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"Usual Suspects" de Bryan Singer
Mai 1995. Un petit polar US, totalement inattendu, est acclamé par les festivaliers cannois. C’est l’effervescence. Sortit dès l’été dans les salles françaises, le film jouit d’un succès considérable et essentiellement basé sur le bouche-à-oreille. « Usual Suspects » (1) restera près d’un an à l’affiche dans certaines salles. Un film culte est né.
Avec son visage juvénile, Bryan Singer fait alors figure de nouveau prodige. Il n’a alors que 30 ans et la maestria de son film en a impressionné plus d’un. « Usual Suspects » est le second opus du cinéaste. Les Américains avaient déjà flairé son talent après la présentation de son premier film « Public Access » au festival du cinéma indépendant de Sundance en 1993. La France n’aura jamais droit, en salles, aux honneurs de cet essai qui atterrit finalement directement dans les bacs des vidéos-clubs, après le succès de son aîné.
« Public Access » était le film de fin d’études de Bryan Singer. Le résultat est imparfait, certes, mais on y découvre déjà les ressorts thématiques et même visuels du cinéma à venir de l’auteur. Singer est malin, machiavélique et, si son cinéma est assez typique de la culture cinématographique très manichéenne des américains, il est manifestement fasciné par les forces du mal.
Dans « Public Access » il y a aussi tout « Usual Suspects » puisque c’est sûr ce film que collaboreront pour la première fois ensemble quelques-uns des artisans de l’ombre les plus intéressants du cinéma US actuel : John Ottman (compositeur et monteur), et Christopher McQuarrie (scénariste) ont ainsi fait leurs classes avec Singer. Signalons aussi l’apport non négligeable de Newton Thomas Siegel, le directeur de la photo.
« Usual Suspects » c’est d’abord un scénario génial (nous ne pesons pas nos mots). Il semblerait presque suffire à lui-même puisque évoquer « Usual Suspects » revient souvent à s’exclamer à propos du twist final. Le film en a même lancé la mode mais peu peuvent prétendre rivaliser avec l’impact suscité chez la quasi-totalité des spectateurs lors du spectaculaire final de "Usual Suspects".
Au-delà, les visionnages répétés du film démontrent la solidité de l’édifice en général. Le plaisir de redécouvrir « Usual Suspects », de répéter encore et encore le nombre de visionnages, est sans cesse démultiplié et le secret final est en fait ressentit comme d’autant plus renversant. Ce qui en soi est un comble… La rigueur élégante de la mise en scène de Singer ne gâche évidemment rien.
Keyser Söze est ainsi rentré au Panthéon des personnages cultes du cinéma. Aurait-il pu en être autrement ? Cette figure du Mal à quelque chose de mythique qui provoque chez les spectateurs un désir d’identification probablement assez jouissif, par sa dimension cathartique. En ce sens, Keyser Söze, génie du crime absolu, à prit le relais d’un Tony Montana. On ne perd pas au change.
Keyser Söze aura valu à Kevin Spacey une reconnaissance internationale largement méritée, via un légitime Oscar du meilleur Second rôle (le film a aussi reçu celui du meilleurs scénario original). Et Spacey, après dix ans d'apparitions plus ou moins insignifiantes, saura tirer les marrons du feu. Peu avant « Usual Suspects », Kevin Spacey s’était déjà fait remarquer dans l’excellent « Swimming with sharks ». Il enchaînera ensuite avec un rôle mineur mais inoubliable dans « Seven » de Fincher puis cumulera les très bons choix : « L.A Confidential » (Hanson), « Minuit dans le jardin du bien et du mal » (Eastwood), « American Beauty » (Mendes) etc. Grace au film de Mendes, Spacey sera même une seconde fois Oscarisé. La cote de l’acteur est à son maximum.
Le reste du casting de « Usual Suspects » n’aura pas forcément connu le même succès. Il faut dire qu’il regroupait nombres d’acteurs de secondes zones ou has-been (Gabriel Byrne)
Benicio del Toro s’en est lui tiré honorablement (« 21 grammes » d’Innaritu, « Traffic » de Soderbergh notamment).
Stephen Baldwin, le moins doué des frères, accumulera ensuite les séries B d’action. Chazz Palminteri, Kevin Pollack, Pete Posllethwaite, Dan Hedaya, Giancarlo Esposito n’ont jusqu'à présent pas été plus gâté. Même Gabriel Byrne n’a plus trouvé de rôle véritablement à sa mesure.
Quant à Bryan Singer, il continue son petit bonhomme de chemin. Son troisième film, presque aussi brillant que celui-ci mais jugé trop malsain, aura quelques peu déçu. « Un Elève doué » est pourtant, sans aucun doute, l’une des très rares adaptations réussies de Stephen King au cinéma. Il dévoile en tous cas plus nettement le côté machiavélique du cinéaste.
En s’exilant à Hollywood pour « X-Men », Singer n’a pas abandonné en route tous ces éléments qui font aussi l’intérêt et la richesse de son cinéma. En l’état, et même si nous avons plus de réserves concernant « Superman Returns », Singer a réalisé avec ses deux opus des « X-Men » deux des émanations de l’univers Marvel les plus passionnantes qui soit (seul « Spiderman » joue dans la même cour !).
Hollywood, dans son inénarrable besoin compulsif de pomper jusqu'à la corde le potentiel mercantile d’un titre comme « Usual Suspects », envisageait il n’y a encore pas si longtemps de produire une suite aux aventures de Keyser Söze. Singer a fermement refusé l’offre. Le projet n’est lui officiellement plus dans les tiroirs. Espérons en tous cas qu’il ne voit jamais le jour.
Quant à Singer, on salive déjà à la découverte de son prochain film. « Valkyrie », avec Tom Cruise et Carice van Houten (Black Book) racontera l’histoire d’un complot avorté contre Adolph Hitler (2). La face sombre du monde, les camps de concentrations et le nazisme restent les fils conducteurs de l’œuvre d’un élève doué du cinéma américain mais qui, rien que pour « Usual Suspects », mérite son statut de maître…
Benoît Thevenin (1) Le titre "Usual Suspects" fait référence à une réplique très célèbre du chef d'oeuvre de Michael Curtiz, "Casablanca" (1942) : "Rassemblez tous les suspects habituels" (Round up the usual suspects)
(2) La production du film est lancée mais néanmoins pertubée... Tom Cruise, scientologue notoire, n'est effectivement pas le bienvenu en Allemagne et est globalement peu apprécié des autorités germaniques. Ceci, d'autant plus que Cruise est ici amené à jouer le rôle d'un héros de la résistance allemande au nazisme... Pour en savoir plus, je vous renvoie à cet article :
The Usual suspects - Note pour ce film : Réalisé par Bryan Singer Avec Gabriel Byrne, Kevin Spacey, Benicio Del Toro, ... Annee de production : 1994 "Assurance sur la mort" de Billy WilderUne femme au foyer abandonnée par son époux (Barbara Stanwyck) séduit un agent d’assurance (Fred MacMurray) et prévoit un complot contre son mari (Tom Powers) : assassiner celui-ci et toucher la prime.
