici à une communauté de sosies. Ainsi, ‘Marylin Monroe’ (Samantha Morton) arrive à convaincre ‘Michael Jackson’ (Diego Luna) de rejoindre ce groupe ou l’on retrouve pêle-mêle les sosies de Abraham Lincoln ou du Pape. ‘Marylin’ est aussi l’épouse d’un ‘Chaplin’ (Denis Lavant), et la mère d’une ‘Shirley Temple’ . Le pitch de base peut-être intriguant mais il manque à ce film une certaine folie, une plus grande excentricité. Décevant. "Toi qui est vivant" de Roy Anderson (Suède) ****
Roy Anderson tourne peu et « Chanson du deuxième étage » date déjà d’il y a sept ans ! « Toi qui est vivant » est dans la lignée de ce précédent film. Personne mieux que Roy Anderson n’arrive à capter l’absurde et le burlesque des actions les plus anodines. Le film reste assez inégal. Après un démarrage sur les chapeaux de roues, Roy Anderson semble comme chercher un second souffle. Mais cette impression est dictée par le souvenir de « Chanson du deuxième étage », un film très semblable dans l’esprit et tellement parfait que la comparaison avec « Toi qui est vivant » est indécente. Roy Anderson reste méconnu alors mes sentiments pondérés ne doivent surtout pas faire reculer les plus curieux d’entre vous de cet univers si singulier, si riche et si incroyable. « Toi qui est vivant » est tout de même une sacré réussite !! "Train de nuit" de Diao Yinan (Chine) ***
Hongyan est chargée de s’occuper des condamnées à morts d’une prison pour femme en Chine. Chaque nuit, elle prend un train pour participer à des bals de célibataires. Elle rencontre Li Jun, un ouvrier dont l’épouse a été exécutée par Hongyan suite à un meurtre en état de légitime défense… « Train de nuit » ne raconte pas l’histoire d’une vengeance mais l’errance de deux personnages solitaire liés par le destin. Diao Yinan ne recherche pas le sensationnalisme mais au contraire prend le temps de disséquer les moments anodins qui composent l’intrigue et qui, tôt ou tard, se révèlent essentiels. Dans le contexte de Cannes, « Train de nuit » est peut-être un peu rude, trop figé, mais il s’agit sans conteste d’un excellent film. A découvrir lors de sa sortie en salle. "La fiancée errante" d'Ana Katz (Argentine) *
Ana Katz, jeune cinéaste argentine d’une trentaine d’année, est aussi l’interprète de cette fiancée que le titre annonce. Inès et Miguel prennent le bus pour passer leurs vacances aux bords de la mer. Dès la première séquence, les deux personnages se disputent. Inès est si insupportable que Miguel la plante très vite. Inès rejoint malgré tout son hôtel et passe ses vacances avec les nouveaux amis rencontrés sur place. Le gros problème de ce film c’est d’abord ce personnage principal insupportable à en mourir. Ultra répétitif dans ses enchaînements (entre deux séquences de palabres, elle téléphone à son Miguel pour mieux lui raccrocher au nez), ce film qui sur le papier recelait de promesses s’avère au final assez épouvantable.
QUINZAINE DES REALISATEURS "Après lui" de Gaël Morel (France) **
Camille (Catherine Deneuve) voit sa vie brisée par la disparition de son fils dans un accident de voiture. Incapable de faire le deuil, elle se lie à Franck (Thomas Dumerchez), le meilleur ami de celui-ci, qui conduisait lors du drame… Ce ne sont pas les films sur le deuil qui manquent. « Après lui » ne se démarque pas vraiment de ce qui a pu se faire auparavant et vaut surtout pour la présence de Catherine Deneuve. Si son personnage se lie avec celui de Thomas Dumerchez c’est parce qu’elle éprouve le besoin de remplacer son fils et quelque part nier son décès, quitte même à reléguer son autre enfant, sa propre fille (jouée par Elodie Bouchez) au second plan. Beau duo d’acteur (belle révélation que Thomas Dumerchez, très juste et touchant) mais, même si le sujet s’y prêtait, « Après lui » est trop exempt d’émotion pour que l’on soit vraiment affecté par cette histoire.
