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Cannes 2008 : Sélection semaine de la critique
Ouverture Areia de Caetano Gotardo (court-métrage) Clôture Beyond the Mexican Bay de Jean-Marc Rousseau (court-métrage) Longs métrages
L'étranger en moi d’Emily Atef
Rumba de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
Courts métrages
Next Floor de Denis Villeneuve
The Runt d'Andreas Hykade (Révélation FIPRESCI de l'année, court-métrage)
Les Paradis Perdus de Hélier Cisterne
Young Man Falling de Martin de Thurah
Taxi Wala de Lola Frederich
Graffiti de Vano Burduli
Peces platano de Natalia Beristain
La Pomme de Newton de Vincent Vizioz avec Mathieu Boogaerts
Mots clés Technorati : Festival de Cannes Sélection officielle, 61e festival de Cannesbillet mis à jour le 29 avril puis le 5 mai
Du 14 au 25 mai, rendez-vous sur Laterna Magica pour suivre le 61 festival de Cannes. Pour la troisième année consécutive, nous serons présent sur la Croisette et nous tenterons de faire au mieux (et mieux que les autres années) pour vous faire partager nos impressions sur le festival et les films qui y seront présentés. Voici justement le line-up avec la sélection des films pour la Compétition officielle et pour la sélection Un Certain Regard. Nous vous donnons rendez-vous aussi pour une présentation détaillée, bientôt, de cette sélection. A noter que, concernant la compétition officielle, 19 films dont 2 français sont sélectionnés. Un 3e film français viendra, dans les prochains jours, porter à 20 le nombre de prétendant à la Palme d'Or. A très bientôt !
Sean Penn (président), Sergio Castellito, Natalie Portman, Alexandra Maria Lara, Alfonso Cuaron, Arichatpong Weerasethakul, Rachid Bouchareb, Marjane Satrapi, Jeanne Balibar
Hou Hsiao Hsien (président), Suzanne Bier, Marina Hands, Olivier Assayas, Larry Kardish
Fatih Akin (Président) Il sera entouré pour remettre le Prix Un Certain Regard de la journaliste indienne Anupama Chopra (New Delhi Television), de la journaliste russe Catherine Mtsitouridze (1ère chaîne nationale russe), du critique Egyptien Yasser Moheb (Al Ahram Hebdo) et de José Maria Prado, Directeur de la Filmoteca Española.
Bruno Dumont (président)
Les 3 singes de Nuri Bige Ceylan Le Silence de Lorna de Luc et Jean-Pierre Dardenne Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin L'Echange (aka The Changeling) de Clint Eastwood Adoration d'Aton Egoyan Waltz with Bashir d'Ari Folman La Frontière de l'Aube de Philippe Garrel Gommora de Matteo Garrone 24 City de Jia Zhang Ke Syncecdoche New York de Charlie Kaufman My Magic d'Eric Khoo La Femme sans tête de Lucrecia Martel Serbis de Brillante Mendoza Delta de Kornel Mundruczo Linha de passe de Walter Salles et Daniela Thomas Che de Steven Soderbergh Il Divo de Paolo Sorrentino Leonera de Pablo Traprero The Palermo Shooting de Wim Wenders Blindness de Fernado Meirelles (film d'ouverture) Entre les murs de Laurent Cantet
Tokyo de Bong Joon Ho, Leos Carax et Michel Gondry Afterschool d'Antonio Campos Parking de Chung Mong Hong Soi Cowboy de Thomas Clay La Vie moderne de Raymond Depardon Wolke 9 d'Andreas Dresen Tulpan de Sergey Dvortsevoy Los Bastardos d'Amat Escalante Je veux voir de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige O'Horten de Bent Hamer Le Sel de la mer d'Annemarie Jacir Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa Yi Ban Haishui, Yi Ban Huoyan de Fendou Liu La Fête de la jeune fille morte de Matheus Nachtergaele De Ofrivilliga de Ruben Östlund Wendy and Lucy de Kelly Reichardt Johnny Mad Dog de Jean-Stéphane Sauvaire Versailles de Pierre Schoeller Tyson de James Toback
Vicky Christina Barcelona de Woody Allen Le bon, la brute, le cinglé de Kim Jee-Woon Kung-fu Panda de Mark Osborne et John Stevenson Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg What's just happened ? de Barry Levinson (film de clôture)
Maradona d'Emir Kusturica Surveillance de Jennifer Lynch The Chaser de Hong-Jin Na
Of Time and city de Terence Davies Chelsea Hotel d'Abel Ferrara Sanguepazzo de Marco Tulio Giordana C'est dur d'être aimé par des cons de Daniel Leconte Les Cendres du temps (Redux) de Wong Kar-Waï Roman Polanski : Wanted and Desired de Marina Zenovich
The Third Wave d'Alison Thompson Mots clés Technorati : Festival de Cannes L'actu ciné du 21 avril
B.T
"REC." de Jaume Balaguero & Paco PlazaPremière publication le 26 janvier 2008
En Compétition, Fantastic'arts Gérardmer 2008 Une journaliste télé et son caméraman suivent une équipe de pompiers pour une émission intitulée "Pendant que vous dormez". La nuit s'annonce banale jusqu'au coup de téléphone d'une vieille dame réclamant du secours. L'équipe télé suit les pompiers dans leur intervention, mais ce qui les attend dépasse toute ce qu'ils auraient pu imaginer. Nous avons déjà beaucoup parlé ici des documenteurs (lire l'article), ces films qui prétendent relater des évènements réels avec les moyens du documentaire mais qui ne sont en fait que de pures fictions. Rec fait partie de cette nouvelle vague de documenteurs, une véritable tendance qui aura marqué la quinzième édition du festival de Gérardmer, lequel proposait au public, outre Rec, Cloverfield et Diary of the dead. Tous ces films partagent un même concept, une mise en scène concentrée sur le seul point de vue d'une caméra portée par l'un des personnage. En claire, le principe des FPS est emprunté a certains jeux vidéos par le cinéma.
Rec est sans doute le plus efficace des films que nous avons cités et auxquels nous relions sans hésiter Le Projet Blair Witch. On remarquera que chacun de ces film utilise le principe du point de vue caméra subjective a des seuls fins de frissons et d'angoisse. Il est évident que cette immersion aux confins de l'horreur, ou de la catastrophe (pour le cas Cloverfield), est vectrice d'une identification naturelle avec les personnages in situ et donc à une peur mécaniquement ressentie. Au contraire de Diary of the dead (lire notre critique) Rec va jusqu'au bout de son idée, ne s'écartant jamais de son principe initial. Le cinéma ne transpire donc qu'en de rares occasions. Le film est en son direct et rien n'a été ajouter pour intensifier de manière artificielle un film déjà sous haute tension.