Pour Woody Allen, « le plus grand films jamais tourné ». Billy Wilder, en 1944, n’a encore réalisé que trois films, dont deux seulement à Hollywood, et qui resteront mineurs à la lumière d’une carrière hors norme. Lorsqu’il s’attèle à « Assurance sur la mort », il est néanmoins un scénariste réputé, notamment auteur pour Lubitsch d’une des plus grande comédie de l’Histoire du cinéma « Ninotchka » (1939).
« Assurance sur la mort » est coécrit par Wilder avec l’un des papes du roman noir, Raymond Chandler dont il vient de lire Le Grand Sommeil. Les deux adapteront Double Indemnity, roman policier de James M. Cain ( à qui l’on doit également Le facteur sonne toujours deux fois) lequel s’inspirait déjà d’un fait divers réel survenu dans les années 20.
Le commentaire de Woody Allen n’est pas anodin. « Assurance sur la mort » est un film en tous points parfait, de la construction scénaristique à la mise en scène, dont chaque plan nous ébahit par sa sophistication. Le travail sur la lumière est époustouflant.
Quelques scènes clés : Phyllis (B. Stanwyck) descend les escaliers et s’apprête à recevoir le pigeon qu’elle séduira pour commettre ses méfaits ; la scène du meurtre, hors-champs, filmé en plan fixe sur le visage de Phyllis ; la colère du patron de l’agence d’assurance « Vous n’avez jamais lu un tableau d’espérance de vie ? Il y en a dix volumes rien que sur le suicide (…) mais parmi tous les cas archivés, on ne trouve pas un seul cas de suicide par saut de l’arrière d’un train en marche (…) ».
« Assurance sur la mort » a beau être une des œuvres pionnières du film noir, il en retourne tous les codes et les transcende même. Le simple choix des acteurs est anti-conventionnel. Barbara Stanwyck n’a pas la même beauté ténébreuse qu’une Ava Gardner mais, grâce à ce film, elle est devenue une figure de la femme fatale au cinéma. Stanwyck est d’une beauté trop discrète pour remplir les standards de cette fonction narrative mais le mystère froid qu’elle dégage et son association avec Fred MacMurray, son équivalent masculin, font de son personnage l’un des plus fascinant du genre.
« Assurance sur la mort » n’est pas complètement représentatif du film noir en général mais l’incarne à merveille. Le film se déroule à échelle humaine avec des personnages tous tiraillés par leurs propres contradictions. Il n’y a pas les bons d’un côté et les malfaisants en face, tout est plus nuancé. Les bureaucrates s’ennuient de leurs routines et rêvent d’aventures. Un homme apparemment honnête vacille à l’idée de basculer de l’autre côté de la barrière. Au final, « Assurance sur la mort » est profondément cynique - c’est là, aussi, l’une des marque de fabrique du cinéaste - et c’est ce qui le rend aussi jouissif. Le temps ne fera jamais son affaire, « Assurance sur la mort » s’apprécie à tous les âges et s’enrichit de visions successives.
En lien avec cet article, je vous invite à consulter l'album photo "Les femmes fatales du film noir", consultable via l'onglet 'Photos' en tête de page de ce blog.
Réalisé par Billy Wilder
Avec Fred MacMurray, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, ... Année de production : 1944 "Le Monde, la chair et le diable" de Ranald Mac DougallRalph Burton, un ouvrier noir, est coincé dans une galerie suite à un éboulement. Lorsqu’il parvient à remonter à la surface, la ville est déserte. Ralph finit par apprendre que des bombes nucléaires ont éradiqué la vie à la surface du globe…
Réalisé en 1959, « Le Monde, la chair et le diable » évoque – vous vous en doutez bien – le contexte de la Guerre Froide et ses psychoses. Le film de Ranald Mac Dougall va bien au-delà de cette interprétation au premier degré et dresse un constat lucide et cinglant de la société américaine d’alors, autant que de l’humanité en générale.
Ralph (Harry Belafonte) est un garçon plein d’énergie et d’espoir. Lorsqu’il apprend qu’il a survécu à l’apocalypse, une légitime tristesse l’entame. Il se sent seul, désespérément seul et, même s’il s’invente des compagnons de jeu, le temps qui passe le rend logiquement irritable. C’est à ce moment là qu’une jeune fille blonde, Sarah Crandall, celle là même qui l’épiait depuis plusieurs jours, se laisse découvrir. Ils semblent être les deux seuls survivants new-yorkais. Sarah, jolie femme blanche de bonne famille, ne se serait jamais liée à un ouvrier noir en d’autres circonstances. Les clivages sociaux s’estompent dès lors que la société n’existe plus. Même si les deux personnages apprennent à s’apprécier, les rapports de classe n’auront de cesse d’interférer dans leurs relations.
Un troisième homme, Benson Tacker, arrive bientôt, un marin à bout de force qui trouve en Ralph une sorte de providence. Une fois correctement rétablit, un nouveau rapport de force s’impose entre les deux personnages, dont Sarah est l’enjeu. La bienséance voudrait que Ralph s’efface devant Benson lequel est moins prude à convoiter la belle Sarah. Les faits sont plus nuancés. Sarah n’est pas si insensible au charme de Ralph. L’arrogance de Benson la dérange en tous les cas beaucoup. Ralph ne se résigne pas et provoque la colère d’un Benson qui ne peut imaginer qu’une belle blanche se réfugie dans les bras d’un noir… Les deux hommes s’affrontent bientôt sans état d’âme. La survie de l’humanité ne compte plus. Ils ne sont plus que trois mais il y a déjà un individu de trop.
Le titre, assez énigmatique aux premiers abords prend ainsi tout son sens. Le film évoque l’humanité pervertie par la passion, tourmentée par ses démons. « Le monde, la chair et le diable » est un film méconnu de la SF américaine. Sa résurrection sur quelques écrans français (avant sans doute une édition dvd et un passage à la télé) est une opportunité formidable de découvrir ce joyau devenu rare. Soyez-en sûr, ce film ne s’oublie pas. Les séquences dans un New-York désert sont proprement hallucinantes. Pas plus que ces scènes de cache-cache lors de l’affrontement final. Les personnages paraissent minuscules par rapport à la grandeur de la cité ; minuscules et ridicules à se battre dans ce vide post-apocalyptique mais l’égoïsme des individus est quelque chose d’inné.
Le film n’est néanmoins pas sans défaut. Les acteurs, dont le bluesman Harry Belafonte, ne sont pas toujours très juste ce qui induit une certaine théâtralité des situations. Mais qu’importe, les enjeux du film sont autres, notamment dans cette parabole raciale assez étonnante, fondée mais radicale pour l’époque. Un véritable bijou que nous vous invitons à découvrir de toute urgence si l’opportunité s’offre à vous.
"Primer" de Shane Carruth
Dans un modeste garage de banlieue, deux jeunes scientifiques travaillent sur une invention qui va radicalement changer leurs vies et leurs façon d’appréhender la réalité…
« Primer » est le tout premier film de Shane Carruth, mathématicien de formation. C’est aussi lui qui enfile le costume de l’un des deux acteurs principaux. Dans un cas comme dans l’autre, c’est à dire tant au niveau de la sophistication de la mise en scène que de la justesse de jeu de(s) acteur(s), nous avons incontestablement affaire à un nouveau talent. Le jury du festival du cinéma indépendant de Sundance ne s’y est d’ailleurs pas trompé, décernant le Grand Prix en 2004 à ce film.
