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LATERNA MAGICACinéphilie, critiques et actu ciné
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Avant-premières (cliquez sur les vignettes pour accéder aux critiques) Femmes en miroir (Kagami No Onnatachi) de Kiju Yohida
Comment évoquer Hiroshima quand on ne l’a pas soi-même vécu ? Ceux qui l’on ressenti de l’intérieur n’ont jamais pu témoigner, et c’est ce respect envers la mémoire de ces victimes qui interdisait Yoshida de réaliser un film dont le sujet serait la bombe atomique lancée le 6 août 1945 par les américains sur la cité japonaise tristement célèbre. Finalement, l’ancien chef de file de la nouvelle vague japonaise dans les années 60-70 avec Nagisa Oshima trouve dans le sujet de Femmes en miroir le moyen de traiter des traumatismes provoqués à tout jamais par la bombe. Célèbre pour la subtilité du traitement de ses projets, ce réalisateur parfois provocateur (découvrir le très troublant Promesse à propos de l’euthanasie) nous invite donc à la croisée des chemins de trois femmes plus seulement liées par leur parenté mais surtout par ce jour du 6 août 45.
C’est parce que Yoshida estime que la guerre est un crime perpétré par la seule folie des hommes qu’il pose son regard à travers celui de trois femmes : Aï, une femme âgée, retrouve sa fille Masako, disparue 24 ans auparavant sans laisser de traces si ce n’est le bébé, Natsuki, qu’elle venait de mettre au monde. Masako est devenue amnésique. Seul le nom d’Hiroshima résonne dans sa mémoire et, avec Aï et Natsuki, fait le voyage à Hiroshima pour tenter de reconstruire son histoire, leur histoire. L’occasion alors pour le cinéaste d’évoquer la bombe, ses conséquences dramatiques et irrémédiables, le traumatisme suscité dans la société japonaise. Ces miroirs brisés, non remplacés, qui balisent le film, sont autant de symboles de la quête d’une mémoire perdue, enfouie, difficile à admettre : les cicatrices de blessures abominables.
Si les interprétations tout en retenue du trio d’actrices sont bouleversantes, cette œuvre aux qualités esthétiques peu communes pourrait être résumée par un plan terriblement émouvant et essentiel. Dans le but d’une exposition photo en mémoire de la bombe atomique, de jeunes gens déplacent trois photos évoquant l’horreur. Les trois photos se succèdent, comme trois plan intensément évocateur et bouleversant. La puissance de cette évocation interdit tout commentaire. Tout au long du film, le réalisateur s’applique à raviver les séquelles de ce crime, les différents traumatismes ressentis, encore aujourd’hui, par chacune des générations qui font le Japon actuel. Plus qu’une leçon de cinéma, le cinéaste - au sommet de son art - nous inculque là une authentique leçon d’humanité.
Benoît Thevenin Femmes en miroir - Note pour ce film : Réalisé par Kiju Yoshida Avec Mariko Okada, Yoshiko Tanaka, Sae Issiki ...
Année de production : 2001 Sortie française le 2 avril 2003 Martyrs de Pascal Laugier
Après une polémique assez insensée, Martyrs s'est enfin frayé un chemin jusqu'aux salles de cinéma, esquivant une assassine interdiction aux moins de 18 ans au profit d'une interdiction aux moins de 16. Martyrs mérite t'il autant de battage ? Pour sa violence, la réponse est très clairement OUI. Pascal Laugier ne fait guère de compromis dans ce qu'il montre et le film devrait effectivement choquer la plupart des spectateurs aux coeur fébrilement accroché.
Le film commence avec une jeune fille, le crâne rasé, le débardeur tâché de sang, la jambe boiteuse, courant à gorge déployée dans une rue résidentielle. La première partie du film s'avèrera assez impressionnante, le temps de la première demi-heure surtout. On regrette les premiers dialogues affligeant de mièvrerie mais soudain, une porte s'ouvre, des coups de fusil à pompe terrassent un à un les membres d'une famille bourgeoise. Le carnage risque de vous clouer dans votre fauteuil.