Mais tout celà est une idée de cinéma en soi, une idée de mise en scène. La mise en scène de Rec est tout simplement impressionnante avec des mécanismes de la peur parfaitement huilés et une immersion dans cette fausse réalité facilitée par des moyens aussi simples que fondamentaux. Nous en avons un exemple lorsque le caméraman pose sa caméra pour aller secourir une personne. L'obession de filmer et d'apporter un témoignage sur ce qui se passe n'entrave pas l'urgence humanitaire qui est censée prendre le dessus en toutes circonstances.
Benoît Thevenin REC - Note pour ce film :
Réalisé par Paco Plaza, Jaume Balaguero
Avec Manuela Velasco Année de production : 2007 Sortie française le 23 avril 2008 La Influencia de Pedro AguileraPremière publication le 30 mai 2007
Le film de Pedro Aguilera tente de dessiner le portrait d’une mère célibataire (Paloma Morales) accablée par les problèmes quotidiens. Mutique, le personnage de la mère est trop antipathique pour que l’on soit sensible à ses malheurs. Commerçante, elle passe ses journées à espérer un client. Quand celui-ci pointe le nez, pas un bonjour, pas un sourire. On comprend aisément pourquoi son commerce est ainsi déserté. Les conséquences sont extrêmement fâcheuses : des revenus plus que modestes qui ne lui permettent pas de régler le loyer de sa boutique (elle en sera vite chassée), ni la scolarité de ses enfants (en école privée). Les enfants, 15 ans et 5 ans environ, manifestent leurs insouciances par une vitalité qui tranche avec l’attitude affligée de la mère. Celle-ci sombre ensuite dans la maladie, reste clouée au lit et laisse ses enfants livrés à eux-mêmes. Dans cette partie, le parallèle est vite établit avec des films comme Nobody Knows de Kore-Eda ou Demi-tarif d’Isild le Besco. La différence est ténue. Si la mère est ici physiquement présente, elle est en fait autant fantomatique que les mères dans les deux films précités. La Influencia est un film assez insupportable, s’égarant très rapidement dans une litanie du vide. La mère déambule entre son foyer et son magasin. Elle ne sourit jamais, excepté en une occasion qu’elle saisit pour se libérer temporairement de son malheur. Par le sexe bien sûr, le film ne va pas très loin dans son propos. D’ailleurs c’est un peu tout le problème, on a du mal à deviner les intentions du cinéaste, ce qu’il a voulu dire. Le drame inéluctable arrive dans une fin qui rattrape un tout petit peu la vacuité pesante et sidérale de toute cette histoire. Les enfants deviennent adultes. Ils foncent dans un mur mais, sains et sauf, peuvent maintenant envisager de vivre.
Benoît Thevenin
TRIVIA : Premier film pour Pedro Aguilera, ancien assistant de Carlos Reygadas.
La Influencia - Note pour ce film : 0 Réalisé par Pedro Aguilera Avec Paloma Morales, Jimena Jiménez, Romeo Manzanedo Année de production : 2007 Sortie française le 23 avril 2008 Yumurta de Semih KaplanoğluPremière publication le 30 mai 2007
A partir d’un sujet ultra galvaudé, Semih Kaplanoğlu arrive malgré tout à nous toucher. Son film est fait de silence, de jeux de regards. La mise en scène, discrète et élégante, et la justesse du jeu des acteurs (le sourire de Saadet Işıl Aksoy illumine l’écran) compense un scénario que tout le monde connaît par cœur. Le deuil du poète traduit le délitement de son existence, laquelle respire d’un second souffle grâce à la rencontre et la relation qui se noue. Un joli petit film dans les décors sublime de la campagne turque. Les plans ne sont pas aussi chiadés que chez Ceylan mais ça reste magnifique.
B.T
Réalisé par Semih Kaplanoðlu
Avec Nejat Isler, Saadet Isil Aksoy, Ufuk Bayraktar Année de production : 2007 Sortie française le 23 avril 2008 "Funny Games U.S." de Michael Hanekepremière publication le 13 mars 2008
En 1997, Michael Haneke divise et choque profondément les festivaliers cannois où son Funny Games est présenté en compétition. Le cinéaste autrichien, déjà réputé pour la méticulosité de son style et sa réflexion sans concession à propos de la violence, avait précédemment réalisé Le Septième continent (1989), 71 Fragments d'une chronologie du hasard (1994) et Benny's video (1992). Funny Games représentait en quelque sorte l'aboutissement de ce travail de fond sur la représentation de la violence par les médias. Haneke reste fidèle à son thème de prédilection, comme le prouve peut-être Caché et ce remake de Funny Games. Lorsqu'il réalise le premier Funny Games, Haneke vise d'abord le public américain. Le film est une sorte de réaction à un certain cinéma américain, violent et complaisant dans cette violence qu'il montre ou suggère. Mais Funny Games - réalisé en autriche avec des acteurs allemands et autrichiens ; tourné justement en langue allemande - n'atteint et ne touche donc pas le public pris pour cible. Haneke a ainsi accepté de réaliser lui même le remake de son film mais ce remake est-il légitime ?
Jour après jour nous le constatons, Hollywood passe son temps à remaker les films importants du passé voir du présent. Cette obsession est nourrie par le public lui même. C'est un fait, le très grand public se tourne généralement très peu vers autre chose que le cinéma strictement contemporain. Les films réalisés vingt ans auparavant ou plus ne sont plus vus. Le cinéma étant souvent considéré comme un divertissement plutôt qu'un art, le grand public n'est pas forcément enclin a faire des efforts pour voir un film, par exemple subir des sous-titres. C'est particulièrement vrai pour le grand public américain. Hollywood, dans sa logique industrielle du divertissement de masse a intégré ces données. Les studios puisent ainsi régulièrement dans les catalogues pour dénicher quelques valeurs sûres réadaptables aujourd'hui. C'est malheureux à dire, mais même les films d'Hitchcock, longtemps intouchables, sont de moins en moins vus et de plus en plus sujet à des remakes...
Funny Games n'a que dix ans mais, parce qu'il s'agit d'un film exigeant tourné en langue allemande, le film n'a donc pas atteint le public à qui il s'adressait. Le remake est légitime dès lors qu'Haneke retourne son film en anglais, avec des acteurs connus et reconnus, se donnant les moyens de toucher directement et enfin le public pris pour cible. La démarche d'Haneke est même d'autant plus noble, sincère et efficace que le réalisateur a retourné son film à l'identique. Funny Games U.S est comme une photocopie couleur à large diffusion d'un document resté jusqu'à aujourd'hui confidentiel. Pour ceux qui ont déjà vu le film original, qui s'en souviennent surtout, voir Funny Games US n'a pas grand intérêt. Haneke a réellement refait le même film que dix ans auparavant, avec les mêmes plans, le même découpage, la même bande-son et des décors en tout points similaires. Seuls les acteurs changent. Haneke a juste inséré dans son récit et dans sa mise en scène quelques infimes variations et, pour ceux qui connaissent déjà Funny Games, le seul vrai jeu et d'essayer de déceler ces infimes variations. L'intérêt est donc - on l'a déjà dit - limité.