« Primer » s’inscrit dans la droite lignée de thrillers comme « Pi » de Darren Aronofsky ou « Cube » de Vincenzo Natali. Le point commun ? Trois films malins, minutieux, intelligents, réalisés avec très peu de moyens mais une inventivité rare. « Primer » déstabilisera sans doute par sa rigueur mathématique mais il n’en demeure pas moins un objet fascinant, captivant, et qui gagne à être revu et décrypté. Une grande découverte.
Réalisé par Shane Carruth Avec Shane Carruth, David Sullivan, Casey Gooden, ... Année de production : 2004 "The Last Show" de Robert Altman
« Dans la douceur de l’au-delà, nous nous retrouverons ». C’est sur cette chanson que le dernier film de Robert Altman se termine. Préparez-vous à être ému. En nous quittant si subitement le 28 novembre 2006, Robert Altman nous a légué avec ce qui restera son dernier film, le plus bel épitaphe qu’il soit.
« The Last Show » est parcouru d’un flamboyant souffle nostalgique. La raison principale tient au fait que le film, est en fait un hommage de Robert Altman au programme radio culte aux Etats-Unis, « A Prairie home companion ». Le show en question est d’ailleurs le titre original du film d’Altman. Celui choisit par les distributeurs français est éloquent tant il aura, malheureusement, finit par prendre un aspect prémonitoire. Le sentiment nostalgique n’est donc qu’exacerbé.
Le film constitue en quelque sorte l’aller et retour entre les coulisses et le direct de l’émission. Nous découvrons les personnages sous leurs doubles casquettes et, en cela, « The Last Show » est d’abord un film sur le spectacle, sa conception, la cohabitation des artistes… « The last Show » a par ailleurs été tourné (en cinq semaines pendant l’été 2005) sur la scène même du show radio, devant un vrai public. Altman avait déjà réalisé un film dans ces conditions, « Company » en 2003. Cela dit, le film ne prend pas une tournure documentaire. Il joue simplement avec les frontières entre le réel et la fiction. Les acteurs historiquement liés à l’émission radio se mêlent donc aux acteurs en provenance direct de Hollywood (Meryl Streep, Lindsay Lohan, Woody Harrelson, John C. Reilly, Tommy Lee Jones etc.). Des personnages issus de la fiction radio prennent également corps et vie tel ce rôle de Guy Noir interprété par Kevin Kline et qui donne une tonalité particulière a l’œuvre d’Altman. « The Last Show » semble ainsi lié directement à l’âge d’or de Hollywood, la source même de ce souffle nostalgique qui parcourt donc le film.
« The Last Show » est une œuvre enjouée, vivante. La mélancolie est assumée mais, d’une certaine manière, tous les personnages refusent de se laissent abattre par l’inéluctable. Cet inéluctable c’est la mort du show. L’ombre de la mort plane tout au long du film et prend même forme humaine via le personnage de Virginia Madsen. Mystérieuse, immaculée, jamais nommée, elle est une envoyée céleste dont on ne sait rien. La mort rôde ainsi en permanence.
En nous quittant quelques jours seulement avant la sortie de son film, Altman nous a légué un film qui prend tout de suite un écho particulier. Le goût n’est pas amer, il est savoureux de lucidité, de cynisme et, surtout, de lyrisme.
Réalisé par Robert Altman
Avec Meryl Streep, Lily Tomlin, Lindsay Lohan, ... Année de production : 2006
Analyse de "La Jetée" de Chris Marker, par Luc Lagier
Une Rêverie cinéphile au pays du paradoxe en plein cœur de « La Jetée » (par Luc Lagier)
« Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance ».
« La Jetée » (1962), sans doute, aujourd’hui, le film le plus célèbre et le plus commentée de Chris Marker. « La Jetée », un court-métrage d’anticipation en images fixes sous fond d’apocalypse. Un film sur le paradoxe temporel qui invite au voyage et à la perte.
Comment voyager au cœur de « La Jetée » ? Quel serait le point d’entrée du film de Chris Marker ? Dans le CD-ROM « Immemory » qu’il réalise en 1998, Chris Marker nous ouvre la voie. Conçu par Marker comme une visite dans un musée imaginaire qui serait peut-être celui de sa mémoire, « Immemory » nous présente le film matrice du cinéaste : un film d’Alfred Hitchcock, réalisé en 1958, « Vertigo ». Alors, avant de voyager au cœur de « La Jetée », il faudrait en passer par « Vertigo ».
Le vertige de « Vertigo », c’est celui de Scottie (James Stewart), un détective privée obsédé par Madeleine (Kim Novak), une apparition fantomatique, mystérieuse et insaisissable. Une image dont il tombe inévitablement amoureux. Après la mort accidentelle de Madeleine, Scottie tente de la recréer en remodelant une autre femme, à l’identique. Il redonne vie à une femme morte.
« Vertigo » se fonde sur la spirale. La spirale d’un temps dans lequel Scottie est amené à vivre les évènements deux fois, en boucle. C’est ce même vertige du temps que Marker met en scène dans « La Jetée ». Quatre ans après « Vertigo », « La Jetée » pourrait se lire comme une variation personnelle, une relecture du film d’Hitchcock.
Postulat de « La Jetée ». Au lendemain de la troisième Guerre Mondiale, les survivants se réfugient dans les souterrains de Paris. Un homme sans nom, capable de voyager dans le temps et de se réintégrer dans le passé, est chargé par le reste de l’humanité, de ramener de ses voyages temporels, des vivres et de l’énergie.
« Au début, rien d’autre que l’arrachement au temps présent, et ses chevalets »
Le personnage jouit d’un pouvoir, celui de défier le temps, et d’une liberté, celle de pouvoir se réintégrer dans une autre dimension. Mais nous aimerions proposer une autre lecture du film de Marker. Certes le personnage de « La Jetée » voyage dans le temps, mais s’il voyageait aussi et surtout dans l’histoire du cinéma ? Quelques indices pourraient étayer l’hypothèse. Tout d’abord, un écho du temps. Le personnage est enfermé dans les souterrains de Chaillot lesquels deviendront, quelques mois plus tard, en 1963, les souterrains de la Cinémathèque Française. Ces couloirs que filme Marker seront donc bientôt envahis de milliers de bobines de films et de millions d’images fixes. Dans un film qui manie le paradoxe temporel, voici une coïncidence particulièrement troublante. D’autant plus que ce personnage au chevet de notre voyageur est interprété par Jacques Ledoux, à l’époque responsable de la Cinémathèque Royale de Belgique. Dans des couloirs qui abriteront bientôt la mémoire du cinéma, sous les yeux d’un passionné de cinéma, notre voyageur à donc des visions dans un lieu propice à la rêverie cinéphile. Dans l’obscurité, sous hypnose, notre homme est un voyageur immobile. Il est une métaphore possible du spectateur de cinéma.
Proposons une hypothèse absurde et paradoxale. Et si un personnage pouvait gagner une autonomie, une indépendance, s’il pouvait créer non seulement des trous dans le temps mais aussi des trous dans les films ? Des failles, des passerelles, des lieux de passage ? S’il pouvait s’échapper de son film à lui et en rejoindre un autre ?