Passé l'écueil, le film bascule dans quelque chose de plus conceptuel, levant le voile sur une conspiration secrète autour de certaines manipulation scientifiques et psychologiques. Ces expériences sont le prétexte à un déchaînement de violence dans la lignée de Hostel ou de la série Saw (ce que le cinéma d'horreur fait de pire ces derniers temps). Il y a bien quelques plans franchement traumatisants (lorsque l'on retire le "casque" que porte une jeune fille par exemple), mais le film a depuis longtemps déjà basculé dans quelque chose de complètement con, terriblement complaisant et racoleur, et au service d'une sorte d'idéologie assez effrayante.
A l'intérieur et Frontière(s) ont déjà démontré que les réalisateurs français étaient assez couillus au niveaux de leurs envies de montrer une violence brute délestée de tous compromis. A l'intérieur n'était pas parfait et s'en tire honorablement quand Frontière (s), édifiant de connerie, s'impose comme l'un des films d'horreurs les plus honteux de ces dernières années. Martyrs est un peu entre les deux. On ne peut pas nier à Pascal Laugier un certain talent de faiseur - ce qu'on avait déjà ressentis devant le pourtant très moyen Saint-Ange - mais manifestement la mise en image ne suffit pas. Intense, ultra-violent, Martyrs l'est ; consternant, le film l'est aussi. Et c'est cette impression qui reste à l'issue de la projo. Un coup d'épée dans l'eau de plus pour le cinéma de genre français, lequel a décidément du mal à sortir de l'ornière.
Benoît Thevenin
Réalisé par Pascal Laugier
Avec Mylène Jampanoï, Morjana Alaoui, Catherine Bégin, ... Année de production : 2007 Sortie française le 3 septembre 2008 Dai Nipponjin de Hitoshi Matsumoto
Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2007 La sortie prochaine de Hancock - un des blockbusters de l'été et avec Will Smith et Charlize Theron - convoque le souvenir de Dai Nipponjin, un film complètement improbable, grosse bouffée d'oxygène de Cannes 2007. A notre grand dam le film ne sortira sans doute jamais dans les salles françaises mais puisque nous sommes en plein cycle spécial cinéma japonais, voilà une double occasion d'évoquer en quelques mots le film d'Hitoshi Matsumoto.
Difficile d'écrire sur ce film sans le trahir. Dai Nipponjin commence comme une sorte de documentaire. Le personnage évoque son travail, son mode de vie mais tout le sens nous échappe malgré la tonalité quelque peu décalée de l’ensemble. Et soudain la révélation. Dai Nipponjin bascule dans un délire excentrique dont seuls les Japonais sont capables. A partir de là, c’est le grand n’importe quoi. Le cinéaste réussit à nous embarquer systématiquement dans des sentiers non répertoriés et nous étonne par le non-sens total de « ce truc » (sic). Néanmoins, le film traîne un peu en longueurs. La partie documentaire n’est pas toujours très intéressante et le reste finit par devenir assez répétitif. Dai Nipponjin est un OFNI assez déroutant et peut-être trop typique de la culture japonaise moderne pour séduire le public occidental. Encore que… à voir
B.T
Réalisé par Hitoshi Matsumoto
Avec Hitoshi Matsumoto, Riki Takeuchi, UA, ... Année de production : 2007 L'actu cinéma du 4 juillet
Bande-annonce : "Knowing" d'Alex Proyas. L'inénarrable Nicolas Cage confronté à une fin du monde dont il possède les clés pour l'éviter. Souvent, depuis quelques années en tout cas, ce genre de projets pour cet acteur nous inquiète, la faute à une succession de choix assez cataclysmiques... Cette fois, Nicolas Cage peut néanmoins compter sur la divine Rose Byrne (Sunshine, 28 semaines plus tard, The Dead Girl et la série Damages) ; mais aussi sur le talent certain d'Alex Proyas (The Crow, Dark City, I Robot) pour mener à bien sa "mission". Si ceci vous suffit à savoir ce que Nicolas Cage sait, faites comme nous, découvrez cette première bande-annonce. Le film sortira le 20 mars 2009 aux Etats-Unis.