Mais la démarche est infiniment plus honnête que pour n'importe quel autre remake habituel. Les mauvaises langues diront qu'Haneke ne s'est pas foulé avec ce film, mais l'on peut aussi dire que le cinéaste a fait l'effort de conserver intacte la richesse et la force de son film original afin d'offrir au public le film qu'ils auraient du voir dix ans auparavant. Mais cette démarche a quand même ces limites. Puisque nous connaissons bien le film original, difficile pour nous de ne pas comparer point par point chacun des deux films. Notre attention se rapporte inévitablement sur les acteurs. Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt et Brady Corbet sont parfait, il n'y a rien a redire. Juste, la relation entre les personnages nous apparaît quand même ici moins naturelle, plus fabriquée. La sensation est un peu la même que pour un spectateur de théâtre lorsqu'il connaît une pièce qu'il revoit souvent, jusqu'au jour ou les acteurs changent. La pièce est la même. Pour les nouveaux spectateurs dans la salle, elle aura un impact similaire à celui subit par les spectateurs de la veille, mais cette différence fondamentale est fatalement gênante pour le spectateur qui justement était là la veille. Dans le cas de Funny Games, l'impact est quelques peu atténué aussi parce que, en plus, nous connaissons bien ces nouveaux acteurs alors même que dans le premier film, tous nous était parfaitement inconnus. Pour ce film si subtil sur le plan psychologique, ce détail n'a rien d'anodin. Funny Games US est donc un film dont on peut aisément se dispenser de voir si l'on connaît bien l'original. Mais ce film était si important, si intense que, si on ne l'a pas vu, il est essentiel d'en découvrir la copie. Pour les autres, vous ne pourrez que noter quand même ces variations infimes qu'Haneke opère. Une est même très importante et change au final la structure du récit. Ce changement intervient à un moment charnière du film et provoque très habilement une modification de la structure dramatique du film. Ca reste anecdotique et ne modifie en rien le sens, l'impact et la valeur du film. Cela prouve juste a quel point Haneke est malin. Funny Games US reste un thriller psychologique cynique, intense, profondément dérangeant. "Ce sera froid, précis, implacable et ça ne finira pas bien. Vous voulez essayer ?".
Funny Games U.S. - Note pour ce film : Réalisé par Michael Haneke Avec Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt, ... Année de production : 2007 Sortie française le 23 avril 2008 Disco de Fabien Ontoniente
B.T
Disco - Note pour ce film :
Réalisé par Fabien Onteniente
Avec Franck Dubosc, Emmanuelle Béart, Gérard Depardieu, ... Année de production : 2006 Sortie française le 2 avril 2008 Mots clés Technorati : Disco,Fabien Ontoniente,Franck Dubosc,Emmanuelle Béart,Gérard Depardieu,Samuel le Bihan,Annie Cordy Un Roman policier de Stéphanie Duvivier
A l'instar de films comme Police de Pialat ou Le Petit Lieutenant de Beauvois, Un Roman Policier suit de l'intérieur le quotidien d'une brigade. Le commissariat de Stéphanie Duvivier (la réalisatrice) est situé en banlieue marseillaise.
Stéphanie Duvivier réalise là son premier long-métrage mais retrouve un duo d'acteurs (Marie-Laure Descoureaux et Abdelhafid Métalsi) peu connus mais qu'elle avait déjà dirigé en 2003 à l'occasion de son court-métrage L'Hymne à la gazelle (nommé aux César en 2005). Passé une entame prometteuse et prenante, l'intrigue s'embarque sur une voie intime qui coïncide maladroitement avec le contexte policier de cette histoire. La démarche paraît mal assurée, hésitante et le film manque d'un certain souffle, de rythme même. Reste un regard intéressant sur les arrières salles de police. On ne peut certainement pas reprocher à ce film une quelconque démagogie.
Un Roman policier n'a assurément pas la qualité des films cités en préambule mais il permet au moins une belle découverte avec Abdelhafid Métalsi, assez fascinant dans son rôle de flic marginal. On signalera aussi la caution apportée par Olivier Marchal, ancien policier et réalisateur de 36 quai des Orfèvres et MR73, lequel joue ici le rôle d'un flic de la brigade des stups.
B.T Mots clés Technorati : Un Roman Policier,Stéphanie Duvivier,Marie-Laure Descoureaux,Abdelhafid Métalsi,Olivier Marchal Un Roman policier - Note pour ce film : L'actu cinéma du 16 avril
Mots clés Technorati : Johnnie To,Orlando Bloom,Chow Yun Fat,Liam Neeson,Jean-Pierre Melville,Mamoru Oshii,Gilles Lellouche,Richard Gere L'actu cinéma du 15 avril
Bande-annonce de "Recount" avec Kevin Spacey. Découvrez les premières images de Recount. Produit par la chaîne HBO, le film - sans doute promis à la télévision plutôt qu'aux salles - reviendra sur les élections présidentielles américaines de 2000. George W. Bush avait alors été élu après un recomptage très contesté des bulletins en Floride. Réalisé par Jay Roach (Austin Powers, Mon Beau-père et moi), Recount réunit un casting prestigieux : Laura Dern, John Hurt, Dennis Leary, Tom Wlkinson
Ploy (พลอย) de Pen-ek RatanaruangPremière publication le 28 mai 2007
Dans le hall d’un hôtel, un homme d’une quarantaine d’année rencontre une jeune fille de 19 ans. Elle attend, pour quelques heures encore, sa mère. Pour combler l’attente, l’homme lui propose de venir se reposer dans sa chambre d’hôtel. Aucune intention malveillante dans cette proposition. L’épouse, jalouse, n’est pas très réceptive à cette intrusion. Méditation foireuse sur le couple, sur le désir. Un film beau, certes, mais toc.