Pour notre personnage de « La Jetée », l’enjeu consisterait alors à retrouver une image de cinéma qui l’a marqué dans son passé, celle de Madeleine dans « Vertigo » et tenter, peut-être, de s’y réintégré. Le voyage du personnage de « La Jetée » se déclinerait alors en quatre temps. Tout d’abord (10ème minute du film), la recherche. Notre homme passe en revue toutes ces images fixes, tous ces photogrammes, tous ces films qui peuplent sa mémoire mais ne l’intéressent pas, pour essayer de retrouver « Vertigo ».
«… un matin du temps d’hiver, de vrais oiseaux, de vrais chats, de vraies tombes… »
Puis (12ème minute), les retrouvailles. Première apparition d’une femme dont le personnage doit tomber amoureux.
Première apparition de Madeleine dans "Vertigo". Madeleine treverse le miroir.
Même cadrage, même profil droit, même coiffure et même charme ensorceleur que la première apparition de Madeleine dans « Vertigo ». Le personnage vient de trouver la porte d’entrée qui va lui permettre de plonger dans le film d’Hitchcock.
« Ceux qui mènent l’expérience resservent leur contrôle, le relance sur la piste… »
13ème minute, le voyage. L’image revient, mais différente. Car le plan suivant, notre homme s’est inscrit sur la pellicule et a intégré l’image. Il vient de traverser le miroir. Il vient de changer de film.
« Elle l’accueille, sans étonnement. Ils sont sans souvenir, sans projet… »
Une fois à l’intérieur du film « Vertigo », le personnage a donc prit la place de James Stewart. Il vit des scènes déjà vécues par un autre.
Et enfin, dernier temps du voyage (18ème minute), scène très connue de « La Jetée », le temps de la réanimation. Le personnage réveille la jeune femme, il réveille également son image en en recréant une.
Madeleine redonne vie à une image morte.
Alors résumons-nous : tomber fou amoureux d’une image, ensuite traverser le miroir pour la rejoindre, et enfin la réanimer. Comme dans « Vertigo », le personnage principal vient de redonner vie à une image morte.
Si « La Jetée » raconte l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance, il raconte également en filigrane l’histoire d’un cinéaste, Chris Marker, marqué à jamais par un personnage de cinéma à retrouver et pourquoi pas, à rencontrer. Chris Marker rêve ainsi à une conception magique du cinéma, capable de susciter le vertige. Car après tout, si une image est suffisamment forte pour nous rendre amoureux, si une image peut s’immiscer ainsi dans nos vies, pourquoi nous-même ne serions-nous pas capable, en retour, d’aller faire un tour de l’autre côté.
En 1982, dans son film « Sans Soleil » explicitera définitivement ce fantasme de cinéphile en visitant lui-même tous les lieux de tournage de « Vertigo » à San Francisco. Marker plonge alors dans la fiction et dans l’espace du film d’Hitchcock, il s’intègre à la mise en abyme et boucle la boucle.
De « La Jetée » à « Sans Soleil » en passant par « Immemory », Chris Marker ne semble finalement n’avoir jamais échapper au pouvoir de « Vertigo ». Un jour de l’année 58, Chris Marker est donc tomber pour toujours sous le charme d’une ensorceleuse, il a été prit dans sa toile. Chris Marker à vu le film d’Hitchcock 19 fois nous dit on dans « Sans Soleil ». A 19 reprises, Marker s’est perdu dans la spirale de « Vertigo » et à sans doute espérer s’y trouver dans l’image pour y rejoindre Madeleine. 19 fois, et aujourd’hui peut-être plus, en espérant qu’a chaque fois, Madeleine accepte comme un phénomène naturel les passages de ce visiteur qui apparaît et disparaît, qui existe, parle, rit avec elle, se tait, l’écoute et puis s’en va
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Une scène du remake officielle de « la Jetée », « L’armée des 12 singes « de Terry Gilliam. C’est vers la fin du film lorsque Bruce Willis et Madeleine Stowe, poursuivis par la police, se réfugient dans une salle de cinéma. Et évidemment, le film qu’ils vont voir n’est pas n’importe lequel…
B.W : Je crois que j’ai déjà vu ce film, quand j’étais petit à la télé. M.S : Tais toi ! B.W : Je l’ai déjà vu.
Ecran de cinéma, James Stewart à Kim Nowak : Vous êtes déjà venue ici ? K.N : Oui. J.S : Quand ?
B.W : Je… reconnais pas. M.S : Qu’y a t’il ? B.W : C’est exactement comme ce qui nous arrive. Comme le passé. Le film ne change pas, il ne peut pas changer, mais… A chaque vision, il paraît différent parce qu’on est différents. On voit d’autres choses. M.S : Si on ne peut rien changer car c’est déjà arrivé, cueillons les roses de la vie. B.W : Quelles roses ? M.S : C’est une expression.
Madeleine Stowe colle sur le visage de Bruce Willis une fausse moustache.
B.W : Pourquoi fais-tu ça ? Je veux savoir pourquoi ! Si je me trompais ? Si tu te trompais ? Si j’étais vraiment fou ? M.S : Dans quelques semaines on sera fixés. S’il y a toujours… des matchs de foot, des embouteillages, des émissions de télés, des hold-up, on sera tellement contents que ce sera une joie de se rendre à la police.
B.W : Que veux tu faire ? M.S : Tu n’as jamais vu l’océan…
Benjamin Gibeaux
Voici une invitation au voyage, une expédition dans un monde plein d’une poésie enchanteresse. Benjamin Gibeaux n’est pas encore connu mais il gagne à l’être. Ce très jeune cinéaste bricole de courts dessins animés d’une beauté réellement stupéfiante. Je vous invite donc à vous rendre sur son site www.imagique.net Vous y trouverez tous ses films dont le plus beau, peut-être, est « Les ailes du papillon »
Son premier, « Pat et Tik » a été réalisé dans le cadre d’un atelier par une bande de jeune gens pas plus vieux que 16 ans à l’époque. Le film est déjà formidable. Une forme simple, une histoire qui ne l’est pas moins mais une infinie tendresse dans la façon dont tout cela est conté. Les films de Benjamin Gibeaux sont d’une apparente simplicité mais, a mesure que vous découvrirez son travail, vous comprendrez à quel point son travail est plus profond qu’il n’y paraît. Entre chacun de ces films, on se rend compte d’une indéniable cohérence artistique. Les films restent plus ou moins aboutit mais chacun dégage une force émotionnelle remarquable. Laissez vous transporter par la magie, la poésie de ses œuvres, la douce mélodie qui les accompagne et les transcende… Vous ne serez pas déçus.
"Bubble" de Steven Soderbergh
Soderbergh est un cinéaste aussi agaçant que fascinant, capable du pire avec « Full Frontal » ou les défilés de mode d’Ocean, comme du meilleur avec « L’Anglais » ou « Hors d’atteinte ».
« Bubble » fait partie de ses délires excentriques tels « Schyzopolis » ou « Kafka ». De plus en plus, d’ailleurs, sa filmographie on ne peut plus hétéroclite revêt des habits kafkaïens. En fait, Steven Soderbergh me fait penser à Lars Von Trier. Ils sont aussi mégalos et arrogants l’un que l’autre, et leurs délires obsessionnels se rejoignent finalement. Je suis à peu près certain que « Bubble » doit beaucoup plaire à Lars Von Trier. Enfin bref, peu importe.