"Chop Shop" de Raman Bahrani (Etats-Unis) ****
Alejandro est un jeune orphelin. Il travaille dans une décharge pour un garage et lutte pour s’offrir, à lui et à sa sœur, une vie meilleur. Petit film américain réalisé par Raman Bahrani, auteur d’origine iranienne dont le précédent film « Man push cart » avait eu son petit effet, « Chop Shop » est justement dans la lignée de cette vague de films néoréaliste en provenance de Perse. Au plus près de son jeune acteur (Alejandro Polanco, au charisme incroyable et que j’espère revoir un jour à l’écran), Raman Bahrani nous livre un film humain, fort et touchant. "Control" d'Anton Corbijn (Grande-Bretagne) *****
Réalisé par Anton Corbijn, réalisateur de clips émérite, « Control » raconte l’histoire de Ian Curtis, emblématique chanteur de Joy Division et au destin tragique. C’est surtout l’histoire d’un gamin qui grandit trop vite, a du mal à accepter la gloire qui vient à lui et doit en plus lutter avec des crises d’épilepsie qui l’épuisent physiquement et moralement autant que les concerts auxquels il se livre totalement. « Control » n’a rien à voir avec les biopics musicaux formatés qui pullulent. L’histoire de Ian Curtis n’a rien de transcendante malgré la tragédie. La mise en scène, dans un noir et blanc sublime est d’une sobriété à toute épreuve. Corbijn choisit l’épure et ça lui réussit. Le film est transporté par sa bande originale, véritable vecteur émotionnel du film mais aussi par l’interprétation énergique et désespérée de Sam Riley. « Control » est clairement un film rock mais dépasse allègrement ce cadre là. Portrait sensible d’une jeunesse un peu paumée, « Control » a par ailleurs été chaleureusement accueillit par le festival, accumulant plusieurs récompenses dans la compétition de la Quinzaine des réalisateurs. Pour Anton Corbijn, ce film est un brillant acte de naissance au cinéma.
Une fois n'est pas coutume, je vous propose la bande-annonce du film.
Sortie nationale le 26 septembre. A ne pas rater !
Extraits de la B.O de "Control" :
"Cruising" de William Friedkin (Etats-Unis) ****
Présenté en séance spéciale, « Cruising » est l’un des films majeurs de William Friedkin. Il ressort 27 ans plus tard. Un tueur en série ensanglante New-York et, en particulier, la communauté SM-Gay. Al Pacino est envoyé en mission d’infiltration… Plongée dans un univers sordide à souhait, « Cruising » est clairement un des meilleurs films de serial-killer. Malin, assez audacieux (un film qui serait sûrement impossible à mettre en chantier à Hollywood aujourd’hui), le film de Friedkin joue sur différents registres et table sur toutes les ambiguïtés identifiables. Al Pacino est magistral, dans un des rôles troubles les plus fascinant de sa filmo. Présenté dans une copie restaurée quasi parfaite, « Cruising » a été une superbe redécouverte. "Smiley Face" de Gregg Araki (Etats-Unis) **
Comment dire ? Gregg Araki nous a tellement bluffé depuis sa naissance au cinéma (Avec « Doom Generation » puis « Nowhere ») que ce « Smiley Face » peut être ressenti comme un affront par les fans du cinéaste. D’autant plus qu’Araki reste sur le succès de son film le plus aboutit et dès plus fascinant (Mysterious Skin). Alors considérons « Smiley face » comme une récréation que s’offre le cinéaste avant de revenir à des projets plus ambitieux. Anna Faris campe le rôle d’une actrice sous influence, c’est à dire stone du matin au soir. La journée s’annonce pourtant bien remplie pour elle et à partir de là, le seul fait de monter dans un bus prends les contours d’une aventure dangereuse et extraordinaire. «Smiley Face » pourrait être drôle (et il l’est quand même un peu) mais il s’embourbe dans des gags répétitifs, subit son manque flagrant d’audace et de folie. Anna Faris est très convaincante mais c’est loin d’être suffisant. Grosse déception de la part d’Araki. "Dai Nipponjin" de Hitosi Matumoto (Japon) ***
Difficile d’évoquer ce film sans le trahir. « Dai Nipponjin » commence comme une sorte de documentaire. Le personnage évoque son travail, son mode de vie mais tout le sens nous échappe malgré la tonalité quelque peu décalée de l’ensemble. Et soudain la révélation. « Dai Nipponjin » bascule dans un délire excentrique dont seuls les Japonais sont capables. A partir de là, c’est le grand n’importe quoi. Le cinéaste réussit à nous embarquer systématiquement dans des sentiers non répertoriés et nous étonne par le non-sens total de « ce truc » (sic). Néanmoins, le film traîne un peu en longueurs. La partie documentaire n’est pas toujours très intéressante et le reste finit par devenir assez répétitif. « Dai Nipponjin » est un OFNI assez déroutant et peut-être trop typique de la culture japonaise moderne pour séduire le public occidental. Encore que… à voir. "Ploy" de Pen-ek Ratanaruang (Thaïlande) **