B.T
Réalisé par Pen-ek Ratanaruang
Avec Lalita Panyopas, Pornwut Sarasin, Apinya Sakuljaroensuk, ... Année de production : 2007 Sortie française le 16 avril 2008 Mots clés Technorati : Ploy,Pen-ek Ratanaruang "Bienvenue chez les Ch'tis" de Dany Boonpremière publication le 27 février 2008
C'est un véritable phénomène de société. Bienvenue chez les Ch'tis pulvérise un à un tous les records du box office national. Même l'aviron du Titanic semble à portée de recettes et déjà, on se dit que même le monumental Indiana Jones n'arrivera jamais dans sa quatrième aventure à détrôner cette année le film de Dany Boon. Faut-il forcément s'en réjouir ? En fait non. On ne souhaite pas vraiment jouer la carte des rabats joie de service mais voila, Bienvenue chez les Ch'tis fait aussi du mal à ceux qui aiment le cinéma. Dany Boon est excusé, son film fait du bien à la France entière et c'est quand même ça qui importe le plus. Le ton se cette critique sera néanmoins volontairement polémique et le débat sera lancé...
Bienvenue chez les Ch'tis est éminemment sincère et jovial. On ne peut rien nier du caractère sympathique du film, de la bonne humeur qu'il suscite, du côté humain vers lequel il bascule. Le film contrebalance admirablement avec le récent Paris de Klapisch. Le caractère franchouillard, libre et naïf du long-métrage de Dany Boon s'oppose à la tonalité beaucoup plus sérieuse et mélancolique du film de Klapisch. Une capitale sinitre face à une campagne plus sereine ? Le raccourcis est peu évident, facile a démonter probablement, mais il y a quelque chose de cet ordre là. Paris est sans doute une ville trop sérieuse.
Dans Bienvenue chez les Ch'tis, on rit de bon coeur, dans trois séquences en particulier (le caméo instantanément culte de Galabru, le "les meubles, c'était les ch'iens" et le "j'appelle et je vous dit quoi"), même si les occasions de rire et de sourire sont nombreuses par ailleurs. Dany Boon s'amuse des clichés qui collent à l'image du Nord, et visiblement ça marche. Line Renaud, les petits rôles de Patrick Bosso et Stéphane Freiss sont assez savoureux, et le duo Kad Merad/Danny Boon fonctionne plutôt bien.
Voilà, avec tout ça, tout est dit. On comprend que le film séduise. Bienvenue chez les Ch'tis est un film modeste, gentil, proche des gens et qui ne prend en otage aucune catégorie de la population. Le succès du film se mesure probablement à toutes ces qualités là. Mais prenons aussi le contre-point forcément très peu populaire qui incite à trouver aussi ce film consternant. Point de vue radical mais qui mérite d'être exposé. Bienvenue chez les Ch'tis s'inscrit dans une tradition très française du cinéma comique depuis Gérard Oury. En clair, il n'y a dans ce film aucune ambition cinématographique, une authentique médiocrité technique, qui sont le cauchemard du cinéma français depuis 30 ou 40 ans. Le cinéma français recycle avec ce film ses stéréotypes de la comédie franchouillarde. C'est noble, le public peut être ravi de bénéficier de ça, il n'est jamais mauvais de rire et les gens n'attendent d'ailleurs rien d'autre d'une comédie qu'elle les fasse rire. Mais ce qui déçoit c'est donc cette absence totale d'envie de faire du cinéma, d'utiliser les moyens du cinéma.
Depuis Louis de Funès ou Bourvil, le cinéma français, et le cinéma comique français en particulier, a abandonné toute idée de produire de la mise en scène. Le cinéma ce n'est pas que du dialogue, c'est aussi de l'image. Chez Oury comme chez Dany Boon aujourd'hui, l'image ne vaut pas le grand écran, l'image est aussi peu inspirée que les pires téléfilms de TF1. Bienvenue chez les ch'tis ratisse large car il est humble, consensuel et efficace au niveau de l'hilarité. Ce qui est alors désespérant, c'est qu'aucune voix, ou si peu, ne s'élève pour exiger des réalisateurs qu'ils ne se contentent pas de nous faire rire, mais qu'ils prennent à bras le corps l'idée même de réaliser un film. Les américains l'ont toujours fait via quelques unes de leurs plus grandes signatures. Le cinéma français se refuse à ça. Le public est alors conditionné par ces principes sans doute inconscients.
Bienvenue chez les Ch'tis est en train de marquer l'histoire du cinéma français et donc de devenir un modèle pour l'avenir. A court terme, on nous recyclera en beaucoup moins bien des films beaucoup moins sincères fonctionnant sur un principe comique similaire. A moyen terme, une suite est fatalement envisageable mais qui a toutes les chances de ne pas surprendre autant. A long terme, on continuera encore et toujours à produire des films sans aucune ambition de cinéma mais qui auront la prétention de vouloir faire rire, faisant perdurer un système vicieux ou l'idée de cinéma est quasi morte-née. Alors certes, Bienvenue chez les chtis est un film agréable, qui procure du bien aux gens, et on ne peut que le louer pour ça. Le reste, tout le monde ou presque s'en moque. C'est tout le problème. Bienvenue chez les ch'tis est du côté du public et pas du cinéma. Mais nous ici qui sommes du côté du cinéma, qui admirons d'abord l'audace et le courage de certains cinéastes, qui adorons adorer des films qui plaisent à tous les publics, nous ne pouvons pas nous empêcher d'être du côté du cinéma. Bienvenue chez les ch'tis ne s'invite pas dans notre cour et étant donné l'ampleur du succès du film, nous trouvons ça vraiment dommage.
Benoît Thevenin Semaine 0 (du 20/02 au 26/02/2008) : 0 555 392 spectateurs (*) Semaine 1 (du 27/02 au 04/03/2008) : 4 378 720 spectateurs (05 014 229 cumulés) Semaine 2 (du 05/03 au 11/03/2008) : 3 940 634 spectateurs (08 954 863 cumulés) Semaine 3 (du 12/03 au 18/03/2008) : 3 637 899 spectateurs (12 592 762 cumulés) Semaine 4 (du 19/03 au 25/03/2008) : 2 720 713 spectateurs (15 313 475 cumulés) Semaine 5 (du 26/03 au 01/04/2008) : 1 386 646 spectateurs (16 700 121 cumulés) Semaine 6 (du 02/04 au 08/04/2008) : 945 011 spectateurs (17 645 132 cumulés) Semaine 7 (du 09/04 au 15/04/2008) : 921 791 spectateurs (18 566 923 cumulés) Semaine 8 (du 16/04 au 22/04/2008) : 685 392 spectateurs (19 252 315 cumulés) Semaine 9 (du 23/04 au 29/04/2008) : 307 528 spectateurs (19 559 843 cumulés) Semaine 10 (du 30/04 au 06/05/2008) : 186 616 spectateurs (19 746 459 cumulés) Semaine 11 (du 07/05 au 13/05/2008) : 156 427 spectateurs (19 902 886 cumulés) Semaine 12 (du 14/05 au 20/05/2008) : 102 321 spectateurs (20 005207 cumulés) Semaine 13 (du 21/05 au 27/05/2008) : 071 929 spectateurs (20 077 136 cumulés) Semaine 14 (du 28/05 au 03/06/2008) : 066 143 spectateurs (20 143 279 cumulés) Semaine 15 (du 04/06 au 10/06/2008) : 038 145 spectateurs (20 181 424 cumulés) Semaine 16 (du 11/06 au 17/06/2008) : 025 641 spectateurs (20 207 065 cumulés) Semaine 17 (du 18/06 au 24/06/2008) : 015 748 spectateurs (20 222 813 cumulés) Semaine 18 (du 25/06 au 01/07/2008) : 038 162 spectateurs (20 260 975 cumulés) (*) : Le film est sorti dans le Nord une semaine avant sa sortie nationale. La semaine 0 présente les chiffres d'exploitation du film lors de cette exclusivité pour les spectateurs du Nord.