« Bubble » a fait l’événement car Soderbergh à voulu tenter une expérience remettant en cause des décennies de traditions distributrice. Ainsi, lors de sa sortie US, « Bubble » était simultanément accessible en pay-per-view et en vidéo. De quoi effectivement bouleverser certaines habitudes. Mais Soderbergh n’a pas tenté ça avec un gros Bluckbuster à la rentabilité probable et son seul nom ne suffit pas pour vendre des projets aussi ambitieux que modeste comme « Bubble ». L’impact de son expérience était forcément improbable.
Mais tout ceci importe en définitive peu. Il faut s’intéresser à « Bubble » d’abord comme un objet d’art. Soderbergh est connu aussi pour être l’ami des stars, comme le prouve la plupart de ces films hollywoodiens (castings phénoménaux). Il s’éloigne là de toutes les tentations qui peuvent l’agiter sur la côte ouest des Etats-Unis. Tourné avec une économie de moyen très poussé, dans la campagne paumée des states et avec des acteurs inconnus du giron, « Bubble » est au final une formidable expérience créatrice. Le film est un non-polar. Il ne se passe apparemment rien, Soderbergh laisse le temps s’étirer au maximum et arrive, in fine à instaurer une tension, un malaise, un suspens. Ce cinéma là est infiniment subtil, profondément humain. Soderbergh capte l’âme de ces personnages et se place en position d’observateur, il n’explique rien.
C’est ce cinéma là qui est génial. Soderbergh, comme Lars Von Trier, innove. Il ne se complait pas dans une vision stéréotypée du cinéma. « Bubble » paraît très classique, il ne l’est pas. Et il est porteur d’une émotion unique. Bravo.
"Les Filles du botaniste" de Daï Sijie
Après « Balzac et la petite tailleuse chinoise », adaptation de son magnifique roman, Daï Sijie défie une nouvelle fois la censure chinoise avec ce film sulfureux et beau. Sulfureux car Daï Sijie raconte cette romance saphique avec une sensualité extrême. L’arrière-plan politique –la Révolution Culturelle – est bien présent mais ce qui marque en premier lieu c’est bien entendu l’érotisme qui se dégage de cette passion. Daï Sijie à un regard typiquement masculin mais c’est peut-être aussi pour cela que la tension sexuelle est si savamment entretenue. Il y a autant de pudeur que de fascination dans ce regard là. Corps qui s’effleurent, ambiance moite, vapeur, caresses, le tout chorégraphié tel un ballet somptueux. Cette passion, singulière et interdite, est belle, envoûtante, intense. Mylène Jampanoy est un miracle.
"Marie-Antoinette" de Sofia Coppola
« Marie-Antoinette » ressemble beaucoup à « Virgin Suicides ». Peut-être, déjà, parce qu’il s’agit de la chronique d’une mort annoncée. Sofia Coppola porte en tous cas le même regard a la fois doux et pudique mais teinté de folie.
Maintenant que sa filmographie compte trois films, on peut sans crainte annoncée la naissance d’une véritable auteur. Sofia Coppola à incontestablement un style à elle. Et ses histoires se ressemblent toutes. Dès les premiers plans, et ses têtes nonchalamment posées contre des fenêtres, on retrouve l’ambiance de « Lost in Translation ».
Si les héroïnes de Sofia Coppola se ressemblent toutes, la Kirsten Dunst de « Marie-Antoinette » est comme la sœur de Scarlett Johansson dans « Lost in translation ». Elles sont deux héroïnes perdues dans un univers qui n’est pas le leur. Mais toutes les héroïnes de ses films sont perdues. Elles sont prises au piège, cloisonnées et traînent une lassitude, un spleen dans lequel, justement, est contenu toute la force, toute la puissance dramatique et poétique de ce cinéma là. Sofia Coppola est fascinante tant jusqu'à présent son cinéma évoque les sens. Elle ne parle pourtant que d’errance, d’oisiveté, de personnages qui se cherchent en eux-mêmes.
« Marie-Antoinette » ressemble donc beaucoup à « Virgin Suicides ». Pas seulement parce que les deux films partagent la même actrice. Plus parce que l’on retrouve certains procédés. Notamment ces commérages en voix off qui balisent la narration et instaurent une sorte de chape de plomb sur l’ambiance de ces deux films. On peut pousser la comparaison plus loin, à des images communes aux deux films : des plans en contre-jour, des moments d’abandons dans les jardins, les couleurs de l’aube etc. Faire la comparaison entre « Virgin Suicides » et « Marie-Antoinette » pourrait sûrement remplir des pages et des pages…
Ainsi, « Marie-Antoinette » est tout sauf une fresque historique ou un film à costumes. Bien sûr il y en a des costumes mais il ne s’agit certainement pas de ça. Voilà, simplement, le portrait d’une jeune femme perdue et incomprise. L’ambiance rock, la légèreté avec laquelle Sofia Coppola traite son sujet va bien en ce sens. Ce n’est pas l’Histoire qui intéresse la cinéaste mais le portait à échelle humaine d’une femme finalement banale. Ce qui conforte cette idée, c’est le soin avec lequel la cinéaste clôt son récit. La fin de Marie-Antoinette, tout le monde la connaît normalement. Sofia Coppola évite l’écueil avec une extraordinaire simplicité, une extraordinaire grâce aussi.
De tout cela, Kirsten Dunst n’est pas étrangère. Ses regards malicieux, sa désinvolture, son sourire, sont un enchantement constant. Tout le long du film, elle ensorcelle le spectateur par sa douceur si câline. Elle est comme un petit chaton, innocent et insouciant, qui s’amuse et bondit partout. « Marie-Antoinette » est donc un film simple et beau, poétique, doux, mélancolique. Le monde de Sofia Coppola est désenchanté et soyeux. Cette dame là s’est définitivement fait un prénom : elle est une grande cinéaste.
"The Great Ecstasy of Robert Carmichael" de Thomas Clay
Robert Carmichael est un adolescent discret et relativement paumé qui vit dans une petite ville du sud de l’Angleterre. Bon élève à l’école, il joue aussi du violoncelle dans l’orchestre du lycée. Les filles se moquent de lui. Rien de très emballant donc. Il trouve un refuge auprès de jeunes gens peu recommandables, commence à consommer de l’ecstasy, à boire plus que de raison etc.
Le film se compose comme la lente et imperceptible descente aux enfers de ce personnage. Dans ce film, la violence est partout. Elle se situe dans le regard des autres d’abord.
« The Great Ecstasy of Robert Carmichael » a défrayé la chronique lors du festival de Cannes 2005 ou il était présenté en section parallèle. Ceci, surtout, pour un final d’une extrême cruauté et qui rappelle beaucoup « Orange mécanique » de Stanley Kubrick. (et la fameuse scène de l'écrivain).
D’un point de vue formel, le film est d’une incroyable audace. Contemplative à souhait, avec de lents travellings latéraux récurrents, une photo particulièrement soignée etc., la réalisation retient captif le spectateur en le fascinant. Il n’y a pas ici la froideur clinique d’un Haneke mais le constat est le même. Il y a au final une grande similitude entre ce film et « Funny Games ». On peut être choqué par les procédés, les trouvés ignobles ou intelligents. Une scène caractérise tout ceci. Une fille traîne avec la bande de garçons. Ceux-ci la saoule, la drogue puis l’enferme dans une chambre ou chacun leur tour, ils vont la violer. Je ne vais pas décrire toute la scène mais plusieurs éléments transcendent sa violence. Et pourtant, rien n’est montré aux spectateurs. Tout est sous-entendu et c’est peut-être cela le pire, on nous force à imaginer. Le tout est filmé avec en sens aigu de la mise en scène, une virtuosité certaine. Et la musique qui accompagne donne une impression flottante. A la fin, l’impact de cette scène est encore accentué. Nous prenons consciences des conséquences et cela ajoute à l’horreur.