Réalisé par Pen-ek Ratanaruang (Moonrack Transistor), « Ploy » fait partie de ces films qui divisent en deux camps leurs audiences. Ici, nous sommes très déçus du résultat. Esthétiquement parfait, « Ploy » n’est en fait qu’une coquille vide et qui repose sur une histoire toujours à la limite du ridicule (en particulier dans les dialogues, pompeux et intellectualisant mais d’une vacuité confondante). Dans le hall d’un hôtel, un homme d’une quarantaine d’année rencontre une jeune fille de 19 ans. Elle attend, pour quelques heures encore, sa mère. Pour combler l’attente, l’homme lui propose de venir se reposer dans sa chambre d’hôtel. Aucune intention malveillante dans cette proposition. L’épouse, jalouse, n’est pas très réceptive à cette intrusion. Méditation foireuse sur le couple, sur le désir. Un film beau, certes, mais toc. SEANCES SPECIALES "A l’intérieur" de Julien Maury et Alexandre Bustillo (France) **
Il y a un certain buzz autour de ce film qui sortira bientôt sur les écrans français (le 13 juin). « A l’intérieur », co-réalisé par Alexandre Bustillo, ancien journaliste de Mad Movie peut au moins être salué pour son effort louable à la contribution au cinéma de genre français. Oui ca existe ! Le film ne manquera d’ailleurs pas de faire parler. Les scènes gores sont assez incroyables, les effets spéciaux particulièrement réussit mais, en cours de route, les réalisateurs ont oublié le plus important : un scénario. Il ne suffit pas d’avoir quelques bonnes idées, il fait aussi savoir les emballer proprement. Or le scénario est franchement à la limite du ridicule et tue parfois tout l’impact visuel généré par les scènes d’hémoglobines. Il était intéressant de jouer sur l’idée d’une confrontation entre femmes plutôt que de tout miser sur la virilité de l’homme. A côté de ça, une métaphore gênante et absurde par rapport aux émeutes dans les banlieues à l’automne 2005 et des facilités scénaristiques parfois pathétiques, en tous les cas inappropriées. Il s’agit malgré tout d’un premier film. Béatrice Dalle est très bien. Alysson Paradis (sœur de Vanessa) un peu moins. Nous saluons quand même les auteurs pour leurs passions. « A l’intérieur » n’est que très partiellement réussit mais ils feront mieux la prochaine fois, c’est certain. Le cinéma de genre français en a besoin. HORS COMPETITIONS "Go Go tales" d'Abel Ferrara (USA) **
Depuis « Nos Funérailles », Abel Ferrara est clairement sur la pente descendante. A l’issue de cette projection, on en est presque à le supplier de revenir à la drogue pour retrouver dans son cinéma l’audace et la folie de ces premiers films. L’intrigue est bateau : Un patron de boîte de nuit (Willem Dafoe, qui semble se demander pourquoi il est là) joue au loto l’avenir de son établissement sous la menace de la faillite. Ferrara tourne ainsi en vase clos dans le décor de cette boîte ou les danseuses dansent, réclament leurs pognons pendant que les patrons promettent de payer bientôt et s’excitent devant le tirage du lotto. Et sinon ? Rien. Aucune folie malgré le personnage vaguement excentrique d’Asia Argento, et aucun humour. Même cinématographiquement, il semble difficile de se raccrocher à quelque chose d’intéressant. De la part de Ferrara, quelle déception…
MARCHE DU FILM "Des Trous dans la tête" de Guy Maddin (Canada) ***
Il s’agit du dernier film du cinéaste expérimental Guy Maddin. « Des Trous dans la tête » ne figure en fait pas au programme officiel de cette quinzaine. Il a été présenté au marché du film et quelques curieux se sont essayés à la découverte de la nouvelle excentricité du cinéaste canadien. Isabella Rossellini, en voix off, raconte l’histoire d’un certain Guy Maddin (sic). Il repeint les murs d’un orphelinat délabré comme pour effacer les souvenirs de son enfance : une mère autoritaire qui dirige l’orphelinat, un père fantomatique qui travaille à d’étranges expériences dans son laboratoire et une sœur qui noue une relation secrète avec un personnage androgyne. « Des trous dans la tête » est dans la droite lignée des autre films de Maddin (« Et les lâches s’agenouillent » « The saddest music of the world » etc.). Même s’il paraît parfois trainer en longueurs, le film ne devrait pas décevoir les fans du réalisateur. "Cowboy Angels" de Kim Massee (France) *
Evoquer ce film n’a pas beaucoup de sens. On ne peut même pas dire que nous sommes contents de l’avoir vu. Présenté dans le cadre du marché du film, « Cowboy Angels » aura sans doute du mal à trouver un distributeur et gageons d’ailleurs qu’il ne sortira jamais en salle. Un jeune garçon abandonné par sa mère paye un combinard pour le conduire en Espagne ou il retrouvera son vrai père. Road-movie sans âme, « Cowboy angels » ne ressemble guère qu’à un modeste téléfilm. Les intentions de l’auteur sont palpables et difficile de l’en blâmer. Reste que le film est fade, sans style et pour ne rien arranger, le personnage de l’enfant autant que son interprète sont insupportables… |
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