Bienvenue chez les Ch'tis - Note pour ce film : L'actu ciné du 14 avril
B.T L'actu cinéma du week-end
Bande-annonce de "Quarantine". Rec., l'intense film d'horreur espagnol du duo Jaume Balaguero et Paco Plaza, n'est même pas encore sorti en France (23 avril) que déjà la bande-annonce de son remake apparaît sur le web. Laterna Magica a eu la chance de découvrir Rec. avant tout le monde lors du dernier festival de Gérardmer (lire notre critique) et le film a d'ailleurs reçu les prix du jury et du public. Les premières images du remake laissent imaginer un film très semblable à l'original. On y retrouve Jennifer Carpenter (L'Exorcisme d'Emily Rose, la série Dexter) dans le rôle d'une journaliste de télévision soudainement confrontée à l'horreur dans un immeuble mis sous quarantaine...
B.T Mots clés Technorati : Quarantine,Jennifer Carpenter,Adrien Brody,Elsa Pataky,Dario Argento,Natalie Portman,Gisele Bundchen,Takeshi Kitano,Uwe Boll L'actu cinéma du 9 avril
B.T
The Eye de Xavier Palud et David MoreauPremière publication le 5 mars 2008
Une jeune femme aveugle depuis sa plus jeune enfance bénéficie d'une transplantation de la cornée pour retrouver la vue. Elle vivaient avec quatre sens en éveil mais devra maintenant composer non pas avec cinq mais bien six sens. Voir avec les yeux d'une autre n'est pas sans risque. C'est même dangereux et elle va l'apprendre à ses dépends.
Pour un cinéphile, les yeux c'est sacré alors on n'y touche pas. S'il l'on était riche, limite s'il ne faudrait pas les assurer à la manière des jambes de certains footballeurs. Beaucoup de films sont une torture pour les yeux et d'ailleurs le film original des frères Pang était assez gratiné de ce point de vue (si l'on ose dire). Mais voila, l'opportunité d'aller à la rencontre de Jessica Alba ne se présente pas tous les jours alors nous n'avons finalement pas hésité longtemps à aller la voir sur scène présenter, à la fois son ventre arrondis mais aussi le nouveau bébé des réalisateurs de Ils.
Ils était une bonne surprise et demeure à ce jour une des rares tentatives réussie du cinéma de genre en France, pour ces dernières années. Xavier Palud et David Moreau créent la connexion entre les deux films dès la première seconde de The Eye, montrant des gamins jeter des pierres sur une cible. Mais au style plutôt brut de Ils s'oppose une manière de filmer plus classique, plus propre, plus froide aussi. Le duo de cinéastes choisis l'épure et ça marche plutôt bien. Pendant quelques minutes, on se dit que ca ne va pas être si mal mais... l'impression ne durera pas. Mettons la faute sur le dos du studio histoire d'épargner nos sympathiques cinéastes. Toujours est-il, sans trop savoir qui en a eu la mauvaise idée, que le scénario nous confronte à des ombres maléfiques dans le styles du Voldemort d'Harry Potter, plus risibles que terrifiantes. Le principe horrifique du film est dès lors dès plus banal et succinct : des cris stridents, une apparition qui fait "bou" pendant que l'ingé son augmente le son au maximum. Il n'y a pas de surprise sinon cette agression sonore qui force à tressaillir les plus sensibles mais qui n'est qu'une manière pour le moins artificielle et peu inspirée de susciter la peur. On ne peut décemment pas mettre ça sur le compte de Palud et Moreau, bien plus imaginatif avec leur précédent film. Vous pourrez dire, c'était déjà comme-ça dans le film original. Ce n'est pas une raison suffisante en soi.
The Eye est donc un film plutôt bien mis en image, avec une Jessica Alba assez convaincante, mais qui pâti d'un scénario pour le moins fébrile et inconsistant, voir même carrément navrant dans sa conclusion. Jessica Alba, que l'on a déjà vu dans Paranoïd et Awake, n'a toujours pas trouvé le créneau conduisant à un vrai bon film fantastique. Dommage car elle est tellement belle que l'on adore la voir a l'écran mais... pour cela, on est obligé de subir des films plus indigestes les uns des autres. Cette version américaine de The Eye en fait donc partie, sans être non plus infâmant. Peut-être alors aurait-il fallu s'abstenir de produire ce remake. C'est certain mais ce n'est pas la première fois que l'on relève ce constat... Souhaitons donc à Palud et Moreau un projet plus conforme a leur savoir-faire.
Benoît Thevenin Réalisé par Xavier Palud, David Moreau Avec Jessica Alba, Alessandro Nivola, Parker Posey Année de production : 2006 Sortie française le 9 avril 2008 Décès de Charlton Heston
Héros culte de La Planète des Singes et Ben Hur, l'acteur américain Charlton Heston est décédé samedi soir. Il avait 84 ans et était atteint par la maladie d'Alzheimer. Né John Charles Carter, il avait commencé sa carrière en 1947 dans le péplum Antoine et Cléopatre. Sa carrière prend un réel envol grâce à Cecil B. De Mille, lequel l'engage en 1951 pour Sous le plus grand chapiteau du monde, film qui remporte l'Oscar du meilleur film. Charlton Heston trouve ses plus grands rôles dans des fresques épiques. Il est Moïse dans Les Dix Commandements (De Mille, 1956) ou encore Ben-Hur dans le film de William Wyler (1959). Ben-Hur, qui devient le film le plus récompensé des Oscars (record aujourd'hui partagé avec Titanic) permet à Heston de remporter la statuette du meilleur acteur. L'acteur, parfois surnommé Chuck, restera également dans l'Histoire du cinéma pour son rôle dans la mythique Soif du Mal d'Orson Welles (1958), pour la fresque Le Cid d'Antony Mann (1961) ou encore pour deux classiques SF, La Planète des Singes de Franklin F. Schaffner (1968) mais aussi Soleil Vert de Richard Fleisher (1974). Charlton Heston a tourné avec les plus belles actrices (Sophia Loren dans Le Cid, Ava Gardner dans Les 55 Jours de Pékin (1963), Tremblement de terre (1974) etc.) ; quelques uns des plus grands réalisateurs de son époque (Wyler, De Mille, Mann, Welles, mais aussi Carol Reed, Nicholas Ray ou Peckinpah) et dans des films parmi les plus importants. C'est une figure mythique qui nous quitte même si son image fût ces dernières années controversée, notamment via le documentaire de Michael Moore Bowling for Columbine, et parce que président de la National Rifle Association de 1998 à 2003. Charlton Heston a été vu pour l'un des ses derniers rôles dans l'Enfer du Dimanche d'Oliver Stone (2000).