L’horreur est elle encore plus palpable dans la scène finale, d’une cruauté hors du commun. Tout le long du film, le cinéaste s’évertue à marquer une distance avec les faits qu’il montre. Il se place en voyeur, comme s’il se cachait. Et dans cette scène finale, la distance est maintenue mais pour autant, au contraire du viol collectif, rien ne nous est épargné.
« The Great ecstasy… » est incontestablement un film à ne pas mettre entre toutes les mains. En tous les cas, il est un objet fascinant, réalisé avec un sens du cinéma considérable. Mais ce premier film a aussi ces limites. Le thème de la violence qui caractérisent les rapports et les non-rapports humains trouve un écho palpable dans les récurrentes allusions au comportement de l’Angleterre par rapport à l’Irak. Des télévisions nous permettent de situer l’action en même temps que l’Angleterre entrait en guerre contre l’Irak. Les discours de Tony Blair et George W. Bush ponctuent le récit. Ainsi un parallèle est fait. La violence de ces jeunes gens par jalousie pour la bourgeoisie s’exerce sur cette bourgeoisie avec la même désinvolture que cette violence que l’Angleterre contre l’Irak. Ce discours est dangereux. Mais ce qui choque le plus, ce qui est difficilement interprétable rationnellement, c’est cet amalgame extrêmement maladroit et inconvenant : montage alterné entre plans d’archives de la seconde guerre mondiale et plans sur Robert Carmichael en train de violer une femme…
Ce film est donc sacrément ambitieux, peut-être trop, mais recèle de promesse. Sans ces maladresses « The Great ecstasy… » reste un film diaboliquement génial. D’autres le trouveront ignoble, écoeurant car indubitablement malsain…
"OSS 117 : Le Caire, nid d'espions" de Michel Hazanavicus
Il faut s’y faire, Jean Dujardin est un vrai excellent acteur. Un type qui ne triche pas, qui ne se prend pas la tête, s’amuse et nous amuse. Un type frais et dispo qui permet qu’un vent nouveau souffle sur le genre (si tristement) comique à la française. Le film se distingue d’abord par l’exceptionnelle (dans le sens très rare) ambition visuelle du cinéaste. Michel Hazanavicus, à qui l’on doit le génialissime exercice de style et culte « La Classe américaine », possède un sens du comique, du rythme, assez indubitable. Et le fait qu’il réalise ce film avec autant de brio, avec autant d’audace, n’enlève donc rien à son mérite. Il fallait donc l’oser, réaliser ce film en cinémascope. Et ce pari est largement gagné car ce choix n’est pas gratuit. Cela ajoute au spectacle comique. Surtout, Hazanavicus réussit à recréer cette ambiance si typique des années 60. Nous devons ça à l’esthétique des décors, la bande son bien sûr, mais aussi, par exemple, tous ces plans en transparence, tourné en studio avec des personnages immobiles et des décors qui défilent sur un écran derrière. Pour le coup, tout ça fait style.
Et puis, bien sûr, il y a Jean Dujardin donc. Le rôle était quelque part fait pour lui. Difficile d’imaginer quiconque, parmi les acteurs français d’aujourd’hui, capable d’incarner avec autant de réussite ce personnage. OSS 117 à la classe d’un Bond mais se distingue par son incroyable naïveté. Toute l’expression corporelle de Dujardin est ainsi travaillée pour que le comique jaillisse de cette opposition entre le sérieux et le ridicule. Par ailleurs, les OSS girls (Bérénice Béjo et Aure Atika) donnent une réplique parfaite. De fait, « OSS 117 » est une réussite majeure, une aubaine pour le cinéma français. Et les producteurs, pour une fois, auraient bien tord de ne pas confier à cette même équipe un nouvel épisode des aventures de cet espion bien particulier capable entre autres, de raviver le souvenir d’un président que personne ne connais plus, René Coty.
Année de production : 2005 "Wassup Rockers" de Larry Clark
La jeunesse reste plus que jamais le thème central de l’œuvre de Larry Clark. Après des films aux sujets vraiment graves (« Kids » « Another Day in paradise », « Bully » et « Ken Park »), « Wassup Rockers » paraît cette fois ci plus léger, plus insouciant. Bien sûr ce n’est que façade car au finale, la réalité de ces jeunes gens demeurera pour le moins désenchanté.
Larry Clark joue clairement sur ce registre là : celui d’une jeunesse privée de repère et sans perspective. Le film est conté sur une narration faussement nonchalante, parfois très cynique. Il est souvent difficile d’être compatissant eu égard aux personnages de Larry Clark. Cette fois, c’est tout le contraire. Les personnages sont réellement attachants. Ils le sont car ce sont de pauvres innocents, de simples gamins qui passent du bon temps ensemble sans jamais emmerder personne. Pour autant, la fatalité va ronger leur quiétude. Ils seront les victimes d’une réalité sociale et des préjugés par rapport à leur communauté.
Ainsi « Wassup Rockers » paraît le moins dur des films de Larry Clark. Il n’y a pas ici, à proprement parler de violence pure et dure ou de sexe cru. Mais la violence sociale qui imprègne le propos marque peut-être tout aussi fort. « Wassup Rockers » n’est donc pas tant que ça le plus sage des films de Larry Clark. Il est plutot, à coup sûr, dans la droite lignée des précédents. Il n’y a pas meilleur que Larry Clark pour capter la réalité de la jeunesse américaine.
SONDAGE : Vos 3 films préférés ?LES TROIS FILMS QUI COMPTENT LE PLUS A MES YEUX
LA JETEE de Chris Marker
LES AILES DU DESIR de Wim Wenders
2001, L'ODYSSEE DE L'ESPACE de Stanley Kubrick
Et vous
?
"Essaye-moi" de Pierre-François Martin-Laval
Les Robins des bois sont décidément très surprenants. L’année dernière Maurice Barthélémy, pour son second film nous offrait un magnifique « Papa » avec Alain Chabat. Une petite merveille restée confidentielle mais que vous auriez tord de snober éternellement.
Pierre-François Martin-Laval s’est lui aussi essayer à la réalisation et, on peut désormais le dire, pour le plus grand bonheur de tous. Alors s’il vous plait, ne bouder pas le plaisir de ce merveilleux « Essaye-moi ».
A 9 ans, Jaqueline promet le mariage à son ami Yves-Marie si celui-ci devient cosmonaute. 24 ans plus tard, le voilà de retour d’un voyage parmis les étoiles. Il revient légitimement vers sa bien aimée pour l’épouser. Le soucis c’est que cette promesse n’en était pas une, que Jacqueline a grandit au contraire d’Yves-Marie resté lui un enfant. Jacqueline est sur le point de se marier à un autre et est logiquement consternée de voir cet hurluberlu toquer à sa porte. Pourtant Yves-Marie propose de l’essayer d’abord avant de le jeter (un CPE sentimental diront certaines mauvaises langues LOL !) et par un curieux concours de circonstance elle acceptera le deal.