B.T Pressentiment d’amour (Ai No Yokan), de Masahiro Kobayashi
Grand Prix du festival de Locarno en 2007 Film présenté Hors compétion lors du festival des Cinéma d'Asie de Vesoul en 2008.
Récompensé à Locarno par un Léopard d'or en 2007, Pressentiment d'amour, nouveau film de Masahiro Kobayashi après l'excellent Bashing (en compétition à Cannes 2005), est un film exigeant, minimaliste et particulièrement difficile à supporter. En plan fixe, une jeune femme, Noriko, répond à un interrogatoire. Sa fille adolescente à assassiné une camarade du même âge. Junichi, le père de la victime, répond lui aussi à quelques questions. La confrontation qui se joue dans le parallèle de ses deux séquences est impressionnante et l'on se demande alors ce qui pourra en découler...
Noriko et Junichi sont deux êtres solitaires, terrassés par le même évènement. Ils vivent dans une auberge dont Noriko et la cuisinière. C'est donc elle qui prépare ces repas. Solitaires, mutiques, ils s'évitent plus ou moins volontairement.
Le jeu, s'il y en a un, consiste presque à repérer les infimes variations qui surgissent d'un cycle à l'autre. L'attention est mise à l'épreuve, très clairement, et la fine observation par Kobayashi de ces vies confine franchement à l'agacement. Le frémissement amoureux qui agite (si peu) Junichi par rapport à Noriko, est pourtant perceptible mais les enjeux, étouffés d'emblés tant les personnages sont meurtris et dénué d'une quelconque pulsion de vie, n'existent finalement pas.
L'expérience de Pressentiment d'amour est simplement éprouvante et terriblement dépressive. Les films sur le deuil ne manquent pourtant pas, rien que pour le Japon, Shara et La Forêt de Mogari de Naomi Kawase ont par exemple réussit à nous bouleverser, mais là, le film de Kobayashi nous paraît simplement vain...
B.T Pressentiment d'amour - Note pour ce film : Quand l'embryon part braconner (Taiji ga mitsuryosuru toki) de Kôji Wakamatsu
Cinéaste majeur, Kôji Wakamatsu est assez méconnu en France. Il a un petit peu fait parlé de lui à l'automne 2007 avec la sortie confidentielle de ce film, Quand l'embryon part braconner. Le film a suscité une certaine polémique, parce qu'interdit aux moins de 18 ans (une pétition a ensuite permit de baisser la censure aux moins de 16 ans), interdiction qui aurait précipité encore plus l'anonymat d'un tel long-métrage, de toutes les façons pas destiné au grand public. Kôji Wakamatsu, connu pour être le producteur de L'Empire des sens d'Oshima, est aussi le maître incontesté du Pinku Eiga, le cinéma érotique japonais, florissant dans les années 60-70. Quand l'embryon part braconner, réalisé en 1966, en est peut-être l'oeuvre emblématique.
Quand l'embryon part braconner est un titre qui trouve son sens dans le sous texte du film, violemment contestataire et énoncé par un cinéaste fortement engagé et qui à souvent trouvé dans les figures érotiques le moyens de développer métaphoriquement son discours. Le cinéma de Wakamatsu est souvent sadique, le viol est une figure récurrente, et les relations sexuelles généralement envisagées selon l'idée d'un combat des corps, de la lutte entre dominant et dominé.
Quand l'embyon part braconner ne fait pas exception. Le pitch est simple : en huis clos dans un appartement, un homme violente sa partenaire, reproduisant ses souvenirs d'une vielle passion sadique. Ce qui s'avère étonnant à la découverte du film, c'est l'exceptionelle grâce du film, son côté onirique qui prend le dessus sur la simple violence, la virtuosité plastique qui sublime et sacralise même, d'une certaine manière, une pratique sexuelle socialement déviante. La charge subversive est détonante et le film assez extrême d'un bout à l'autre. Pourtant, ce qui marque en premier lieu - et au fer rouge c'est entendu - c'est ce travail cinématographique d | |||||||||||||||||||||||||||