B.T avec AFP
L'actu cinéma du 5 avril
"Blindness" de Fernando Meirelles : Bande-annonce ! La rumeur annonce le prochain film de Fernando Meirelles en compétition en mai prochain sur la Croisette. La sélection ne sera dévoilée que dans une quinzaine de jours et nous serons aux premières loges pour vous l'annoncer. En attendant de savoir si le cinéaste brésilien, nommé aux Oscars pour La Cité de Dieu, fera le voyage à Cannes, découvrez l'impressionnante bande-annonce de son nouveau film, Blindness, où comment l'humanité devient aveugle !
B.T Mots clés Technorati : Fernando Meirelles,Blindness,Tobey Maguire,Brendan Fraser,Dwayne Johnson,Stephen Sommers,Festival de Cannes Interview avec William Karel, réalisateur d'Opération Lune et Poison d'avril.
Laterna Magica : William Karel, sur quoi travaillez-vous actuellement ? William Karel : En ce moment, je suis en train de finir le montage d’un film mi-fiction, mi-documentaire, que j’ai tourné pendant un an aux Etats-Unis avec des comédiens américains comme Kirk Douglas, Cyd Charisse ou Ben Gazzara… … sur quel sujet ? Ca tourne autour du milieu du cinéma. Ca part d’un fait réel, le meurtre d’une actrice qui a eu lieu au début des années 40. Soixante ans après, on retrouve des documents. Le flic qui avait 25 ans au moment ou l’enquête n’avait pas aboutit, réouvre l’enquête et essaye de comprendre ce qui s’est passé. Est-ce que ça a quelque chose à voir avec "Le Dahlia Noir" de James Ellroy ? Non mais on me l’a déjà demandé (rires). C’est pareil, soixante ans après ils réouvrent l’enquête ?
Non non, l’histoire se déroule pendant les années 40… Sinon, présenté comme ça, le film semble avoir des raisonnances avec votre documentaire "Hollywood". Est-ce que c’est le cas ? Oui bien sûr… Hollywood était aussi faux que Opération Lune. Enfin… toute une partie. Je racontais des trucs aberrants et on était surpris que les gens y croient. Il y avait des faux témoignages dans le film. On avait vu une histoire comme quoi les enfants américains détestaient manger les fruits frais parce qu’ils préféraient de loin les trucs en boîte, qui avaient meilleurs goûts. On avait raconté dans le film qu’ils avaient inventé un produit à Los Angeles, ou ils mettaient quelques gouttes d’une substance qui donnait un goût de fer blanc à une salade de fruits frais, pour que les enfants s’habituent et mangent… Arte m’a envoyé une pile de lettres de gens en France qui demandaient comment trouver ce produit en France pour leurs enfants ! Plus on raconte n’importe quoi et plus les gens y croient… En France, les cinéastes éprouvent des difficultés à réagir rapidement à l’actualité politique et on a peu de films sur nos présidents, même s’il y a sans doute beaucoup de choses à dire… A quoi cela est du selon vous ? Je ne pense pas que ça vienne des cinéastes. Ce doit être les chaînes qui sont frileuses. Arte était un peu moins frileuse et a accepté le projet Poison d’avril, mais ce sont les chaînes qui… Par exemple, si aujourd’hui vous proposez un documentaire sur Sarkozy, vous ne trouverez aucune chaîne. Y compris, et j’ai des amis qui les ont sollicités, Canal ou d’autres chaînes qui ne sont pas nationales comme France 2 ou France 3. Il y a une impossibilité. Il y a un autre point, et c’est pour cela que pendant cinq ans je n’ai fait que des documentaires aux Etats-Unis, c’est que les américains parlent, contrairement aux Français. J’ai des amis qui essayent d’en faire sur la guerre d’Algérie, même sur Dien Bien Phû ! J’ai un ami, Patrick Jeudy, qui est allé retrouvez des responsables, cinquante ans après. Ils ne racontent rien… Comme ils espèrent toujours… En France, un homme politique se dit toujours qu’il pourra finir au Conseil constitutionnel ou au Sénat, tandis qu’aux Etats-Unis, les hommes politiques finissent par rentrer dans le privé et ne reviennent plus. Ils parlent donc beaucoup plus facilement. C’est très facile de faire des films là bas.
En parlant de présidents, vous vous êtes déjà intéressé à Giscard ("VGE, le théâtre du pouvoir"), à Mitterrand ("Un Mensonge d’Etat"). A quand Chirac et Sarkozy ? Sarkozy, j’aurais adoré. Chirac, dans Poison d’avril, il en est beaucoup question. Sarkozy j’adorerais le faire… mais comme j’ai dit beaucoup de mal de lui dans des entretiens, j’ai peu d’espoir. Mais c’est un personnage intéressant. J’aurais même pu faire un film sur Carla Bruni (sourire). Actuellement, vous êtes à l’affiche via le film de Philippe Faucon, "Dans la vie"… … comme scénariste oui. Ma fille joue dedans d’ailleurs. Elle est la femme du personnage joué par Philippe Faucon.