« Essaye-moi » est donc une magnifique fantaisie. L’histoire d’un fabuleux naïf racontée par un naïf non moins fabuleux. Se succèdent ainsi des situations toutes plus cocasses les une que les autres mais surtout terriblement attendrissante. Il serait un peu criminel de révéler le contenu du film alors mieux vaut en dire le moins possible. Laissez-vous simplement entraîner dans ce monde coloré, à la limite du pays imaginaire. Un endroit loufoque ou le meilleur ami du héros sera un pingouin.
« Essaye-moi » est un film rare dans le paysage cinématographique français mais un film aussi audacieux que naïf et sincère. Si vous êtes, un peu à l’image d’Yves-Marie, un peu lunaire, la tête constamment dans les étoiles, alors vous ne pouvez pas rater cette magnifique petite fantaisie.
"Romanzo Criminale" de Michele Placido
Alors que l’on présente souvent le cinéma italien actuel comme moribond – ce qui n’est pas tout à fait un mensonge – le voilà qui accouche encore une fois d’un véritable joyau. Après « Buongiorno Notte » il y a deux ans et « Nos meilleurs années » l’année dernière, voici « Romanzo Criminale ».
Les scénaristes du film de Michele Placido sont d’ailleurs ceux de « Nos meilleurs années ». Et on constate alors un véritable talent de conteur pour ses histoires en forme de saga.
Ainsi « Romanzo Criminale » porte bien son titre. Sur une vingtaine d’année, l’histoire fortement romancée du crime organisé en Italie. Le film conte la trajectoire d’une bande de gamin qui, après le rapt d’un aristocrate italien et le paiement de la rançon, investissent et bâtisse une sorte d’empire du crime à Rome. Les faits sont réels.
Le rapt d’Aldo Moro par les Brigades Rouges constitue l’épicentre du film. Cet enlèvement, qui à inspiré à Bellochio sont extraordinaire « Buongiorno Notte », est devenu emblématique de l’histoire politique post mussolinienne et pré bersluconnienne. Intervient alors une sorte de confrontation entre le vent révolutionnaire qui soufflait alors sur l’Italie et le milieu purement crapuleux. Toute cette histoire démontre, s’il le fallait encore, à quel point cette vague de violence a traumatisé l’Italie. Les images d’archives qui ponctuent le récit sont aussi là pour rappeler que tout ceci fait partie intégrante de l’Histoire douloureuse de la jeune démocratie italienne.
Par ailleurs, si son ombre n’est jamais loin, il faut différencier l’activité de cette bande de criminels purs et durs des pratiques mafieuses de l’emblématique Cosa Nostra. S’il faut faire cette différence c’est parce que le film de Placido fait justement penser à quelques films essentiels sur la Mafia. On pense d’abord à « Il était une fois en Amérique » de Sergio Leone mais aussi aux « Parrain » de Coppola. On y retrouve la même dimension mythologique et romanesque. Le film prend aussi, d’ailleurs, de forts accents de tragédie romaine.
La relation triangulaire entre la pute de luxe – incarnée avec une extraordinaire grâce par Anna Mouglalis – le flic et l’un des « capo » est d’ailleurs centrale à l’intrigue. C’est plus ou moins autour de ces relations que se construit peu à peu la dramaturgie. Outre Anna Mouglalis, il faut d’ailleurs tirer le chapeau à tous les acteurs. Certains apparaissaient pour la première fois ou presque sur un écran. Ils ont incontestablement un grand avenir.
Transcendé par une bande son riche, très variée et envoûtante, « Romanzo Criminale » est déjà l’un des films les plus impressionnant de cette année 2006. Un film qui marque et fascine. Et un film que tous les amateurs de sagas criminelles ne peuvent pas manquer d’aller voir.
"Funny Games" de Michael Haneke
« Funny Games » est le prolongement direct de « Benny’s Video ». Avec ces films, Haneke instruit une réflexion sur la violence et le voyeurisme particulièrement cinglante. Le film est d’une froideur et d’une précision clinique. En cela, il est un peu le film clé du cinéaste autrichien, le film qui fait la synthèse thématique et esthétique de son oeuvre.
Un couple autrichien et leur fils s’installent dans une résidence au bord d’un lac pour les vacances. Un jeune homme vient leur rendre visite et demande quelques œufs. Il est aussi poli que froid et désagréable. L’épouse ne parvient pas, malgré sa diplomatie, à le chasser de la maison. Au contraire, le jeune homme et rejoint par un autre garçon de son âge. Il est tout aussi poli et déplaisant que son camarade. Les deux, clairement, s’installent et jouent à un petit jeu de mesquinerie dont la famille ne comprend pas encore le but. Vite, la situation dégénère. Le père frappe un garçon. Il est sévèrement battu en représailles. Le chien de la famille est ensuite retrouvé mort. Les garçons gardent leurs froideurs et leurs tacts. Ils semblent aussi imperturbables que raisonnés.
La famille subit ainsi une confrontation ou elle est entièrement liée, au propre comme au figuré. Le malaise est d’autant plus profond que les garçons conserveront jusqu’au bout cette délicatesse apparente mais qui dissimule des intentions d’une intense barbarie.
Et ce malaise est aussi clairement entretenu par le choix du réalisateur d’impliqué le spectateur dans le crescendo de cette horreur. Ainsi, l’un des garçons se tournent une première fois vers nous lorsqu’il énonce l’enjeu du pari : en substance il nous dit « Oui bien sûr vous êtes de leur côté ».
Ce n’est pas tout. Dans une scène absolument terrible parce qu’elle n’est que suggéré, l’enfant du couple est abattu d’un coup de fusil. Les parents ont craqué depuis bien longtemps et ne réagissent quasiment pas. Tous les protagonistes, autant que les spectateurs, savent que cette histoire finira de toutes les manières mal (sur l’affiche même du film on lit ceci « ce sera froid, précis, et implacable, et ça ne finit pas bien. Vous voulez essayer ? »). Le père implore alors qu’on en finisse :
- Finissez-en, ça suffit. - Ca suffit ? Vous trouvez que ça suffit ? Qu’en penses-tu Anna ? Tu en as assez ? Ou tu veux continuer à jouer ? - Ne répond pas, laisse-les faire ce qu’ils veulent. On en finira plus vite. - C’est pas courageux ça ! Insuffisant pour un long métrage
Le tortionnaire se tourne vers la caméra
- Ca suffit ? Vous voulez une vraie fin avec un développement plausible non ?
Comme l’indique le slogan de l’affiche, les spectateurs de ce film sont prévenu à l’avance de ce qui va se passer. C’est bien pour cela qu’Haneke nous transforme en complice de ces assassins. Là il pousse le propos encore plus loin. Ce dialogue nous informe clairement que le couple sera tuer pour notre seul plaisir à nous. Nous avons beau être logiquement du côté des victimes, nous espérons secrètement le massacre.
On comprend donc qu’aucun échappatoire n’existe pour ce couple. Pourtant, bizarrement, les deux assassins avaient accordés une chance au couple en s’éclipsant. Les victimes semblaient alors libérés de leurs jougs. Ana et son mari s’organisaient alors afin de prévenir la police et les secours. Mais cette lueur d’espoir faisait partie du plan. Ou plutôt, ils cherchaient à entretenir un semblant de suspens pour les besoins seuls de la dramaturgie. Une fois l’espoir annihilé, les voilà prêts à accomplir leurs froids desseins. Comme cela a été énoncé préalablement, cette famille n’existe maintenant plus. Haneke nous livre un film d’une justesse absolument terrible. « Funny Games » succède à « Benny’s Video ». Réalisé en 1997, il ne fait aussi qu’annoncer un autre film majeur du cinéaste, tout aussi machiavélique et toujours avec cette même obsession du voyeurisme : « Caché ». Le sadisme de « Funny Games » trouve également un écho très dur dans « La pianiste », primé à Cannes. Une chose est certaine, Michael Haneke, plus que son côté simplement provocateur, est un cinéaste dont l’exploration de l’œuvre est absolument passionnante. "Les Chiens de paille" de Sam Peckinpah
Il y a des films qui ne laissent définitivement pas insensible : « Salo » de Pasolini, « Orange Mécanique » de Kubrick, « Funny Games » de Haneke ou encore « Seul contre tous » de Noé. « Les Chiens de paille » en est. Comme « Orange Mécanique » justement, le film de Sam Peckinpah fut interdit à sa sortie en Grande-Bretagne. Pourquoi un tel grabuge ? Tout simplement parce que, au-delà de la violence propre du film, déjà difficilement soutenable pour un public non averti, « Les Chiens de paille » flirt aussi largement avec les frontières de la morale.
Un couple aimant...
David (Dustin Hoffman) est un mathématicien américain. Il s’installe avec sa femme Amy (Susan George) dans un petit village de campagne en Angleterre où elle a grandi. Le couple est sans histoire et semble s’entendre plutôt bien. Ils engagent plusieurs hommes pour refaire le toit d’une annexe de la maison. Très tôt, on se rend compte du décalage entre le chic américain et ce groupe de paysans rapidement catalogué comme arriéré.
David essaye de se montrer diplomate et ne s’offusque pas des manières plutôt barbares de ces gens. Il essaye de nouer un contact amical afin de se faire accepter par le village. On comprend pourtant instantanément qu’ils ne partageront jamais rien.
Le film dérape une première fois lorsque le chat de la famille est retrouvé pendu dans un placard. David est accusé de lâche par son épouse. Lui se montre pragmatique : il n’a pas de preuve concernant l’identité du ou des coupables. Il se tait donc.
Le film bascule dans l'horreur lorsqu'Amy se fait violer
Le film bascule ensuite lorsque Amy se fait violer dans sa propre maison par un ancien petit ami et un autre homme. Les violeurs avaient prévu leurs coups. Ils s’étaient préalablement débarrassés du mari en l’emmenant et en l’abandonnant lors d’une partie de chasse.
Amy ne dit rien à David mais leur relation se détériore. Tous deux sont pourtant encore loin de savoir ce qui les attend. Une succession d’événements va les précipiter en Enfer. La maison du couple est prise d’assaut par le même groupe de personnes. Le film atteint là son point de non-retour. Chacun des protagonistes va se montrer sous son jour le plus barbare. Cet assaut est le prétexte à un déchaînement gore. C’est l’escalade de la violence.
David repousse comme il peut l'assaut.
Au final, la morale est terrible. David se montre un tueur impitoyable. Il est devenu aussi sauvage que ses assaillants. Pire, il affiche une réelle satisfaction à s’être débarrassé de ses tortionnaires. Ce qu’il ne sait pas, c’est que toute cette lutte n’aura eu pour enjeu que la protection d’un criminel. Et le dernier plan est peut-être encore plus terrible. David part et sous-entend qu’il ne reviendra pas. Il abandonne sa femme. Il ne reste plus rien de ce couple.
Ainsi « Les Chiens de paille » est un film sans concession aucune. L’être humain est dépeint comme une bête répondant à ses instincts les plus bas. David n’est surtout pas un héros. Il se salit les mains et en jouit. Il est certes dans un état second mais c’est le signe que lui aussi à basculé dans la folie primaire de ceux qui le menaçaient.
Près de trente ans après sa sortie, « Les Chiens de paille » est toujours aussi efficace. Le suspens est savamment orchestré jusqu'à un déchaînement final d’une violence terrible et assommante. Un film puissant et génial mais à ne pas mettre entre toutes les mains.
David repart avec le meurtrier qu'il a protégé malgré lui
"De Battre mon coeur s'est arrêté" de Jacques Audiard
Il y a quelques années, on s’enthousiasmait devant la renaissance du Polar à l’ancienne avec le « L.A Confidential » de Curtis Hanson. Il y a de fait une exigence constante eu égard à ce genre car ultra stéréotypé. La France avait son plus éminent représentant avec Jean-Pierre Melville. Elle l’a maintenant avec Jacques Audiard.
Dans « De Battre mon cœur s’est arrêté » le personnage de Romain Duris (Tom) va chercher à s’affranchir de l’influence de son père en marchant sur les traces de sa mère disparue. Le pitch est basique. Audiard le transcende par son style propre. Ambiance nocturne, moite, gros plans, caméra à l’épaule etc. Audiard décrit une trajectoire personnelle. La trame policière n’est qu’un fond de décor dans lequel se joue la quête rédemptrice de Tom.
La profondeur du film tient d’une part à sa tonalité propre. D’abord emprunte de la justesse que l’on retrouve dans les romans de Benacquista, le scénariste du film, ensuite parce que Audiard n’est jamais impudique, que sa caméra respecte les acteurs, respecte Romain Duris et le laisse ainsi dévoiler toute la profondeur de des blessures, l’abîmes de ses tourments intérieurs. Le registre sur lequel Audiard joue est assez typique mais son style est trop personnel pour ressembler vraiment à quiconque.
La musique agresse d’emblée le spectateur et accompagne les mouvements de caméra et très vite l’on comprend que l’amoralité de Tom sera le thème central du film. Instantanément, on comprend en effet les contradictions qui l’assaillent, il est une bête blessée. Se soigner c’est rentrer dans le rang. La musique est son antidote. Elle ouvre la voie de la rédemption, permet à Tom de s’affranchir de ce qu’il est en visitant cette part plus humaine de lui. Ainsi, la musique est centrale dans le film est renvoie aux tourments intérieurs de Tom : tantôt agressive, tantôt douce.
La violence parfois saisissante rend le film d’autant plus tendu. L’influence de Benacquista au scénario est alors prédominante. Déjà collaborateur d’Audiard, Benacquista est avant toute chose un écrivain. Qui connaît ses livres retrouvera cette atmosphères à la fois cynique et légère etc.… si particulière chez Benacquista. La relation entre Romain Duris et la magnifique Aure Atika est emblématique des rapports hommes/femmes chez Benacquista même si Audiard noircit et grossis les traits. Ce n’est pas un reproche. Juste une façon d’appréhender le monde qui est différente chez le réalisateur. Comme Benacquista, il est attaché à l’humain, ses portraits sont même d’une grande pudeur mais le contexte est presque toujours oppressant car noir etc. On revient a cette idée de film noir, qui n’est propre qu’a Audiard. On retrouve ainsi une atmosphère, un style et des thèmes qui lui appartiennent presque exclusivement. Le film est pour tous les amateurs de poésie dans un monde de brutes...
Extrait de la B.O du film
Alexandre Desplat - Suite
"Tony Takitani" de Jun Ichikawa
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