Pouvez-vous parler de votre collaboration avec lui ? C’est le cinquième film. Disons que je suis un réalisateur de fiction frustré. Si je pouvais, je ne ferais que des fictions mais on ne m’a pas laissé en faire pendant des années jusqu’à Poison d’Avril. Et donc avec Faucon, j’ai écris des scénarios… mais j’en écris tout le temps. Dès que j’ai un moment, j’en écris un, j’adore ça. C’est une collaboration privilégiée avec lui ? Oui, je le connais depuis longtemps et on a l’habitude de travailler ensemble. Mais il garde toujours très peu de ce que j’écris (rires). Mais justement, est-ce que vous vous déciderez a garder vos scénarii pour vous et à passer à la fiction ? Normalement bientôt. Celui que je suis en train de finir, avec Kirk Douglas et Ben Gazzara, passera début juin sur Canal +. Après je dois faire pour France 2 une fiction, mais une fiction disons politique… … dans le style de "Poison d’avril" ? Non, c’est un huis clos. France 2 a eu du courage d’accepter ce projet, mais pas parce que le projet est dérangeant… Vous savez, c’est en 1981, avant l’élection de François Mitterrand, il y a eu un dîner organisé par Edith Cresson. Ils ont commencé à dîner à 9 heures chez Edith Cresson et ça a duré deux heures. Le but, c’était comment abattre Giscard et faire gagner Mitterrand. On a rencontré Giscard et fait 50 heures d’entretien pour savoir comment ça c’était passé, parce que Mitterrand, avec perfidie, avant de mourir, a appelé Giscard et lui a raconter les détails du dîner, et comment Chirac avait assassiné Giscard. Pour le film, j’ai rencontré Edith Cresson, ainsi que la femme qui servait à table etc. Ils étaient cinq au dîner. Le film commence à 21h et finit à 22h30…
… En temps réel ? En temps réel et à deux personnages parce qu’ils ont dîné sans aborder le sujet et vers 21 heures, ils ont pris leurs desserts et sont allés dans le salon. Le film commence avec un générique pendant le dîner où ils disent n’importe quoi et après ils se retirent pour discuter. L’idée est donc de mettre deux personnages dans un huis clos et en temps réel. Ce qui est important c’est l’écriture mais surtout que ce soit bien joué. Mais on a pas encore débuté le casting. Il faut que les acteurs soient crédibles, qu’ils soient aussi bon qu’Helen Mirren dans The Queen… France 2 a pensé à Michel Bouquet (NDLR : il a déjà joué le personnage de Mitterrand dans le film de Guédiguian Le Promeneur du Champs de Mars), mais en 1981, Mitterrand n’avait qu’une soixantaine d’années. Enfin, on a encore le temps, c’est pour le début de l’année prochaine. Et dans le cas ou ça ne se ferait pas, j’écris un film d’après un livre américain de Gérald Shapiro qui s’appelle Les Mauvais Juifs. On a acheté les droits. C’est une comédie autour du cancer et des soins palliatifs en phases terminale. C’est un livre très drôle mais je ne sais pas comment ça passera à l’écran. Par exemple, ma fille, à qui je l’ai fait lire, l’a jeté en disant qu’on ne peut pas plaisanter avec ce genre de sujet… « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde » ... Exactement. Lui était le premier, Desproges, à rigoler de ça. Tous ses sketchs « j’ai pas le cancer » et son communiqué ou il disait « Pierre Desproges est mort ». C’est fort de rigoler jusqu'à la fin Vous avez beaucoup travaillé sur les questions géopolitiques, notamment avec "CIA : Guerres secrètes" ou "Le Monde selon Bush". Actuellement, le débat en France porte sur l’envoi d’un contingent supplémentaire de soldats français en Afghanistan. Quel est votre point de vue sur cette question ? Je ne suis pas spécialiste en politique mais je pense que c’est d’une bêtise totale, une aberration complète. Je ne comprend pas du tout cette manie, alors que Bush est en fin de parcours, de se raccrocher à lui et lui donner une certaine crédibilité. Je trouve ça effarant.
Votre canular "Opération Lune" a particulièrement bien fonctionné. Et a en croire les déclarations de Marion Cotillard exhumées par Marianne, ça a bien marché sur elle aussi… … Oui oui, elle n’a pas cité le film mais il y en a pas eu beaucoup pour dire ça (rires) Moi, ce qui m’a fasciné dans ce film, c’est que vous ayez réussi à convaincre Donald Rumsfeld d’apporter sa caution au sujet. Comment avez-vous procédé ? Il n’a jamais apporté sa caution. Les cinq conseillers de Nixon, je les ai rencontrés un an avant pour faire un film sur le Watergate et on a fait une heure et demie d’entretien avec chacun des cinq conseillers. Quand on a décidé de faire ce faux documentaire, pour le rendre crédible, on a fait des transcriptions de tous ces entretiens et on a choisi des petits bouts chez chacun pour les mettre bout à bout et faire croire qu’ils parlaient de ça. Ils ne parlent pas une seconde dans le film de la Lune mais il y a un faux témoins au milieu, qui est la secrétaire de Nixon, et qui est la seule à parler de la Lune. Elle permet de faire les liens. Les autres donc n’en parlent pas, ils n’étaient pas au courant.
Après le poisson d’avril, "Poison d’avril". "Opération Lune" et "Poison d’avril" ont justement ça en commun : l’idée du pouvoir de l’image sur les spectateurs les plus crédules... Ce n’était pas un jeu Poison d’avril. Il y a eu tellement de livres après l’élection certifiant que c’était ce qui avait fait basculer l’élection, cette folie vous vous souvenez… Mais c’est un point de vue partiel voire partial par rapport à l’explication de l’échec de Jospin. C’est plus une thèse… … sur le fait qu’entre le vendredi et le dimanche, le cours des élections a basculé ? Plus ou moins. Tout le monde pensait que Jospin allait arriver. Si vous lisez le journal de Sylviane Jospin, qui a eu l’honnêteté de le publier tel qu’elle l’a écrit, à cinq heures de l’après-midi le dimanche, elle écrit que Lionel est a l’arrière de la voiture et il écrit son discours de remerciement aux français de l’avoir choisi… Il y avait des indices. Je me souviens d’un documentaire de Canal + ou John-Paul Lepers pose à Jospin la question de son élimination, et il rit… Oui. Je l’ai gardé dans le film d’ailleurs cet extrait. Lepers lui demande s’il y a une chance et Jospin dit « je ne réponds pas aux questions fantaisistes ». J’ai enlevé un autre extrait avec Martine Aubry, le samedi matin, lors de la conférence de presse. On lui demande si Jospin peut ne pas être qualifié et elle répond en demandant s’il n’y a pas d’autres questions. Ils ont vraiment été aveuglés.
Tous vos films ou presque évoquent un complot. Quel recul avez vous par rapport à ça ? J’adore ça la théorie du complot. Ca nourrit toutes mes insomnies (rires). Sur Kennedy, bon je ne vais pas refaire un autre film, mais il y a des gens que j’ai rencontrés il y a dix ans comme Robert Berg qui est toujours à la CIA. Il fouille tout le temps lui aussi. Il est obsédé. Il m’envoie des documents sur l’assassinat de Kennedy. Il vient de m’envoyer une piste qui semble la plus sérieuse, ou se seraient trois français partis de France qui auraient tués Kennedy. Trois qui auraient été payés 1 millions de dollars et l’un se trouverait à Marseille. C’est vraiment une piste sérieuse ? Celle là ? Très. Parce qu’en même temps, ca apparaîtrait quasiment au moment ou la France est dénigrée et montrée du doigt par les américains... Ce n’est pas pour dénigrer. Lui rassemble les documents et fait son enquête. Mais depuis le temps que Kennedy a été assassiné, cette piste française a t’elle ne serait-ce qu’été murmuré par quiconque ? Non, mais comme tous les dix ans ils ouvrent une partie des archives de la CIA, et que lui travaille là-bas, il me dit sur quoi il est tombé. Sur le film que j’ai fait sur la CIA, a propos de l’assassinat de Kennedy, on le voit (Robert Berg), tomber sur des trucs somptueux, des dossiers préservés dans des boîtes en acier. Pour les sortir, il fallait une note signée par le président des Etats-Unis. Il a perdu son poste parce qu’il a tenté d’imiter la signature et les documents ont été déclarés perdus. Il est aussi fou que moi dans le complot ! Il y a cinquante théories sur l’assassinat de Kennedy, la seule que tout le monde confirme, c’est que ce n’est pas Oswald qui l'a tué.
"Le Monde selon Bush" me paraît beaucoup plus honnête que le travail de Michael Moore sur le même sujet. Est-ce que vous, les américains vous connaissent ? Le public je ne sais pas mais les hommes politiques oui. Je suis resté cinq ans aux Etats-Unis et j’ai fait neuf films. A l’ambassade à Paris ils me connaissent. Je ne fait pas de propagande pour les Etats-Unis. Années après années, alors que je critique très durement les Etats-Unis, à l’ambassade ils continuent de m’aider si je cherche un témoin dont je n’ai pas la trace. C’est ça qui est étonnant. Quand je travaillais sur Le Monde selon Bush, a un moment il y a des documents qui sont sortit aux Etats-Unis sur le grand-père Bush, le père du premier président Bush. Après cinquante ans, les documents ont été mis a disposition du public, et on s’est rendu compte qu’il collaborait avec les nazis. Je trouvais que c’était une information extrêmement intéressante et je cherchais des photos ou des bouts de films pour voir la tête qu’il avait. Il y en avait nulle part. Un des types avec qui je travaillais m’a dit « mais aux Etats-Unis, ce n’est pas comme en France. Appelez la famille Bush, ils vont vous donner ce que vous cherchez ». J’ai téléphoné en étant extrêmement gêné. Ils savaient très bien que si je demandais des photos du grand-père c’était parce que la semaine précédente dans Time, ils avaient raconté toute l’histoire… Le lendemain, ils me donnaient tout ce qu’ils avaient. Du coup, vous vous dites que votre rôle est totalement inutile et qu’ils s’en foutent complètement… Justement, c’est ce qui m’amenait à vous posez cette question. Michael Moore a un succès mondial, ses films sont vus, mais est-ce que finalement l’impact que ces films ont va plus loin que le simple titillement de la conscience des spectateurs ? En tout cas lui est rentré en dépression après la réélection de Bush. Tout le monde pariait, et moi aussi d’ailleurs, que jamais les américains seraient assez débiles pour voter une deuxième fois pour Bush. Il paraît qu’il s’est enfermé pendant trois semaines, tellement le choc était fort pour lui.
Nous sommes ici à Vesoul dans une région qui à travers le mouvement Medvedkine ou le conflit social chez Lip, a joué un rôle important par rapport aux contestations de 68. La question a peut-être valeur de sujet de thèse et a nourrit de nombreux ouvrages. Alors que l'on célèbre ses quarante ans, un nouveau Mai-68 est-il possible aujourd’hui selon vous ? Je suis toujours naïf et je dirais oui. Je pense qu’il y a tous les prémices. Je pense que les gens ne supporterons pas…. Bon je ne suis arrivé en France qu’en 1981. Je n’ai même pas la nationalité française, j'ai la nationalité suisse et israélienne… mais je sais que les français sont comme ça, somnolant de temps en temps, mais ils se réveillent…. Je m’embarque toujours dans des paris stupides, mais je ne sais même pas si Sarkozy finira les quatres années qu’il reste de son mandat. Les gens ne supporterons pas… Il fera une erreur monstrueuse, ça va lui échapper. J’espère que ça ne concernera pas la force nucléaire mais je pense que c’est comme un gamin, qui est arrivé jusqu’ici, qui a eu un jouet. Il prend ses décisions tout seul, il ne consulte personne. C’est un fou, un danger public. Par rapport aux groupes Medvedkine, un des membres était Chris Marker. Lui c’est plus les ouvriers, les conflits sociaux et vous la géopolitique, le pouvoir… mais est-ce que Chris Marker a pu être à un moment donné une inspiration pour vous ? Non. J’aurais voulu. Vraiment, j’admire tout ce qu’il fait. Si je cherchais des filiations, ce serait Brian Lapping par exemple, qui travaille à la BBC… Moi je ne fais pas de documentaires au sens classique, c’est plus du journalisme d’investigation. Une fois que je décide de traiter un sujet, je commence déjà à rechercher pendant dès mois qui est encore vivant et qui a quelque chose à raconter. Surtout pas un historien ou un journaliste, mais des témoins qui parlent à la première personne. Je les cherche, j’essaye de les convaincre de me raconter ce qu’ils savent, et je vais m’asseoir en face d’eux. Le forme du film n’a aucun intérêt. A la limite si je pouvais faire comme Jérôme Prieur, celui qui a fait Corpus Christi… Il fait parfois des films de quatre heures avec uniquement des entretiens, et aucune archive etc. Il n’y a que les entretiens qui l’intéresse. C’est presque une corvée de donner une forme agréable au film. Certains critiques disent que c’est comme de la radio filmée. C’est vrai mais j’aime bien. Rien ne remplace un témoin direct je pense. Pour revenir à Kennedy, dans le film que j’ai fait, j’avais retrouvé le sous-directeur de la CIA. Bob Kennedy était persuadé que c’était la CIA qui avait descendu son frère. Lui m’a raconté que le lendemain de l’assassinat, Bob Kennedy est arrivé en fracassant la porte de son bureau et a demandé « pourquoi vous avez descendu mon frère ? ». Raconté par un historien ou un journaliste, ça n’a aucun intérêt. Raconté par celui qui était assis dans le bureau…
Propos recueillis par Benoît Thevenin à Vesoul, le 3 avril 2008.
Pour en savoir plus : Mots clés Technorati : William Karel |
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